Isidore Loeb
La situation des israélites en Turquie en Serbie et en Roumanie (1877)
Internet Modern Jewish History
Sourcebook for Central and Eastern Europe
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SOURCE OF MATERIAL |
LŒB Isidore. La situation des israélites en Turquie en Serbie et en Roumanie. Paris: Joseph Baer et Cie, Libraires-éditeurs 2, Rue du Quatre-Septembrie, 2, 1877. |
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NOTES |
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CONTENT |
Sixth part: Documents concerning Romania X. réunion de paris de
décembre 1876: Réponses failes par les différents Gouvernements au Mémoire
(le la Réunion en faveur des israélites de l'Orient; réponse du prince
Orloff, ambassadeur de Russie, à Paris; de lord Derby; de M. le duc Decazes;
du Gouvernement italien; de M. de Bülow; de M. Horace Maynard. XI. expulsions de
1876-77. Télégramme de Bucharest, niant les expulsions. — Déclaration d'un «
Comité Israélite de roumanisation. » — Dénégation signée de noms inconnus. —
Dénégations de l'Agence princière de Roumanie à Paris.— Liste des expulsés du
district de Vaslui. — Déclaration de quelques expulsés et témoins.
—Déclaration confirmant les expulsions à la Chambre des députés
d'Autriche-Hongrie. — Id. de M. Bourke à la Chambre des communes. —
Télégramme de Bucharest en réponse à la déclaration de M. Bourke. —
Procès-verbal de la séance du Sénat roumain à laquelle se rapporte le
télégramme précédent. — Procès-verbal d'une séance précédente, 10/22 février. XII. arguments A L'APPUI
DES PERSÉCUTIONS ET TÉMOIGNAGES OPPOSÉS.— Déclaration de M. Cogalniceano sur
la tolérance religieuse des Roumains et sur la cause des persécutions. —
Déclaration de M. César Bolliac sur cette question.—Paroles de M. Codresco
prononcées lors de son interpellation à la Chambre roumaine, le 16/28
décembre 1869. — Paroles de M. Bratiano dans la même séance. — Activité des
Israélites en Roumanie. — Inactivité des Roumains selon le témoignage d'un
Roumain. — Paroles prononcées a ce sujet par M. Bratiano et par M. Carp.—
Témoignage de M. Picot en faveur des israélites. — Belles paroles de
plusieurs étudiants roumains à Paris; lettre à l'Opinion nationale.—
Société d'étudiants roumains formée à Paris pour la solution de la question
Israélite. XIII. Notes |
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The
other sections of Chapter 6:
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DOCUMENTS (1)
X. réunion de paris de
décembre 1876: Réponses failes par les différents Gouvernements au Mémoire (le
la Réunion en faveur des israélites de l'Orient; réponse du prince Orloff,
ambassadeur de Russie, à Paris; de lord Derby; de M. le duc Decazes; du
Gouvernement italien; de M. de Bülow; de M. Horace Maynard.
Le Mémoire préparé par la Réunion a été adressé aux
gouvernements d'Allemagne, d'Angleterre, d'Autriche-Hongrie, de France,
d'Italie et de Turquie.
Une députation du Comité Central en a remis
également un exemplaire à S. A. le prince Orloff, ambassadeur de S. M.
l'Empereur de Russie, à Paris, avec prière de le transmettre à son
gouvernement. Le prince a fait à la députation le plus cordial accueil et il a
exprimé la conviction qu'aucune mesure ne sera prise en Turquie en faveur des
chrétiens qui ne s'étende également aux israélites.
En outre, M. Charles Netler, membre du Comité
central de l'Alliance Israélite Universelle, a remis un exemplaire du
Mémoire à chacun des plénipotentiaires réunis à Constantinople.
N° 117.
Réponse de lord Derby.
Le 28 décembre 1876, une députation de l'Anglo-Jewish
Association et d'autres israélites de Londres a eu l'honneur de remettre le
Mémoire à lord Derby, ministre des affaires étrangères d'Angleterre.
Voici la réponse de lord Derby, d'après le Daily
Telegraph du 29 décembre 1876:
« Messieurs, j'éprouve un grand plaisir à vous voir
et à vous » entendre aujourd'hui; j'ai écouté vos paroles avec intérêt et at-»
tention. Il n'est pas nécessaire que je réponde longuement à ce » que vous
m'avez dit, car là ou il y a conformité complète sur a les principes, — et
c'est seulement la question de principes que » nous traitons ici; — il n'est ni
opportun ni nécessaire d'entrer dans de longs développements. Vous pouvez être
certains que, » sous le présent gouvernement et sans aucun doute sous
tout » gouvernement qui peut se former dans ce pays, la politique de »
l'Angleterre sera, dans l'avenir comme elle l'a été dans le » passe, favorable
à l'abolition de toute distinction entre les adhé-» rents d'une religion ou
d'une autre. Nous connaissons la vérité » de ce que vous avez dit au sujet des
persécutions, — on ne » peut les appeler autrement, — auxquelles ont été soumis
les » juifs de Serbie et de Roumanie. Vous pouvez être certains que a
l'influence de notre pays s'exercera de la façon qui nous pa-» raîtra la plus
sage et la plus pratique pour prévenir de pareils » actes à l'avenir. Quant au
Mémoire, je l'ai vu pour la pre-» miere fois ce matin. Je n'ai pas pu le
lire avec soin et c'est » pourquoi je m'abstiendrai de le commenter en détail,
mais je » l'enverrai à notre ambassade à Constantinople, pour qu'elle y » donne
la suite qu'il peut comporter. La question de Roumanie » et de Serbie ne
doit pas être confondue avec celle des provinces » turques. Dans ce qu'on fera
pour l'administration intérieure do » la Turquie, je ne suis certainement
préparé à concourir à au-» cune mesure de réforme administrative qui ne
s'applique à tous » les sujets musulmans. Quant à la Roumanie et à la Serbie,
la » position de demi-indépendance qu'elles ont acquise rend plus » difficile
une action directe sur elles dans cette question. Nous » verrons cependant ce
qu'on peut faire à ce sujet, et je ne puis » vous donner de meilleur conseil
que de vous engager à en ap-» peler constamment, en toute occasion
propice, à la puissance » qui peut vous appuyer mieux que n'importe quel
gouverne-» ment, à l'opinion publique. Quelque acte d'intolérance qui soit »
commis dans n'importe quel coin inconnu de l'Europe, il ne » rencontrera pas de
sympathie dans l'opinion générale et les ii sentiments de l'Europe connue. Je
n'ai pas besoin d'en dire da-» vantage maintenant. Je ne puis que répéter que
je serai heu-» reux de communiquer avec votre Association quand vous » pourrez
le désirer et de concourir par tous les moyens qui sont » en mon pouvoir aux
questions qui nous sont communes. »
N° 118.
Réponse de M. le duc Decazes adressée à M. Adolphe
Crémieux, Sénateur.
MINSTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — direction
POLITIQUE.
Monsieur Crémieux, Sénateur.
Versailles, le 29 décembre 1876.
Monsieur LE SÉNATEUR,
J'ai reçu l'exemplaire que vous m'avez fait
l'honneur de me transmettre de l'Adresse que l'Alliance Israélite
universelle a décidé de faire parvenir à la Conférence de Constantinople,
ainsi qu'un volume intitulé: « la Situation des Israélites en Serbie et
en Roumanie, » et la lettre par laquelle vous me demandez d'intervenir auprès
de la Conférence par l'entremise de l'ambassadeur de France près la Porte
Ottomane. Je me suis empressé d'écrire à M. le comte de Bourgoing, suivant
votre désir, pour recommander à son bienveillant accueil M. Netter, que l'Alliance
Israélite universelle a chargé d'agir en son nom, et les sentiments du
Gouvernement français sur les questions qui la préoccupent sont assez connus
pour que je n'aie pas besoin d'ajouter que l'appui de nos plénipotentiaires est
assuré d'avance aux Israélites en Orient, dans les délibérations dont leurs
intérêts et leurs droits pourraient être l'objet.
