Isidore Loeb  

La situation des israélites en Turquie en Serbie et en Roumanie (1877)

Internet Modern Jewish History Sourcebook for Central and Eastern Europe

SOURCE OF MATERIAL

LŒB Isidore. La situation des israélites en Turquie en Serbie et en Roumanie. Paris: Joseph Baer et Cie, Libraires-éditeurs 2, Rue du Quatre-Septembrie, 2, 1877. 

NOTES

 

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CONTENT

Sixth part: Documents concerning Romania

VI. événements de 1867. Circulaire de Al. Bratiano, du 24 avril/6 mai 1866, ordonnant des expulsions. — Télégramme de la communauté israélite de Jassy à M. Ad. Crémieux, a Paris. — Lettre de M. Saint-Clair, consul d'Angleterre, à M. Green. — Télégramme adressé de Jassy à M. Ad. Crémieux, et audience do M. Crémieux chez Napoléon III. — Télégramme adressé de Paris (par le Gouvernement?) au consul de France à Jassy. — Exposé de la situation de l'Empire Français. — Dénégations du Gouvernement roumain. — Télégramme de M. Grecu à lord Stanley. — Lettre du même au même. — Pétition adressée par les boyards de Jassy à S. A. le Prince Charles. — Télégramme de Jassy à M. Ad. Crémieux. — noyade de galaiz. — Lettre de M. Green à lord Lyons. — Extrait du Monitorul du 4/16 juillet 1867. — Dépêche du préfet de Covurlui au Minisire de l'intérieur. — Lettre de M. Cret-zoulesco à M. Green. — Protestation du corps consulaire de Galatz. — Interpellation à la Chambre des lords. — Circulaire de M. le Ministre de l'intérieur aux préfets concernant les juifs. — nouvelles expulsions. Télégrammes adressés à M. Ad. Crémieux, à Paris, et liste des expulsés du district de Covurlui (Galatz).

VII. événements de 1868. Discours du trône du Prince Charles. — Émeute de Berlad, du 25 decembre/6 janvier 1868. — Séance du 13/25 février à la Chambre des députés de Bucharest. Projet de loi des 31; mars 1868. Lettre de M. Moustier, Ministre des affaires étrangères, au Consul général de France à Bucharest, au sujet de ce projet.— Réponse de M. Boyard, gérant du consulat général de France. — Séance du 24 mars/5 avril 1868 à la Chambre des députés de Bucharest, concernant ce projet. —Expulsions. Suites de quelques ordres d'expulsion des mois de lévrier, mars et avril 1868. —Expulsions de Bacau. —Télégramme adressé à M. Ad. Crémieux. — Démentis officieux des expulsions du district de Bacau. — Protestation des consuls contre les expulsions.— Lettres de M. Boyard à M. Moustier, Ministre des affaires étrangères, sur ce sujet, et réponse de M. Moustier. — Note de M. Et. Golesco au consul général d'Autriche, niant les persécutions. — Réponse de M. le baron d'Eder. — Livre rouge autrichien. — Protestation de de M. Cracty contre les persécutions. — Lettres diverses adressées à M. Ad. Crémieux à l'occasion des persécutions. — Interpellation de sir Francis Goldsmid dans la Chambre des communes, le 24 avril 1868.— Note du Gouvernement roumain au consulat général d'Autriche, annonçant la réparation des dommages causés aux expulsés. — Séance du Sénat roumain du 16 mai 1868, et chute du ministère Bratiano.

XIII. Notes

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DOCUMENTS (1)

VI événements de 1867. Circulaire de Al. Bratiano, du 24 avril/6 mai 1866, ordonnant des expulsions. — Télégramme de la communauté israélite de Jassy à M. Ad. Crémieux, a Paris. — Lettre de M. Saint-Clair, consul d'Angleterre, à M. Green. — Télégramme adressé de Jassy à M. Ad. Crémieux, et audience do M. Crémieux chez Napoléon III. — Télégramme adressé de Paris (par le Gouvernement?) au consul de France à Jassy. — Exposé de la situation de l'Empire Français. — Dénégations du Gouvernement roumain. — Télégramme de M. Grecu à lord Stanley. — Lettre du même au même. — Pétition adressée par les boyards de Jassy à S. A. le Prince Charles. — Télégramme de Jassy à M. Ad. Crémieux. — noyade de galaiz. — Lettre de M. Green à lord Lyons. — Extrait du Monitorul du 4/16 juillet 1867. — Dépêche du préfet de Covurlui au Minisire de l'intérieur. — Lettre de M. Cret-zoulesco à M. Green. — Protestation du corps consulaire de Galatz. — Interpellation à la Chambre des lords. — Circulaire de M. le Ministre de l'intérieur aux préfets concernant les juifs. — nouvelles expulsions. Télégrammes adressés à M. Ad. Crémieux, à Paris, et liste des expulsés du district de Covurlui (Galatz).

N° 53.

Circulaire de M. Kratiano du 24 avril/ 6 mai 1867 ordonnant des expulsions.

A TOUS LES PRÉFETS DES UITlUCTS

Par l'article 30 annexé à la lettre P du Règlement et la page 60 de la Collection judiciaire n" I, pour la partie de la Roumanie au-delà du Milcov (Moldavie), il est défendu légalement aux Israélites d'affermer des propriétés; par différentes circulaires réitérées et par celle du 0 février 1866, N° 2,269, des dispositions sont prises par la Roumanie eh deçà du Milcov (Valachie), pour empêcher les israélites de demeurer dans les communes rurales, et de se faire entrepreneurs d'hôtels, de cabarets, et d'affermer des propriétés. J'ai été informé que ces dispositions ne s'exécutent pas partout avec exactitude; je vous invite donc à faire observer les susdites dispositions. Faites en sorte qu'elles soient exécutées dans toute leur rigueur.

Le Ministre,

Jean Bratiano.

N° 34.

Monsieur Adolphe Cmnieux, à Paris (65).

Séreth, 22 mai 1867.

Le Ministre de l'intérieur Bratiano, interprétant faussement, par circulaire adressée aux préfets, des lois et dispositions réglementaires depuis longtemps en désuétude, abrogées du reste par la Constitution et le nouveau Code civil, ordonne que tous nos coreligionnaires soient immédiatement expulsés des fermes, auberges et cabarets des villages, au mépris du droit public et privé, annulant d'un seul trait de plume les contrats que le gouvernement, pour les domaines de l'État, ainsi que des particuliers, ont conclus avec des fermiers Israélites.

La même Ministre a marqué son arrivée depuis peu à Jassy par une ordonnance plus barbare encore, prescrivant à la police de faire une razzia sur les juifs, sous prétexte de vagabondage, et la police, sous les yeux du ministre, ramasse depuis quelques jours dans les rues de nombreuses niasses de juifs, sans aucun contrôle judiciaire, sans distinction d'état ni d'âge, avec une brutalité inouïe, les charge de fers et les fait déporter par troupes au-delà du Danube.

Ce triste spectacle, accompagné, d'une part, de la risée de la populace, et, de l'autre, dos cris de détresse poussés vers le ciel par les femmes et les entants de nos malheureux coreligionnaires déportés, se répète à chaque instant dans les rues de Jassy et prend de jour en jour des dimensions plus menaçantes. En face d'une persécution pareille, émanée du Ministre Bratiano, en face d'excitations de quelques chefs de partis, animant le fanatisme de la populace, nous nous trouvons menacés d'un massacre général. Nous implorons votre protection et vous supplions d'intervenir en notre faveur par le moyen que vous jugerez convenable, pour arracher vos malheureux coreligionnaires de Jassy au triste sort qui les menace.

Cette dépêche vous parviendra de Séreth, l'expédition directe de Jassy n'étant pas possible.

La communauté ISRAÉLITE DE jassy.

N° 55*.

Le consul Saint-Clair à M. Green (66).

Jassy, le 21 mai 1867.

... M. Bratiano me répondit qu'il avait appris que les employés inférieurs avaient agi sans discernement dans l'application des instructions qu'il avait données, qu'il prierait les préfets de prendre des mesures pour prévenir des injustices à l'avenir, que toutes les personnes illégalement arrêtées seraient mises en liberté. Il ajouta qu'un des principaux objets de sa circulaire était de se débarrasser des juifs malpropres et sans ressources qui ne trouvaient aucune occupation ici et dont l'agglomération dans beaucoup d'endroits contribuait à étendre ou à créer des épidémies; que tous les autres juifs, excepté les véritables vagabonds, pouvaient être tranquilles pour leurs personnes et leurs propriétés, et que, si une tentative était faite contre eux, les autorités avaient assez de ressources à leur disposition pour réprimer le désordre.

Sans qu'il y ait eu entente préalable, les consuls de Russie et d'Autriche sont aussi venus demander à M. Bratiano de faire quelque chose pour la tranquillité de leurs sujets juifs. M. Bratiano leur a répété tout ce qu'il m'avait déjà dit, et en prenant congé de lui, il nous a donné volontairement sa parole de ne rien faire de préjudiciable aux juifs...

M. Bratiano est parti hier de Jassy et, d'après mes informations, les autorités n'ont encore rien fait qui puisse prouver qu'elles aient reçu les instructions qu'il disait vouloir leur donner; ce qui a encore accru les alarmes des juifs...

Hier, quelques professeurs sans fonctions et d'autres individus ont poussé la populace en disant que le moment était venu de se débarrasser des juifs; que les juifs ont de l'argent, qu'ils ont ruiné tout le monde et qu'il faut leur reprendre tout ce qu'ils ont volé.'Vous pouvez, vous figurer l'effroi des juifs quand ils ont entendu que de semblables discours ont été tenus à la multitude.

Quelque juste qu'il puisse paraître à la foule que des juifs errants soient expulsés par mesure sanitaire, cependant à moi ces mesures paraissent, en principe, a. la fois cruelles et arbitraires, et le moment choisi pour les exécuter, inopportun. En outre, il faut faire une distinction dans la classification des vagabonds. Un homme peut être paresseux et ne rendre aucun service; il vivra tant qu'on lui donnera à manger, ou bien il commettra des vols, et finalement se laissera mourir de faim, s'il ne peut arriver à se nourrir. Mais, d'un autre côté, un marchand ou un ouvrier respectable peut venir ici avec très-peu d'argent, il peut avoir à lutter contre la maladie et la mauvaise fortune, et même être, si l'on veut, en ce moment, dans un complet état de misère, quoique dans quelques jours il puisse trouver du travail. Un homme pareil est néanmoins traité de vagabond par la nou-velle circulaire, et expulsé, quoique son passe-port et ses papiers garantissent qu'il est respectable.

Est-il juste que ces deux classes de personnes soient traitées avec un égal et rigoureux arbitraire? M. Bratiano dit qu'un passeport et des papiers ne font pas qu'un homme n'est pas vagabond s'il ne travaille pas.

... Quoi que la foule puisse penser de la circulaire de. M. Bratiano touchant les juifs, elle me paraît plutôt arbitraire et peu conforme à l'esprit de la Constitution, et je suis obligé d'avouer franchement que je suis surpris de voir une pareille ordonnance émaner de la plume d'un disciple de Mazzini.

A.-B. Saint-Clair.

N° 56*

Lord Stanley à M. Green (67).

Foreign-Oflice, 24 mai 1867.

(Télégramme.)

Le gouvernement do Sa Majesté a appris avec une profonde émotion que les juifs de Jassy sont exposes à une cruelle persécution qui met on danger leur vie et détruit leurs propriétés.

Voyez immédiatement le Prince, ou, à son défaut, le Ministre de l'intérieur, et représentez-leur dans les ternies les plus forts le sùr espoir que nourrit le gouvernement de Sa Majesté que l'on va expédier des ordres immédiatement aux autorités de Jassy pour mettre un terme à ces outrages, et vous ajouterez que, dans le cas contraire, le gouvernement roumain ne devra pas être surpris si le gouvernement de Sa Majesté diminue l'intérêt qu'il porte à la prospérité des Principautés sous le régime administratif actuel. Avertissez également le consul de Jassy par un télégramme de faire tous ses efforts auprès du gouvernement local pour faire cesser la persécution contre les juifs.

N° 57.

Télégramme adressé à M. Ad. Crémieux, à Paris, et audience de M. Cremieux chez Napoléon III (68).

Séreth, 25 mai 1867.

Depuis notre dernier télégramme, l'état des choses est empiré. Dans toutes les rues, on n'entend que des cris de détresse poussés par les femmes et les enfants des pauvres déportés. On continue à nous faire la chasse. On enchaîne les vieillards et les infirmes, et on les traîne sans miséricorde vers un lieu de déportation inconnu. Toutes nos réclamations aux autorités d'appliquer les lois sont repoussées. Nous sommes mis hors de la loi. On excite la populace à nous exterminer. Ce n'est qu'un secours prompt et efficace qui pourrait nous sauver de la catastrophe affreuse qui nous menace. Nos regards sont dirigés vers vous, illustre coreligionnaire. Sauvez, sauvez vos malheureux frères de la Moldavie!

la communauté israélite de jassy.

A la lecture de cette déchirante missive, écrit M. Crémieu-x, grande fut notre consternation! Unanimement, le comité de l'Alliance Israélite décida que je me rendrais auprès de l'Empereur. A l'instant même j'adressai à M. le duc de Bassano une dépêche, le priant de demander pour moi, à l'Empereur, une audience pour le lendemain dimanche; dimanche matin, je reçus des Tuileries une audience pour une heure de l'après-midi. J'ai vu l'Empereur. Il était parfaitement au courant de cette tragédie; il avait eu des dépêches conformes aux miennes; je lui communiquai la dernière; les détails lui en étaient connus. Je trouvai l'Empereur aussi indigné que surpris. Tout en lui disant que ses ministres avaient pris l'initiative auprès de notre consul général à Bucharest, je lui demandai son intervention personnelle.

— A l'instant même, me répondit-il, je vais écrire par le télégraphe au prince Charles, c'était mon projet aujourd'hui même. C'est se mettre au ban des nations que de tolérer une telle persécution dans notre Europe.

— Je lui dis: « Le prince Charles est animé des intentions les plus libérales, il m'a déclaré qu'il mettrait son honneur à faire proclamer l'égalité civile pour les juifs de ses États, il a payé de ses deniers une somme importante pour relever la synagogue démolie dans les troubles de l'année dernière. Celui qu'il faut mettre au ban des nations, c'est le ministre Bratiano, qui se dit pourtant libéral et démocrate, mais à qui l'indignation publique demandera compte de cette barbarie.»

L'Empereur me fit cette question: « D'où peut donc provenir un événement aussi incroyable? »

—Je répondis: « Sire, il y a tant d'intérêts que serviraient des troubles en Roumanie! Ce que je puis dire à Votre Majesté, c'est que le peuple roumain ne savait, pas, il y a quelques années, ce qu'étaient les haines religieuses. En 1848, l'égalité de tous les cultes fut reconnue sans contestation. »

«— Je vous promets, a repris l'Empereur, une intervention immédiate.

«— Sire, la convention de 1858, garantie par les hautes puissances, assure aux Moldaves et aux Valaques de tous les cultes les mêmes droits civils, la même admission à tous les emplois civils et militaires. Qui donc peut ravir ce droit aux israélites roumains? Il est vrai qu'on ne s'occupe dans ces grands traités que des populations chrétiennes, auxquelles seules sont conférés tous les droits politiques; il faut pourtant espérer que l'on comprendra la nécessité de mettre au même niveau les sectateurs de tous les cultes. La Chambre des communes, sur une interpellation de M. Goldsmid, s'est vivement occupée des juifs de la Servie, traités en parias, malgré les conventions, et lord Stanley, après leur avoir donné des témoignages publics de la sympathie du gouvernement, a transmis à ses agents les instructions les plus énergiques, et à l'ambassadeur anglais à Constantinople, où se trouvait le prince de Servie, la mission expresse de lui rappeler que l'Angleterre donnait son appui aux chrétiens opprimés, mais que les chrétiens devaient se garder d'opprimer les juifs. »

— L'Empereur a dit:

« Cette oppression ne peut se tolérer ni se comprendre. Je vais le témoigner au prince.

