Isidore Loeb  

La situation des israélites en Turquie en Serbie et en Roumanie (1877)

Internet Modern Jewish History Sourcebook for Central and Eastern Europe

SOURCE OF MATERIAL

LŒB Isidore. La situation des israélites en Turquie en Serbie et en Roumanie. Paris: Joseph Baer et Cie, Libraires-éditeurs 2, Rue du Quatre-Septembrie, 2, 1877. 

NOTES

 

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CONTENT

Sixth part: Documents concerning Romania

X. réunion de paris de décembre 1876: Réponses failes par les différents Gouvernements au Mémoire (le la Réunion en faveur des israélites de l'Orient; réponse du prince Orloff, ambassadeur de Russie, à Paris; de lord Derby; de M. le duc Decazes; du Gouvernement italien; de M. de Bülow; de M. Horace Maynard.

XI. expulsions de 1876-77. Télégramme de Bucharest, niant les expulsions. — Déclaration d'un « Comité Israélite de roumanisation. » — Dénégation signée de noms inconnus. — Dénégations de l'Agence princière de Roumanie à Paris.— Liste des expulsés du district de Vaslui. — Déclaration de quelques expulsés et témoins. —Déclaration confirmant les expulsions à la Chambre des députés d'Autriche-Hongrie. — Id. de M. Bourke à la Chambre des communes. — Télégramme de Bucharest en réponse à la déclaration de M. Bourke. — Procès-verbal de la séance du Sénat roumain à laquelle se rapporte le télégramme précédent. — Procès-verbal d'une séance précédente, 10/22 février.

XII. arguments A L'APPUI DES PERSÉCUTIONS ET TÉMOIGNAGES OPPOSÉS.— Déclaration de M. Cogalniceano sur la tolérance religieuse des Roumains et sur la cause des persécutions. — Déclaration de M. César Bolliac sur cette question.—Paroles de M. Codresco prononcées lors de son interpellation à la Chambre roumaine, le 16/28 décembre 1869. — Paroles de M. Bratiano dans la même séance. — Activité des Israélites en Roumanie. — Inactivité des Roumains selon le témoignage d'un Roumain. — Paroles prononcées a ce sujet par M. Bratiano et par M. Carp.— Témoignage de M. Picot en faveur des israélites. — Belles paroles de plusieurs étudiants roumains à Paris; lettre à l'Opinion nationale.— Société d'étudiants roumains formée à Paris pour la solution de la question Israélite.

XIII. Notes

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DOCUMENTS (1)

X. réunion de paris de décembre 1876: Réponses failes par les différents Gouvernements au Mémoire (le la Réunion en faveur des israélites de l'Orient; réponse du prince Orloff, ambassadeur de Russie, à Paris; de lord Derby; de M. le duc Decazes; du Gouvernement italien; de M. de Bülow; de M. Horace Maynard.

Le Mémoire préparé par la Réunion a été adressé aux gouvernements d'Allemagne, d'Angleterre, d'Autriche-Hongrie, de France, d'Italie et de Turquie.

Une députation du Comité Central en a remis également un exemplaire à S. A. le prince Orloff, ambassadeur de S. M. l'Empereur de Russie, à Paris, avec prière de le transmettre à son gouvernement. Le prince a fait à la députation le plus cordial accueil et il a exprimé la conviction qu'aucune mesure ne sera prise en Turquie en faveur des chrétiens qui ne s'étende également aux israélites.

En outre, M. Charles Netler, membre du Comité central de l'Alliance Israélite Universelle, a remis un exemplaire du Mémoire à chacun des plénipotentiaires réunis à Constantinople.

117.

Réponse de lord Derby.

Le 28 décembre 1876, une députation de l'Anglo-Jewish Association et d'autres israélites de Londres a eu l'honneur de remettre le Mémoire à lord Derby, ministre des affaires étrangères d'Angleterre.

Voici la réponse de lord Derby, d'après le Daily Telegraph du 29 décembre 1876:

« Messieurs, j'éprouve un grand plaisir à vous voir et à vous » entendre aujourd'hui; j'ai écouté vos paroles avec intérêt et at-» tention. Il n'est pas nécessaire que je réponde longuement à ce » que vous m'avez dit, car là ou il y a conformité complète sur a les principes, — et c'est seulement la question de principes que » nous traitons ici; — il n'est ni opportun ni nécessaire d'entrer dans de longs développements. Vous pouvez être certains que, » sous le présent gouvernement et sans aucun doute sous tout » gouvernement qui peut se former dans ce pays, la politique de » l'Angleterre sera, dans l'avenir comme elle l'a été dans le » passe, favorable à l'abolition de toute distinction entre les adhé-» rents d'une religion ou d'une autre. Nous connaissons la vérité » de ce que vous avez dit au sujet des persécutions, — on ne » peut les appeler autrement, — auxquelles ont été soumis les » juifs de Serbie et de Roumanie. Vous pouvez être certains que a l'influence de notre pays s'exercera de la façon qui nous pa-» raîtra la plus sage et la plus pratique pour prévenir de pareils » actes à l'avenir. Quant au Mémoire, je l'ai vu pour la pre-» miere fois ce matin. Je n'ai pas pu le lire avec soin et c'est » pourquoi je m'abstiendrai de le commenter en détail, mais je » l'enverrai à notre ambassade à Constantinople, pour qu'elle y » donne la suite qu'il peut comporter. La question de Roumanie » et de Serbie ne doit pas être confondue avec celle des provinces » turques. Dans ce qu'on fera pour l'administration intérieure do » la Turquie, je ne suis certainement préparé à concourir à au-» cune mesure de réforme administrative qui ne s'applique à tous » les sujets musulmans. Quant à la Roumanie et à la Serbie, la » position de demi-indépendance qu'elles ont acquise rend plus » difficile une action directe sur elles dans cette question. Nous » verrons cependant ce qu'on peut faire à ce sujet, et je ne puis » vous donner de meilleur conseil que de vous engager à en ap-» peler constamment, en toute occasion propice, à la puissance » qui peut vous appuyer mieux que n'importe quel gouverne-» ment, à l'opinion publique. Quelque acte d'intolérance qui soit » commis dans n'importe quel coin inconnu de l'Europe, il ne » rencontrera pas de sympathie dans l'opinion générale et les ii sentiments de l'Europe connue. Je n'ai pas besoin d'en dire da-» vantage maintenant. Je ne puis que répéter que je serai heu-» reux de communiquer avec votre Association quand vous » pourrez le désirer et de concourir par tous les moyens qui sont » en mon pouvoir aux questions qui nous sont communes. »

N° 118.

Réponse de M. le duc Decazes adressée à M. Adolphe Crémieux, Sénateur.

MINSTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. — direction POLITIQUE.

Monsieur Crémieux, Sénateur.

Versailles, le 29 décembre 1876.