Agréez, monsieur le Sénateur, les assurances de ma
haute considération.
Decazes.
N° 119*.
Réponse de M. Melegari.
L'Opinione du 1er janvier 1877 rapporte qu'une
députation du Comité de Rome de l'Alliance israélite universelle,
accompagnée de M. Samuel Alatri, délégué du Comité Vénéto-Mantouan et du Comité
de Ferrare, a remis le Mémoire à M. Melegari. «. L'honorable ministre
des affaires étrangères d'Italie s'est montré, fermement résolu à défendre en
Orient la complète égalité civile et politique sans distinction de culte, et a
exprimé la pensée qu'aucune concession ne devra être faite à la Serbie et à la
Roumanie qu'à la condition qu'elles accordent l'égalité aux israélites. »
N° 120 *
Réponse du Gouvernement allemand, adressée à M. le
Dr. Kristeller et à M. B. H. Goldschmidt, membres de la Réunion de Paris.
Berlin, le 7 Janvier 1877.
M. le Chancelier de l'Empire a pris connaissance
avec beaucoup d'intérêt de votre lettre datée de Berlin, 31 décembre dernier,
ainsi que des annexes et de mon rapport sur les explications verbales que vous
y avez jointes. Il a ordonné de transmettre au plénipotentiaire allemand ce
document destiné aux membres de la Conférence de Constantinople. Le
Gouvernement impérial appuiera avec plaisir les vœux concernant l'égalité des sujets
israé-lites de la Turquie avec ceux des autres confessions. Il agira dans le
même sens, au cas où la condition de la population israélite en Roumanie et en
Serbie entrerait dans le cadre des délibérations de la Conférence.
Agréez, Messieurs, etc.
Le Secrétaire d'Etat au Ministère des affaires
étrangères,
Bülow.
N° 121*.
Lettre du Ministre des États-Unis à Constantinople.
M. W. Seligman, membre delà Réunion de Paris, ayant
adressé un exemplaire du Mémoire à S. Exc. le Ministre des États-Unis
d'Amérique à Constantinople, a reçu la réponse suivante
Constantinople, 9 janvier 1877.
Cher monsieur,
J'ai reçu, par le dernier courrier, votre lettre du
2 courant, contenant une copie du Mémoire adressé à la Conférence qui siège
actuellement dans cette capitale. C'est avec plaisir que je favoriserai l'objet
de ce Mémoire.
Dans une conversation que j'ai eue hier dans la
soirée avec le marquis de Salisbury, il m'a assuré de ses sympathies pour cette
question.
Toute mesure prise à l'égard des populations non
musulmanes de la Turquie profitera, j'en suis persuadé, aussi bien aux
habitants Israélites qu'aux autres.
Je suis, etc.
Horace Maynakd.
XI expulsions de 1876-77.
Télégramme de Bucharest, niant les expulsions. — Déclaration d'un « Comité
Israélite de roumanisation. » — Dénégation signée de noms inconnus. —
Dénégations de l'Agence princière de Roumanie à Paris.— Liste des expulsés du
district de Vaslui. — Déclaration de quelques expulsés et témoins. —Déclaration
confirmant les expulsions à la Chambre des députés d'Autriche-Hongrie. — Id. de
M. Bourke à la Chambre des communes. — Télégramme de Bucharest en réponse à la
déclaration de M. Bourke. — Procès-verbal de la séance du Sénat roumain à
laquelle se rapporte le télégramme précédent. — Procès-verbal d'une séance précédente,
10/22 février.
N° 122.
Télégramme de Bucharest niant les expulsions (125).
Bucharest, le 11 janvier.
Les faits de persécutions contre les Israélites
racontés par des journaux étrangers sont complètement inexacts. Le préfet du
district d'Ilfov a fait fermer seulement les établissements de deux israélites
qui refusaient de se conformer aux lois générales du pays sur le commerce des
boissons.
N° 123.
Déclaration d'un Comité israélite de roumanisation (126).
La Société Romanisarea, composée de la
jeunesse Israélite roumaine et qui a pour but de propager les sentiments de
patriotisme, la langue et les mœurs roumaines, déclare qu'elle repousse avec
indignation toute solidarité avec les journaux étrangers qui ont répandu des
injures et des invectives contre la Roumanie.
La Société Romanisarea proteste énérgiquement
contre tout soupçon de complicité tant avec les auteurs qu'avec les propaga
teurs de ces insultes, ayant pour objet de discréditer l'État roumain-dans un
moment où des événements suprêmes semblent lui commander la lutte pour
l'existence nationale.
Fidèle à son nom, à ses principes et à ses
tendances, la Société Romanisarea démentira par des faits, quand la
patrie le lui demandera, les soupçons qui se sont attaqués aux sentiments de
dévouement patriotique des Israélites roumains.
Les délégués de la Société romanisarea, joseph stern,
J. margulici, arminius iaslovici,
N0 124. Dénégation signée de noms
inconnus (127).
A la suite des calomnies inqualifiables que certains
journaux étrangers, animés de malveillance, ont lancées contre la Roumanie et
les Roumains, nous soussignés, au nom de tous nos coreligionaires de Roumanie,
qui sont très-indignes des mensonges inventés nous ne savons par qui, que nous
aurions été maltraités par les Roumains dans nos foyers, plus violemment que
les bachi-bouzoucks n'ont traité les Serbes et les Bulgares; pour mettre le
monde entier en mesure de savoir quelle foi il faut ajouter aux calomnies qui
remplissent les colonnes de ces journaux étrangers, nous déclarons, — ce
que personne ne saurait nier, — que noua vivons en Roumanie dans la
meilleure harmonie avec les Roumains, sans que nous ayons à souffrir aucun mal,
comme l'insinuent ces journaux étrangers par leurs exorbitantes et mesquines
inventions.
En conséquence, nous prions lesdits journaux de ne
plus reproduire de tels mensonges, qui scandalisent le monde, car ce sont des
calomnies évidentes, livrées au jour par des hommes qui, outre leur mauvaise
intention, n'ont pas la moindre idée de ce qu'est la Roumanie et de ce que sont
les Roumains.
Nous vous prions, monsieur le Rédacteur, de donner
l'hospitalité à cette déclaration, au bas de laquelle nous n'avons pu réunir un
plus grand nombre de signatures, à cause de la hâte que nous avons mise à la
publier, mais nous nous promettons d'y ajouter bientôt la signature de presque
tous nos coreligionnaires
Abram Leibu, Isaac Aron, Lazar Josiv, Itic Marcovic,
Herman David, Itic Avram, Isac David, Dalomon Maier, Natan col-Denberg, Marcu
Lebovici, Hers Marcu, Josef Aron, Morit Goldman, Leibu Marcovici, Morit Jacob,
I. Ascher, A. Davidovici, H. Mathias, Samson Bercu, Israël Lazar, Rosenberg,
Steiner Jacob, D. Menachem, D. Fischer, Ber Léon, Simon Avram, Isaac Avram,
Goldstein Avram.
N0 125.
Dénégations de l'Agence de Roumanie à Paris,
adressées au directeur du journal des débats (128).
Paris, le 4 janvier (1877).
Dans votre numérod'aujourd'hui, vous reproduisez un
télégramme publié par le Pesther Lloyd, dans lequel il est dit que, dans
un village du district de Vaslui, le maire aurait donné l'ordre d'expulser tous
les juifs qui s'y trouveraient.
Je m'empresse de vous informer que cette nouvelle
est complètement erronée. La seule chose qui se soit passée, c'est le refus de
la part d'un maire du district de Vaslui d'autoriser le nommé Ephraïm Linhart,
de religion israélitc, à ouvrir un débit de boissons spiritueuses avant de
s'être conformé aux dispositions des articles 10 et 108 sur la police rurale,
qui s'appliquent chez nous à tout le monde, sans distinction.
N° 126.
Liste des expulsés du district de Vaslui en octobre
1876 à janvier 1877 (129).