« — Et moi, sire, je vais transmettre à mes infortunés coreligionnaires de la Roumanie les bonnes paroles de Votre Majesté. Elles seront leur consolation et leur espérance. Et si l'Empereur fait connaître publiquement son opinion et le blâme dont il flétrit ces barbaries du moyen âge, elles s'arrêteront et la réparation viendra. Je vais, de mon côté m'adresser à la presse; je sais que toutes ses sympathies viendront à notre aide et que toutes les voix s'élèveront, contre cette odieuse persécution soulevée par un ministre d'un gouvernement constitutionnel. »

— L'Empereur a dit:

« Mes sympathies sont acquises à de si grandes infortunes. »

N° 58.

Télégramme adressé de Paris (69) au consul de France à Jassy.

Les persécutions entreprises à Jassy contre les juifs causent ici une juste et générale indignation. Agissez promptement et éner-giquement pour mettre un terme à une iniquité qui déshonore le gouvernement roumain.

N° 59.

Expose de la situation de l'Empire français (70).

L'expérience a pleinement justifié l'utilité des concessions accordées sur nos instances aux Principautés-Unies. Loin de porter atteinte aux droits du sultan, la combinaison que nous avions constamment recommandée, et qui a enfin donné satisfaction à des vœux si souvent exprimés, n'a fait que rattacher plus sincèrement à l'empire turc les populations roumaines. En dehors des faits regrettables d'intolérance religieuse qui se sont produits en Moldavie, et contre lesquels nous avons protesté, le calme n'a pas cessé de régner en Roumanie.

N° 60.

Dénégations du gouvernement roumain.

Le Moniteur officiel des Principautés du 26 mai 1867 contient la note suivante:

Certains journaux et organes de publicité étrangers ont répandu le bruit que des troubles avaient éclaté en Moldavie. Quoique tout le monde sache que de pareils bruits sont dénués de fondement, le gouvernement croit qu'il est de son devoir de les démentir, pour empocher l'opinion publique de s'alarmer.

La malveillance seule pouvait dénaturer les faits les plus innocents et noircir la politique intérieure du pays, afin de lui aliéner les sympathies des puissances amies, et plus particulièrement celles de l'Empereur Napoléon III, le défenseur du principe des nationalités, à qui la Roumanie doit une si grande reconnaissance.

La fausseté de ces assertions est démontrée par toute la politique du gouvernement de Son Altesse. Cette politique, fidèle au programme du ministère actuel, s'est toujours renfermée dans la plus stricte neutralité. Tous les actes du gouvernement ne sont qu'une preuve patente de ses sentiments de reconnaissance envers les puissances garantes.

Les mesures contre les israélites sont de simples mesures d'hygiène et de police communes à tous les citoyens. Non-seulement le gouvernement s'honore de protéger la liberté religieuse, mais le prince a donné de sa propre cassette 25,000 francs pour la réparation du temple de Bucharest.

N° 61*.

M. Green à lord Stanley (71).

(Télégramme.) Bucharest, le 26 mai 1867.

Le Prince m'informe que le ministre de l'intérieur (Bratiano), actuellement a Jassy, l'assure qu'aucune persécution n'a été dirigée dans cette ville contre les juifs, qu'on a seulement appliqué quelques mesures d'hygiène et de police, et qu'il y a eu quelques abus sur lesquels une enquête sera faite. Je n'ai aucun rapport particulier du consul Saint-Clair, et je lui ai télégraphié les instructions de Votre Seigneurie. Détails par poste.

N° 62*.

M. Green à lord Stanley (72).

Bucharest, le 27 mai 1867.

monseigneur,

M. Bratiano a adressé plusieurs circulaires aux autorités de Jassy durant son séjour dans cette ville.

Hier j'eus une audience du prince Charles. Je lui communiquai le télégramme de Votre Seigneurie, et insistai auprès de Son Altesse pour qu'un terme fût mis aux molestations et persécutions auxquelles on assurait que les juifs de Jassy étaient en butte.

Le Prince dit que des représentations du même genre avaient déjà été faites par d'autres gouvernements, et qu'il croyait que des relations fausses et exagérées avaient été mises habilement en circulation sur ce sujet. Il avait aussi reçu une pétition signée par un certain nombre de boyards de Jassy, qui exprimaient l'horreur et l'indignation que leur inspiraient les persécutions contre les juifs. Son Altesse dit que cotte pétition l'avait beaucoup étonné, parce que, lors de son passage à Jassy, les mêmes personnes avaient instamment demandé des mesures rigoureuses contre les juifs, qu'ils représentaient comme la principale cause de la misère de la Moldavie.

Le Prince ensuite me lut un télégramme qu'il avait reçu de Jean Bratiano, assurant que la prétendue persécution était entièrement fausse; que des mesures hygiéniques avaient été prises pour prévenir le retour du choléra; et que des règles de police avaient été appliquées aux vagabonds étrangers qui infestaient la centrée, mais que ces mesures avaient été exécutées avec plus de ménagements qu'on ne l'avait fait à Bucharest même. Au sujet de la nécessité des mesures à prendre dans l'intérêt de la santé publique dans le quartier juif de Jassy, Son Altesse fit observer qu'il pouvait lui-même en témoigner, car il avait vu des chambres où dix familles vivaient dans un état de malpropreté dont aucune description ne pouvait donner l'idée. Qu'il fallait espérer que l'expulsion des juifs de Jassy qu'on qualifiait de vagabonds, avait été exécutée, comme disait le Ministre, avec moins de barbarie que celle des vagabonds chrétiens de Bucharest, qui avait été l'occasion de grandes cruautés. On m'avait assuré, disais-je, que quelques-uns de ces pauvres Transylvains étaient morts en marche, dans la chaîne des convois et pendant qu'ils passaient les Carpathes à pied, au milieu du froid le plus rigoureux; qu'un des cadavres avait été traîne par les survivants jusqu'à la frontière, où les autorités autrichiennes refusèrent de le recueillir. Le Prince me dit qu'il avait pris des informations, et que ces bruits n'étaient pas vrais. Je répondis que je m'appuyais sur l'autorité de mon collègue, le baron d'Eder, consul d'Autriche.

Je soumis à Son Altesse cette opinion que la circulaire de M. Bra-tiano aux préfets, défendant aux juifs de prendre des terres en ferme et d'avoir des cabarets, était non-seulement illibérale, mais contraire à la Constitution. Le Prince dit qu'il considérait la circulaire comme une grande faute (mistake) et que le Gouvernement avait déjà pris des mesures pour la révoquer.....

J. Green.

N° 63.

Pétition adressée par les boyards de Jassy à S. A. le Prince Charles (73).

Monseigneur,

Les soussignés, sujets dévoués de Votre Altesse, viennent remplir un douloureux devoir en signalant des actes inhumains et illégaux qui se commettent au mépris du pouvoir judiciaire, usurpation commise par les autorités administratives et municipales sur les ordres et sous les yeux du Ministre de l'intérieur, commettant par là une violation flagrante de la Constitution et de toutes nos lois.

Sous le prétexte de rechercher les vagabonds, les commissions instituées en dépit des lois par les autorités non compétentes, enlèvent des centaines d'individus Israélites, parmi lesquels se trouvent même beaucoup de propriétaires, d'artisans et de pères de famille; ils les garrottent et ils les transportent par troupeaux et sans jugement ! Quelle est donc la loi qui prescrit de remettre immédiatement entre les mains de la justice tout individu arrêté pour n'importe quelle cause? Les autorités repoussent l'intervention que la loi prescrit d'office au procureur contre les arrestations illégales. Tout ceci se fait sous l'inspiration des réunions populaires qui ont lieu à la mairie sous les auspices des autorités ad-ministratives, et où les passions les plus mauvaises sont excitées.

On a choisi justement les chefs de clubs pour leur confier l'exécution des mesures inhumaines dont rien ne peut arrêter le cours; pour pouvoir leur attribuer des fonctions qui n'auraient pu leur être confiées que par un décret princier donné en vertu des lois.

Le maire, que la loi met sous les ordres du Préfet, refuse d'ac-céder à ses demandes et il souffre que sous ses yeux la populace qui est préposée à la garde des prisonniers se permette de menacer jusqu'au procureur.

Les autorités administratives et municipales refusent de recevoir toutes les plaintes, n'importe d'où elles émanent, tous se retranchent derrière les ordres verbaux du Ministre qui a organisé cet état de clioses.

Le cours naturel des lois est arrêté de fait. Tout commerce et lout travail sont interrompus; tout le monde se sent menacé; l'anarchie la plus complète règne dans notre ville, les passions sont excitées de plus en plus et chacun s'attend à voir bientôt des massacres barbares, car les instincts les plus mauvais encouragés par les autorités ne pourront jamais être étouffes.

Tel est, Altesse, le tableau effrayant que présente notre ville. Nous pouvons assurer à Votre Altesse que si les choses lui sont exposées sous une autre tace, on l'a trompée. Voyant dans ces faits une honte pour notre pays et une menace pour la liberté individuelle et pour les droits même des Roumains, auxquels il ne resterait plus aucune garantie, si une pareille violation des lois pouvait être tolérée, nous croyons remplir envers Votre Altesse un devoir sacré en lui faisant connaître des faits parmi lesquels le moins grave est qualifié et puni comme crime par le Code pénal,

Nous la supplions, au nom de la justice et de l'humanité outragées, au nom de l'ordre monarchique et de l'indépendance qui peuvent être compromis, de faire usage de son intervention toute puissante pour mettre un terme à l'anarchie et pour rétablir l'ordre légal.

Ont signé:

Constantin démétre stocrdza, ancien Ministre;

Prince Georges A. Stourdza, (1), idem;

Nicolas Mavrocoudato, idem;

Constantin Soutzo, sénateur;

Théodor Callimachi, ancien agent politique;

Major Étienne Rosetti;

Basile Pogor, président de la cour d'appel;

Pierre Palladie, conseiller à la même cour;

Lasca Ciurea, idem;

Emanuel Epurano, (74) ancien minisire el sénateur;

Michel Iora, dépiuté;

Léon Iacovacht, ex-sénateur;

Pierre Carp, sénateur;

Nicolas, sénateur.

N° 64.

Télégramme de Jassy à M. Adolphe Crémieux, à Paris.

Le ministre Braliano est parti pour Paris. La situation empire tous les jours. Le peuple qu'on a excité ne peut se tenir tranquille. Les étables sont encore maintenant encombrées d'hommes (75); ils n'ont pas de quoi manger, ne savent ou dormir. Si cela dure encore quelques jours, ils mourront.

Les militaires frappent les juifs sur la voie publique. Personne n'ose vous écrire; moi je me dévoue pour mes frères.

N° 65*.

Le consul Saint-Clair à M. Green (76).

Jassy, le 28 juin 1867. monsieur,

Le prince Charles est arrivé ici lundi dernier (24 juin) à 9 heures du soir environ.

Le lendemain Son Altesse a reçu le corps consulaire.

Le même soir, j'écrivis au Minisire des travaux publics, pour demander une audience qui fut accordée hier. A cette occasion, j'informais Son Altesse que j'avais reçu de vous des instructions que je devais communiquer à Son Altesse, notamment que le gouvernement de Sa Majesté espérait que pendant la visite du prince à Jassy, il ferait une enquête sur les plaintes des juifs et qu'il mettrait un terme à la persécution à laquelle ils pouvaient être sujets.

Son Altesse répondit qu'Elle était résolue à mettre fin à toute persécution contre les juifs, et que les personnes coupables de ces actes seraient sévèrement punies. Elle ajouta qu'elle se préoccupait beaucoup de satisfaire les désirs des consuls des gouvernements anglais et français...

... Je fis observer à Son Altesse que malheureusement les lois paraissaient ici être considérées comme une lettre morte par les autorités et, comme preuve, j'ajoutai qu'il y a environ trois mois j'avais été volé, et le voleur, l'argent et les effets qui m'avaient été pris furent saisis par la police le lendemain et furent vus par mon drogman; mais, malgré plusieurs lettres écrites par moi aux autorités à ce sujet, je n'obtins pas un mot de réponse; je ne savais pas non plus si le voleur était toujours en prison, ou si l'argent et les objets volés étaient entre les mains de la police.

Quatrièmement, je saisis cette occasion pour parier à Son Altesse de la grande insubordination et du manque de discipline parmi les troupes cantonnées ici, spécialement dans les régiments vala-ques, et je citai quelque cas de grave insubordination commis par ceux-ci...

... Les officiers qui ont maltraité des juifs l'autre jour sont arrêtés et seront punis.

A.-B. Saint-Clair.

N° 66*

M. Green à lord Lyons (77).

Bucharest, 16 juillet 1867.

Je suis certain que le prince Charles donnerait sa vie plutôt que d'être intentionnellement pour quelque chose dans la persécution des juifs.

Hier, j'ai appris que dix juifs, pendant qu'ils étaient chasses de l'autre côté du Danube, ont été jetés par-dessus bord et que deux d'entre eux ont élu noyés. Ceci est tout ce que je sais de certain ace sujet; mais, comme il est très-important que l'opinion publique en Europe sache ce que supporte ce peuple dans cette affaire, j'ai télégraphié la nouvelle à lord Stanley, ajoutant que le prince était attendu ici, et que, d'autre part, je devais aller chez Son Altesse, pour appeler son attention sur un état de choses dont ce crime prouvait l'existence.

Ci-joint une traduction de la version de cet incident, qui a été publiée dans le journal Monitorul, dans laquelle Votre Excellence verra que les Turcs sont accusés d'avoir jeté les juifs dans le Danube, ce qui, même si c'était vrai, ne diminuerait en rien la faute des Roumains d'avoir été cause de cet accident lamentable.

N° 67.

Extrait du monitorul du 41-16 juillet 1867 (78).

Le Conseil des ministres, dans sa séance d'aujourd'hui, lundi 8/15 juillet 1867, prenant en considération la dépêche que M. le Ministre de l'intérieur a reçue du préfet du district Covurlui (Galatz), par laquelle il rapporte qu'un nombre de dix vagabonds, condamnés par le tribunal de Jassy à être renvoyés en Turquie, d'ou ils étaient venus, ont été le 2/14 courant, rapportés par les autorités turques, dans une barque, à Galatz, et que sur le refus des officiers de l'Echelle de permettre leur débarquement, les Turcs les ont jetés dans le Danube; que huit d'entre eux. ont été sauvés sur notre territoire, et que deux se sont noyés.

Le Conseil décide que, dans le plus bref délai, soit expédiée à Galatz une commission composée d'un haut fonctionnaire de la part du Ministère de la justice, d'un autre de. la guerre et d'un autre de l'intérieur, pour enquérir fidèlement et scrupuleusement sur cet événement, tout à fait en dehors de l'instruction judiciaire de l'affaire.

Les dispositions ci-comprises seront mises en exécution par les trois Ministères sus-nommés après la notification qui leur sera faite par M. le Ministre président,

C. A. Cretzoulesco, Stephan Golesco, J. Bratiano, Al. Vasesco, G. Adrian.

N° 68.

Dépêche de M. le Préfet du district de Covurlui (Galatz) à M. le Ministre de l'intérieur (79).