Monsieur LE SÉNATEUR,

J'ai reçu l'exemplaire que vous m'avez fait l'honneur de me transmettre de l'Adresse que l'Alliance Israélite universelle a décidé de faire parvenir à la Conférence de Constantinople, ainsi qu'un volume intitulé: « la Situation des Israélites en Serbie et en Roumanie, » et la lettre par laquelle vous me demandez d'intervenir auprès de la Conférence par l'entremise de l'ambassadeur de France près la Porte Ottomane. Je me suis empressé d'écrire à M. le comte de Bourgoing, suivant votre désir, pour recommander à son bienveillant accueil M. Netter, que l'Alliance Israélite universelle a chargé d'agir en son nom, et les sentiments du Gouvernement français sur les questions qui la préoccupent sont assez connus pour que je n'aie pas besoin d'ajouter que l'appui de nos plénipotentiaires est assuré d'avance aux Israélites en Orient, dans les délibérations dont leurs intérêts et leurs droits pourraient être l'objet.

Agréez, monsieur le Sénateur, les assurances de ma haute considération.

Decazes.

N° 119*.

Réponse de M. Melegari.

L'Opinione du 1er janvier 1877 rapporte qu'une députation du Comité de Rome de l'Alliance israélite universelle, accompagnée de M. Samuel Alatri, délégué du Comité Vénéto-Mantouan et du Comité de Ferrare, a remis le Mémoire à M. Melegari. «. L'honorable ministre des affaires étrangères d'Italie s'est montré, fermement résolu à défendre en Orient la complète égalité civile et politique sans distinction de culte, et a exprimé la pensée qu'aucune concession ne devra être faite à la Serbie et à la Roumanie qu'à la condition qu'elles accordent l'égalité aux israélites. »

N° 120 *

Réponse du Gouvernement allemand, adressée à M. le Dr. Kristeller et à M. B. H. Goldschmidt, membres de la Réunion de Paris.

Berlin, le 7 Janvier 1877.

M. le Chancelier de l'Empire a pris connaissance avec beaucoup d'intérêt de votre lettre datée de Berlin, 31 décembre dernier, ainsi que des annexes et de mon rapport sur les explications verbales que vous y avez jointes. Il a ordonné de transmettre au plénipotentiaire allemand ce document destiné aux membres de la Conférence de Constantinople. Le Gouvernement impérial appuiera avec plaisir les vœux concernant l'égalité des sujets israé-lites de la Turquie avec ceux des autres confessions. Il agira dans le même sens, au cas où la condition de la population israélite en Roumanie et en Serbie entrerait dans le cadre des délibérations de la Conférence.

Agréez, Messieurs, etc.

Le Secrétaire d'Etat au Ministère des affaires étrangères,

Bülow.

N° 121*.

Lettre du Ministre des États-Unis à Constantinople.

M. W. Seligman, membre delà Réunion de Paris, ayant adressé un exemplaire du Mémoire à S. Exc. le Ministre des États-Unis d'Amérique à Constantinople, a reçu la réponse suivante

Constantinople, 9 janvier 1877.

Cher monsieur,

J'ai reçu, par le dernier courrier, votre lettre du 2 courant, contenant une copie du Mémoire adressé à la Conférence qui siège actuellement dans cette capitale. C'est avec plaisir que je favoriserai l'objet de ce Mémoire.

Dans une conversation que j'ai eue hier dans la soirée avec le marquis de Salisbury, il m'a assuré de ses sympathies pour cette question.

Toute mesure prise à l'égard des populations non musulmanes de la Turquie profitera, j'en suis persuadé, aussi bien aux habitants Israélites qu'aux autres.

Je suis, etc.

Horace Maynakd.

 

XI expulsions de 1876-77. Télégramme de Bucharest, niant les expulsions. — Déclaration d'un « Comité Israélite de roumanisation. » — Dénégation signée de noms inconnus. — Dénégations de l'Agence princière de Roumanie à Paris.— Liste des expulsés du district de Vaslui. — Déclaration de quelques expulsés et témoins. —Déclaration confirmant les expulsions à la Chambre des députés d'Autriche-Hongrie. — Id. de M. Bourke à la Chambre des communes. — Télégramme de Bucharest en réponse à la déclaration de M. Bourke. — Procès-verbal de la séance du Sénat roumain à laquelle se rapporte le télégramme précédent. — Procès-verbal d'une séance précédente, 10/22 février.

N° 122.

Télégramme de Bucharest niant les expulsions (125).

Bucharest, le 11 janvier.

Les faits de persécutions contre les Israélites racontés par des journaux étrangers sont complètement inexacts. Le préfet du district d'Ilfov a fait fermer seulement les établissements de deux israélites qui refusaient de se conformer aux lois générales du pays sur le commerce des boissons.

N° 123.

Déclaration d'un Comité israélite de roumanisation (126).

La Société Romanisarea, composée de la jeunesse Israélite roumaine et qui a pour but de propager les sentiments de patriotisme, la langue et les mœurs roumaines, déclare qu'elle repousse avec indignation toute solidarité avec les journaux étrangers qui ont répandu des injures et des invectives contre la Roumanie.

La Société Romanisarea proteste énérgiquement contre tout soupçon de complicité tant avec les auteurs qu'avec les propaga teurs de ces insultes, ayant pour objet de discréditer l'État roumain-dans un moment où des événements suprêmes semblent lui commander la lutte pour l'existence nationale.

Fidèle à son nom, à ses principes et à ses tendances, la Société Romanisarea démentira par des faits, quand la patrie le lui demandera, les soupçons qui se sont attaqués aux sentiments de dévouement patriotique des Israélites roumains.

Les délégués de la Société romanisarea, joseph stern, J. margulici, arminius iaslovici,

N0 124. Dénégation signée de noms inconnus (127).

A la suite des calomnies inqualifiables que certains journaux étrangers, animés de malveillance, ont lancées contre la Roumanie et les Roumains, nous soussignés, au nom de tous nos coreligionaires de Roumanie, qui sont très-indignes des mensonges inventés nous ne savons par qui, que nous aurions été maltraités par les Roumains dans nos foyers, plus violemment que les bachi-bouzoucks n'ont traité les Serbes et les Bulgares; pour mettre le monde entier en mesure de savoir quelle foi il faut ajouter aux calomnies qui remplissent les colonnes de ces journaux étrangers, nous déclarons, — ce que personne ne saurait nier, — que noua vivons en Roumanie dans la meilleure harmonie avec les Roumains, sans que nous ayons à souffrir aucun mal, comme l'insinuent ces journaux étrangers par leurs exorbitantes et mesquines inventions.

En conséquence, nous prions lesdits journaux de ne plus reproduire de tels mensonges, qui scandalisent le monde, car ce sont des calomnies évidentes, livrées au jour par des hommes qui, outre leur mauvaise intention, n'ont pas la moindre idée de ce qu'est la Roumanie et de ce que sont les Roumains.