Les chiffres de la première colonne donnent le
nombre de familles, ceux de la seconde, le nombre des personnes.
|
Pracova |
|
|
||
|
Armasoie |
2 |
11 |
||
|
Curssesd |
3 |
21 |
||
|
Cosesci |
1 |
8 |
||
|
Daga |
1 |
5 |
||
|
Dumbraveni |
2 |
16 |
||
|
Garceni |
11 |
39 |
||
|
Hirsova |
2 |
12 |
||
|
Ivanesci |
4 |
19 |
||
|
Laza |
8 |
48 |
||
|
Oprisita |
1 |
6 |
||
|
Poenesci |
1 |
2 |
||
|
Stangaciu |
2 |
13 |
||
|
Toporesci |
1 |
5 |
||
|
Pcrasna |
|
|
||
|
Silistei |
1 |
3 |
||
|
Deleni |
3 |
14 |
||
|
Dobrovatu |
1 |
9 |
||
|
Lipova |
6 |
38 |
||
|
Lipovatu |
1 |
3 |
||
|
Manjesci |
3 |
10 |
||
|
Miclesçi |
4 |
24 |
||
|
Muntenii |
2 |
15 |
||
|
—degiossu |
2 |
11 |
||
|
—desussu |
2 |
7 |
||
|
Pocreca |
5 |
27 |
||
|
Poena |
2 |
9 |
||
|
Solesci |
6 |
30 |
||
|
Stioborani |
6 |
20 |
||
|
Tanacu |
3 |
14 |
||
|
ValeaSilistei |
1 |
5 |
||
|
PFUNDURI |
|
|
||
|
Dragesci |
1 |
7 |
||
|
Draguseni |
5 |
16 |
||
|
Dumesci |
3 |
14 |
||
|
Garbesci |
2 |
14 |
||
|
Ipate |
5 |
27 |
||
|
Parpanita |
1 |
8 |
||
|
Scheie |
1 |
8 |
||
|
Sendreni |
3 |
14 |
||
|
Tanta |
11 |
53 |
||
|
Tungujeni |
3 |
19 |
||
|
ValeaSatului |
1 |
3 |
||
|
Pstemnic |
|
|
||
|
Buhaiesci |
1 |
2 |
||
|
Balteni |
1 |
10 |
||
|
Brodocu |
1 |
3 |
||
|
Bucesti |
1 |
4 |
||
|
Balesci |
1 |
4 |
||
|
Osesci |
3 |
12 |
||
|
Rafaila |
4 |
15 |
||
|
PmijlocBerescu |
1 |
5 |
||
|
Bodesci |
1 |
2 |
||
|
Gergeleu |
1 |
9 |
||
|
Mircesci |
4 |
13 |
||
|
MovilaBurcelu |
1 |
5 |
||
|
Tacuta |
4 |
24 |
||
|
Telejna |
4 |
30 |
||
|
Tufescii |
3 |
4 |
||
|
Valearea |
3 |
14 |
||
|
divers |
|
|
||
|
Ingavié |
3 |
16 |
||
|
Sartesci |
1 |
2 |
||
|
Divers |
6 |
6 |
||
|
total |
167 |
817 |
||
N° 127*.
Déclarations de quelques expulsés et témoignages
divers (130).
Moi, Beila Ruchla, veuve d'Abram Joseph, tailleur,
demeurant depuis dix ans dans la commune de Boresca, district de Mijioc, je
déclare que, le 2 novembre 1876, mon mari étant encore envie, le maire, avec
plusieurs valets communaux, est venu chez nous et nous a ordonne de quitter la
commune dans les vingt-quatre heures, sinon il nous chasserait du village à
coups de bâton. Mon mari, âgé et infirme, pauvre et chassé de son foyer en
plein hiver, fut saisi d'un violent effroi et s'enfuit à Dauesti avec son frère,
dans l'espoirque son absence de la commune assurerait le repos de sa famille.
Lorsque m'arriva, le 5 novembre, la douloureuse nouvelle qu'il était
mort des suites d'un refroidissement et de la frayeur qu'il avait éprouvée, je
me rendis avec mes frères à Dauesti,où je restai sept jours, au bout desquels
ju revins dans ma maison. Au moment même de mon retour, un garde de la
municipalité vint m'annoncer, au nom du maire, que j'avais à quitter la
commune: je courus chez M. Costake Georgiu, le fermier principal, qui me donna,
pour moi et mes quatre filles adultes, qui étions dans la plus grande misère et
exposées à mourir de faim, une lettre pour le maire, grâce à laquelle on nous
laissa tranquilles. Aujourd'hui je me trouve dans la commune, songeant continuellement
à mon mari défunt.
Moi, Leibu Salomon, indigène, demeurant depuis deux
ans dans la commune de Cosmesti du village de Balasti, canton de Stevnic, je
déclare que le maire Jon Motes m'ordonna d'abandonner le village. J'ai dû me
soumettre, quoique ma femme fut à la veille d'un accouchement. Ma famille se
compose de quatre personnes.
Moi, Salomon Sin David, indigène, demeurant dans la
commune de Deleni, district de Crasna, je déclare que le 16 décembre 1876, un
gardien, est venu chez moi, m'a chassé de ma maison avec ma famille et m'a
ordonné de quitter la commune avant le soir. Je pris ma voiture et me rendis la
nuit même à Vaslui. En route, ma voiture versa et un de mes enfants tomba
dans la neige, prit froid et, mourut le troisième jour.
Moi, Ioel Sin Eisig Herscu, demeurant depuis
vingt-deux ans dans la commune de Lipova, arrondissement de Racova, je déclare
que, le 8 décembre 1876, un conseiller municipal m'a forcé de partir. J'ai
couru chez le maire et l'ai prié de m'accorder un délai, lui montrant que
j'avais une bru malade sur le point d'accoucher. Le maire, M. Nicolas Sion, ne
voulut pas m'accorder le délai demandé, me disant qu'il avait ordre de ne pas
tolérer les juifs dans la commune. Je fus forcé de prendre ma bru malade et une
partie de mes effets et de me rendre à Plapana. A la suite de cet événement,
l'état de ma bru s'aggrava et, ne pouvant plus accoucher, elle mourut. Je suis
âgé de soixante ans, j'habite la commune depuis vingt-deux ans. Maintenant je
suis laissé sans abri, sans aucun moyen d'existence, avec une famille de cinq
enfants.
Moi, Smil Mendel, né dans la commune de Garceni,
arrondissement de Racova, où je suis domicilié, je déclare que je fais par-tic
de l'armée roumaine depuis 1874, comme gendarme à cheval, ayant l'obligation -de
nourrir un cheval de service; je déclare encore que je suis au service du
cabaretier Costache Lache. M. le maire Teleman m'ordonna, en présence de M.
Lascar Siou, de quitter la commune où il ne pouvait pas tolérer des juifs. M.
le capitaine Vasile Gorgas, auprès duquel je réclamai, me dit d'en appeler au
Minisire de la guerre et au Ministre de l'intérieur, ce que j'ai fait. M. le
préfet Lupasco me répondit que, malgré l'intervention de M. le major Render et
du capitaine en ma faveur, on ne pouvait permettre aux juifs d'habiter les
villages. Je me trouve maintenant à Pancesti avec ma femme et mon enfant, chez
mon vieil et pauvre père, et je suis encore obligé de nourrir un cheval pour
lequel je dois 300 francs.