Dix vagabonds condamnés parles tribunaux judiciaires de Jassy et envoyés à la préfecture de Galatz pour être déportés en Turquie, d'où ils se disaient originaires, ont été transportés hier sur la rive opposée du Danube. Aujourd'hui, vers 11 heures du matin, une barque turque les a rapportés, et sur la déclaration de notre service de la frontière qu'ils ne pouvaient pas être reçus, le commandant de cette barque les a jetés dans le Danube; huit d'entre eux, tombant dans un endroit peu profond, ont été sauvés sur notre rive, ou ils ont été reçus, mais deux se sont noyés.

Comme vous le voyez, monsieur le Ministre, le fait regarde le commandant turc. Une commission, composée du premier procureur du tribunal civil, du procureur militaire et du chef de la police de la ville, a été formée pour constater le fait. Je crois nécessaire de vous informer de cela.

N° 69.

M. Cretzoulesco à M. Green (80).

Bucharest, le 4/16 juillet 1867.

Monsieur l'agent,

je relevé dans une communication du Ministère de l'intérieur que, parmi les vagabonds se trouvant en Moldavie et qui devaient être expulsés du pays, en vertu d'une sentence judiciaire, dix d'entre eux, ayant déclaré être originaires de la Turquie, avaient été dans ce but transportés à Galatz et conduits sur la rive du Danube appartenant à l'empire ottoman.

Or, un télégramme de la préfecture de Covurlui, de hier 3/lo juillet courant, a fait connaître au Ministère de l'intérieur qu'une barque ottomane s'était dirigée vers la rive du fleuve appartenant à la Roumanie. ' Cette barque contenait les individus sus-men-tionnés.

Le commandant de cette embarcation, sur le refus fait par l'officier supérieur du piquet établi sur ce point de notre rive de permettre le débarquement de ces individus, quitta le rivage et les fit jeter dans le fleuve, où huit d'entre eux, étant tombés dans un endroit où l'eau était peu profonde, purent être sauvés par la population de Galatz; mais malheureusement les deux autres se noyèrent.

La cause de ce triste incident ne peut donc être attribuée qu'au commandant turc. ainsi qu'il a été constaté par une instruction judiciaire faite à Galatz par les soins des autorités locales.

Toutefois, le Conseil des ministres vient de décider qu'une commission composée de M. le premier procureur de la Cour de cassation, du directeur général du Ministère de l'intérieur, et de M. le colonel Yarca, de la part du Ministère do la guerre, se réunira incessamment à Galatz pour s'y livrer aux investigations les plus scrupuleuses sur ce triste incident. Je m'empresserai, Monsieur l'Agent, de vous en communiquer ultérieurement le résultat.

J'ai cru de mon devoir de porter ces informations à votre connaissance, monsieur l'Agent, pour vous mettre en position de pou'* voir répondre avec parfaite connaissance de cause, à toutes les demandes que votre Gouvernement pourrait vous faire à cet égard.

Veuillez, etc. Cretzoulesco.

N° 70.

Protestation du corps consulaire lors de la noyade de Galatz (81).

Galatz, 3/15 juillet 1867. monsieur le préfet,

Les consuls européens soussignés viennent d'apprendre, par la voix publique et des informations exactes, les tristes événements qui se sont passés hier dans le port de Galatz.

Huit à dix israélites ont été expulsés samedi dernier du pays par ordre de l'autorité locale. Les gendarmes les ont transportés dans un petit bateau sur la rive turque.

Parmi ces pauvres gens se trouvait aussi un vieillard qui était si faible, que deux soldats furent obligés de le soulever pour le pousser dans le bateau. Mais au lieu de remettre les malheureux au poste turc de Zatoka, les soldats chargés d'exécuter les ordres de l'administration les conduisirent sur l'île inhabitée située en face de Galatz, qui était inondée d'eau, et les jetèrent, comme ils l'avaient déjà fait antérieurement, dans le marais.

Les soldats turcs les recueillirent samedi elles ramenèrent hier à Galatz, où ils voulaient les remettre au poste stationné devant le capitanat du port. Au lieu de recevoir ces malheureux complètement épuisés de fatigue, qui, d'après ce qu'on nous assure, sont des sujets moldo-valaques, les soldats roumains les poussèrent dans l'eau à coups de crosse et de baïonnette.

Deux juifs, savoir le vieillard malade dont il a été question et un jeune homme, menacés par les baïonnettes, cherchèrent à se sauver sur le bateau turc, mais ils n'y parvinrent pas, et, entraînés par le courant, ils se noyèrent. Le poste roumain ne fit pas la moindre tentative pour sauver ces deux hommes, qui périrent sous ses yeux et tout près du bord, tandis que la barque turque, conduite par trois zouaves, s'éloignait.

Un canot du bateau à vapeur Mercure, de la Compagnie autrichienne du Danube, s'avança au plus vite, mais il arriva trop tard pour les sauver. Les autres individus furent définitivement

Le Consul d'Autriche,

Le Consul de France,

Le Consul de Grande-Bretagne,

Le Consul d'Italie,

Le Vice-Consul de Prusse,

Le Consul de Russie,

A. de Kremer.

V. Castaing, Gérant. Georges B. Ward, Stef Castelli, Blücher.

A. Romanenko.

reçus et emprisonnés, après qu'on les eut quelque temps laissés dans l'eau, exposés au soleil le plus brûlant.

Nous ne savons pas si parmi ces Israélites se trouve un sujet étranger, niais en face des persécutions dont les Israélites sont l'objet dans ce pays, nous considérons comme un devoir rigoureux de protester énergiquement, au nom des gouvernements que nous réprésentons, contre cet acte de barbarie et d'en rejeter toute la responsabilité vis-à-vis du monde civilisé sur vous, monsieur le préfet, et sur l'autorité supérieure.

Agréez, etc.

#N° 71.

Interpellation de lord Stratford de Redcliffe à la Chambre des Lords (82).

SÉANCE DU 1er JUILLET 1867.

Lord Stratford de Redcliffe se levé pour proposer qu'une adresse soit présentée à S. M. la Reine, dans le but de demander copie des correspondances qui ont pu être échangées entre le Gouvernement de Sa Majesté et la Sublime-Porte, ou l'hospodar des principautés danubiennes, sur les mesures adoptées par le Gouvernement de ce pays pour priver les juifs résidant en Moldavie de leurs biens-fonciers et les exiler de leurs foyers, ou même de toute la contrée. Il rappelle à ses collègues que la contrée où ont eu lieu les conflits auxquels il fait allusion dans la présente motion, a été placée sous la surveillance spéciale du Gouvernement anglais et de ses puissants alliés. Des informations qu'il a recueillies, il résulte que dans la principauté de Moldavie, une grande partie de la population a été depuis longtemps de la religion juive; et en général, à quelques exceptions près, communes à toutes les parties de l'Europe, ces citoyens devaient jouir du calme et avaient été mis à même d'exercer leur industrie sans être molestés. Mais, il y a quelques semaines, on est venu subitement les attaquer, en se fondant pour cela, non-seulement sur les préjugés religieux enracinés chez le peuple, mais encore sur une ordonnance positive du Ministre de l'intérieur de ce Gouvernement.

... Il est donc convaincu que le Gouvernement anglais aura fait ce qui est juste; mais il est cependant désirable que le Parlement sache quelles mesures ont été prises et quel est l'état présent des relations entre le Gouvernement et celui dont on se plaint. Il veut montrer, par une citation du traité de 1858, quelle est la position des juifs moldaves; l'article 45 du traité est conçu en ces termes:

» Les Moldaves et les Valaques seront tous égaux devant la loi, devant l'impôt et également admissibles aux emplois publics dans l'une et dans l'autre principauté. Leur liberté individuelle sera garantie. Personne ne pourra être exproprié que légalement, pour cause d'intérêt public, et moyennant indemnité. »

Malgré cela et quoique les israélites soient indigènes, on viole en leur personne ledit article des traités, en les maltraitant et en les opprimant. Voilà pourquoi, en somme, il fait la motion de l'adresse dont il a donné connaissance.

 Le comte de Denbigh exprime un blâme énergique en apprenant la manière dont les malheureux juifs ont été traités. Dans tout ce qu'il vient d'entendre, rien ne justifie un tel traitement, et on n'a pu alléguer avec raison qu'une population, aussi paisible et aussi industrieuse, ait été une cause de dérangement pour les autres habitants. Il voit seulement que les classes moyennes sont jalouses de leur activité. Il pense donc que le Gouvernement anglais doit exercer toute son influence sur cette contrée pour obtenir justice en faveur des juifs.

 Le comte de Malmesbury, en réponse aux deux préopinants, fait savoir que le Gouvernement anglais s'était empressé d'agir, malgré cette difficulté qu'il s'agissait d'une affaire d'intérieur, du genre de celles dont l'Angleterre doit s'occuper aussi peu que possible à l'étranger; pour le moment, il ne saurait en dire davantage.

 Lord stratford de redcliffe, en entendant cette explication, déclare qu'il retire sa motion, en se réservant la liberté de porter l'attention de la Chambre sur ce sujet dans une prochaine occasion.

N° 72*.

Circulaire confidentielle de M. le ministre de l'intérieur, M. Etienne Golesco, à MM. les préfets (83).

 

Monsieur le préfet,

Tout Roumain sait que le grand nombre ne juifs qui se trouvent dans les Principautés et dont beaucoup n'ont pas de moyens de subsistance honnêtes, est une calamité pour le pays et que le Gouvernement a le devoir de prendre toutes les mesures propres à obvier à ce fléau dont notre tolérance peut faire un danger.

Jusqu'à ces derniers jours, les journaux étrangers ont donné à notre peuple et à notre Gouvernement les qualifications les plus offensantes, comme celles do persécuteurs religieux, de barbares, de contempteurs de l'humanité.

Grâce à l'attitude digne opposée à ces démonstrations hostiles par la nation roumaine et par le Gouvernement de Son Altesse, la vérité s'est fait jour, elle a été reconnue en Europe, et la presse indépendante a commencé à avouer que ce ne sont pas les Roumains, le peuple le plus tolérant de la terre, même au temps on les persécutions religieuses étaient à l'ordre du jour en d'autres pays, qui méritent des reproches, mais ceux-là qui ont exploité une mesure d'hygiène purement locale, prise dans l'intérêt de la nation roumaine.

Malheureusement, parmi ces esprits malveillants, il s'en est aussi trouvé que, par respect pour notre race, je m'abstiens d'appeler Roumains.

Le Gouvernement et les Roumains ont néanmoins paré le coup et la question a pris une autre tournure.

Ce n'est ni par leur silence, ni par des moyens indignes, mais par une attitude en harmonie avec leurs traditions que le Gouvernement et les Roumains ont fait changer à leur avantage le sentiment de l'Europe.

Si nous voulons donc, monsieur le préfet, agir de concert pour délivrer la Roumanie du danger qui la menace, agissons néanmoins avec adresse et prudence, afin de ne pas appeler sur nous de nouveaux périls, après être heureusement entrés au port.

Gardons-nous de donner sujet à l'accusation d'intolérance;

les Roumains, je le répète, non-seulement ne connaissent pas l'intolérance, mais encore ne veulent pas la connaître.

Vous savez, monsieur le préfet, que des efforts antipatriotiques faits mal à propos équivalent dans leurs effets à des actes de trahison.

Non-seulement tous mes collègues et moi, mais tous les amis de la Roumanie ont appris avec tristesse les arrêtés des autorités de district, si peu propres à calmer les esprits, tels, par exemple, que la défense aux chrétiens d'entrer au service des israélites;

Comment, devant de semblables dispositions, répondre à ceux qui renouvelleront contre nous leurs accusations d'intolérance ?

Que répondre à ceux qui nous demanderont: «Où est la garantie, proclamée par les lois du pays, de la liberté individuelle? »

Veuillez, monsieur le préfet, je vous en conjure au nom de la Roumanie, faire comprendre à tous vos subordonnés que le Gouvernement connaît le mal et s'efforce de le faire disparaître, mais qu'on doit avoir confiance en lui et lui laisser le temps de travailler, comme le doit un gouvernement bien ordonné, et s'abstenir de lui créer de nouvelles difficultés par l'excès d'un zèle patriotique.

Convaincu que vous aurez saisi l'esprit de cette communication toute confidentielle, j'ai confiance dans le succès, si vous ne refusez pas de concourir avec nous à éclairer ceux qui font obstacle à notre action.

Si cette lettre n'avait pas le résultat que nous en attendons, la solution du problème rencontrerait infailliblement de grandes difficultés, sinon maintenant, du moins sous le Ministère qui nous succédera.

Je vous autorise à donner également communication confidentielle de cette lettre aux chefs de municipalité.

Golesco.

N° 73.

Télégrammes adressés à M. Ad,. Crémieux, à Paris, concernant de nouvelles expulsions et liste des expulsés du district de Covurlui.

Galatz, 10 octobre 1867,

Plus de trente familles Israélites de notre district ont été chassées de leurs villages par ordre verbal des sous-préfets. Plusieurs d'entre eux sont sujets autrichiens; il y a même un Français. Toute leur fortune, fruit de longues années d'épargne, sera certainement perdue. Notre préfet, M. Lupasco, ne veut respecter ni les contrats de bail, même légalisés, ni les ordres des consuls. Les propriétaires mêmes, demandant le maintien de leurs contrais avec les fermiers Israélites, ne sont pas écoutés.

 

Galatz, 11 octobre 1867.

Le désastre est de plus en plus grand.

Jusqu'à présent, cent doux pères de famille, avec leurs femme, et deux cent quatre-vingt-cinq enfants, do trente-trois villes difë-rentes, ont été expulsés du district de Covurlui. Ils se lamentent et se considèrent comme perdus. Tout le malheur vient du préfes, qui parcourt en ce moment le district et, ordonne verbalementl ces actes de barbarie contre les juifs. On les prend, on les traîne par la barbe, par les cheveux; on pille tout leur avoir.

 

Le 8 octobre 1867.

Un israélite établi à Placinta depuis vingt-quatre ans, fermier du prince Ruspoli, de retour dans son village, a trouvé la porte de sa maison mise sous scellés. Le maire, interpellé, a déclaré qu'il avait l'ordre verbal de ne tolérer aucun juif dans son village.

Les jours suivants, une razzia d'israélites a été faite dans le district de Covuriui, par l'ordre du préfet Lupasco, ce préfet à qui les consuls de toutes les puissances européennes ont imputé l'affreuse noyade de Galatz. Il parcourt la province et préside à ces actes de barbarie. Parmi ces Israélites expulsés, il y a des sujets autrichiens, un protégé français; les consuls de France, d'Angleterre et d'Autriche ont réclamé. Ces malheureux chassés de leurs villages ont de petites fortunes qu'ils doivent abandonner à la merci des paysans. Le 7 octobre, le nombre des familles israélites expulsées de leurs villages était de 73.

Voici la liste des villages du district de Covuriui, d'où les israélites ont été expulsés:

Smulz, 9 familles; Verletz, 3; Krojesti, 8; Buken, 3; Bursi-can, 3; Maximen, 3; Kisk, 4; Serdar, 1; Kudelka, 13; Mosk, 4;

Fortirnesti, 4; Binassi, 1; Bolen, 4, propriété du prince Cantacu-zène; Doicesci, 4, propriété du prince Sculi; Criftei, 2, propriété du prince Codran; Placinta, 1, propriété du prince Ruspoli; Va-mis, 1, propriété du prince Taki; Mousina, 2, propriété du prince Alexandre Cristodore; Corne, 1, propriété du prince Malana;

Orlest, 1, propriété du docteur Lafari; Puttitoj, 1, propriété de M. Rosetti. — Total 73 familles.

 

Bacau, 4/16 décembre 1867.