Nous vous prions, monsieur le Rédacteur, de donner l'hospitalité à cette déclaration, au bas de laquelle nous n'avons pu réunir un plus grand nombre de signatures, à cause de la hâte que nous avons mise à la publier, mais nous nous promettons d'y ajouter bientôt la signature de presque tous nos coreligionnaires de Roumanie.

Abram Leibu, Isaac Aron, Lazar Josiv, Itic Marcovic, Herman David, Itic Avram, Isac David, Dalomon Maier, Natan col-Denberg, Marcu Lebovici, Hers Marcu, Josef Aron, Morit Goldman, Leibu Marcovici, Morit Jacob, I. Ascher, A. Davidovici, H. Mathias, Samson Bercu, Israël Lazar, Rosenberg, Steiner Jacob, D. Menachem, D. Fischer, Ber Léon, Simon Avram, Isaac Avram, Goldstein Avram.

N0 125.

Dénégations de l'Agence de Roumanie à Paris, adressées au directeur du journal des débats (128).

Paris, le 4 janvier (1877).

Dans votre numérod'aujourd'hui, vous reproduisez un télégramme publié par le Pesther Lloyd, dans lequel il est dit que, dans un village du district de Vaslui, le maire aurait donné l'ordre d'expulser tous les juifs qui s'y trouveraient.

Je m'empresse de vous informer que cette nouvelle est complètement erronée. La seule chose qui se soit passée, c'est le refus de la part d'un maire du district de Vaslui d'autoriser le nommé Ephraïm Linhart, de religion israélitc, à ouvrir un débit de boissons spiritueuses avant de s'être conformé aux dispositions des articles 10 et 108 sur la police rurale, qui s'appliquent chez nous à tout le monde, sans distinction.

N° 126.

Liste des expulsés du district de Vaslui en octobre 1876 à janvier 1877 (129).

Les chiffres de la première colonne donnent le nombre de familles, ceux de la seconde, le nombre des personnes.

Pracova

 

 

Armasoie

2

11

Curssesd

3

21

Cosesci

1

8

Daga

1

5

Dumbraveni

2

16

Garceni

11

39

Hirsova

2

12

Ivanesci

4

19

Laza

8

48

Oprisita

1

6

Poenesci

1

2

Stangaciu

2

13

Toporesci

1

5

Pcrasna

 

 

Silistei

1

3

Deleni

3

14

Dobrovatu

1

9

Lipova

6

38

Lipovatu

1

3

Manjesci

3

10

Miclesçi

4

24

Muntenii

2

15

—degiossu

2

11

—desussu

2

7

Pocreca

5

27

Poena

2

9

Solesci

6

30

Stioborani

6

20

Tanacu

3

14

ValeaSilistei

1

5

PFUNDURI

 

 

Dragesci

1

7

Draguseni

5

16

Dumesci

3

14

Garbesci

2

14

Ipate

5

27

Parpanita

1

8

Scheie

1

8

Sendreni

3

14

Tanta              

11

53

Tungujeni

3

19

ValeaSatului

1

3

Pstemnic

 

 

Buhaiesci

1

2

Balteni

1

10

Brodocu

1

3

Bucesti

1

4

Balesci

1

4

Osesci

3

12

Rafaila

4

15

PmijlocBerescu

1

5

Bodesci

1

2

Gergeleu

1

9

Mircesci

4

13

MovilaBurcelu

1

5

Tacuta

4

24

Telejna

4

30

Tufescii

3

4

Valearea

3

14

divers

 

 

Ingavié

3

16

Sartesci

1

2

Divers

6

6

total

167

817

N° 127*.

Déclarations de quelques expulsés et témoignages divers (130).

Moi, Beila Ruchla, veuve d'Abram Joseph, tailleur, demeurant depuis dix ans dans la commune de Boresca, district de Mijioc, je déclare que, le 2 novembre 1876, mon mari étant encore envie, le maire, avec plusieurs valets communaux, est venu chez nous et nous a ordonne de quitter la commune dans les vingt-quatre heures, sinon il nous chasserait du village à coups de bâton. Mon mari, âgé et infirme, pauvre et chassé de son foyer en plein hiver, fut saisi d'un violent effroi et s'enfuit à Dauesti avec son frère, dans l'espoirque son absence de la commune assurerait le repos de sa famille. Lorsque m'arriva, le 5 novembre, la douloureuse nouvelle qu'il était mort des suites d'un refroidissement et de la frayeur qu'il avait éprouvée, je me rendis avec mes frères à Dauesti,où je restai sept jours, au bout desquels ju revins dans ma maison. Au moment même de mon retour, un garde de la municipalité vint m'annoncer, au nom du maire, que j'avais à quitter la commune: je courus chez M. Costake Georgiu, le fermier principal, qui me donna, pour moi et mes quatre filles adultes, qui étions dans la plus grande misère et exposées à mourir de faim, une lettre pour le maire, grâce à laquelle on nous laissa tranquilles. Aujourd'hui je me trouve dans la commune, songeant continuellement à mon mari défunt.

Moi, Leibu Salomon, indigène, demeurant depuis deux ans dans la commune de Cosmesti du village de Balasti, canton de Stevnic, je déclare que le maire Jon Motes m'ordonna d'abandonner le village. J'ai dû me soumettre, quoique ma femme fut à la veille d'un accouchement. Ma famille se compose de quatre personnes.

Moi, Salomon Sin David, indigène, demeurant dans la commune de Deleni, district de Crasna, je déclare que le 16 décembre 1876, un gardien, est venu chez moi, m'a chassé de ma maison avec ma famille et m'a ordonné de quitter la commune avant le soir. Je pris ma voiture et me rendis la nuit même à Vaslui. En route, ma voiture versa et un de mes enfants tomba dans la neige, prit froid et, mourut le troisième jour.

Moi, Ioel Sin Eisig Herscu, demeurant depuis vingt-deux ans dans la commune de Lipova, arrondissement de Racova, je déclare que, le 8 décembre 1876, un conseiller municipal m'a forcé de partir. J'ai couru chez le maire et l'ai prié de m'accorder un délai, lui montrant que j'avais une bru malade sur le point d'accoucher. Le maire, M. Nicolas Sion, ne voulut pas m'accorder le délai demandé, me disant qu'il avait ordre de ne pas tolérer les juifs dans la commune. Je fus forcé de prendre ma bru malade et une partie de mes effets et de me rendre à Plapana. A la suite de cet événement, l'état de ma bru s'aggrava et, ne pouvant plus accoucher, elle mourut. Je suis âgé de soixante ans, j'habite la commune depuis vingt-deux ans. Maintenant je suis laissé sans abri, sans aucun moyen d'existence, avec une famille de cinq enfants.