Moi, Itic Schulem Seidner, sujet autrichien, établi
depuis quinze ans dans la commune d'Ivanesti, district de Racova, je déclare
que, le 13 décembre 1876, le conseiller, accompagné de l'huissier et suivi d'un
chariot, est venu chez moi, a fait charger sur la voiture une partie de mon
avoir, et l'a fait transporter hors de la commune, où les agents ont jeté le
tout par terre et m'ont causé delà sorte un préjudice considérable. Ma fille,
veuve et mère de quatre enfants, qui habitait dans la commune de Brosteni, a
été traitée d'une façon encore plus cruelle. Le même jour, le conseiller
municipal, accompagné de gardes, est venu chez elle et lui a ordonné de quitter
le bourg. Lorsqu'elle vit que cette injonction était sérieuse, elle mit une
serrure à sa porte et s'enfuit avec ses enfants chez moi. Dans sa fuite, elle
s'efforça d'éviter la mai-son du conseiller municipal précité et fit un détour,
mais tout à coupelle vit que quatre cavaliers la poursuivaient. Saisie d'effroi
elle descendit avec ses enfants dans un petit ruisseau, tâchant au risque de se
noyer, de gagner l'autre bord, ce qui lui réussit. Mais alors les cavaliers
prirent par un pont, arrivèrent malheureusement assez tôt pour arrêter la
pauvre femme désespérée, épuisée de froid et de fatigue, et la traîner, au
milieu des pleurs et des cris des enfants, jusqu'à sa demeure. Là, elle ne
trouva que sa literie, chargée sur une voilure, sur laquelle elle dut se
laisser conduire dans la ville, en abandonnant tout son avoir. Elle a su depuis
que le conseiller municipal a fait cadeau de toute sa fortune à son
propriétaire.
Moi, Haja Ciurar, veuve, demeurant dans la commune
de Valea Sasului, district de Funduri, je déclare que, le 30 octobre 1876, le
maire est venu chez moi, m'ordonnant de quitter la commune. Je courus précipitamment
chez M. Sandu Raschkanu, et le priai de m'accorder sa protection. Il me
recueillit dans sa maison et m'assura que personne n'oserait m'en chasser, pas
même le préfet. Mais le maire vint tous les jours dans cette maison, et il me
livrait à la risée des gens. Ne pouvant supporter plus longtemps ce traitement,
je dus quitter la commune le 15 novembre. Maintenant je vais avec mes enfants
de porte en porte pour mendier mon pain. Mon avoir, valant 60 ducats, eit resté
dans la commune.
N° 128*.
Pétition de M. Nicolas Buzianu.
Du 10 janvier 1877, adressée à M. le Procureur du
Tribunal de Vaslui (131).
Je soussigné Nicolas Buzianu, de la commune
d'Ivanest, arrondissement de Racova, district de Vaslui, viens par la présente
vous informer respectueusement que, dans la journée du 19 de ce mois, M.
l'adjoint du maire de cette commune, nommé André Luchianu, arriva à ma maison
avec deux agents nommés Ilie Hasmanu et Ion Coslienu, m'a contraint par force
majeure à mettre dans mon char quelques effets du juif nommé Mendel Salomon et
de les faire porter à Vaslui. Comme je refusais de me soumettre à des ordres
d'une injustice si flagrante, M. l'adjoint et les deux agents commencèrent à me
donner des coups de bâton depuis le cabaret jusqu'à la maison, de façon que je
dus prendre les effets du juif et les transporter à Vasiui. J'invoque comme
témoins de ce fait M. Jon, fils de Vasile Busianu, M. Jh. Gaica, M. Georges,
fils de Gavril, M. Vasile Galca et M. Jon Padura-riu, tous domiciliés dans
ladite commune. Pour ces motifs et pour d'autres que je prouverai et que je
développerai au jour désigné, je vous prie, monsieur le Procureur, de vouloir
bien appeler les susdits en justice et les condamner au jour désigné, quand
j'aurai prouvé ce que j'avance, M. André Luchianu, M. Ilie Hatmanu et M. Jon
Coslienu, aux peines prévues par la loi pénale et de me faire dédommager en
même temps pour la somme de 20 francs, frais du transport. Quoique je me sois
plaint à M. le maire de la commune, celui-ci, au lieu de me satifaire, m'a
menacé de me citer en justice et de me faire condamner à une amende de 10
francs, si je ne voulais pas céder.
N. Buzianu
N° 129*. Petition de paysans en faveur d'un
israélite expulsé (132).
Monsieur le préfet,
Nous, soussignés, habitants domiciliés dans la
commune de Tanza, arrondissement de Fundurile, venons par la présente vous
faire connaître que M. Selig Bandel, durant ses vingt ans de séjour parmi nous,
ne nous a en rien fait tort, mais au contraire nous a aidés dans plusieurs de
nos intérêts, nous fournissant de l'argent quand nous en avions besoin pour
payer les contributions et dans bien d'autres circonstances. Pour ces raisons
nous vous prions, monsieur le Préfet, de faire qu'il ne soit pas éloigné de
notre commune, surtout parce que nous avons encore beaucoup d'engagements de
labourage avec le susnommé, qui ne nous opprime jamais, mais qui, au contraire,
nous aide et nous soutient pour faire face à nos besoins, si bien que le départ
de M. Selig nous causerait bien des difficultés pour le payement de nos impôts,
car aujourd'hui même nous sommes séquestrés pour le susdit payement et toute
notre espérance est en M. Selig.
(Suivent cent signatures.)
N° 130*.
Déclaration de S. A. le prince Auersperg, président
du Ministère autrichien, au sujet des expulsions, faite à la Chambre des
députés de Vienne, le 16 mars 1877 (133).
MM. les députés Dr. Promber et consorts m'ont
adressé, dans la séance du 20 février, une interpellation ayant pour objet
l'expulsion de nationaux autrichiens de confession israélite établis en
Roumanie. J'ai l'honneur d'y répondre ce qui suit: Les faits auxquels se
rapporte l'interpellation ont attiré toute l'attention du Gouvernement. Des la
première annonce, le Ministère des affaires étrangères a pris des mesures pour
la protection des nationaux austro-hongrois, et pour la sauvegarde des droits
que nous confèrent les traités. Il résulte d'informations prises avec le plus
grand soin, que les nouvelles publiées à ce sujet n'étaient, il est vrai, pas
exemptes d'exagération, mais reposaient, dans leur ensemble, sur des faits
positifs. Après l'enquête du consulat général d'Autriche à Bucharcst, l'affaire
se dessine de la façon suivante: Dans les communes rurales du district de
Vaslui et d'autres circonscriptions administratives, il était devenu d'usage
pour les israélites. auxquels certaines restrictions légales interdisent le
débit direct des boissons, de faire prendre leurs licences sous le nom de
tierces personnes et de continuer à débiter eux-mêmes. Contrairement à la
pratique suivie jusqu'alors, le nouveau préfet déclara ces licences nulles et
de nulle valeur et alla jusqu'à prescrire l'expulsion de tous les débitants
abrités sous ces titres.
L'application de celte mesure par les agents
subalternes a conduit, dans certains cas, à des rigueurs non motivées et même à
l'emploi de la force brutale. Sur l'intervention du consul impérial et royal à
Bucharcst, le Gouvernement roumain a directement donné des ordres pour arrêter
ces déplorables incidents, a mandé le préfet dans la capitale et prescrit une
information. Cette première enquête n'ayant eu qu'un résultat incomplet, le
représentant de Sa Majesté, qui avait, lui aussi, envoyé un délégué sur les
lieux pour constater plus sûrement la situation, en a obtenu une autre, qui se
poursuit encore en ce moment. D'ailleurs, aussi bien le préfet, qui a
prudemment donné sa démission, que ses subordonnés coupables de transgression
de leurs ordres, ont été remplacés depuis par d'autres fonctionnaires. Parmi
les familles expulsées, il s'en trouve sans doute quelques-unes de nationalité
austro-hongroise. Le nombre exact n'en est pas encore connu; il sera établi par
l'enquête qu'a immédiatement ouverte le Ministère des affaires étrangères de Sa
Majesté. De réclamations avec piècers justificatives concernant les pertes
subies, il n'en est pas encore parvenu au Ministère- Celui-ci ne manquera
certainement pas de représenter, comme il convient, les justes revendications
dos nationaux, austro-hongrois et de défendre, dans le présent et l'avenir,
avec la même énergie que par le passé, les droits qui nous appartiennent en
vertu des traités.
N° 131*.
Déclaration sur le même sujet faite à la suite d'une
interpellation de M. le docteur Simon par M. Bourke, sous-secrétaire d'Élat, à
la Chambre des communes de Londres, le lundi 19 mars 1877 (134).