Confirmant notre précédente lettre, nous venons par celle-ci vous annoncer que le sous-préfet Tachi-Taliano, de l'arrondissement de Bistritza, a ordonné aux maires de chasser tous les fermiers israélites, après les avoir déshabillés et déchaussés devant tous les paysans; et non-seulement eux, mais encore leurs enfants et leurs femmes. On leur a pris les clés de leurs maisons, de leurs caves et de leurs magasins. Les malheureux proscrits n'ont pas même la permission d'emporter un peu de farine de maïs pour la nourriture de leurs enfants. Le susdit sous-préfet a dressé un procès-verbal dans lequel on constate, mensongèrement, que les pauvres israélites des villages auraient dépouillé les paysans, en leur achetant leurs denrées à vil prix. Les maires ont clé contraints, par la menace, de signer ces procès-verbaux menteurs.

Depuis plusieurs jours, les malheureux Israélites, ainsi chassés, errent par le froid, en proie à la misère et à la faim, avec leurs femmes et leurs enfants. Aucun paysan ne peut leur donner l'hospitalité, même pour une nuit, car un ordre du sous-préfet impose une amende de 5 piastres à tout paysan qui recevrait un israélite dans sa maison.

 

VII événements de 1868. Discours du trône du Prince Charles. — Émeute de Berlad, du 25 decembre/6 janvier 1868. — Séance du 13/25 février à la Chambre des députés de Bucharest. Projet de loi des 31; mars 1868. Lettre de M. Moustier, Ministre des affaires étrangères, au Consul général de France à Bucharest, au sujet de ce projet.— Réponse de M. Boyard, gérant du consulat général de France. — Séance du 24 mars/5 avril 1868 à la Chambre des députés de Bucharest, concernant ce projet. —Expulsions. Suites de quelques ordres d'expulsion des mois de lévrier, mars et avril 1868. —Expulsions de Bacau. —Télégramme adressé à M. Ad. Crémieux. — Démentis officieux des expulsions du district de Bacau. — Protestation des consuls contre les expulsions.— Lettres de M. Boyard à M. Moustier, Ministre des affaires étrangères, sur ce sujet, et réponse de M. Moustier. — Note de M. Et. Golesco au consul général d'Autriche, niant les persécutions. — Réponse de M. le baron d'Eder. — Livre rouge autrichien. — Protestation de de M. Cracty contre les persécutions. — Lettres diverses adressées à M. Ad. Crémieux à l'occasion des persécutions. — Interpellation de sir Francis Goldsmid dans la Chambre des communes, le 24 avril 1868.— Note du Gouvernement roumain au consulat général d'Autriche, annonçant la réparation des dommages causés aux expulsés. — Séance du Sénat roumain du 16 mai 1868, et chute du ministère Bratiano.

N° 74.

Paroles prononcées par le prince Charles dans son discours du trône du 40/22 janvier 1868 (84).

J'aborde maintenant une question devenue très-délicate dans ces derniers temps: la question des israélites. Je répéterai, à cette occasion, la déclaration faite à diverses reprises par mon Gouvernement. Si, autrefois, la nation roumaine ne s'est jamais départie des principes d'humanité et de tolérance religieuse, ce n'est pas aujourd'hui, en plein xixe siècle, sous mon règne, qu'elle violera ces principes sacrés; et si, prenant pour prétexte des souffrances d'ordre économique, quelques individus ont cherché a. placer la question sur le terrain religieux et ont tâché de réveiller des sentiments d'animosité contre les israélites en général, ainsi qu'on l'a vu par les derniers événements de Berlad et de Calarach, vous pouvez être certains que ces tentatives avorteront, car les lois du pays donnent à mon Gouvernement des moyens suffisants, tant pour découvrir la vérité et pour mettre un terme à ces sortes de manœuvres, que pour garantir la société roumaine contre les résultats pernicieux qu'entraînerait le vagabondage au point de vue économique.

N° 75.

Lettre de Berlad sur l'émeute du 25 décembre/6 janvier 1868. Extrait de l'Echo danubien. (85)

Berlad, 12/24. janvier 1868.

Dans notre ville de Berlad nous avons vécu toujours mutuellement avec les chrétiens dans la plus affable sociabilité sans la moindre inimitié; mais depuis un an, il s'est formé partout des comités chrétiens pour persécuter les israélites, se servant de la presse libre pour les calomnier. Et qui sont ceux qui se mettent à la tête de cette persécution terrible? Ce sont quelques professeurs qui se disent libéraux. Pour comble de malheur, M. le Ministre Bratiano avait dissous la Chambre. Le Gouvernement envoya chez nous le prêtre Varnav pour le faire élire député. A quoi nous servait d'avoir des partisans parmi le peuple? Lui et les soi-disant libéraux formèrent des clubs, dans lesquels ce prêtre prêchait contre les israélites de la manière la plus barbare; aussi, après chaque sermon, nous nous trouvions dans le plus grand péril. Le peuple étant bon, ne pouvait être excité si aisément;

ce méchant prêtre réussit, parmi les paysans et avec l'aide du Gouvernement, à être nommé député.

Avec la mort funeste de Varnav commence une nouvelle ère... Les professeurs dits libéraux, leurs partisans et encore quelques autres du bas peuple espèrent faire une démonstration contre les israélites. Ils répandirent parmi le peuple la nouvelle, que les juifs et les boyards avaient mis fin à la vie dudit prêtre par le poison... Le peuple, en colère, commença l'émeute en cassant les vitres des fenêtres du Café national, café d'un israélite, d'où ils se jetèrent avec furie sur toutes les maisons et les boutiques des israélites. Quelques professeurs se déguisèrent en paysans afin de pouvoir mieux exciter le peuple, parce que ce n'était qu'une machine; on lui disait: Commencez! et il commença; on lui dit:

C'est assez ! et il cessa.

Pour prouver l'innocence du peuple, je ne veux que vous citer le fait suivant: Plusieurs marchands chrétiens, animés de meilleurs sentiments, se mirent devant quelques boutiques israélites pour les protéger contre la violence du peuple, et ainsi plus d'un malheur a été prévenu. Si le peuple était effectivement fanatique, comment un seul chrétien aurait-il pu suffire pour ménager quelques israélites? Le peuple était dirigé et irrité par des chefs, qui se tenaient cachés sous divers déguisements. Lorsque ces chefs se sont éloignés, la foule les a imités. Que faisait donc pendant ce temps-là la police? Elle prenait part aussi au pillage. 'La plupart cherchant leur plaisir au théâtre, laissèrent les biens et la vie des israélites devenir la proie de la foule furieuse.

Pendant ce temps, la foule donnait déjà l'assaut au café, pillait et détruisait tout, prétextant que les juifs avaient versé de l'eau chaude sur les chrétiens, ce qui n'est pas la vérité. C'est tout au plus un des émeutiers qui aura jeté de l'eau pour irriter le peuple contre les innocents israélites. Le lendemain la police faisait une enquête sur l'eau chaude versée; l'un des chrétiens se frottait les yeux pour les faire rouges, l'autre se frottait le cou pour paraître échaudé, et ainsi chacun voulait avoir reçu de l'eau chaude, et la police constatait que par le versement de l'eau chaude du juif Aller Buies il était résulté plusieurs blessures parmi les chré-tiens, et le peuple, pour cette cause, cassa encore quelques fenêtres, Ceux des émeutiars qui ont été arrêtés et interrogés par le procureur général ont déclaré qu'ils ne sont pas coupables, le chef de police leur ayant ordonné d'en agir pareillement... Ils accusaient aussi un Israélite, M. Aller Buies, d'avoir jeté de l'eau bouillante sur eux.

Celte accusation ne paraîtra pas sérieuse, si l'on réfléchit qu'un israélite ne peut pas avoir eu le courage de s'opposer à une foule nombreuse et irritée, armée, de haches et de massues. Quelques Roumains témoignèrent sous serment que M. Buies n'avait jeté ni eau bouillante ni eau froide, de sorte que M. le procureur généra], dans les conclusions de son réquisitoire, constata l'invraisemblance et l'absurdité de cette accusation.

N° 76.

Séance du 13/25 février, à la Chambre des députés de Bucharest, concernant l'émeute de Berlad. (86)

On communique la pétition do 150 habitants de la ville do Berlad, par laquelle ils démontrent à l'Assemblée que les événements du 25 décembre de l'an écoulé n'ont point été provoqués par le soupçon d'empoisonnement de feu l'archimandrite Varnav, mais qu'ils étaient l'œuvre de certains individus qui se font de ces désordres un métier.

M. N. voïnow. — Je désire, M. le Président, que le règlement s'observe, et que cette pétition soit envoyée aux Commissions; cependant, je demande avec instance que celte pétition ait la préférence sur toutes les autres, et qu'elle soit examinée en premier lieu. Voici pourquoi: vous voyez que la pétition elle-même jette certaines imputations sur des bandes qui se seraient soulevées contre les israélites....

.... Pour ces raisons, je demande que cette pétition soit examinée d'urgence, pour que la vérité se découvre d'autant plus vite, et que de semblables incriminations de la part des israélites cessent, car, comme dit le proverbe, « ce sont eux qui frappent, et ce sont toujours eux qui crient. » (Applaudissements).

M. le ministre de la justice. — L'instruction s'exécute et se continue même aujourd'hui et, d'après les découvertes qui se sont faites jusqu'à ce moment, tout semble prouver que ni les agents du Gouvernement, ni les citadins de Berlad n'ont pris part à ces désordres, mais uniquement les juifs. Cependant, comme je viens de vous le dire, l'instruction n'est pas terminée; dès qu'elle le sera, je vous la communiquerai.

N° 77.

Projet de loi des Trente-un.exposé DES MOTIFS. (87)

L'invasion des juifs en Roumanie, et particulièrement dans la Roumanie septentrionale, a pris dans les dernières années des proportions si considérables, qu'elle a épouvanté les populations roumaines; car elles se voient inondées d'une race a, part et hostile, qui a formé à côté de la nation roumaine une nationalité étrangère et opposée aux intérêts de celle-là.

L'indifférence qu'on a montrée jusqu'aujourd'hui en présence de cette sourde conquête de notre terrain économique et national a produit dans l'économie de l'Etat des perturbations profondes qui s'aggravent de jour en jour; car les mœurs paisibles du peuple roumain, son hospitalité libérale, ainsi que la vie facile que l'on peut mener dans le pays, sollicitent l'invasion continuelle des juifs des Etats voisins, dans des proportions telles, qu'ils forment aujourd'hui une population flottante de plus de 500,000 âmes.

En considérant ce fait rien que du point de vue de la proportion numérique, nous sentons combien est menaçante pour la Roumanie une colonie compacte de500,000 âmes, qui augmente continuellement, et sur laquelle aucune influence locale ni sociale du milieu où elle vit n'exerce le moindre pouvoir. Et cela vient de ce que la race juive se distingue des Roumains par son origine, ses mœurs, sa langue, ses traditions, sa religion et sa morale, et surtout de ce qu'elle s'obstine à rester absolument isolée de la société, et à se préserver de toute fusion avec d'autres races étrangères.

Au point de vue économique, celte indifférence a eu des résultats funestes; on a laissé se créer au milieu de la société roumaine un monopole monstrueux qui a détruit complètement le commerce et la petite industrie, en sorte que les juifs sont devenus aujourd'hui les maîtres absolus de nos places commerciales. Les effets produits par cette coalition dans l'ordre économique sont particulièrement frappants en Moldavie, où cette race s'est substituée aux négociants et aux artisans indigènes de toutes les -villes sans exception, et a pénétré même dans les communes rurales.

Cette substitution a été extrêmement préjudiciable à noire mécanisme économique; elle a isolé les uns des autres les différentes classes sociales par l'interposition d'un corps étranger qui refuse toute solidarité avec la population locale, et qui, en s'établissant parmi nous en nombre imposant, a détruit tout l'équilibre de nos forces nationales.

Le travail du peuple ne produit plus, dans des conditions si anormales, ses effets salutaires; les résultats du travail peuvent uniquement, par le concours de différentes opérations commerciales, parvenir à rendre complètement à la société les sacrifices que lui coûte la production.

Le commerce, accaparé par les juifs, détourne de leur cours les bénéfices du travail; car les capitaux produits par le commerce, qui autrefois fructifiaient entre les mains des Roumains et revenaient par mille canaux alimenter de nouveau les sources de la production, sont aujourd'hui aliénés et détournés de la sphère d'activité nationale; de là cette énervation et cette inertie qui se font sentir aujourd'hui de tous les côtés.

La concentration de nos capitaux dans des mains étrangères, à part le danger économique qu'elle présente, en excluant même l'idée de la possibilité d'une concurrence, a produit un autre mal qui atteint profondément l'ordre moral de l'État roumain.

Possesseurs de sommes immenses, et naturellement enclins à exploiter ceux d'une autre race, poussés par leur instinct prédominant do rapacité, les juifs se sont adonnés à l'usure sans la moindre réserve, et sur une telle échelle, qu'ils ont dépouillé et réduit à la misère des milliers de familles opulentes. L'usure est devenue une plaie affreuse qui s'est étendue sur tout le corps social et qui sèche la source même des forces vitales de la nation.

Cette monopolisation des capitaux est la cause la plus naturelle de la crise monétaire qui afflige depuis tant d'années le pays;

l'intensité croissante et la persistance de la crise sont encore une nouvelle preuve du degré de dérangement auquel est arrivée l'économie de l'État.

Il ne peut en effet y avoir équilibre entre les différentes forces d'un Etat que quand, par l'impulsion donnée à la concurrence naturelle, toutes les opérations de production et de change se font de manière à correspondre aux intérêts en jeu, c'est-à-dire, quand le prix des produits agricoles et industriels représente ap-proximativement les bénéfices que la société retire de leur possession.

C'est alors seulement que la société est intéressée à étendre et à augmenter la puissance de ses moyens, et du développement de ce mouvement actif résulte un état de prospérité, de progrès et de bien-être général dont profitent et l'individu et l'État.

Mais lorsque, entre le producteur et le consommateur, s'interpose, pour les isoler l'un de l'autre, un groupe de parasites étrangers qui lentement et secrètement monopolisent tout et changent ensuite les prix, non d'après le jeu naturel de l'offre et de la demande, mais seulement à leur gré, alors l'activité est frappée d'une atonie mortelle, les affaires sont interrompues, l'initiative s'amortit et s'éteint, car il manque la possibilité de la lutte et la conscience du succès.

Les dominateurs, n'ayant plus devant eux aucun obstacle, ne sentant plus aucune opposition qui puisse contre-balancer leurs instincts, créent des gênes et des crises factices et s'ingénient à trouver, même dans la misère du peuple, toute sorte de moyens d'extorsion pour satisfaire leur insatiable avidité pour le gain; car la misère est productive pour ceux qui ont la cruauté de l'exploiter.

C'est ainsi que naît bientôt la plus dure et la plus implacable de toutes les tyrannies, la tyrannie de l'argent, qui, exercée sur un peuple par des étrangers, anéantît tous les moyens de développement, empêche l'élan de toutes ses aspirations généreuses, et, sans qu'on s'en aperçoive, donne à son avenir un coup mortel.

Les progrès de cette coalition des juifs sont allés jusqu'à monopoliser les boissons et les objets d'alimentation publique.

En Moldavie, la spéculation à laquelle ces objets donnent lieu appartient exclusivement au commerce juif, en sorte que, outre la cherté arbitraire des aliments publics en temps normal, cet accaparement a produit encore des effets désastreux en temps de disette générale. La classe laborieuse est la plus menacée de l'avidité des monopolisateurs, qui emploient mille falsifications et mille mélanges nuisibles à la santé publique.

Un pareil état de choses est d'autant plus révoltant que le? Roumains sont forcés de se nourrir d'aliments et de boissons préparés par les juifs, quand ces derniers refusent avec dédain les aliments préparés par les Roumains, et qu'ils qualifient d'impurs, de tréfa.

