EUGENE Delacroix
Femmes d'alger dans leur appartement
Son père qui, sous la République, le Directoire et le Premier Empire, avait été successivement député, ministre des Affaires étrangères à la Haye, préfet de Marseille et de Bordeaux , mourut , laissant sa famille dans une situation peu fortunée. Orphelin de père à sept ans et de mère à seize, Delacroix dut , très jeune , lutter avec les difficultés de la vie . Il fit ses études au collège Louis-le-Grand. Rien alors ne laissait prévoir sa vocation, bien qu'il écrivit à un ami, en 1815, qu'il voulait sortir du lycée faire de la peinture pour acquérir un petit talent d'amateur ; en 1814, il avait pourtant fait un essai de gravure à l'eau-forte sur un fond de casserole :un «bossu», un «profil de Bonaparte», un «officiel à cheval», dont il existe une seule épreuve. On signale encore, la même année, un burin exécuté sur la plaque de cuivre ayant servi à l'impression des en-têtes de lettres de Charles Delacroix lorsqu'il était préfet de Marseille ; dès 1815, Delacroix prenait déjà l'habitude, qu'il conserva durant de longues années, de copier des gravures. Mais il songeait plutôt à se consacrer à la musique. En 1816 son choix est fait, motivé en partie paraît-il, par son admiration d'une peinture de Goya :le beau portrait de M. Guillemardet, actuellement au Louvre ; il entre dans un atelier de Guérin, Patronné par son oncle Riesener. La recommandation produisit; peu d'effet, semble-t-il ; on prête au classique Guérin ce dédaigneux jugement à propos des essais de son élève :  Il vaut mieux qu'il fasse ça que des dettes
Durant ses premières années d'atelier, Delacroix fit des lithographies, des caricatures ; il collabora au Nain jaune et au Miroir, copia Raphaël et Rubens peignit pour Géricault une «Vierge au Sacré-Coeur» destinée à un couvent de Nantes et débuta au Salon 1822 par une éclatante manifestation de son génie : «Dante et Virgile». Cette oeuvre eut un retentissement considérable et provoqua contre son auteur un véritable débordement d'injures. On peut y voir, avec «Le Radeau de la Méduse» «le templier Bois-Guilbert», - «Les adieux de Roméo et Juliette», - «Marguerite à l'Eglise», - «Lion couché» (aquarelle)-1847 : «Le Christ en Croix», - «Exercices militaires des Marocains», - «Corps de garde à Mekinez»,- «Musiciens juifs de Mogador», - «Naufragés abandonnés dans un canot», - «Une Odalisque couchée», - 1848 : «Christ au Tombeau», - «Mort de valentin», - «Mort de Lara, - Comédiens» ou «bouffons arabes», «Lion dans son antre», - «Lion dévorant une chèvre», - 1849 : «Fleurs» «Fleurs; et fruits», - «Femmes d'Alger» (réduction et variante), - «Othello et Desdemona», - «Arabe Syrien avec son cheval», - 1850 - 1851 : «Résurrection de Lazare», - «Lewer»,  «;Le Giaour poursuivant,les ravisseurs de sa maîtresse», - «Lady Macbeth», - «Le bon Samaritain», - 1853  «Martyre de saint Etienne», - «Les pèlerins d'Emmaus»,  «Pirates enlevant une femme», - 1855 : Exposition Universelle (oeuvre inédites) : «Le Roi à la bataille de Poitiers», -«Les deux Foscari», - «Le tasse en prison», - «Roméo», - «La famille arabe», - «Chasse au lion», - «Tête de vieille femme», - «Combat du Giour et du Pacha», - «Boissy d'Anglas», - 1859 : «La montée au calvaire», - «Le christ descendu du tombeau», - «Saint Sébastien secouru», -«Ovide en exil chez les Scythes», - «Herminie et les Bergers», «l'enlèvement de Rebecca», -«Hamlet», «Qu'est-ce donc».«Un rat» , «Bords du fleuve Sebou».
Delacroix fut membre du jury en 1848, 1850, 1852, 1853, 1855,1857, 1859. Il obtient une médaille de première classe en 1824 médaille de première classe 1848, médaille d'honneur en 1855. Chevalier de la légion d'honneur en 1831, officier en 1846, commandeur en 1855. Comme graveur, il convient de citer particulièrement «Faust», suite de 17 lithographies (1827), - «Hamlet», suite de 16 lithhographies (1834), - «Goetz de Berlichingen», suite de 7 lithographies (1836-1843). L'effort nécessité par ce gigantesque labeur avait prématurément usé la santé déjà fragile de Delacroix. A partir de 1853, sous l'effet de la fatigue, on le voit fréquemment reprendre des sujets qu'il a déjà traités. D'ailleurs, il ne se dissimulait  pas son état :
Je rêve de grandes choses, disait-il à un ami, mais ma santé ne me les permet plus ; à mon âge il faut s'habituer aux privations  L'Exposition Universelle de 1855 fut néanmoins une occasion de manifestation d'admiration sans réserve. Delacroix y occupait une salle entière, avec 35 toiles choisies parmi ses envois les plus remarquables. Deux années
plus tard, bien que très tardivement, l'Institut l'admettait enfin parmi ses membres. Ayant soulevé des tempêtes mais ayant obtenu tous les honneurs, considéré à juste titre, après la mort de Géricault envers qui il reconnut toujours sa dette, comme le héros de la révolution romantique en peinture, comblé de commandes officielles, célébré et détesté, Delacroix ,en définitive, ne semble pas avoir souffert de n'être pas un peintre populaire, du moment qu'il avait trouvé les seuls admirateurs qu'il souhaitait, dans l'élite du pouvoir pour l'accomplissement de son oeuvre, dans l'élite de l'esprit pour sa pérennité.
Le seul combat dont il se soucia fut celui de lui-même avec son oeuvre, tel celui qu'il représenta dans sa dernière décoration murale  le combat de Jacob avec son ange.
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