Le colonel Mansfiold rapporte que, le 19 janvier, le
vice-consul autrichien faisait une excursion en Moldavie, et y trouvait de 90 à
120 familles, de 60 communes, qui, par ordre du préfet, avaient été expulsées
de leurs maisons. Ayant fait des représentations au Gouvernement central, des
ordres furent donnés pour que les juifs expulsés pussent retourner dans leurs demeures,
mais dans l'intervalle, leurs maisons avaient été assignées à d'autres
personnes, et leurs effets et leurs provisions mis au pillage. Le colonel
Mansfield reçut, le 19 janvier, par télégraphe, des instructions d'avoir à
s'informer au sujet des sévices allégués contre les juifs, et de prendre les
mesures les plus efficaces pour leur protection, et il nous répondit dans le
temps que M. Saint-John faisait l'enquête. Je suis heureux de dire que le
colonel Mansfield m'a fait savoir que le préfet qui avait donné les ordres pour
l'expulsion des juifs avait été révoqué. Le colonel Mansfield ne met pas en
doute que les représentations des Gouvernements anglais et autrichien n'aient
produit un bon effet pour la condition des juifs en Moldavie. Les documents relatifs
au traitement des juifs sont en préparation, et les dernières dépêches y seront
jointes.
N° 132*.
Interpellation au Sénat roumain, du 10/22 mars 1877,
au sujet des déclarations de M. Bourke (135).
M. deslui interpelle M. le premier Ministre
(Bratiano), sur un télégramme de Londres par lequel, dit-on, M. Bourke,
sons-secrétaire d'État, aurait fait des reproches au Gouvernement roumain et
aurait demandé que des indemnités fussent accordées aux. israélites. Il y a deux
semaines que les Israélites ont porté plainte contre le préfet local, j'ai
demandé à l'instant une enquête parlementaire, afin que l'Europe ne croie pas
qu'il y a des persécutions religieuses chez nous. Nous nous sommes
adressés à des commissions et la commission n'a rien fait. Ceci a eu pour
résultat l'interpellation de Londres et la réponse de M. Bourke, qui prétend
avoir fait au Gouvernement roumain des reproches mérités en ce qui concerne les
persécutions religieuses et avoir demandé des indemnités.
M. le ministre dit que la dépêche n'est pas
officielle... M. Bourke paraît avoir dit qu'il prendra toutes les mesures
possibles; mais non pas qu'il nous a fait de reproches. Le Gouvernement roumain
n'a reçu aucun reproche; mais ce qui est certain, c'est que dans de telles
circonstances, les consuls d'ici ont demandé des explications. Si nous avions
même reçu une pareille note déshonorante; nous n'aurions demandé la protection
des corps législatifs que si notre flotte et nos troupes étaient prêtes.
En ce qui concerne l'affaire de Vaslui, M. Vernescu
a envoyé non pas une, mais deux commissions d'enquête. Les résultats des
enquêtes seront communiqués à tous ceux et à tout État qui voudront connaître
la vérité.
M. desliu croit avoir rendu un service à M. le
Ministre en faisant cette interpellation, surtout aujourd'hui, où nous n'avons
aucun représentant à Londres qui puisse suivre l'affaire de plus près. Toutes
les fois que le parti libéral arrive au pouvoir, la question Israélite arrive
aussi, ce qui donne quelque crédit à l'opinion qui nous attribue des
persécutions; il faut donc justifier le parti. M. le Ministre n'a rien dit ni
concernant le préfet de Vaslui accusé de persécutions, ni sur les indemnités
dont on a parlé à Londres. Ainsi nous n'avons pas d'autre satisfaction que de
savoir qu'à l'étranger on apprendra que notre Gouvernement libéral ne peut pas
même répondre aux accusations dont on le charge. M. le premier Ministre ne
croit pas que cette question doive être traitée d'une manière officielle. Dans
l'affaire de Vasiui, il est constaté qu'on tait des enquêtes; il est établi que
le préfet est complètement hors de cause, et en ce qui regarde les autres
pértentions des israélites, la question sera vidée par les tribunaux.
M. le ministre répète que le Gouvernement roumain
n'a reçu aucun reproche ni aucune demande d'indemniser les Israélites.
M. Camarasescu, membre de la Commission,
déclare que la décision de la Commission sur les pétitions Israélites sera
prochainement communiquée.
N° 133.
Délibération du Sénat roumain, du 10/23 février, sur
la pétition des israélitcs expulsés.
M. N. Camarasescu, invoquant le règlement, ne croit
pas que le Sénat puisse s'arrêter à une pétition non appuyée des signatures de
trois sénateurs, les pétitions individuelles ne pouvant être reçues que
lorsqu'elles ont pour objet un acte illégal du Gouvernement. Tel n'est point le
cas pour la pétition, qui doit donc être rejetée.
M. D. Ghica. répond que, dans une matière si grave
(la persécution des juifs), il se trouvera bien trois sénateurs pour soutenir
la pétition, ne fût-ce que pour faire la lumière sur une question qui a mis
toute l'Europe en émoi. Il est d'avis que la pétition soit renvoyée d'urgence
aux sections, bien qu'elle ne soit, à ses yeux, qu'un tissu d'exagérations.
M. Desliu dit que la question juive a provoqué une
grande haine contre la Roumanie dans la presse étrangère, parce que les juifs,
ennemis des Roumains, sont maîtres des journaux. La pétition n'est pas dirigée
contre le Gouvernement, mais contre les Chambres législatives, qui, jusqu'à
présent, ont laissé faire et ont permis que la question se vidât entre le
Gouvernement et les juifs. (M. Deslui fait allusion à la demi-indulgence du
Ministère Catargi dans l'application des lois restrictives contre les israéliles.)
Il faut en finir, poursuit M. Deslui. Que le Sénat ordonne une enquête
parlementaire, à faire sur les lieux mêmes;
M. N. Drosu réplique que l'enquête proposée a déjà
eu lieu. L'affaire doit donc être renvoyée à la Commission des pétitions, qui
prendra connaissance de l'état véritable des choses et présentera ensuite un
rapport, après lequel le Sénat sera toujours libre de prescrire une enquête,
s'il le juge nécessaire.
Le renvoi d'urgence à la Commission des pétitions
est mis aux voix et adopté à une grande majorité.
XII. arguments A L'APPUI DES
PERSÉCUTIONS ET TÉMOIGNAGES OPPOSÉS.— Déclaration de M. Cogalniceano sur la
tolérance religieuse des Roumains et sur la cause des persécutions. —
Déclaration de M. César Bolliac sur cette question.—Paroles de M. Codresco
prononcées lors de son interpellation à la Chambre roumaine, le 16/28 décembre
1869. — Paroles de M. Bratiano dans la même séance. — Activité des Israélites
en Roumanie. — Inactivité des Roumains selon le témoignage d'un Roumain. —
Paroles prononcées a ce sujet par M. Bratiano et par M. Carp.— Témoignage de M.
Picot en faveur des israélites. — Belles paroles de plusieurs étudiants
roumains à Paris; lettre à l'Opinion nationale.— Société d'étudiants
roumains formée à Paris pour la solution de la question Israélite.
N° 134.
Déclaration de M. Cogalniceano sur ta tolérance
roumaine et sur la cause des persécutions (136).
Ce serait un malheur pour nous que le Gouvernement
impérial eût l'idée qu'il y a ou qu'il peut y avoir en Roumanie une persécution
religieuse.
La tolérance religieuse est une vertu bien ancienne
sur les rives du bas Danube. Depuis des siècles, nous avons pour devise et pour
principe d'exercer l'hospitalité vis-à-vis des étrangers; cette hospitalité est
pratiquée partout chez nous, depuis le palais du riche jusqu'à la cabane du
pauvre.
L'histoire est là pour prouver que, quand en Espagne
on brûlait des hommes à cause de leurs opinions religieuses, quand en Allemagne
on chassait les juifs comme juifs, la Roumanie leur accordait une large
hospitalité, hospitalité dont elle est aujourd'hui la victime. Un pareil pays
ne peut donc pas être le théâtre d'une persécution religieuse, il ne peut
encourir la qualification de barbare ni être livré en proie à la réprobation du
monde civilisé.