Considérant qu'au point de vue financier ils fraudent l'État et nuisent à ses intérêts, parce qu'ils se soustraient systématiquement, par mille manœuvres et mille subterfuges, aux contributions et aux impôts qu'ils doivent à l'État pour la protection qu'il accorde à leurs personnes et à leurs biens;

Considérant qu'au point de vue national, les juifs sont un danger pour le peuple roumain, autant par leur nombre, qui s'élève a. 500,000 âmes, que par la résistance qu'ils opposent à toute fusion avec la race indigène;

L'histoire nous prouve d'une manière formelle que le judaïsme est caractérisé par la prédomination et par l'exclusivisme le plus sévère. Cette inclination naturelle, qui lui est innée, est la cause puissante qui l'a fait résister partout et lui a permis de se conserver sans se modifier au milieu des nations pendant un espace de temps de vingt siècles. Ainsi nous voyons que ni le temps ni la force des choses et des circonstances sociales du développement des peuples chrétiens n'ont pu avoir d'influence sur la race juive pour l'ébranler quelque peu dans ses traditions séculaires.

Les juifs, forcés par le besoin, se soumettent extérieurement à l'autorité des États non juifs, mais jamais ils ne peuvent consentir à en devenir une partie intégrante. Ils ne peuvent effacer de leur esprit l'idée de l'État judaïque, idée que nous voyons, à toute occasion, ressortir forte et vivace de toutes leurs actions;

et cela se comprend facilement, car les juifs ne sont pas seulement une secte religieuse, ils sont surtout l'expression de certaines particularités indélébiles de race, et de certaines croyances invincibles de nationalité. C'est pourquoi le juif de l'Espagne, de l'Angleterre, de la France et de la Pologne, n'est ni Polonais, ni Français, ni Anglais, ni Espagnol; il reste toujours juif comme ses ancêtres des temps bibliques.

La fusion entre les nations ne s'opère pas seulement par de simples relations de séjour et de commerce, mais par le mélange du sang et par le rapprochement des sentiments. Cela est impossible avec les juifs; car, puisque leurs tendances et leurs intérêts sont toujours fixés non dans l'État où ils vivent, mais en dehors de tout l'État non judaïque, ils sont poussés par une force instinctive à s'isoler au milieu des peuples qui les entourent. Ils sentent qu'ils ne peuvent faire cause commune avec les peuples chrétiens, car ils leur sont en tout diamétralement opposés. On a observé, au contraire, que quelque part qu'on les transporte, soit en grand nombre, soit en petit nombre, ils introduisent partout, par l'effet même de leur présence, de germes des destruction et de dissolution, car leur tendance est de s'élever partout sur la ruine des autres. Ils se croient déliés de toute reconnaissance envers les peuples qui leur ont donné l'hospitalité, parce qu'ils les regardent comme des usurpateurs; et c'est pourquoi ils font usage de tous les moyens pour acquérir de nouveau les droits de suprématie et de domination sur l'univers, droits qu'ils se croient assurés par leur antique pacte religieux;

Considérant qu'au point de vue commercial, les juifs ont compromis le négoce do la Roumanie, au dedans et au dehors, par les fraudes qu'ils emploient, et surtout par un système organisé de faillites de mauvaise foi, au moyen desquelles ils éludent les engagements qu'ils ont contractés, et ruinent ceux qui leur ont ouvert dos crédits ou qui se sont associés avec eux pour le commerce ou la spéculation;

Considérant qu'au point de vue politique, l'État n'est pas une fiction abstraite, mais l'expression d'une individualité nationale basée sur les idées, les croyances, les sentiments, les moeurs et les traditions d'un peuple, et que, pour cette raison, l'État est impérieusement appelé à chercher les moyens de développer les

forces du peuple et d'en diriger l'activité dans le sens de l'esprit national;

Les produits de l'activité d'un peuple sont d'autant plus marquants que ce peuple sera plus compacte et plus concentré; mais quand une nation se laisse fractionner et isoler dans ses diffé-rentes parties par des groupes étrangers et hétérogènes, la nationalité s'obscurcit; et quand l'union nationale est menacée, l'existence même du peuple est atteinte au cœur, parce que, dans de semblables cas, les libertés publiques finissant par devenir de vraies chimères. L'Etat roumain a avant tout la mission de relever la société roumaine, de veiller avec vigilance sur ses intérêts, et de la sauvegarder des influences qui peuvent lui être préjudiciables.

Et quand les croyances et les aspirations de quelques-uns sont en contradiction avec les intérêts nationaux, l'État a le droit de se prémunir par des garanties puissantes pour empêcher le mal; car si l'État se laissait conduire par un esprit de cosmopolitisme et cherchait à subordonner à des intérêts étrangers et isolés l'intérêt prédominant de la conservation de la nation, il se renierait lui-même et il commettrait le crime de lèse-nationalité;

Considérant qu'au point de vue religieux on ne peut pas invoquer la tolérance en faveur des juifs, de la part d'un peuple doux qui n'a persécuté personne pour sa confession, pas même dans les temps historiques;

Les juifs peuvent d'autant moins invoquer la tolérance que leur religion est la plus exclusive et la plus oppressive; car non-seulement le judaïsme n'admet personne au sein de sa famille religieuse, mais il condamne à la haine et à la persécution perpétuelle tous ceux qui n'appartiennent pas à la race Israélite.

Cet exclusivisme irréconciliable, qui s'est assimilé au sang de la race judaïque, entrelient la guerre continuelle qu'elle a déclarée aux hautes idées morales dont sont pénétrées toutes les institutions des États chrétiens, idées qui forment la base morale de notre société civile.

Surtout dans le cas dont il s'agit, il n'est pas juste d'invoquer l.e principe de la tolérance, parce que la religion de la majorité est douée et humaine, tandis que la religion d'une fraction de sectateurs étrangers est intolérante et sauvage au point de considérer la société entière comme impie et sacrilège, et de maintenir strictement ses adeptes dans l'état de guerre permanente avec la population qui les a admis dans son sein. Les juifs considèrent le temps qu'ils passent parmi les autres peuples comme un temps d'expiation, d'épreuve et d'exil, et les habitants des pays où ils sont dispersés, comme des ennemis.

Ils attendent le moment promis où ils constitueront de nouveau une nation distincte; car c'est à quoi les encourage leur religion, qui leur fait entrevoir la perspective d'un avenir brillant, où finalement eux seuls domineront sur l'humanité entière.

Pour nous, il est un fait constaté qui résulte de tous ces détails, comme aussi de la persévérance tenace avec laquelle les juifs prennent racine et s'accroissent en Roumanie, c'est qu'ils essaient d'ériger ici cet État judaïque qui est la. première réalisation de leurs idées de prédomination sur les peuples chrétiens.

La religion judaïque est le plus grand obstacle à la fusion des juifs avec les races hétérodoxes, car cette religion est en même temps aussi une constitution politique et sociale qui suit l'individu dans toutes ses actions et dans toutes les époques de sa vie. Chez les juifs, la loi religieuse est aussi la loi civile et vice versa;

l'Etat et l'Église forment un tout qui se concentre dans le mot judaïsme.

Pour cette raison, aucun juif ne peut renoncer à cet État dans l'État tout théocratique, car autrement, il serait forcé de se séparer de son Église. C'est pourquoi le judaïsme, quelque part qu'il se trouve, est forcé de former un État dans l'Etat.

Comme religion, le judaïsme ne peut pas rester dans un juste milieu; il doit être ou dominé ou dominateur, car il constitue un culte spécial qui n'admet dans son sein que les descendants d'Abraham, regardant le reste de l'humanité comme hors la loi.

L'État roumain est tolérant pour le libre exercice de tous les cultes, mais il ne peut pas perdre de vue le contenu moral d'une religion semblable, dont les dogmes sont antisociaux, et dont le but principal est de ruiner les plus graves intérêts de la nation.

Considérant qu'au point de vue de la légalité, les juifs ne peuvent pas demander des droits égaux à ceux des Roumains, parce qu'ils ne veulent pas se défaire de leur exclusivisme séculaire et se soumettre loyalement aux charges et aux obligations des sociétés modernes, et qu'ils veulent au contraire conserve" absolument leur individualité de race distincte et séparée, et avoir le bénéfice de l'égalité des droits. En un mot, ils veulent être traités fraternellement de ceux qu'ils traitent en ennemis implacables. Le judaïsme ne peut donc pas réclamer des États chrétiens le bénéfice des principes d'égalité, parce qu'il ne peut pas leur en offrir la réciprocité.

Le droit écrit est une manifestation de la conscience nationale;

pour cette raison, ceux-là seulement qui, par leur conduite, savent s'identifier avec les intérêts de la nation et être utiles à la société au sein de laquelle ils vivent, ont le droit d'en réclamer le bénéfice, parce qu'ils consentent à se soumettre sans arrière-pensée à ses charges, en formant une communauté intime avec le peuple qui leur a donné l'hospitalité. Mais l'État n'est forcé, sous aucun prétexte, de sacrifier la totalité à une fraction; sans cela il accorderait à une minorité insignifiante le droit d'opprimer la grande majorité, ce qui constituerait la plus révoltante injustice.

Ainsi donc, de même qu'un peuple a le droit de se défendre par la force contre les invasions armées des ennemis de son existence, de même il a aussi le droit de se défendre contre ses ennemis, quand ceux-ci, bien qu'ils ne dévoilent pas leurs buts par des faits violents, cherchent cependant à troubler son repos, à désorganiser ses forces de développement, à détruire l'unité nationale; c'est alors pour lui un devoir de couvrir de l'égide des lois la prospérité publique qui se trouve menacée.

Si, à la suite de ces considérations, nous voulons profiter des leçons des temps les plus reculés pour éclaire." complètement cette question, nous trouvons assez de documents historiques qui prouvent que justement aux époques où l'Europe était animée de l'esprit de la plus dure intolérance religieuse, nos ancêtres donnaient un asile bienveillant à tous les réfugiés, sans différence de confession religieuse.

Depuis les temps les plus reculés, la Roumanie a été le refuge de tous les persécutés: les juifs ont également profité de notre hospitalité et de notre parfaite tolérance. Cependant nos ancêtres ont cherché a, concilier leurs élans généreux avec les garanties et les assurances nécessaires au repos et à l'aisance du peuple roumain, qu'ils ne voulaient pas laisser exposé aux éventualités d'une générosité imprévoyante.

C'est pourquoi nos anciens princes roumains, en recevant les juifs qui fuyaient leurs barbares voisins et en leur accordant une liberté complète dans le pays, leur ont donné à entendre que seulement ceux qui versent leur sang pour ce pays peuvent invoquer d'autres droits que ceux de l'hospitalité; quant à eux, obligés de se tenir séparés de la société roumaine, — comme le prescrit leur loi, — ils ne pouvaient pas, pour cette raison, demander le bénéfice d'une société à laquelle ils ne peuvent donner des compensations équivalentes. Par conséquent, les juifs n'étaient que des hòtes que les Roumains avaient reçus dans leur sein, en leur imposant des conditions qui leur permettaient de vivre en repos et en liberté. Nous voyons donc que, quand ils abusaient de l'asile qu'on leur avait accordé en exaspérant les Roumains par leurs fraudes, les princes étaient forcés de les expulser du pays.

Tel a été l'état des juifs jusqu'à l'époque des princes fanariotes; le pays, passant alors par de nouvelles phases politiques, arriva, entre autres malheurs qui le frappèrent, à de déplorables conséquences économiques. Comme les Roumains perdirent alors le droit de se gouverner eux-mêmes, et que le sentiment national fut détruit systématiquement par les princes nouveaux, leur pays devint le théâtre des invasions et des occupations armées et économiques de tous les étrangers. De cette époque date aussi le commencement de la prospérité des juifs, attirés parles bénéfices de l'ère de la corruption qui avait été inaugurée.

Les juifs se sont multipliés en proportion directe avec la décadence croissante de la société roumaine, et avec l'humiliation du peuple. Mais l'immigration juive a pris un grand développement à partir de l'année 1828, après l'invasion moscovite, quand le pays, ébranlé par toute sorte de souffrances, arriva à une misère inouïe, augmentée encore par l'introduction de nouveaux vices et l'établissement d'un système bureaucratique corrompu.

En sorte que le nombre des juifs, qui s'élevait à peine alors à 25,000 âmes, s'accroît d'une année à l'autre, et en 1844 s'élève à 55,000, en 1854, à 160,000, et aujourd'hui, à plus de 300,000 âmes; c'est-à-dire que dans la période de 1844 à 1854, le chiffre moyen annuel de l'immigration est de 10,500 âmes; et dans la période de 1854 à 1837, la moyenne annuelle se monte à 36,154.

Ces chiffres ont une éloquence irrésistible, parce qu'ils correspondent avec la décadence de nos forces économiques, avec la dénationalisation des villes de la Moldavie, avec la monopolisation du commerce roumain, avec l'irruption des juifs dans les villages, avec la diminution de l'argent, l'accroissement de la crise financière, et avec l'ensevelissement des biens fonciers du pays sous une énorme dette hypothécaire.

L'état moral et matériel de la Moldavie est arrivé à un degré de décadence qu'on ne peut comparer qu'avec celui de la Gallicie et de la Podolie, qui gémissent sous le fardeau et la pression hideuse des juifs;

Considérant que les lois antérieures, aussi bien que les lois postérieures au Règlement organique, contiennent des dispositions particulières par lesquelles on régularise la situation des juifs en Roumanie;

Ainsi, en 1804, M. Morus, par une disposition administrative communiquée aux autorités du pays, fait voir les ennuis causés aux habitants par les fermiers juifs, et défend aux juifs d'affermer des terres.

Le Code Callimachi défend aux juifs, par le paragraphe 1430, d'acheter des propriétés immobilières dans le pays. En 1830, le Divan judiciaire de la Moldavie, consulté si les juifs peuvent affermer des terres, a déclaré, en se basant sur les us et coutumes du pays, qu'il leur est défendu d'affermer des terres.

Le Règlement organique, bien qu'introduit sous l'influence et l'inspiration de la Russie, a respecté à cet égard les coutumes du pays, et entre autres dispositions relatives aux juifs, se trouve aussi celle qui leur défend de s'établir comme fermiers dans les campagnes.

La législation générale de la Moldavie de 1843 défend aux juifs d'habiter les villages et de tenir des cabarets et des auberges le long de la route.

De même, le Manuel administratif comprend diverses dispositions à l'égard des vagabonds juifs, obligeant les autorités locales et celles de la frontière à les chasser des campagnes et à demander aux autres juifs un capital en argent comptant pour l'exercice d'un métier honorable, et une garantie suffisante pour assurer la communauté où ils s'établissent contre la perpétration de faits nuisibles aux intérêts des citoyens (Manuel administratif, sect. IV et V, vol. I, pages 511-529).

Enfin la loi du 24 août 1864, relative aux droits des étrangers domiciliés en Roumanie, reconnaît le droit d'acheter des propriétés immobilières seulement aux étrangers chrétiens; par conséquent, cette loi interdit aux juifs d'acheter des propriétés dans les communautés urbaines aussi bien que dans les communautés rurales.

Le législateur de 1864, bien que prédominé de l'influence de certaines idées cosmopolites dangereuses pour la nationalité roumaine, n'a pas osé ne tenir compte du sentiment général et a étendu même aux juifs les bénéfices de la loi.

Toutes ces législations, tant celle du Règlement organique, du Manuel administratif, que celle de 1864, sont toutes en vigueur; mais, par une interprétation erronée, ceux qui ont été à la tête du Gouvernement et ceux qui uni eu la mission d'appliquer ces lois, les ont négligées ou n'ont pas voulu les appliquer. D'un autre côté, les juifs n'ont pas cessé d'entreprendre toute espèce de machinations pour se soustraire aux prohibitions de ces lois, et cela est arrivé faute d'un mode de sanction, d'un moyen de prévenir les violateurs de ces lois.