Moi, Smil Mendel, né dans la commune de Garceni, arrondissement de Racova, où je suis domicilié, je déclare que je fais par-tic de l'armée roumaine depuis 1874, comme gendarme à cheval, ayant l'obligation -de nourrir un cheval de service; je déclare encore que je suis au service du cabaretier Costache Lache. M. le maire Teleman m'ordonna, en présence de M. Lascar Siou, de quitter la commune où il ne pouvait pas tolérer des juifs. M. le capitaine Vasile Gorgas, auprès duquel je réclamai, me dit d'en appeler au Minisire de la guerre et au Ministre de l'intérieur, ce que j'ai fait. M. le préfet Lupasco me répondit que, malgré l'intervention de M. le major Render et du capitaine en ma faveur, on ne pouvait permettre aux juifs d'habiter les villages. Je me trouve maintenant à Pancesti avec ma femme et mon enfant, chez mon vieil et pauvre père, et je suis encore obligé de nourrir un cheval pour lequel je dois 300 francs.

Moi, Itic Schulem Seidner, sujet autrichien, établi depuis quinze ans dans la commune d'Ivanesti, district de Racova, je déclare que, le 13 décembre 1876, le conseiller, accompagné de l'huissier et suivi d'un chariot, est venu chez moi, a fait charger sur la voiture une partie de mon avoir, et l'a fait transporter hors de la commune, où les agents ont jeté le tout par terre et m'ont causé delà sorte un préjudice considérable. Ma fille, veuve et mère de quatre enfants, qui habitait dans la commune de Brosteni, a été traitée d'une façon encore plus cruelle. Le même jour, le conseiller municipal, accompagné de gardes, est venu chez elle et lui a ordonné de quitter le bourg. Lorsqu'elle vit que cette injonction était sérieuse, elle mit une serrure à sa porte et s'enfuit avec ses enfants chez moi. Dans sa fuite, elle s'efforça d'éviter la mai-son du conseiller municipal précité et fit un détour, mais tout à coupelle vit que quatre cavaliers la poursuivaient. Saisie d'effroi elle descendit avec ses enfants dans un petit ruisseau, tâchant au risque de se noyer, de gagner l'autre bord, ce qui lui réussit. Mais alors les cavaliers prirent par un pont, arrivèrent malheureusement assez tôt pour arrêter la pauvre femme désespérée, épuisée de froid et de fatigue, et la traîner, au milieu des pleurs et des cris des enfants, jusqu'à sa demeure. Là, elle ne trouva que sa literie, chargée sur une voilure, sur laquelle elle dut se laisser conduire dans la ville, en abandonnant tout son avoir. Elle a su depuis que le conseiller municipal a fait cadeau de toute sa fortune à son propriétaire.

 Moi, Haja Ciurar, veuve, demeurant dans la commune de Valea Sasului, district de Funduri, je déclare que, le 30 octobre 1876, le maire est venu chez moi, m'ordonnant de quitter la commune. Je courus précipitamment chez M. Sandu Raschkanu, et le priai de m'accorder sa protection. Il me recueillit dans sa maison et m'assura que personne n'oserait m'en chasser, pas même le préfet. Mais le maire vint tous les jours dans cette maison, et il me livrait à la risée des gens. Ne pouvant supporter plus longtemps ce traitement, je dus quitter la commune le 15 novembre. Maintenant je vais avec mes enfants de porte en porte pour mendier mon pain. Mon avoir, valant 60 ducats, eit resté dans la commune.

N° 128*.

Pétition de M. Nicolas Buzianu.

Du 10 janvier 1877, adressée à M. le Procureur du Tribunal de Vaslui (131).

Je soussigné Nicolas Buzianu, de la commune d'Ivanest, arrondissement de Racova, district de Vaslui, viens par la présente vous informer respectueusement que, dans la journée du 19 de ce mois, M. l'adjoint du maire de cette commune, nommé André Luchianu, arriva à ma maison avec deux agents nommés Ilie Hasmanu et Ion Coslienu, m'a contraint par force majeure à mettre dans mon char quelques effets du juif nommé Mendel Salomon et de les faire porter à Vaslui. Comme je refusais de me soumettre à des ordres d'une injustice si flagrante, M. l'adjoint et les deux agents commencèrent à me donner des coups de bâton depuis le cabaret jusqu'à la maison, de façon que je dus prendre les effets du juif et les transporter à Vasiui. J'invoque comme témoins de ce fait M. Jon, fils de Vasile Busianu, M. Jh. Gaica, M. Georges, fils de Gavril, M. Vasile Galca et M. Jon Padura-riu, tous domiciliés dans ladite commune. Pour ces motifs et pour d'autres que je prouverai et que je développerai au jour désigné, je vous prie, monsieur le Procureur, de vouloir bien appeler les susdits en justice et les condamner au jour désigné, quand j'aurai prouvé ce que j'avance, M. André Luchianu, M. Ilie Hatmanu et M. Jon Coslienu, aux peines prévues par la loi pénale et de me faire dédommager en même temps pour la somme de 20 francs, frais du transport. Quoique je me sois plaint à M. le maire de la commune, celui-ci, au lieu de me satifaire, m'a menacé de me citer en justice et de me faire condamner à une amende de 10 francs, si je ne voulais pas céder.

N. Buzianu

N° 129*. Petition de paysans en faveur d'un israélite expulsé (132).

Monsieur le préfet,

Nous, soussignés, habitants domiciliés dans la commune de Tanza, arrondissement de Fundurile, venons par la présente vous faire connaître que M. Selig Bandel, durant ses vingt ans de séjour parmi nous, ne nous a en rien fait tort, mais au contraire nous a aidés dans plusieurs de nos intérêts, nous fournissant de l'argent quand nous en avions besoin pour payer les contributions et dans bien d'autres circonstances. Pour ces raisons nous vous prions, monsieur le Préfet, de faire qu'il ne soit pas éloigné de notre commune, surtout parce que nous avons encore beaucoup d'engagements de labourage avec le susnommé, qui ne nous opprime jamais, mais qui, au contraire, nous aide et nous soutient pour faire face à nos besoins, si bien que le départ de M. Selig nous causerait bien des difficultés pour le payement de nos impôts, car aujourd'hui même nous sommes séquestrés pour le susdit payement et toute notre espérance est en M. Selig.

(Suivent cent signatures.)

N° 130*.

Déclaration de S. A. le prince Auersperg, président du Ministère autrichien, au sujet des expulsions, faite à la Chambre des députés de Vienne, le 16 mars 1877 (133).