Depuis un certain temps, on nous jette
systématiquement ces dures épithètes à la face. En qualité de Ministre des
affaires étrangères, vous savez mieux que moi la cause de cette levée de
boucliers contre nous.
Moi, comme Ministre de l'intérieur, je ne puis dire
autre chose, sinon que l'opinion publique à l'étranger a été induite en erreur
et que la question n'est pas bien connue.
En Roumanie, la question des Israélites n'est
nullement une question religieuse; elle est de toute autre nature. C'est une
question nationale et en même temps économique.
En Roumanie, les juifs ne constituent pas seulement
une communauté religieuse séparée, ils constituent, dans toute la force du
terme, une nationalité étrangère aux Roumains par l'origine, la langue, les
mœurs et même les sentiments.
En Roumanie, les israélites ne sont pas ce qu'ils
sont dans les pays civilisés, c'est-à-dire: Français en France, Anglais en
Angleterre, Italiens en Italie, Allemands en Allemagne, ne se distinguant des
autres habitants que par leur religion, mais d'ailleurs étant assimilés de
touts points aux autres classes de la population, et cela bien longtemps avant
qu'ils eussent acquis ces droits qu'ils revendiquent en Roumanie, avant d'être
devenus Roumains de fait.
Gouvernement et nation, nous avons le droit et le
devoir de nous enquérir des progrès de cette nation étrangère qui demeure au
milieu de nous et qui s'augmente continuellement par l'émi-gration des juifs de
la Gallicie et de la Podolie.
Tous ceux qui ont visité les Principautés, et en
particulier la Moldavie, se sont effrayés de l'aspect triste, pour ne pas dire
plus, que leur ont présenté les juifs polonais habitant nos villes. Quand ils
ont étudié un peu attentivement le commerce, l'industrie et les moyens
d'existence de cette multitude, ces voyageurs se sont effrayés bien davantage
encore, car ils ont vu que les juifs consomment, mais ne produisent pas, et que
leur grande, ou pour mieux dire leur seule et meilleure industrie, est le débit
des boissons spiritueuses.
N° 133. Déclaration de M. César Bolliac sur cette
question (137).
Cette congrégation est si loin de vouloir
s'assimiler aux peuple? parmi lesquels elle vit et dont elle vit en véritable
parasite, qu'elle se figure avoir même un Dieu à part et qu'elle prie ce Dieu
d'être terrible aux nations étrangères.
Les uns disent qu'en Roumanie la question israélite
est une question religieuse. Les autres le nient. Il faut s'entendre. Quand on
parle des catholiques, des protestants, des orthodoxes, on parle de peuples
chrétiens ayant puisé leurs enseignements à une même source qui est l'évangile.
Quand on parle des juifs, on parle de gens qui ne croient pas au Christ et qui
par conséquent ne professent pas la même religion que nous. Il est donc
impossible de parler des juifs sans sous-entendre leur religion, car quand on
leur demande pourquoi ils font telle ou telle chose, ils répondent toujours que
c'est leur religion qui le leur commande. En ce sens donc, on ne peut pas dire
que la question israélite ne soit pas une question religieuse.
Une idée erronée s'est répandue dans ces derniers
temps, et je regrette qu'elle ait trouvé pour interprète un homme d'État aussi
éminent que M. Cogalniceano. On a dit: Il faut civiliser les juifs. Mais
comment les civiliser? En leur inculquant les principes de la civilisation
européenne? Mais celle-ci est fondée uniquement sur les préceptes du
christianisme, et les juifs ne sont pas chrétiens. En modifiant la loi
mosaïque? Ceci échappe à notre compétence. D'ailleurs ne voyez-vous pas tous
les jours que ce sont les juifs qui prétendent nous civiliser, en nous
engageant à embrasser la foi mosaïque, la seule civilisatrice, pensent-ils? Si
les juifs ont vécu tant de siècles au milieu des États civilisés, sans rien
prendre de cette civilisation, comment pourrions-nous nous flatter d'être plus
puissants que tant d'autres? C'est une chose effrayante, Messieurs, que de voir
l'extension que prend de jour en jour cette congrégation funeste, mais il est
surtout effrayant de penser que nulle part elle n'a pris des racines aussi
profondes que chez nous.
N° 136.
Paroles de M. Codresco, prononcées lors de son
interpellation à la Chambre roumaine, le 16/28 décembre 1869 (138).
Je ne puis supposer. Messieurs, qu'il se trouve dans le monde civilisé un homme d'État qui veuille faire subir une telle injustice à un peuple (de garder tant de juifs dans son pays), dont toute l'ambition se borne à demander la conservation de sa vie nationale et le maintien de l'intégrité de son territoire. Ce sol, fécondé par la sueur de nos pères, personne ne peut nous contraindre à le livrer en proie aux juifs.
N° 137.
Autre passage du discours de M. Codresco (139).
Non, Messieurs, il n'y a pas de question religieuse
ici. Quand au milieu de nous la grande classe du commerce et de l'industrie, la
troisième partie de notre corps social, en viendra à n'être composée que
d'étrangers non assimilés et non assimilables à nous-mêmes, pourrons-nous, je
vous le demande, affirmer que nous sommes un peuple ayant la même langue, la
même origine, les mêmes espérances, les mêmes tendances? Et quand ensuite le
malheur tombera sur nous, si nous voulons émouvoir les sentiments de cette classe
moyenne, comment le ferons-nous? Invoquerons-nous devant elle le souvenir de
nos ancêtres, les luttes héroïques d'Étienne le Grand et de Michel le Brave?
Est-ce que ces noms sacrés, ces grands souvenirs auront le don d'émouvoir notre
classe moyenne composée de juifs? Non, Messieurs, car celte classe ne se
composerait que d'hommes ayant d'autres tendances que nous...
N° 138.
Paroles de M. Bratiano dans la même séance (140).
Les juifs se sont proposé un but par lequel ils ne tendent à rien moins qu'à détruire notre existence nationale, et cela en tâchant de profiter du peu de développement de notre commerce local, accaparant tout ce commerce et rendant ainsi facile leur œuvre de destruction.
N° 139.
Activité heureuse des israélites en
Roumanie (141).
En Valachie, il y a très-peu d'Israélites, par
conséquent peu d'israélites exerçant des professions. Mais en Moldavie où la
population israélite est nombreuse, toutes les professions sont aux mains
des israélites: les tailleurs, les cordonniers, les menuisiers, les
tourneurs, les maréchaux-ferrants, les orfévres, les imprimeurs, les relieurs,
les serruriers, les horlogers, les bonnetiers, les chapeliers, les selliers,
les chandeliers, etc., etc., etc., sont des juifs. Que devient dos lors cette
misérable et éternelle rengaine des juifs usuriers, agioteurs, courtiers,
spéculateurs d'argent, etc?
Toutes ces professions sont exercées avec la plus
louable activité et avec la plus scrupuleuse honnêteté. Et cependant ces
laborieux artisans ne sont pas à l'abri de vexations et d'invectives de la part
de la population. On entre chez eux l'insulte à la bouche: Juif, montre-moi
ceci, cela! Ils prospèrent en travaillant. Mais que serait-ce s'ils étaient entourés
de ce respect et de cette considération si nécessaires à tous? Oui, les
Israélites forment véritablement la classe moyenne dans ce pays-là, et si le
commerce et l'industrie n'ont pu prendre leur développement, cela tient au peu
d'amour des populations pour le travail; les ouvriers manquent absolument.
L'unique fabrique de draps, de Niamtz, en Moldavie,
appartenant à l'ancien ministre Cogalniccano, no prospère pas. On ne travaille
pas parce que l'on compte sur la prodigieuse fertilité du sol, véritablement
béni du ciel.
Les juifs ont créé des fabriques de bougie à
Moincsti (Moldavie), mais ils ont été découragés par le Gouvernement qui leur
imposait des charges impossibles (142).
N° 140*.
Les Roumains manquent d'activité, d'après le
témoignage. d'un Roumain (143).