Basés sur ces considérations, basés sur les lois traditionnelles (consuétudinaires) et sur les lois positives du pays, et considérant que toutes ces législations ont été dictées par la nécessité impérieuse de garantir les Roumains de l'exploitation juive et d'écarter les périls qui menacent notre nationalité; considérant que les législateurs des autres pays se sont également vus forcés de mettre un terme aux maux causés par les juifs, et voyant le danger qui menace le peuple roumain, tant sous le rapport économique que sous le rapport national, et qui nous impose le devoir d'apporter le plus vite possible des remèdes efficaces à un état de choses qui s'aggrave sans cesse, les soussignés ont l'honneur de proposer à la représentation nationale le projet de loi suivant:

Projet de loi.(88)

art. 1er. — Les juifs ne pourront s'établir dans les communes urbaines sans l'autorisation des conseils communaux. Ils ne pourront s'établir dans les communes rurales, sous aucun [ré-texte, fùt-ce même temporairement.

art. II. — Les juifs coupables de contravention à l'article précédent seront considérés comme vagabonds.

Le conseil communal décide et donne l'ordre de prendre les mesures nécessaires pour renvoyer les vagabonds chez eux.

art. III. — Les juifs ne peuvent avoir de propriétés immobilières, ni urbaines, ni rurales.

La vente et l'achat de tout immeuble en faveur d'un juif sont nuls de droit, et les deux tiers du prix seront consacrés aux institutions de bienfaisance locales, l'autre tiers est abandonné au dénonciateur.

art. IV. — Tout individu qui aura favorisé la violation des dispositions ci-dessus sera condamné à la perte de ses droits politiques, de trois à dix ans, et à une amende de vingt pour cent sur la valeur de l'objet acheté.

art. V. — Nul juif ne peut tenir en ferme ni terres, ni cabarets, ni moulins, ni distilleries, ni ponts, ni vignes, ni pacage, ni étables pour engraisser les bestiaux, ni parcs pour les moutons, ni auberges, ni hôtelleries sur les grandes routes. De même ils ne peuvent être preneurs pour aucune affaire de l'État, des communes ou d'un établissement public quelconque.

art. VI. — Il est interdit aux autorités de recevoir aucune demande émanant d'un juif pour des comptes d'association ou

d'autres affaires qui contreviendraient aux dispositions de l'article V.

art. VIl. — Pour qu'un juif puisse faire un commerce, un négoce ou un trafic, il doit posséder un billet d'autorisation spéciale délivré par les autorités de la commune où il a élu domicile.

Tout contrevenant à cette disposition sera puni d'une amende de cinquante à trois cents francs.

Les autorités ne peuvent donner cours à une réclamation émanant d'un juif qui ne posséderait pas le susdit billet.

art. VIII. — Tout commerce ayant pour objet des comestibles ou des boissons pour les chrétiens est interdit aux juifs. Ils pourront cependant vendre ces objets à leurs coreligionnaires.

Toute contravention à cette prohibition entraîne une amende de

cent à six cents francs. En cas de récidive, le billet d'autorisations sera retiré.

 

dispositions GÉNÉRALES.

art. IX. — Toutes les communautés et tous les comités israélites tolérés et autorisés jusqu'à présent dans les différentes villes sont et demeurent supprimés à partir de la publication de la présente loi.

art. X. — Toutes les lois, ordonnances, décrets et règlements contraires à la présente loi sont et demeurent abrogés à partir du jour de sa promulgation.

Signé: lancu negura, D. pruncu, N. voinov, Ion G. leca, A.-D. holban. Petru SUCIU, Costin braescu, I. strajescu, C. cor-jescu, D. tacu, Ion agarici, A. haretu, A.-I. geohgiu, I. lerescu, V. vidrascu, TH. latesiu, Dr. fetu, président de la Chambre, M. rufu, Casian leca, S. F. robescu. C. mortun. D. sorecu,

A.CILIBIDACHE, D. christea, isasescu, K. dimonisie, P. chenciu,

L. eraclide, A. ladarescu, I. codrescu, hajdeu.

N0 78.

Le Ministre des affaires étrangères au gérant du Consulat Général de France à Bucharest (89).

Paris, le 26 mars 1868.

Monsieur,

Une dépêche de la télégraphie privée, en date de Jassy, et reproduite parles journaux français, signale le dépôt à la Chambre des députés roumaine d'un projet de loi dont les dispositions auraient le caractère d'un véritable manifeste de persécution dirigé contre les Israélites dans les Principautés. Votre correspondance ne m'ayant donné aucune indication de nature à taire pressentir un pareil incident, je ne puis encore apprécier la nouvelle accueillie' par la presse, mais je me refuse à croire que le Gouvernement de Bucharest soit disposé à prêter son appui à une mesure qui ne tendrait à rien moins qu'à frapper d'interdiction toute une classe de la population moldo-valaque. Dans son discours d'ouverture de la présente session législative, le prince Charles a pris soin de dégager son Gouvernement de toute solidarité dans les attaques passionnées dont les israélites ont été l'objet depuis quelque temps, particulièrement en Moldavie, et il a renouvelé solennellement, en cette occasion, les assurances qu'il avait bien voulu nous donner l'année dernière. Nous avons donc la confiance que ses ministres sauront opposer une résistance efficace à toute tentative contraire aux principes d'humanité et qu'ils feront en sorte de maintenir les israélites en possession des privilèges dont ils sont fondés à revendiquer l'exercice.

Moustier.

N° 79.

Le Gérant du Consulat Général de France à Bucharest, au Ministre des affaires étrangères.

Bucharest, le 6 avril 1868. monsieur le marquis,

J'ai reçu la dépêche que Votre Excellence m'a fait l'honneur de m'écrire le 26 du mois dernier, relativement au projet de loi contre les Israélites soumis en ce moment aux Chambres roumaines. Bien qu'on ne puisse imputer au Cabinet actuel la responsabilité directe d'une mesure aussi contraire à tous les principes d'humanité, elle n'en est pas moins la conséquence de l'excitation que le Gouvernement a laissée se former depuis un an contre les israélites.

Il est permis d'espérer, après les déclarations formelles du Gouvernement, qu'un semblable projet de loi ne sera pas appuyé par le Ministère, ni sanctionné par les représentants d'un pays qui se prévaut en toute occasion de ses institutions libérales et progressives.

Veuillez agréer, etc...

Boyard.

N° 80.

Séance du 21 mars/5 avril 1868 à la Chambre des députés

de Bucharest. (Extrait).

M. Georghiu interpelle le Ministère et demande pourquoi il n'a pas encore organisé la garde nationale de Jassy.

M. Bratiano, Ministre de l'intérieur. — Il y a, Messieurs, dans toute l'Europe, un sentiment de réprobation, non pas seulement chez nos ennemis, mais chez nos amis, contre une mesure proposée ici et qui n'est pas conforme à nos traditions nationales (Applaudissements).

Si le Gouvernement ne s'est pas prononcé sur cette question jusqu'à ce jour, c'est que nous avons cru réussir, par notre influence particulière, à faire retirer ce projet.... Je l'ai espéré d'autant plus que j'ai vu la signature du Président (qui, par le siège qu'il occupe, devrait être le représentant de l'Assemblée) en tête de ce projet, ce qui ferait supposer que la majorité de la Chambre et le Gouvernement sont pour ce projet et qu'il est l'expression de la volonté de toute la nation. J'avais prévu que l'Europe en jugerait ainsi et s'indignerait contre nous. J'ai cru que les signataires du projet, et particulièrement M. le Président, sentiraient les graves difficultés qu'ils nous ont créées. Ce projet a donné à toutes les puissances garantes ou non garantes le droit de protester, car il s'y trouve des choses qui sont contraires aux sentiments du monde civilisé tout entier.... Eh bien ! Messieurs, si, après l'interpellation de M. Gheorgiu, j'avais donné à la ville de Jassy la garde nationale que la municipalité n'a pas même demandée, est-ce que nos ennemis ne diraient pas que le Gouvernement, en y consentant, a un autre but et qu'il est d'accord avec je ne sais avec qui ?

M. Codresco réplique qu'il votera le projet de loi, dût l'Europe entière le traiter de barbare.

M. Bratiano. — Messieurs, M. Codresco a dit qu'il savait bien qu'en présentant le projet de loi, il attirerait sur lui toutes les calomnies et que le monde entier en serait révolté. Il est certainement très-héroïque de faire une chose, lorsqu'on sait d'avance qu'elle soulèvera l'indignation du monde entier; mais, ce qui n'est pas héroïque, c'est de faire cette chose, lorsqu'on sait qu'elle attirera le blâme sur sa nation (Applaudissements).... J'ai reçu des lettres, Messieurs, non pas de nos adversaires, mais de nos amis, de ces étrangers qui ont lutté pour la cause commune, et même avec plus de désintéressement que beaucoup de Roumains. Ils nous écrivent chaque jour que ces dispositions sont contraires à nos intérêts nationaux, et que ces mesures ne peuvent se justifier à aucun point de vue.... Pourquoi ne pas croire que la nation et le Gouvernement sentent le besoin (de combattre les juifs) aussi bien que vous? Est-ce vous seulement qui savez qu'en nous laissant encombrer par des vagabonds, nous souffririons et que c'en serait fait de nous?

M. Gheorgiu. — Vous souffrez platoniquement.

M. Bratiano.— Messieurs, il me paraît que justement M. Codresco, qui a parlé aujourd'hui pour la première fois dans la question israélite, a été platoniquement atteint jusqu'à présent, tandis que moi, vous le savez, à cause de cette question même, j'ai été forcé de me retirer (en 1867) du Gouvernement.

....Aucune nation ne peut vivre quand elle est réprouvée par tout le monde. Une nation ne se tue pas seulement par le canon et la baïonnette, mais aussi par la réprobation générale.

N° 81.

Texte de quelques ordres d'expulsion des mois de février, mars et avril 1868 (90).

Sous-préfecture de Racova, département de Vaslui.

Sur votre référât sous numéro 789, je vous réponds que vous relisiez l'ordre 6151 ou vous verrez qu'après l'office de M. le Préfet, N° 2269, qui répète les ordres des nos 5839 et 5024 on demande avec urgence l'expulsion des israélites des communes. Par conséquent, je vous invite à exécuter ces ordres sans aucun retard, en me référant immédiatement le résultat. (91)

N° 4316. démètre iarco.

Sous-préfecture du l'arrondissement de Bistrita du Josu. 884. N° 105. 12 mars 1868.

L'adjoint, ainsi que deux archers, sont chargés d'exécuter l'expulsion des juifs hors de la commune.

Monsieur le maire,

Considérant que par suite des ordres de M. le Préfet, basés sur ceux de M. le Ministre de l'intérieur, relativement à l'interdiction faite aux juifs de séjourner dans les communes rurales, vous avez aussi reçu dos ordres en ce sens;

Considérant qu'aussi le Conseil communal, par les procès-verbaux faits l'année dernière, prescrivait de ne plus permettre aux juifs d'entreprendre une entreprise quelconque, lesquels procès-verbaux étant approuvés par le Conseil permanent vous ont été communiqués;

Considérant que la plupart des accis communaux entrepris par les juifs ont expiré à la fin de l'année 1867, à partir de laquelle époque leur expulsion aurait dû être mise en exécution, conformément aux ordres antérieurs que je vous ai communiqués, ainsi que celle des juifs qui sont venus s'établir dans votre commune après les dispositions prises par l'administration;

Considérant qu'à l'inspection que j'ai faite dans votre commune, je me suis convaincu que vous avez totalement négligé les ordres que je vous ai donnés à diverses reprises; je vous ordonne, dans le délai de cinq jours, que vous ayez à expulser de votre commune les entrepreneurs d'accis communaux dont le terme est expiré, ceux arrivés dans la commune après la disposition administrative qui vous est connue, ainsi que ceux dont le terme est expiré sans posséder un nouveau bail revêtu de la forme légale.

Vous m'informerez du résultat et n'attendez plus une répétition, sans cela vous serez suspendu et envoyé devant la justice. (92)

Pour le sous-préfet, Zotta.

A monsieur le maire de la commune de Letea.

N° 93

15 mars 1868.

Monsieur l'adjoint a été chargé de l'expulsion des juifs hors de la commune.

Sous-préfecture de l'arrondissement de Bistrita de Josu.

N° 1031. A suivre l'ordre antérieur.

N° 107. Bacau, le 19 mars 1868.

 

Monsieur le maire,

Le terme pour l'expulsion des juifs des communes rurales, que je vous ai communiqué par ordre sous le N° 884 du 12 courant, étant expiré, et n'ayant pas reçu encore de vous référat sur son exécution, je vous informe que je suis parti en révision, et si je constate que vous contreveniez aux ordres donnés, sachez que je suis résolu de vous destituer et de vous envoyer devant la justice.

Pour le sous-préfet, Zotta.

N° 101.

19 mars 1868.

M. l'adjoint a été chargé d'exécuter l'expulsion des juifs hors de la commune.

MAlRIE DE LA COMMUNE DE MOVILENI.

Avril 1868.

A messieurs les juifs de cette commune.

En vertu des ordres de M. le sous-préfet respectif, numéros 1,639, 1,783 et 2,192 de l'année 1867, qui ont été motivés sur les ordres supérieurs, et basés sur l'explication qui m'a été donnée par l'ordre numéro 505 de l'année courante, vous êtes invités à quitter cette commune d'ici à vingt-quatre heures, parce que, vous autres juifs, vous n'avez pas le droit de vous établir dans les communes rurales.

Le maire, N. Gheorghie.

Liste des familles expulsées dans le district de Bacau, à Ocna.

Communes de Ripile, 5 familles; Grosesci, 3; Bogdanesci, 2; Onesei, 4; Bogdan, 1; Zuvenirésie, 1; Onesti, 1; Trotusu, 1; Casca, 3; Bogdanavitz, 1.

N° 82.

Télégramme adressé à M. Ad. Crémieux, à Paris.

Jassy, 10 avril 1868.

M. Lecca, préfet de Bacau, retourné de Bucharest, a fait chasser, dans les 24. heures, 500 familles juives demeurant dans les villages du district. Vieillards, femmes, enfants, sont livrés à la plus grande misère et meurent de froid et de faim.

N° 83. Démenti officieux des persécutions de Bacau (93).

Le Levant Herald a reçu (du Gouvernement roumain?) la note suivante:

(Communiqué). Bucharest, 22 avril 1868.

... Il n'est pas vrai que les juifs soient persécutés à Bacau. Quelques-uns d'entr'eux n'ayant pu réussir à prendre à ferme les cabarets de quelques communes rurales, se sont rendus au clief-lieu du district sans avoir été molestés...

N° 84.

Protestation des consuls européens contre les expulsions du district de Bacau.

Jassy, le 15 avril 1868.'

Sur l'invitation de M. de Wolfarth, chef de l'agence et consulat général d'Autriche en Moldavie,

Les soussignés, consuls d'Angleterre, d'Autriche, de France, de Grèce, de Prusse et de Russie, dans le seul but d'éclairer et de fixer exactement MM, les agents et consuls généraux à Bucharest sur les faits déplorables qui viennent d'avoir lieu en Moldavie (district de Bacau), se sont réunis à l'effet d'entendre, avec les déclarations qui leur ont été faites par les israélites les plus recommandables de Jassy, la lecture des pièces et rapports reçus de l'agent consulaire d'Autriche à Bacau, relativement aux événements qui se sont passés dans les communes rurales de ce district.