MM. les députés Dr. Promber et consorts m'ont adressé, dans la séance du 20 février, une interpellation ayant pour objet l'expulsion de nationaux autrichiens de confession israélite établis en Roumanie. J'ai l'honneur d'y répondre ce qui suit: Les faits auxquels se rapporte l'interpellation ont attiré toute l'attention du Gouvernement. Des la première annonce, le Ministère des affaires étrangères a pris des mesures pour la protection des nationaux austro-hongrois, et pour la sauvegarde des droits que nous confèrent les traités. Il résulte d'informations prises avec le plus grand soin, que les nouvelles publiées à ce sujet n'étaient, il est vrai, pas exemptes d'exagération, mais reposaient, dans leur ensemble, sur des faits positifs. Après l'enquête du consulat général d'Autriche à Bucharcst, l'affaire se dessine de la façon suivante: Dans les communes rurales du district de Vaslui et d'autres circonscriptions administratives, il était devenu d'usage pour les israélites. auxquels certaines restrictions légales interdisent le débit direct des boissons, de faire prendre leurs licences sous le nom de tierces personnes et de continuer à débiter eux-mêmes. Contrairement à la pratique suivie jusqu'alors, le nouveau préfet déclara ces licences nulles et de nulle valeur et alla jusqu'à prescrire l'expulsion de tous les débitants abrités sous ces titres.

L'application de celte mesure par les agents subalternes a conduit, dans certains cas, à des rigueurs non motivées et même à l'emploi de la force brutale. Sur l'intervention du consul impérial et royal à Bucharcst, le Gouvernement roumain a directement donné des ordres pour arrêter ces déplorables incidents, a mandé le préfet dans la capitale et prescrit une information. Cette première enquête n'ayant eu qu'un résultat incomplet, le représentant de Sa Majesté, qui avait, lui aussi, envoyé un délégué sur les lieux pour constater plus sûrement la situation, en a obtenu une autre, qui se poursuit encore en ce moment. D'ailleurs, aussi bien le préfet, qui a prudemment donné sa démission, que ses subordonnés coupables de transgression de leurs ordres, ont été remplacés depuis par d'autres fonctionnaires. Parmi les familles expulsées, il s'en trouve sans doute quelques-unes de nationalité austro-hongroise. Le nombre exact n'en est pas encore connu; il sera établi par l'enquête qu'a immédiatement ouverte le Ministère des affaires étrangères de Sa Majesté. De réclamations avec piècers justificatives concernant les pertes subies, il n'en est pas encore parvenu au Ministère- Celui-ci ne manquera certainement pas de représenter, comme il convient, les justes revendications dos nationaux, austro-hongrois et de défendre, dans le présent et l'avenir, avec la même énergie que par le passé, les droits qui nous appartiennent en vertu des traités.

 

N° 131*.

Déclaration sur le même sujet faite à la suite d'une interpellation de M. le docteur Simon par M. Bourke, sous-secrétaire d'Élat, à la Chambre des communes de Londres, le lundi 19 mars 1877 (134).

 

Le colonel Mansfiold rapporte que, le 19 janvier, le vice-consul autrichien faisait une excursion en Moldavie, et y trouvait de 90 à 120 familles, de 60 communes, qui, par ordre du préfet, avaient été expulsées de leurs maisons. Ayant fait des représentations au Gouvernement central, des ordres furent donnés pour que les juifs expulsés pussent retourner dans leurs demeures, mais dans l'intervalle, leurs maisons avaient été assignées à d'autres personnes, et leurs effets et leurs provisions mis au pillage. Le colonel Mansfield reçut, le 19 janvier, par télégraphe, des instructions d'avoir à s'informer au sujet des sévices allégués contre les juifs, et de prendre les mesures les plus efficaces pour leur protection, et il nous répondit dans le temps que M. Saint-John faisait l'enquête. Je suis heureux de dire que le colonel Mansfield m'a fait savoir que le préfet qui avait donné les ordres pour l'expulsion des juifs avait été révoqué. Le colonel Mansfield ne met pas en doute que les représentations des Gouvernements anglais et autrichien n'aient produit un bon effet pour la condition des juifs en Moldavie. Les documents relatifs au traitement des juifs sont en préparation, et les dernières dépêches y seront jointes.

N° 132*.

Interpellation au Sénat roumain, du 10/22 mars 1877, au sujet des déclarations de M. Bourke (135).

 

M. deslui interpelle M. le premier Ministre (Bratiano), sur un télégramme de Londres par lequel, dit-on, M. Bourke, sons-secrétaire d'État, aurait fait des reproches au Gouvernement roumain et aurait demandé que des indemnités fussent accordées aux. israélites. Il y a deux semaines que les Israélites ont porté plainte contre le préfet local, j'ai demandé à l'instant une enquête parlementaire, afin que l'Europe ne croie pas qu'il y a des persécutions religieuses chez nous. Nous nous sommes adressés à des commissions et la commission n'a rien fait. Ceci a eu pour résultat l'interpellation de Londres et la réponse de M. Bourke, qui prétend avoir fait au Gouvernement roumain des reproches mérités en ce qui concerne les persécutions religieuses et avoir demandé des indemnités.

M. le ministre dit que la dépêche n'est pas officielle... M. Bourke paraît avoir dit qu'il prendra toutes les mesures possibles; mais non pas qu'il nous a fait de reproches. Le Gouvernement roumain n'a reçu aucun reproche; mais ce qui est certain, c'est que dans de telles circonstances, les consuls d'ici ont demandé des explications. Si nous avions même reçu une pareille note déshonorante; nous n'aurions demandé la protection des corps législatifs que si notre flotte et nos troupes étaient prêtes.

En ce qui concerne l'affaire de Vaslui, M. Vernescu a envoyé non pas une, mais deux commissions d'enquête. Les résultats des enquêtes seront communiqués à tous ceux et à tout État qui voudront connaître la vérité.

M. desliu croit avoir rendu un service à M. le Ministre en faisant cette interpellation, surtout aujourd'hui, où nous n'avons aucun représentant à Londres qui puisse suivre l'affaire de plus près. Toutes les fois que le parti libéral arrive au pouvoir, la question Israélite arrive aussi, ce qui donne quelque crédit à l'opinion qui nous attribue des persécutions; il faut donc justifier le parti. M. le Ministre n'a rien dit ni concernant le préfet de Vaslui accusé de persécutions, ni sur les indemnités dont on a parlé à Londres. Ainsi nous n'avons pas d'autre satisfaction que de savoir qu'à l'étranger on apprendra que notre Gouvernement libéral ne peut pas même répondre aux accusations dont on le charge. M. le premier Ministre ne croit pas que cette question doive être traitée d'une manière officielle. Dans l'affaire de Vasiui, il est constaté qu'on tait des enquêtes; il est établi que le préfet est complètement hors de cause, et en ce qui regarde les autres pértentions des israélites, la question sera vidée par les tribunaux.

M. le ministre répète que le Gouvernement roumain n'a reçu aucun reproche ni aucune demande d'indemniser les Israélites.

M. Camarasescu, membre de la Commission, déclare que la décision de la Commission sur les pétitions Israélites sera prochainement communiquée.

N° 133.

Délibération du Sénat roumain, du 10/23 février, sur la pétition des israélitcs expulsés.