La grande quantité des étrangers et surtout des
juifs dans notre pays est, chacun en conviendra, le symptôme d'une
très-mauvaise situation. Mais quelle imprévoyance de combattre le symptôme en
maintenant le mal, tout au moins d'attaquer le symptôme avec l'espoir
d'améliorer le mal.
Notre malheur consiste dans notre manque d'activité
et dans l'ignorance du peuple roumain. Ceci admis, il en résulte forcément que
tout le commerce et toute la science passent aux étrangers et, dans cette
mauvaise situation, les étrangers sont les seuls agents de cette activité dont
un État ne peut se passer sans périr.
Les juifs ont maintenu chez nous le mouvement
commercial, les écoles de France et d'Allemagne nous ont donné les idées de
civilisation. Nous ne pourrons laisser de côté ce secours étranger que lorsque
nous serons en état de le remplacer de notre fonds national. Mais ce
remplacement veut être manifesté par des actes réels, tels que notre activité
commerciale et notre vie intellectuelle propres, et non par le refus du
maintien des étrangers. Nous mettrons les juifs de côté lorsque nous serons
aussi actifs qu'eux, et nous remplacerons les idées allemandes et françaises
lorsque les nôtres seront aussi mûres et aussi sérieuses.
Mais tant que cela ne sera pas arrivé, persécuter
les étrangers, c'est déchaîner la barbarie contre la liberté et mettre en
parallèle l'obscurantisme avec l'intelligence.
La seule voie de salut pour nous, c'est la diffusion
de la science, et tout instant qui sera consacré, en dehors de cette œuvre, a
des actes d'intolérance et de soi-disant exclusivisme national, est du temps
perdu et tend à la ruine de l'État roumain.
Majorescu
N° 141.
Paroles prononcées sur ce sujet par M.Bratiano dans
la séance de la Chambre du 16/28 décembre 1876 (144).
Nous avons de nombreux et de très-grands torts, mais
le plus grand, le plus impardonnable, nous a dit M. Gradisteano, c'est d'avoir
laissé accaparer par des étrangers toute l'activité commerciale et industrielle
de notre pays, tandis que toute l'intelligence des Roumains se fixait sur
l'administration. Tous mangeaient ou cherchaient à manger au budget, tandis que
seul le paysan produisait.
Quel est donc le moyen de sortir de cette situation?
M. Gradisteano prétend qu'il est mauvais de supprimer des fonctions, ce qui
désorganise les services, et qu'il vaut mieux réduire de moitié les
appointements. Je répondrai que ceci n'améliorerait guère la situation. Le mal
essentiel ne consiste pas surtout dans le grand nombre de fonctionnaires qui
émargent au budget, mais en ce que toute l'activité, toute l'intelligence des
Roumains se concentre sur l'administration publique. Tout le monde se précipite
sur les fonctions. Personne ne songe à gagner sa vie, à augmenter ses capitaux
dans l'industrie, dans le commerce et dans les sciences qui s'y rattachent.
Quand j'ai voulu appliquer la nouvelle loi douanière, je n'ai trouvé dans tout
le pays qu'un seul Roumain ayant les connaissances spéciales du commerce. Il
est certain que chez nous, tous, même les fils des quelques industriels et des
quelques commerçants roumains qui existent, se font recevoir licenciés et
docteurs en droit, afin d'émarger d'une manière quelconque au budget. Pas un ne
se livre au commerce ou à l'industrie.
Si notre commerce est aujourd'hui entièrement entre
les mains des étrangers, la faute en est à nous, d'abord parce que nous n'avons
jamais songé à protéger et à faire prospérer notre commerce et notre petite
industrie, et ensuite parce que nous n'avons jamais rien fait pour diriger
l'activité roumaine dans cette voie si féconde. Nous n'avons rien fait pour
introduire et répandre chez nous les sciences relatives au commerce et à
l'industrie.
N° 142*.
Paroles de M. Carp, Ministre de l'instruction
publique, dans la séance delà Chambre roumaine du 29 juin 1875 (145).
Croyez-vous que vous puissiez régler la question
juive par des lois et des règlements? Non... Depuis huit ans que vous luttez
par des moyens de répression, qu'avez-vous obtenu? Rien, absolument rien.
Savez-vous comment vous pouvez résoudre cette question? Je vais vous le dire.
Permettez-moi de citer devant l'Assemblée un fait qui s'est passé dans la
Société de la Jeunesse de Jassy. Un soir, nous avions discuté la question juive
jusqu'à trois heures du matin, sans pouvoir nous convaincre les uns les autres,
comme il arrive toujours lorsque la passion s'en mêle. En sortant pour rentrer
chez nous, nous apercevons un pauvre juif, presque à la porte de la maison que
nous quittions, qui travaillait à son métier, à trois heures après minuit, un
vrai tableau de Rembrandt, tandis que d'un cabaret voisin sortaient trois
ouvriers roumains, pris de vin et chantant des chansons patriotiques. Je
montrai alors ce contraste à mes contradicteurs en leur disant:
voila la question juive! Voulez-vous lutter
victorieusement avec les juifs? Soyez travailleurs, sobres, économes comme eux
et vous n'aurez rien à craindre. (Murmures.) Ce que j'ai dit alors, je le
répète aujourd'hui; c'est dans la concurrence du travail qu'est
LA SOLUTION DE LA QUESTION JUIVE.
N° 143.
Témoignage de M. Picot en faveur des juifs roumains
(146).
Le Gouvernement roumain dit qu'il veut
l'affranchissement complet de la population israélite, mais que les juifs ne
peuvent obtenir les droits de citoyen que s'ils prouvent par leur conduite et
leurs mœurs qu'ils sont dignes de ce titre. Au contraire, les défenseurs de la
cause Israélite disent à M. Bratiano: « Accordez dès maintenant aux juifs les
mêmes droits qu'aux autres citoyens, et, dans peu d'années, vous ne
reconnaîtrez plus ces hommes que vous traitez si durement aujourd'hui. »
Il n'est pas étonnant que les juifs, maintenus
depuis des siècles dans une position inférieure et humiliante, soient encore
plongés dans la barbarie. A vrai dire, ils ne sont guère plus sauvages que les
paysans roumains au milieu desquels ils vivent, et ce n'est pas seulement dans les
Principautés qu'il a fallu les tirer de cet état d'abjection. On conçoit que,
dans un pays où ils sont considérés comme étrangers, où ils sont repoussés de
tous les emplois, les juifs conservent des usages étrangers. Il en était ainsi
autrefois dans tous les pays, et les israélites, à peine émancipés, se sont
rapidement fondus dans le reste de la population.
Si les Roumains veulent se mériter quelque estime en
Europe, qu'ils ne laissent pas peser sur eux plus longtemps le reproche
d'intolérance, et qu'ils suivent l'exemple libéral donné par l'Assemblée
hongroise. Tout imbus qu'ils sont des idées du moyen âge, les Hongrois ont
commencé leurs réformes sociales par l'émancipation complète et définitive do
tous les israélites fixés en Hongrie...
Si ceux qui dirigent les affaires des Principautés
entrent enfin dans cette voie, ils sont d'avance assurés de l'approbation et do
l'appui de tous les hommes éclairés.
N° 144.
Lettre adressée par des étudiants roumains à l'opinion nationale (147). Paris, le 2
août 1866.
monsieur le rédacteur,
C'est avec un sentiment de douloureuse surprise que
nous avons lu la lettre publiée dans votre estimable journal par M. D.
Sou-dito, relativement à la question des juifs en Roumanie.
Nous réprouvons trop énergiquement toute idée
d'intolérance religieuse pour ne pas protester contre cette lettre, qui
n'exprime en aucune façon les sentiments de la jeunesse roumaine.
Enfants do la Roumanie, notre tâche sera de détruire
les préjugés religieux, et notre œuvre ne sera accomplie que lorsque nous
aurons triomphé de l'ignorance et du fanatisme. Nous croyons trop à notre cause
pour ne pas en prévoir le succès dans un avenir peu éloigné, et alors seulement
nous pourrons dire avec fierté: " La liberté règne en Roumanie. »
Nous vous prions, Monsieur le rédacteur, d'agréer
l'expression de nos sentiments les plus distingués.