A la suite de ces déclarations et de la lecture de ces pièces et rapports, les soussignés ont clé unanimes à reconnaître qu'il n'est pas douteux pour eux que les mesures de vexation et d'expulsion dirigées aujourd'hui contre les israélites sont des faits très-réels et complètement avérés.

En conséquence, les soussignés ont été amenés avec regret à se convaincre que les dénégations si catégoriques opposées aux agents et consuls généraux de Bucharest, par le Gouvernement roumain, sont en contradiction flagrante avec les faits qu'ils ont été en position de constater.

Saint-Clair, consul d'Angleterre; de Wolfarth, consul d'Autriche, CH. Delaporte, consul de France, Lakel-Laridès, consul de Grèce; Goering, consul de Prusse; Kartschewsky, consul de Russie.

N° 83.

Le gérant du Consulat Gêneral de France à Bucharest au Ministre des affaires étrangères (94).

Monsieur le marquis, il est difficile de recueillir à Bucharest des informations précises et dont on puisse garantir l'exactitude sur les nouveaux actes d'intolérance dont les israélites ont été récemment victimes...

Après avoir reçu un télégramme m'annonçant que cinq cents familles du district de Bacau avaient été expulsées des communes rurales et sa trouvaient abandonnées sans pain et sans abri, je m'étais rendu chez le Ministre des affaires étrangères. L'Agent d'Autriche, qui avait reçu les mêmes informations, fit une démarche analogue auprès de M. Étienne Golesco, qui répondit au baron d'Eder, comme à moi, que ces faits étaient controuvés, et que le Gouvernement en avait l'assurance positive. Le lendemain, un communiqué, inséré au Journal officiel des Principautés, déclarait que ces bruits étaient dénués de fondement. Le surlendemain, 9 avril, le communiqué suivant figurait dans la première colonne de la feuille officielle: «A la suite des investigations prescrites, il a été constaté que, dans le district de Bacau, six familles Israélites, qui s'étaient établies dans les communes rurales, ayant cessé de prendre en entreprise les taxes de ces communes, se sont transportées dans la ville sans aucune contrainte.» L'Agent d'Angleterre a également reçu de son Gouvernement l'ordre de faire de pressantes démarches en faveur des expulsés.

Boyard.

N° 86. Le gérant du Consulat général à Bucharest au Ministère des affaires étrangères (95).

Bucharest, le 25 avril 1868.

Monsieur le marquis, le Ministre des affaires étrangères des Principautés-Unies vient d'adresser une circulaire aux agents des puissances garantes à Bucharest au sujet des derniers actes d'intolérance qui se sont produits en Moldavie contre la population israélite. (Suit l'analyse de cette pièce).

Votre Excellence n'a pas oublié que lors des premières persécutions dirigées contre les israélites, et plus récemment encore, à l'occasion de l'agitation produite par les Comités bulgares, le Gouvernement roumain avait cherché à dégager sa responsabilité d'une façon analogue, en déclarant officiellement que les faits dénoncés à l'étranger étaient sans fondement et que le retentissement qu'ils avaient produit était le résultat d'une intrigue dirigée contre les hommes actuellement au pouvoir. Je n'ai pas mission de défendre la conduite des agents autrichiens; mais il est tout naturel que l'Autriche étant la seule puissance représentée à Bacau, Fockschani, Vaslui et autres localités où la persécution à commencé, ses agents aient les premiers donné l'alarme en Europe. Du reste les rapports des Consuls de Jassy ont été unanimes pour certifier les faits en question, et Votre Excellence aura différentes pièces officielles émanant des autorités locales, qui établissent la vérité d'une manière incontestable. Outre ces divers documents, noire Consul à Jassy m'a transmis la liste nominative des familles expulsées des divers districts, ainsi qu'une copie du procès-verbal signé par lui et tous ses collègues, en réponse aux dénégations que le Gouvernement roumain a opposées aux Consuls généraux à Bucharest. Je ne manquerai pas, du reste, de répondre dans le sens qui précède à la communication de M. Golesco.

Boyard.

N° 87.

Le Ministre des affaires étrangères au Consul de France à Bucharest (96).

Il nous est pénible de constater que nos exhortations et nos conseils n'ont point eu le résultat que nous devions en attendre, et la lumière qui s'est produite sur les regrettables événements de Bacau ne ne nous permet plus de différer l'expression officielle des sentiments que de pareils faits étaient de nature à nous inspirer.

Moustier.

N° 88.

Note du Ministre roumain des affaires étrangères, M. Etienne Golesco, à l'agence et consulat général d'Autriche du 10/22 avril 1868.

Les imputations malveillantes dont le Gouvernement de Son Altessse Sérénissime a été l'objet à tant de reprises, ont reçu jusqu'à présent de si constants et si formels démentis du rétablissement des faits après enquête, que nous avons pu nous croire fondés à espérer que les assertions de même nature ne seraient plus désormais accueillies sans contrôle.

Entre autres bruits complètement inexacts que je pourrais mentionner, je rappellerai, pour me borner à un seul fait, la fausse nouvelle répandue, il y a déjà quelques mois, de l'expulsion en masse des familles Israélites en Moldavie. Vous n'avez sans doute pas oublié, monsieur le baron, que les recherches qui eurent lieu à cet égard réduisirent le fait à ses véritables proportions, et que, conformément aux tableaux officiels qui vous furent communiqués alors, il fut aisé d'établir que sur un millier tout au plus de vagabonds appartenant à des nationalités diverses, et même à la nationalité roumaine, dont l'expulsion fut jugée nécessaire, il ne figurait guère qu'une trentaine de juifs, tous gens sans aveu, comme les autres coexpulsés.

L'assertion précitée était donc une pure calomnie. Après en avoir fait justice, il y avait conséquemment lieu de supposer qu'elle ne se reproduirait pas. Cet espoir ne s'est pas réalisé: l'invention que nous présumions coulée à. fond, remonte à la surface avec une obstination difficile à expliquer; elle tend à devenir périodique, et c'est M. le consul d'Autriche à Jassy qui, celte fois encore, s'est gratuitement chargé de sa propagation avec un empressement dont on ne peut pas le féliciter, car une investigation préalable, sagement indiquée par la nature de la nouvelle, lui eût épargné une démarche dont il ne doit pas inoins que nous regretter les effets.

Il nous a été pénible d'apprendre, monsieur le baron, que sur la foi de cette information accueillie sans réserve, les Gouvernements des puissances garantes auraient, en vue de sauvegarder les intérêts des israélites, recommandé à MM. les représentants en Roumanie une surveillance qui, impliquant des suspicions blessantes, dénote, à l'égard du Gouvernement de Son Altesse, une méfiance que ses procédés humains et loyaux ne justifient pas.

Il est donc de mon devoir, Monsieur le baron, de protester une fois de plus, avec tous mes collègues, contre ces accusations sans fondement, dirigées contre nous avec une persistance qui n'a d'égale que leur fausseté, et je le fais en regrettant très-vivement que MM. les agents des puissances garantes, pour la plupart, n'aient pus hésité davantage à se prononcer sur des faits qui ne leur étaient connus que par des renseignements inexacts, alors que dus informations puisées à des sources plus certaines les eussent mis à même de fournir, au prix d'un léger retard, à leurs Gouvernements respectifs, des documents conformes à la vérité.

Voici en tout cas, monsieur le baron, à quoi se réduit le f;iit qu'on met présentement à notre charge: quelques communes du district de Bacau n'ayant pas consenti à renouveler les baux précédemment passés avec quelques israélites, à qui elles avaient donné en ferme les taxes sur la vente des spiritueux, il en est résulté que les ci-devant fermiers, qui sont d'ailleurs en petit nombre, ont quitté d'eux-mêmes des localités ou leur présence était sans objet, par suite de la décision qui mettait fin à leur trafic.

Quant à ces transactions, naturellement facultatives de part et d'autre, en s'y refusant, les communes n'ont fait qu'user de leur droit; et pour ce qui est du Gouvernement, auquel on voudrait en faire remonter la cause, il n'y est et ne saurait y être pour rien, puisqu'il n'a pas le droit de s'immiscer dans les contrats, qui n'émanent que du libre arbitre des municipalités.

Les intéressés l'ont, du reste, si bien reconnu, qu'il ne leur est pas venu dans l'idée de protester contre cette détermination. Enfin c'est très-volontairement, je le répète, qu'ils se sont rendus au chef-lieu du district où, du reste, ils ont été accueillis sans la moindre difficulté de la part des autorités locales. Vous voyez, monsieur le baron, qu'il n'y avait pas là matière aux. imputations dont le Gouvernement a été l'objet.

Péniblement affecté des tribulations qui résultent pour lui de ces procédés de dénigrement continu, qui, dans maints rapports officiels, revêtent les apparences d'une hostilité systématique, le Gouvernement de Son Altesse ne sait, monsieur le baron, à quelles causes les attribuer, car il ne pourrait se les expliquer que par un parti pris irrévocablement de lui créer des difficultés, en fomentant au sein du pays des germes d'agitation perpétuelle.

Mais ce serait là, monsieur le baron, une explication en contradiction flagrante avec les témoignages répétés d'une bienveillance antérieure, et nous no saurions admettre que les puissances garantes, qui ont tant fait pour -la Roumanie, soient tentées de revenir sur leur œuvre en suscitant des obstacles à notre réorganisation laborieuse.

En vous priant, monsieur le baron, de vouloir bien donner communication de ce qui précède au Gouvernement de Sa Majesté l'Empereur, je saisis cette occasion pour vous renouveler les assurances de ma haute considération.

Stefan Golesco.

N° 89.

Réponse de M. le baron d'Eder, agent et consul général d'Autriche, en, date du 24 avril 1868.

Par suite des démarches réitérées que j'ai eu l'honneur de faire auprès de vous dans l'intérêt des israélites persécutés en Moldavie, vous m'avez adressé, le 22 du mois courant, une note, dans laquelle vous protestez contre des accusations dont — d'après vous — la persistance n'a d'égale que leur fausseté.

La nouvelle des dernières persécutions des israélites en Moldavie ne m'était d'abord parvenue que par le télégraphe. A ces renseignements très-concis et incomplets, vous opposiez des dé-mentis formels, basés sur des rapports de M. le Préfet de Bacau. J'ai dù attendre l'arrivée des lettres et pièces, dont on m'avait annoncé l'expédition.

Ce n'est qu'hier que la poste m'a apporté des relations circonstanciées; elles m'ont mis à même d'établir la vérité et de constater, d'une manière irrécusable, les tristes détails qui ont accompagné les mesures prises contre les israélites en Moldavie.

J'ai actuellement, entre les mains une série de documents qui prouvent à l'évidence que la mesure de l'expulsion des Israélites des communes rurales a été appliquée dans presque tout le district de Bacau. Les quelques familles israélites qui y sont encore tolérées ont dû acheter cette tolérance à prix d'argent.

C'est l'organe du Gouvernement princier, c'est M. le Préfet Lecca, qui a donné, le premier, l'exemple de ces persécutions, en expulsant de ses propres terres les sept familles juives qui s'y trouvaient.

Dans le district de Vaslui, vingt-deux familles ont été chassées, toutes ayant pris à ferme, en vertu de contrats légalisés par les maires de ces localités, des cabarets, auberges, moulins, ponts et branderies.

Dans le district de Foltischeni, les sous-préfets ont signifié l'ordre aux propriétaires moldaves de ne plus renouveler, à la Saint-Georges, leurs contrats de fermage avec les juifs, en prévenant ces propriétaires de s'y conformer strictement, s'ils ne voulaient pas s'exposer à des mesures de rigueur.

A Bacau, la garde nationale, qui s'était rassemblée à l'occasion des fêtes de Pâques, s'est portée à commettre des excès sur des sujets autrichiens de la religion mosaïque; on ne s'est pas borné à insulter les vivants, même les lieux de sépulture ont été ignominieusement profanés. Les démarches du staroste d'Autriche auprès des autorités locales sont restées sans effet.

Pour mieux vous éclairer au sujet des expulsions et vous mettre des preuves entre les mains, j'ai l'honneur de vous communiquer en copie trois ordres émanés de la mairie de Bérèschti.

Je tiens aussi à votre disposition une requête signée par soixante et onze familles israélites expulsées des communes rurales, une autre du Comité israélite de Bacau, puis une liste nominative sur laquelle est consigné un grand nombre de familles Israélites chassées des communes rurales de Bacau; enfin la liste de vingt-deux familles expulsées du district de Vasiui.

Je possède en outre copie d'un télégramme adressé à M. J. Bra-tiano, par M. Cracti, ci-devant préfet; ce dernier réclame contre les mesures prises à l'égard des israélites et démenties par le Gouvernement princier.

De plus, je vous informerai, monsieur le Ministre, que les chefs des consulats d'Autriche, d'Angleterre, de France, de Prusse, de Russie et de Grèce à Jassy, s'étant réunis pour entendre les dépositions des principaux israélites et différents rapports officiels sur les regrettables événements dans le district de Bacau, ont constaté la fausseté des dénégations qui avaient été adressées au Ministère parles organes du Gouvernement lui-même.

Je n'ai signalé ici que les documents les plus importants; j'en ai d'autres que je m'empresserai de produire, dès que vous m'en aurez exprimé le désir. Après la lecture de ces pièces, il serait difficile, je crois, de continuer à démentir plus longtemps que le projet de loi contre les israélites n'a pas reçu en fait son exécution en Moldavie.

Dans la note du 22 avril, vous accusez M. le consul général d'Autriche à Jassy de s'être chargé de la propagation de ce que vous appelez des inventions, et ce que je dois appeler la reproduction exacte des faits qui se sont bien réellement passés et qui sont. aujourd'hui constatés d'une manière irrécusable.

Il m'a été pénible, monsieur le Ministre, que, sur la foi d'informations inexactes et recueillies sans réserve, vous eussiez dirigé des accusations contre un fonctionnaire impérial dont l'honorabilité ne saurait être mise en doute, et qui, dans le cas donné, a fait preuve d'un zèle qui eût dû mériter vos suffrages. A la vérité cet organe du Gouvernement impérial a signalé le premier le commencement d'exécution d'un projet de loi que le Gouvernement princier lui-même a stigmatisé du haut de la tribune.

Vous ne vous êtes pas borné, monsieur le Ministre, à me communiquer vos appréciations que je n'hésite pas à qualifier d'erronées. Vous êtes allé plus loin, vous les avez t'ait parvenir officiellement aux représentants des puissances garantes à Bucharest.

Je me flatte de l'espoir qu'aujourd'hui, mieux éclairé sur le véritable état des choses en Moldavie, vous vous empresserez de rectifier cette communication aussi inexacte que blessante.

Il ne suffit pas, monsieur le Ministre, de porter à votre connaissance les violences et les excès d'autorité qui ont eu lieu en Moldavie, il est encore de mon devoir d'insister auprès de vous, à ce que vous vous interposiez auprès du Gouvernement de Son Altesse Sérénissime, à l'effet que des ordres instantanés et pé-remptoires soient données aux autorités princières, de faire cesser les persécutions dirigées contre les israélites, que des mesures énergiques soient prises à Bacau pour assurer l'ordre et la tran-quilité dans la ville et le district; que ceux qui se sont rendus coupables des actes que j'ai eu l'honneur de vous signaler soient traduits devant la justice et punis selon les exigences de la loi;

qu'enfin les familles expulsées des communes rurales soient réinstallées dans leurs foyers et dédommagées des pertes que leur expulsion violente et illégale leur a fait subir.

Veuillez, etc.

Baron d'Eder.

N° 90*.

Livre Rouge autrichien de 1868 (97).

L'intolérance religieuse dont sont animées plusieurs classes de la population moldo-valaque, a donné lieu aux déplorables excès qui se sont produits contre les juifs dans quelques villes et villages et qui ont donné l'exemple d'un arbitraire aussi condamnable que digne de flétrissure aux yeux du monde civilisé.