M. N. Camarasescu, invoquant le règlement, ne croit pas que le Sénat puisse s'arrêter à une pétition non appuyée des signatures de trois sénateurs, les pétitions individuelles ne pouvant être reçues que lorsqu'elles ont pour objet un acte illégal du Gouvernement. Tel n'est point le cas pour la pétition, qui doit donc être rejetée.

M. D. Ghica. répond que, dans une matière si grave (la persécution des juifs), il se trouvera bien trois sénateurs pour soutenir la pétition, ne fût-ce que pour faire la lumière sur une question qui a mis toute l'Europe en émoi. Il est d'avis que la pétition soit renvoyée d'urgence aux sections, bien qu'elle ne soit, à ses yeux, qu'un tissu d'exagérations.

M. Desliu dit que la question juive a provoqué une grande haine contre la Roumanie dans la presse étrangère, parce que les juifs, ennemis des Roumains, sont maîtres des journaux. La pétition n'est pas dirigée contre le Gouvernement, mais contre les Chambres législatives, qui, jusqu'à présent, ont laissé faire et ont permis que la question se vidât entre le Gouvernement et les juifs. (M. Deslui fait allusion à la demi-indulgence du Ministère Catargi dans l'application des lois restrictives contre les israéliles.) Il faut en finir, poursuit M. Deslui. Que le Sénat ordonne une enquête parlementaire, à faire sur les lieux mêmes; que les fonctionnaires reconnus coupables soient punis et que l'incessante diffamation du pays soit enfin réduite au silence !

M. N. Drosu réplique que l'enquête proposée a déjà eu lieu. L'affaire doit donc être renvoyée à la Commission des pétitions, qui prendra connaissance de l'état véritable des choses et présentera ensuite un rapport, après lequel le Sénat sera toujours libre de prescrire une enquête, s'il le juge nécessaire.

Le renvoi d'urgence à la Commission des pétitions est mis aux voix et adopté à une grande majorité.

 

XII. arguments A L'APPUI DES PERSÉCUTIONS ET TÉMOIGNAGES OPPOSÉS.— Déclaration de M. Cogalniceano sur la tolérance religieuse des Roumains et sur la cause des persécutions. — Déclaration de M. César Bolliac sur cette question.—Paroles de M. Codresco prononcées lors de son interpellation à la Chambre roumaine, le 16/28 décembre 1869. — Paroles de M. Bratiano dans la même séance. — Activité des Israélites en Roumanie. — Inactivité des Roumains selon le témoignage d'un Roumain. — Paroles prononcées a ce sujet par M. Bratiano et par M. Carp.— Témoignage de M. Picot en faveur des israélites. — Belles paroles de plusieurs étudiants roumains à Paris; lettre à l'Opinion nationale.— Société d'étudiants roumains formée à Paris pour la solution de la question Israélite.

N° 134.

Déclaration de M. Cogalniceano sur ta tolérance roumaine et sur la cause des persécutions (136).

Ce serait un malheur pour nous que le Gouvernement impérial eût l'idée qu'il y a ou qu'il peut y avoir en Roumanie une persécution religieuse.

La tolérance religieuse est une vertu bien ancienne sur les rives du bas Danube. Depuis des siècles, nous avons pour devise et pour principe d'exercer l'hospitalité vis-à-vis des étrangers; cette hospitalité est pratiquée partout chez nous, depuis le palais du riche jusqu'à la cabane du pauvre.

L'histoire est là pour prouver que, quand en Espagne on brûlait des hommes à cause de leurs opinions religieuses, quand en Allemagne on chassait les juifs comme juifs, la Roumanie leur accordait une large hospitalité, hospitalité dont elle est aujourd'hui la victime. Un pareil pays ne peut donc pas être le théâtre d'une persécution religieuse, il ne peut encourir la qualification de barbare ni être livré en proie à la réprobation du monde civilisé.

Depuis un certain temps, on nous jette systématiquement ces dures épithètes à la face. En qualité de Ministre des affaires étrangères, vous savez mieux que moi la cause de cette levée de boucliers contre nous.

Moi, comme Ministre de l'intérieur, je ne puis dire autre chose, sinon que l'opinion publique à l'étranger a été induite en erreur et que la question n'est pas bien connue.

En Roumanie, la question des Israélites n'est nullement une question religieuse; elle est de toute autre nature. C'est une question nationale et en même temps économique.

En Roumanie, les juifs ne constituent pas seulement une communauté religieuse séparée, ils constituent, dans toute la force du terme, une nationalité étrangère aux Roumains par l'origine, la langue, les mœurs et même les sentiments.

En Roumanie, les israélites ne sont pas ce qu'ils sont dans les pays civilisés, c'est-à-dire: Français en France, Anglais en Angleterre, Italiens en Italie, Allemands en Allemagne, ne se distinguant des autres habitants que par leur religion, mais d'ailleurs étant assimilés de touts points aux autres classes de la population, et cela bien longtemps avant qu'ils eussent acquis ces droits qu'ils revendiquent en Roumanie, avant d'être devenus Roumains de fait.

Gouvernement et nation, nous avons le droit et le devoir de nous enquérir des progrès de cette nation étrangère qui demeure au milieu de nous et qui s'augmente continuellement par l'émi-gration des juifs de la Gallicie et de la Podolie.

Tous ceux qui ont visité les Principautés, et en particulier la Moldavie, se sont effrayés de l'aspect triste, pour ne pas dire plus, que leur ont présenté les juifs polonais habitant nos villes. Quand ils ont étudié un peu attentivement le commerce, l'industrie et les moyens d'existence de cette multitude, ces voyageurs se sont effrayés bien davantage encore, car ils ont vu que les juifs consomment, mais ne produisent pas, et que leur grande, ou pour mieux dire leur seule et meilleure industrie, est le débit des boissons spiritueuses.

N° 133. Déclaration de M. César Bolliac sur cette question (137).

Cette congrégation est si loin de vouloir s'assimiler aux peuple? parmi lesquels elle vit et dont elle vit en véritable parasite, qu'elle se figure avoir même un Dieu à part et qu'elle prie ce Dieu d'être terrible aux nations étrangères.

Les uns disent qu'en Roumanie la question israélite est une question religieuse. Les autres le nient. Il faut s'entendre. Quand on parle des catholiques, des protestants, des orthodoxes, on parle de peuples chrétiens ayant puisé leurs enseignements à une même source qui est l'évangile. Quand on parle des juifs, on parle de gens qui ne croient pas au Christ et qui par conséquent ne professent pas la même religion que nous. Il est donc impossible de parler des juifs sans sous-entendre leur religion, car quand on leur demande pourquoi ils font telle ou telle chose, ils répondent toujours que c'est leur religion qui le leur commande. En ce sens donc, on ne peut pas dire que la question israélite ne soit pas une question religieuse.