J. Campiniano, C.-P. Filiti, C. Nacou, N.
Prisaciano, C. Œconomus. D. Sergius, Leresco, Kalindero, Al. Loupesco, A.
Stoïcesco, G. Mariano, Warlam, Terusiano, B. Christopulo, Dicolesco, G. Ghitza,
G. Déméteiou, G. Antachi, Al. Baïcaïno, Gr. Balutza, C. Maraciniano, M.
Phérékyuès, C. Lahovary, A. Zeu Ciano, N.-A. Démétriesco, Calotesco, V. Zisso,
M. Boranesco, G, Iatropolo, Jean Lahovary, Jacques Lahovary, Nicolesco, Costin,
D. Draghiesco, V.-J. Vladesco.
N0 145.
Fondation d'une Société
d'étudiants roumains formée à Paris en 1877, pour la solution de la
question israélite.
A M. le directeur du journal de bucharest (148).
Paris, 11/23 janvier 1877, 6, rue Gay-Lussac.
Monsieur le directeur,
Nous vous prions do vouloir bien faire connaître au
public roumain la fondation à Paris d'une « Société roumaine pour la solution
de la question Israélite. »
Constituée à la suite d'une réunion générale de
Roumains et d'israélites indigènes, cette Société a formulé l'objet de ses
travaux dans une motion présentée par un de ses membres et revêtue ensuite de
la signature de tous les membres de la réunion. Le sens de la motion est comme
il suit:
« La Société a pour objet:
» L'assimilation des israélites indigènes avec les
Roumains, en tant que cette assimilation ne nuira point aux intérêts de la
patrie roumaine.
» La base de ses travaux est que:
» Jamais la question ne pourra être résolue par l'intervention
étrangère. »
Il est inutile d'insister sur l'importance de celte dernière
disposition. Il est incontestable que la principale cause qui a donné naissance
aux. difficultés soulevées par celte question c'est que, soit par suite des
demandes des intéressés, soit de leur propre initiative, les puissances
étrangères ont voulu intervenir et mettre un terme à un état de choses qui leur
paraissait anormal...
La Société a confiance dans le bon sens du peuple
Roumain;elle a confiance dans ses sentiments de progrès et d'humanité; c'est
pourquoi elle s'adressera seulement à lui et le conjurera de tendre une main
fraternelle aux israélites. S'adressant donc au peuple Roumain, elle luttera
avec énergie, par tous les moyens qu'elle aura à sa disposition, pour atteindre
son but: l'assimilation dos israélites indigènes avec les Roumains.
Dans ce but, elle demandera à ces Israélites que,
outre la condition do naissance sur le territoire roumain, ils ne soient soumis
à aucune protection étrangère et qu'ils donnent des preuves de leur amour pour
leur patrie en répudiant toute alliance avec celte multitude innombrable
d'Israélites étrangers qui viennent dans le pays pour en sucer le sang, pour
l'exploiter, et qui, jusque aujourd'hui, n'ont laissé échapper aucune occasion
de montrer la haine profonde qu'ils portent à la nationalité roumaine.
La Société demandera aux Roumains: une appréciation
plus exacte de l'état de choses actuel, une conception plus large des idées
modernes, lesquelles ne peuvent être compatibles avec l'exclusion qui prive une
grande partie des habitants de la Roumanie du droit de nationalité; elle leur
demandera, en un mot — et l'obtention de ce point mettra un terme a ses travaux
— que le premier pas dans cette question se fasse dans le sens du progrès de
l'humanité.
La Société est convaincue qu'en agissant ainsi, elle
donnera d'une part, satisfaction aux israélites indigènes qui sont animés d'un
sentiment profond d'amour pour la patrie Roumaine, et d'autre part qu'elle
rendra service à la Roumanie en assimilant à ses citoyens les israéliles
indigènes et en éloignant de son scia tous ceux qui, nomades, errant de village
en village, ne peuvent, à cause même de cela, ni aimer aucun pays, ni obtenir
les sympathies d'aucun peuple.
En terminant, nous faisons appel à tous les vrais
Roumains, sans distinction de religion ou d'opinion politique, et nous les
prions de discuter avec nous celle question importante, en ayant en vue
seulement l'ennoblissement des idées et l'intérêt national. Nous sommes
convaincus que bientôt grand sera le nombre de ceux qui lutteront avec nous
pour réaliser le dessein que nous avons en vue, dessein éminemment national et
roumain.
Pour la Société: Constantin calligari, étudiant en médecine
et élève de
l'École des sciences politiques et administratives. David emmanuel, licencié
es sciences mathématiques.
Les pages précédentes étaient déjà. imprimées
lorsque le Gouvernement anglais a publié les documents diplomatiques qu'il
possède sur l'histoire des israélites en Serbie et en Roumanie depuis 1867
jusqu'à nos jours (149).
C'est une nouvelle source d'informations qui nous a
été ouverte. Nous y puisons un certain nombre de renseignements qu'on trouvera
dans les pages suivantes (150).
On trouvera également dans cet appendice quelques additions et rectifications puisées à d'autres sources et principalement le récit des faits épouvantables qui se sont passés en juin 1877 à Darabani.
125.
Journal
des Débats,
vendredi 12 janvier 1877.
126.
Journal
de Bucharest, 25
janvier 1877. Cp. Journal des Débats, 18 janvier 1877.
127.
Journal
de Bucharest, 25
janvier 1877.
128.
Journal
des Débats, 5
janvier 1877.
129.
Ce
tableau est un résumé de celui qu'on trouve dans la brochure intitulée: Persécutions
contre les israélites roumains, octobre à décembre 1876, et où sont
reproduits les noms de 167 pères de famille expulsés (p. 42 à 46). Nous
rappelons que ce travail présente, pour les noms géographiques, de trè grandes
incertitudes de lecture.
130.
D'après
la brochure Persécutions, etc. Oct.-déc. 1876: nos2, 9, 12,
32, 41, 51, 100.
131.
Ibid., p..40.
132.
Ibid., p. 41.
133.
Vierter
Jahresbericht der isr. Allianz zu, Wien. Vienne, 1877, p. 18.
134.
Jewish
Chronicle, 23
mars 1877.
135.
Pressa, 11/23 mars 1877.
136.
Note,
etc., p. 4 et
suivantes. Notre traduction est empruntée au Moniteur roumain, 20
janvier 1870 n. st., n» 114.
137.
Séance
de la Chambre roumaine du 18/30 décembre 1869. Moniteur roumain, 20
décembre 1870 n. st.
138.
Moniteur
roumain, 6
janvier 1870, n. st.
139.
Ibidem.
140.
Moniteur
roumain, 13
janvier 1870 n. st., n°112.
141.
Écho
de l'Onent,
[Bruxelles,) 14 février 1873.
142.
Pour
la fabrication du tabac à Jassy, il a été impossible de trouver d'autres
ouvriers que des juifs. (Allg. Z. d. J., 1872, p. 934.)
143.
Allg.
Z. d..J.,1871, p.
763.
144.
Romanul, 18/30 déc. 1876.
145.
Moniteur
officiel
(roumain), N° 159, 22 juillet/3 août 1875.
146.
Picot,
p. 47 à 49.
147.
Opinion
nationale, 4 août
1866.
148.
Journal
de Bucharest, 1er
février 1877, n. st,
149.
Correspondence
respecling the condition and treatment of the Jews in Servia and Roumania,
1868-76. London,
Harrisson and Sons, (1877). 1 vol. in-f° de 359 pages. Cette publication sera
désignée, dans les pages suivantes, par les mots Correspondence IV. A
moins d'indication contraire, nous renvoyons aux numéros des pièces qui y sont
renfermées, et non aux pages. Les annexes à ces numéros sont désignées par des
chiffres romains.
150.
Les
pièces et passages traduits par nous sur un original en langue étrangère sont
précédés de l'astérisque.