MAURICE Utrillo
Il est à la fois trop facile et extrêmement difficile de traiter du cas de Maurice Utrillo. La facilité réside tout d'abord en ceci que l'art de ce peintre étant d'immédiate sensibilité, rien ne s'oppose à ce que l'on se satisfasse d'accorder notre propre sensibilité à celle de l'artiste. On en vient vite tout de même à s'inquiéter car ces accords de sensibilité ne se peuvent exercer sur des oeuvres privées des fortes qualités purement picturales qui font la force des compositions de Maurice Utrillo. Mais encore  Est-ce ici mal à propos que l'on vient d'employer le terme de composition Maurice Utrillo a été retenu, au passage, par divers paysages, il a porté là son chevalet et commencé de peindre, avec application. D'autres fois, il s'est seulement souvenu de certaines impressions reçues devant le paysage pour tirer, à l'atelier, quelque chose de simples cartes postales. Tout le monde sait cela. Enfin, si l'on veut essayant de juger Utrillo, aller au-delà de la seule sensibilité, on est bien fâché de se devoir dire que l'on va faire son chemin tout seul, sans le peintre qui, apparemment maître de vertus picturales généralement acquises par la raison est une sorte d'innocent radicalement incapable d'un gouvernement patient et logique de l'esprit.
Il est tout à l'opposé de cet artiste idéal conçu pour le méditant André Derain et qui s'impose de se poser tous les problèmes de la peinture chaque fois qu'il saisit un pinceau  Et pourtant, ces hautes et indéniables vertus picturales ont été acquises plus ou moins lentement par Utrillo. Elles ne lui ont pas été accordées comme par grâce, miraculeusement données. Maurice Utrillo est obsédé de toutes sortes de manies enfantines, c'est ce qu'ont dénoncé ses plus dévots admirateurs. Sa mère, Suzanne Valadon, son beau-père, André Utter, ont veillé sur un grand nombre de ses années, au-delà de la maturité, comme on veille sur un mineur, un petit garçon qui ferait de la grande peinture. Dans les dernières années, ce fut la femme d'Utrillo, Mme Lucie Valore, qui conduit comme pas à pas cet innocent génie. ON s'est bien souvent extasié , jusqu'a  l'abus, sur les dessins et barbouillages des petits enfants; on a abondamment écrit du charme angélique, féerique que nous communiquent les tripoteurs de couleurs sans danger. Les enfants qui ne savent rien encore nous émerveillent. Ils commencent de subir le moindre enseignement, ils commencent aussi de se sentir apprentis hommes et femmes, c'en est fait de leur miraculeux et fragile talent.
La grâce accordée à Maurice Utrillo (une grâce à donner le frisson), aura été de ne jamais entrer dans une vraie peau d'homme. C'est dans une peau de petit enfant qu'il a pour la première fois passé le seuil d'un cabaret, car à l'innocence native il faut ajouter tels effets de la boisson; c'est dans une peau d'enfant qu'il continue de vieillir. Le petit peintre enfantin est devenu grand sans le bien concevoir; il ne s'est pas laissé enseigner grand chose, et peut- être rien du tout, mais il a pu ignorer la fatale rupture qui rejette dans l'ombre les bébés peintres et en même temps apprendre en apprenant tout de lui-même en se perfectionnant par la pratique, encore que dans une totale inconscience. C'est un cas magnifique et atroce. On admire Utrillo, on ne saurait le donner en exemple. Fils de Suzanne Valadon , héritier du nom d'un peintre espagnol, Maurice Utrillo est un enfant de la Butte. Montmartre a longtemps retenti des cris poussés par cet extravagant les soirs qu'il s'évadait, littéralement du logis de la rue Cortot, au numéro 12, maison fameuse par le passage d'illustres locataires. L'adolescent se connut-il la vocation de peintre Est-ce tout à fait vrai ce que l'on conte, à savoir que la peinture fut conseillée à Suzanne pour Maurice que cette forme d'application pouvait rendre au moindre calme Quoi qu'il en soit, cet artiste unique en son genre, célèbre, à qui une immense littérature est déjà consacrée, qui après la maison maternelle un peu trop bien fermée à son gré, après les bistrots de la Butte, quand il s'échappait, après les maisons de santé, goûte les joies de la vie de château dans la banlieue parisienne, nous propose des oeuvres dignes d'admiration dans leur ensemble et toujours à discuter. Que dire encore Ceci, par exemple, que Maurice ayant achevé une toiled'après nature ou d'après carte postale (on compte de ses plus remarquables tableaux ainsi exécutés) le grand artiste doit être  surveillé de prés afin que lui soit ravi le loisir de tout gâter par l'effet d'une de ses obsessions.   
Il y eut un marchand , je pense , puis des amateurs pour trouver que les paysages de Maurice Utrillo gagnaient à être animés de figures féminines, assez mal mises en place, comme en surcharge, remarquablement callipyges. Telles inscriptions en blanc de zinc au large de la toile n'ont pas connu la même faveur.
Les tableaux de M.U