Une idée erronée s'est répandue dans ces derniers temps, et je regrette qu'elle ait trouvé pour interprète un homme d'État aussi éminent que M. Cogalniceano. On a dit: Il faut civiliser les juifs. Mais comment les civiliser? En leur inculquant les principes de la civilisation européenne? Mais celle-ci est fondée uniquement sur les préceptes du christianisme, et les juifs ne sont pas chrétiens. En modifiant la loi mosaïque? Ceci échappe à notre compétence. D'ailleurs ne voyez-vous pas tous les jours que ce sont les juifs qui prétendent nous civiliser, en nous engageant à embrasser la foi mosaïque, la seule civilisatrice, pensent-ils? Si les juifs ont vécu tant de siècles au milieu des États civilisés, sans rien prendre de cette civilisation, comment pourrions-nous nous flatter d'être plus puissants que tant d'autres? C'est une chose effrayante, Messieurs, que de voir l'extension que prend de jour en jour cette congrégation funeste, mais il est surtout effrayant de penser que nulle part elle n'a pris des racines aussi profondes que chez nous.

N° 136.

Paroles de M. Codresco, prononcées lors de son interpellation à la Chambre roumaine, le 16/28 décembre 1869 (138).

 Je ne puis supposer. Messieurs, qu'il se trouve dans le monde civilisé un homme d'État qui veuille faire subir une telle injustice à un peuple (de garder tant de juifs dans son pays), dont toute l'ambition se borne à demander la conservation de sa vie nationale et le maintien de l'intégrité de son territoire. Ce sol, fécondé par la sueur de nos pères, personne ne peut nous contraindre à le livrer en proie aux juifs.

 

N° 137.

Autre passage du discours de M. Codresco (139).

Non, Messieurs, il n'y a pas de question religieuse ici. Quand au milieu de nous la grande classe du commerce et de l'industrie, la troisième partie de notre corps social, en viendra à n'être composée que d'étrangers non assimilés et non assimilables à nous-mêmes, pourrons-nous, je vous le demande, affirmer que nous sommes un peuple ayant la même langue, la même origine, les mêmes espérances, les mêmes tendances? Et quand ensuite le malheur tombera sur nous, si nous voulons émouvoir les sentiments de cette classe moyenne, comment le ferons-nous? Invoquerons-nous devant elle le souvenir de nos ancêtres, les luttes héroïques d'Étienne le Grand et de Michel le Brave? Est-ce que ces noms sacrés, ces grands souvenirs auront le don d'émouvoir notre classe moyenne composée de juifs? Non, Messieurs, car celte classe ne se composerait que d'hommes ayant d'autres tendances que nous...

 

N° 138.

Paroles de M. Bratiano dans la même séance (140).

Les juifs se sont proposé un but par lequel ils ne tendent à rien moins qu'à détruire notre existence nationale, et cela en tâchant de profiter du peu de développement de notre commerce local, accaparant tout ce commerce et rendant ainsi facile leur œuvre de destruction.

 

N° 139.

 Activité heureuse des israélites en Roumanie (141).

En Valachie, il y a très-peu d'Israélites, par conséquent peu d'israélites exerçant des professions. Mais en Moldavie où la population israélite est nombreuse, toutes les professions sont aux mains des israélites: les tailleurs, les cordonniers, les menuisiers, les tourneurs, les maréchaux-ferrants, les orfévres, les imprimeurs, les relieurs, les serruriers, les horlogers, les bonnetiers, les chapeliers, les selliers, les chandeliers, etc., etc., etc., sont des juifs. Que devient dos lors cette misérable et éternelle rengaine des juifs usuriers, agioteurs, courtiers, spéculateurs d'argent, etc?

Toutes ces professions sont exercées avec la plus louable activité et avec la plus scrupuleuse honnêteté. Et cependant ces laborieux artisans ne sont pas à l'abri de vexations et d'invectives de la part de la population. On entre chez eux l'insulte à la bouche: Juif, montre-moi ceci, cela! Ils prospèrent en travaillant. Mais que serait-ce s'ils étaient entourés de ce respect et de cette considération si nécessaires à tous? Oui, les Israélites forment véritablement la classe moyenne dans ce pays-là, et si le commerce et l'industrie n'ont pu prendre leur développement, cela tient au peu d'amour des populations pour le travail; les ouvriers manquent absolument.

L'unique fabrique de draps, de Niamtz, en Moldavie, appartenant à l'ancien ministre Cogalniccano, no prospère pas. On ne travaille pas parce que l'on compte sur la prodigieuse fertilité du sol, véritablement béni du ciel.

Les juifs ont créé des fabriques de bougie à Moincsti (Moldavie), mais ils ont été découragés par le Gouvernement qui leur imposait des charges impossibles (142).

N° 140*.

Les Roumains manquent d'activité, d'après le témoignage. d'un Roumain (143).

 

La grande quantité des étrangers et surtout des juifs dans notre pays est, chacun en conviendra, le symptôme d'une très-mauvaise situation. Mais quelle imprévoyance de combattre le symptôme en maintenant le mal, tout au moins d'attaquer le symptôme avec l'espoir d'améliorer le mal.

Notre malheur consiste dans notre manque d'activité et dans l'ignorance du peuple roumain. Ceci admis, il en résulte forcément que tout le commerce et toute la science passent aux étrangers et, dans cette mauvaise situation, les étrangers sont les seuls agents de cette activité dont un État ne peut se passer sans périr.

Les juifs ont maintenu chez nous le mouvement commercial, les écoles de France et d'Allemagne nous ont donné les idées de civilisation. Nous ne pourrons laisser de côté ce secours étranger que lorsque nous serons en état de le remplacer de notre fonds national. Mais ce remplacement veut être manifesté par des actes réels, tels que notre activité commerciale et notre vie intellectuelle propres, et non par le refus du maintien des étrangers. Nous mettrons les juifs de côté lorsque nous serons aussi actifs qu'eux, et nous remplacerons les idées allemandes et françaises lorsque les nôtres seront aussi mûres et aussi sérieuses.

Mais tant que cela ne sera pas arrivé, persécuter les étrangers, c'est déchaîner la barbarie contre la liberté et mettre en parallèle l'obscurantisme avec l'intelligence.

La seule voie de salut pour nous, c'est la diffusion de la science, et tout instant qui sera consacré, en dehors de cette œuvre, a des actes d'intolérance et de soi-disant exclusivisme national, est du temps perdu et tend à la ruine de l'État roumain.

Majorescu

N° 141.

Paroles prononcées sur ce sujet par M.Bratiano dans la séance de la Chambre du 16/28 décembre 1876 (144).

Nous avons de nombreux et de très-grands torts, mais le plus grand, le plus impardonnable, nous a dit M. Gradisteano, c'est d'avoir laissé accaparer par des étrangers toute l'activité commerciale et industrielle de notre pays, tandis que toute l'intelligence des Roumains se fixait sur l'administration. Tous mangeaient ou cherchaient à manger au budget, tandis que seul le paysan produisait.