Non-seulement des raisons d'humanité, mais le fait qu'au nombre des victimes se trouvaient des sujets de Sa Majesié, ont obligé les consuls impériaux-royaux à intervenir auprès du Gouvernement princier, pour la protection des israélites poursuivis et expulsés et pour le dédommagement des perles à eux infligées. C'est à l'action de ces agents, soutenus avec énergie par les consuls de France, d'Angleterre et de l'Allemagne du Nord, que sont principalement dus les secours et les indemnités obtenues pour les victimes.

N° 91.

Lettre d'un Roumain au Ministre de l'intérieur de Roumanie. Bacau, le 10 avril 1868.

Le 26 mars, jour de Pâques des israélites, a été choisi pour chasser ceux-ci des communes rurales. On a employé les moyens les plus vexatoires et les plus inhumains. Le cabaretier qui réside depuis vingt-cinq ans à Calougara, et dont le contrat avec moi a encore trois années à courir, a été et est encore victime de ces vexations.

Je ne viens pas plaider en faveur de la religion de Moïse ni des israélites qui pourront même être expulsés de ce pays; mais je crois qu'il serait bon d'attendre l'abrogation des lois existantes et le vote de la loi libérale et humanitaire présentée à la Chambre et destinée à faire époque et à honorer les Roumains. Alors les intérêts engagés devront nécessairement se liquider par la force de la loi. Je vous prie de me dire, monsieur le Ministre, quelle est jusqu'alors la loi qui me défend de louer mes cabarets à qui bon me semble, fùt-ce même à des Chinois? Quelle est l'autorité légale qui a pu déclarer nuls mes contrats avec les israélites ?

Si cette autorité est à ce point puissante, je la prie d'annuler du même coup mes dettes envers les israélites, sans quoi il y aurait anomalie. Je fais appel à vos sentiments et demande votre protection pour n'être pas lésé dans mes droits par des mesures illégales et dépourvues de toute équité.

Cracty.

N° 92.

Lettres diverses adressées à M. Ad. Crémieux, président de l'Alliance israélite universelle, à l'occasion des persécutions de 1868.

Berlin, le 2:3 février 1868.

Monsieur,

J'ai l'honneur de vous informer, en réponse à la lettre que vous m'avez adressée le 4 courant, que le Gouvernement du Roi vient d'inviter de nouveau son représentant à Bucharest à employer toute son influence pour assurer à vos coreligionnaires en Roumanie la protection qui leur est due dans tous les pays dont la législation s'inspire des principes de l'humanité et de la civilisation.

Je suis, du reste, fermement convaincu que les intentions du prince Charles sont entièrement d'accord avec nos désirs, et que Son Altesse appelle de tous sus vœux le développement des institutions du pays, qui facilitera au Gouvernement l'exercice d'une protection également bienveillante pour toutes les classes des habitants et d'un effet plus prompt que par le passé.

Recevez, Monsieur, l'assurance de ma considération très-distinguée.

de Bismarck.

LÉGATION D'ITALIE

Paris, le 22 mars 1868.

Monsieur,

Je m'associe de toute l'indignation de ma raison et de tout mon cœur aux sentiments que vous ont inspirés les dernières nouvelles de Jassy, touchant la présentation d'un projet de loi inqualifiable sur le traitement des juifs.

Heureusement, celle cause n'a plus besoin d'être plaidée devant la conscience de l'Europe du xixe siècle, et j'espère que, malgré cette odieuse démonstration, qui sera à tout jamais une honte pour ses auteurs, elle triomphera aussi en Roumanie. Je saisis cependant avec empressement l'occasion que vous avez bien voulu m'offrir par votre lettre pour témoigner hautement de mes sympathies inaltérables en faveur de vos coreligionnaires persécutés, et des vœux que je forme pour la prompte cessation d'une intolérance qui, à cette heure, n'est plus qu'un scandale public.

Veuillez agréer, Monsieur, les assurances de ma considération et de mes sentiments très-distingués.

Nigra

AMBASSADE IMPÉRIALE OTTOMANE.

Paris, 27 mars 1868.

monsieur le président,

J'ai eu l'honneur de recevoir la lettre que vous avez bien voulu m'adresser, sous la date du 26 mars courant, et par laquelle vous me demandez l'intervention du Gouvernement ottoman, à l'effet de porter à la connaissance des puissances les mesures rigoureuses projetées contre les israélites dans les Principautés danubiennes.

Je m'empresse'de vous informer que, dès aujourd'hui, je transmets à S. A. Fuad-Pacha votre demande.

Je profite de cette occasion, monsieur le Président, pour vous renouveler l'assurance de ma haute considération.

Djemil.

 

AMBASSADE D'ANGLETERRE.

Paris, 27 mars 1868.

Monsieur,

Je m'empresse de vous accuser réception de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser en date d'hier, ainsi que du télégramme qui y était joint.

La nouvelle que vous m'y annoncez était déjà parvenue à la connaissance du Gouvernement de la Reine, qui n'a pas manqué de transmettre immédiatement à l'agent de Sa Majesté, à Bucha-rest, les instructions nécessaires.

Je saisis cette occasion, Monsieur, pour vous assurer de l'intérêt que porte le Gouvernement, de la Reine à la cause de la communauté Israélite en Europe, ainsi que de la part que j'y prends toujours personnellement, et je vous prie, Monsieur, d'agréer

l'expression de mes sentiments distingués.

Lyons.

 

AMBASSADE DE PRUSSE.

Paris, ce 2 avril 1868.

Monsieur,

Je me suis empressé de transmettre à M. le comte de Bismarck la lettre que vous avez bien voulu m'écrire en date du 26 mars, et par laquelle vous réclamez l'appui de Sa Majesté le Roi, mon auguste maître, auprès du prince Charles de Roumanie, en faveur de la population juive de ce pays.

Vous avez déjà pu juger, par la lettre de M. le président du Conseil du 22 février dernier, du vif intérêt que le Gouvernement du Roi attache à cette question.

L'empressement avec lequel M. le comte de Bismarck a donné suite au désir exprimé dans votre lettre du 26- mars, en est un nouveau témoignage.

Son Excellence me charge de vous informer que le consul général de Prusse à Bucharest a été immédiatement invité par voie télégraphique à faire au prince Charles les plus vives représentations contre le projet de loi relatif aux israélites qui vient d'être soumis à la Chambre de Bucharest.

Agréez, monsieur le Président, l'assurance de ma considération très-distinguée.

L'Ambassadeur de Prusse,

Comte de Goltz.

Paris, 11 avril 1868.

Monsieur,

Le Ministre des affaires étrangères a reçu la lettre que vous lui avez adressée hier, pour lui transmettre une dépêche télégraphique de la communauté israélite de Jassy, relative à l'expulsion de cinq cents familles Israélites du district moldave de Bacau.

A l'époque où vous avez signalé à l'attention du Ministre les premières plaintes de vos coreligionnaires motivées par des faits de cette nature, le marquis de Moustier s'était empressé de prescrire aux agents français à Bucharest et à Jassy des démarches, à la suite desquelles il avait reçu du Gouvernement roumain les assurances et les déclarations les plus explicites. Il avait donc tout lieu de croire que les mesures administratives adoptées à l'égard des israélites et contre lesquelles il avait réclamé étaient abandonnées, et qu'il n'y avait plus à s'alarmer pour la sécurité de vos coreligionnaires en Roumanie.

L'incident de Bacau, signalé ces jours derniers, avait été aussitôt démenti de la manière la plus catégorique par le Gouvernement roumain et par les journaux dos Principautés, ce qui permettait d'espérer qu'il ne se confirmarait, pas. Toutefois, Monsieur, votre lettre et le télégramme qu'elle contient font craindre au ministre qu'il n'en soie pas ainsi, et il rue charge de vous faire connaître qu'il a immédiatement donné, par la télégraphe, à nos agents dans les Principautés, l'ordre de s'enquérir, avec toute la précision possible, des faits qui se seraient produits, afin de le mettre à même d'apprécier les démarches qu'il y aurait lieu de faire.

Agréez, Monsieur, les assurances de ma haute considération.

Le Chef du cabinet, Comte de saint-vallier.

N° 93.

Interpellation de sir Francis Goldsmid, dam la Chambre des Communes d'Angleterre, du 24 avril 1868.

lord stanley répond au sujet de la question qui a été mise sur le tapis par l'honorable baronnet et qui a trait à la persécution, qu'il ne s'agit de rien moins que d'une persécution qui s'exerce en ce moment contre la race juive dans les Principautés. Je puis assurer l'honorable gentleman que cette question n'excite pas moins vivement mes sympathies que les siennes. (Attention.) Je crois que c'est là une affaire qui louche les chrétiens plus au vif que les juifs eux-mêmes; car si la souffrance tombe sur les juifs, c'est le déshonneur qui tombe sur les chrétiens. (Vifs applaudissements.) Je ne connais pas d'autre exemple, à notre époque, d'une série d'actes d'oppression commis, je ne dirai pas simplement sans provocation, mais je dirai sans aucun motif raisonnable ni même intelligible.

Quant à la permission ou à l'encouragement que ces actes auraient obtenus des autorités locales, ou, comme je le crois, du Gouvernement roumain lui-même en certains cas, je ne saurais expliquer cette connivence qu'en supposant chez un gouvernement faible et peu scrupuleux une tendance positive à spéculer sur les plus mauvaises passions des classes infimes de la population. (Attention.) Cela posé, il est juste de dire que le prince Charles s'est exprimé d'une manière très-énergique à ce sujet, et je crois que, dans la mesure de son autorité personnelle, il a fait et il fera encore tout ce qui lui sera possible pour empêcher la continuation da ces actes de violence.

Le Gouvernement anglais n'a point perdu de vue cette affaire et, no la négligera point non plus à l'avenir. Il est peut-être bon de vous dire que, sans être prévenu de la discussion qui allait être soulevée à ce sujet, dans l'occasion présente, j'ai envoyé dans l'après-midi une dépêche nouvelle, renfermant des remontrances énergiques à propos de nouveaux faits portés à ma connaissance par l'honorable membre lui-même. Les gouvernements de France, d'Autriche et de diverses autres puissances continentales tiennent le même langage, et j'ai la confiance que ces manifestations du sentiment public de l'Europe ne resteront pas sans effet.

(Le noble lord reprend sa place au milieu d'applaudissements unanimes et prolongés.)

N° 94.

Note adressée par le Ministère des affaires étrangères de Roumanie au consulat général d'Autriche à Bucharest, en date du 23 juin /7 juillet 1868 (98).

En réponse à la note que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser à la date du 30 juin et dans laquelle, après m'avoir exprimé la satisfaction du Gouvernement impérial, de l'empressement du Gouvernement princier à faire disparaître toute trace de malentendu entre les deux cabinets, vous touchez la question de l'expulsion de certaines familles israélites de communes rurales;

je suis heureux de pouvoir vous dire que tous les faits contraires à la justice portés à votre connaissance, ont été réparés avec un soin d'autant plus jaloux que c'était commandé par la dignité et l'honneur de l'État, en même temps que conforme à mes propres sentiments. Je dois ajouter que les actions judiciaires auxquelles ont donné lieu les faits regrettables de Berlad et de Kalarasch, se poursuivent activement, sans retard sur les dommages et intérêts comme sur la peine. Nous espérons que rien ne viendra plus troubler entre nous une bonne harmonie à laquelle nous attachons d'autant plus de prix que nous sommes limitrophes et pouvons, à l'occasion, avoir des intérêts analogues.

Veuillez agréer, etc.

Bratiano.

(Ministre de l'intérieur par intérim.)

N° 95*.

Séance du Sénat roumain du 16 mai 1868 (99).

M. Jonesco avait demandé que le Ministère donnât commu-nication de la correspondance avec les puissances, au sujet des juifs.

M. bratiano, Ministre., demande qu'il en soit dispensé. M. jonesco. — Quoi ! vous avez encore le courage de parier de vagabonds, après qu'il est constaté que vous avez expulsé 500 juifs, dont 200 indigènes? Oh! monsieur le Ministre, nous en avons assez des blessures que vous nous avez faites. Nous nous sommes tus et nous avons pris patience, mais ces temps sont passés. Nous voulons parler et vous demander compte de votre conduite. Vous avez dit au Sénat: a Vous parlez beaucoup et ne faites rien. » Eh bien ! si nos discours sont de trop, apportez les pièces diplomatiques, afin que nous connaissions cette politique mystérieuse que vous cachez à la nation. (Bruit).

Du banc du Ministère. — A l'ordre !

M. Costaforu, Président. — Monsieur le Ministre, c'est vous que je rappelle à l'ordre..

M. Bratiano, Ministre. — Vous avez préparé ce scandale, continuez-le.

M. le président. — Monsieur le Ministre, au nom de la fonction que je remplis, je vous rappelle de nouveau à l'ordre...

La proposition de M. Jonesco est votés par 29 voix contre 4.


Notes

65.        Ce document et un grand nombre de ceux qui suivent sont empruntés aux trois séries de documents imprimes par le gouvernement anglais pour le Parlement, et portant les litres suivants: Correspondence respecting thé persécution of Jews in Moldavia, presented to both Houses of Parliament by cuminand o filer Majesty. 1867, London, printed by Harrison and Sons.—Vurther Correspondence respecting, etc., in continuation, of papers presented to Parliament, July, 1, 1867. Presented to both Hoitses, etc., London, Harrison, etc. — Further Correspondance, etc., in continuation o f papers presented to Parliament, July, 9,1867.Presented, etc. London, ibid. Dans nos notes, ces documents sont respectivement désignés par les mots suivants: Correspondance I, Corresp. II, Corresp. III.

66.        Corresp. I, p. 4.

67.        Correspond. I, p. 12.

68.        Patrie du 30 mai 1867.

69.        Par le gouvernement français? Corresp. I, annexe 4 au N° 9, p. 21.

70.        Moniteur universel, 23 nov. 1867.

71.        Corresp., I, p. 2.

72.        Corresp. I, N° 6.

73.        Corresp. I, p. 11.

74.        Nous avons rectifié quelques-unes des signatures d'après le Pays Roumain du 9 avril 1868 n. s. Le document anglais porte entre autres les noms suivants: Prince Grégoire Stourdza; Lascar Cruire; Em, Iepureano; Michel Tora; Tacovachi.

75.        Probablement expulses des campagnes..

76.        Corresp. III, p, 1.

77.        Corresp. III, p. 4.

78.        Ibidem.

79.        Corresp. III, p. 4.

80.        Corresp. III, p. 5.

81.        Opinion Nationale du 25 juillet 1867. Correspondence, III, p. 8.

82.        Arch. isr. 1867, p. 684.

83.        Allg. Ztg. d. J., 1868, p. 24.

84.        Pays roumain, N° 4, du 23 janvier 1868.

85.        Écho dan. 2/14 février 1868.

86.        Arch. isr., 1868, p. 265.

87.        Arch. isr. 1868, p. 411 et 462.

88.        Pays Roumain du 19 mars 1868,

89.        Affaires étrangères. Documents diplomatiques, 1869, p. 91 et 92.

90.        On en trouvera un grand nombre d'autres dans l'Écho danubien du 3/15 mai 1868.

91.        Écho dan., 16/28 fév. 1868.

92.        Siècle. 29 avril 1868.

93.        aff. étr., Docum. diplom. 1869, p. 93.

94.        Echo dan. 26/8 mai 1868.

95.        Aff.étr. 1869, p. 95.

96.        Aff.étr. 1869, p. 97.

97.        All. t. d.J. 1868, p. 1001.

98.        Aff. étr. 1869, p. 101.

99.        Allg. Ztg. d. J. 1868, p. 473.

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