Quel est donc le moyen de sortir de cette situation? M. Gradisteano prétend qu'il est mauvais de supprimer des fonctions, ce qui désorganise les services, et qu'il vaut mieux réduire de moitié les appointements. Je répondrai que ceci n'améliorerait guère la situation. Le mal essentiel ne consiste pas surtout dans le grand nombre de fonctionnaires qui émargent au budget, mais en ce que toute l'activité, toute l'intelligence des Roumains se concentre sur l'administration publique. Tout le monde se précipite sur les fonctions. Personne ne songe à gagner sa vie, à augmenter ses capitaux dans l'industrie, dans le commerce et dans les sciences qui s'y rattachent. Quand j'ai voulu appliquer la nouvelle loi douanière, je n'ai trouvé dans tout le pays qu'un seul Roumain ayant les connaissances spéciales du commerce. Il est certain que chez nous, tous, même les fils des quelques industriels et des quelques commerçants roumains qui existent, se font recevoir licenciés et docteurs en droit, afin d'émarger d'une manière quelconque au budget. Pas un ne se livre au commerce ou à l'industrie.

Si notre commerce est aujourd'hui entièrement entre les mains des étrangers, la faute en est à nous, d'abord parce que nous n'avons jamais songé à protéger et à faire prospérer notre commerce et notre petite industrie, et ensuite parce que nous n'avons jamais rien fait pour diriger l'activité roumaine dans cette voie si féconde. Nous n'avons rien fait pour introduire et répandre chez nous les sciences relatives au commerce et à l'industrie.

N° 142*.

Paroles de M. Carp, Ministre de l'instruction publique, dans la séance delà Chambre roumaine du 29 juin 1875 (145).

 

Croyez-vous que vous puissiez régler la question juive par des lois et des règlements? Non... Depuis huit ans que vous luttez par des moyens de répression, qu'avez-vous obtenu? Rien, absolument rien. Savez-vous comment vous pouvez résoudre cette question? Je vais vous le dire. Permettez-moi de citer devant l'Assemblée un fait qui s'est passé dans la Société de la Jeunesse de Jassy. Un soir, nous avions discuté la question juive jusqu'à trois heures du matin, sans pouvoir nous convaincre les uns les autres, comme il arrive toujours lorsque la passion s'en mêle. En sortant pour rentrer chez nous, nous apercevons un pauvre juif, presque à la porte de la maison que nous quittions, qui travaillait à son métier, à trois heures après minuit, un vrai tableau de Rembrandt, tandis que d'un cabaret voisin sortaient trois ouvriers roumains, pris de vin et chantant des chansons patriotiques. Je montrai alors ce contraste à mes contradicteurs en leur disant:

voila la question juive! Voulez-vous lutter victorieusement avec les juifs? Soyez travailleurs, sobres, économes comme eux et vous n'aurez rien à craindre. (Murmures.) Ce que j'ai dit alors, je le répète aujourd'hui; c'est dans la concurrence du travail qu'est

LA SOLUTION DE LA QUESTION JUIVE.

N° 143.

Témoignage de M. Picot en faveur des juifs roumains (146).

Le Gouvernement roumain dit qu'il veut l'affranchissement complet de la population israélite, mais que les juifs ne peuvent obtenir les droits de citoyen que s'ils prouvent par leur conduite et leurs mœurs qu'ils sont dignes de ce titre. Au contraire, les défenseurs de la cause Israélite disent à M. Bratiano: « Accordez dès maintenant aux juifs les mêmes droits qu'aux autres citoyens, et, dans peu d'années, vous ne reconnaîtrez plus ces hommes que vous traitez si durement aujourd'hui. »

Il n'est pas étonnant que les juifs, maintenus depuis des siècles dans une position inférieure et humiliante, soient encore plongés dans la barbarie. A vrai dire, ils ne sont guère plus sauvages que les paysans roumains au milieu desquels ils vivent, et ce n'est pas seulement dans les Principautés qu'il a fallu les tirer de cet état d'abjection. On conçoit que, dans un pays où ils sont considérés comme étrangers, où ils sont repoussés de tous les emplois, les juifs conservent des usages étrangers. Il en était ainsi autrefois dans tous les pays, et les israélites, à peine émancipés, se sont rapidement fondus dans le reste de la population.

Si les Roumains veulent se mériter quelque estime en Europe, qu'ils ne laissent pas peser sur eux plus longtemps le reproche d'intolérance, et qu'ils suivent l'exemple libéral donné par l'Assemblée hongroise. Tout imbus qu'ils sont des idées du moyen âge, les Hongrois ont commencé leurs réformes sociales par l'émancipation complète et définitive do tous les israélites fixés en Hongrie...

Si ceux qui dirigent les affaires des Principautés entrent enfin dans cette voie, ils sont d'avance assurés de l'approbation et do l'appui de tous les hommes éclairés.

N° 144.

Lettre adressée par des étudiants roumains à l'opinion nationale (147). Paris, le 2 août 1866.

monsieur le rédacteur,

C'est avec un sentiment de douloureuse surprise que nous avons lu la lettre publiée dans votre estimable journal par M. D. Sou-dito, relativement à la question des juifs en Roumanie.

Nous réprouvons trop énergiquement toute idée d'intolérance religieuse pour ne pas protester contre cette lettre, qui n'exprime en aucune façon les sentiments de la jeunesse roumaine.

Enfants do la Roumanie, notre tâche sera de détruire les préjugés religieux, et notre œuvre ne sera accomplie que lorsque nous aurons triomphé de l'ignorance et du fanatisme. Nous croyons trop à notre cause pour ne pas en prévoir le succès dans un avenir peu éloigné, et alors seulement nous pourrons dire avec fierté: " La liberté règne en Roumanie. »

Nous vous prions, Monsieur le rédacteur, d'agréer l'expression de nos sentiments les plus distingués.

J. Campiniano, C.-P. Filiti, C. Nacou, N. Prisaciano, C. Œconomus. D. Sergius, Leresco, Kalindero, Al. Loupesco, A. Stoïcesco, G. Mariano, Warlam, Terusiano, B. Christopulo, Dicolesco, G. Ghitza, G. Déméteiou, G. Antachi, Al. Baïcaïno, Gr. Balutza, C. Maraciniano, M. Phérékyuès, C. Lahovary, A. Zeu Ciano, N.-A. Démétriesco, Calotesco, V. Zisso, M. Boranesco, G, Iatropolo, Jean Lahovary, Jacques Lahovary, Nicolesco, Costin, D. Draghiesco, V.-J. Vladesco.

N0 145.

Fondation d'une Société d'étudiants roumains formée à Paris en 1877, pour la solution de la question israélite.

A M. le directeur du journal de bucharest (148).

Paris, 11/23 janvier 1877, 6, rue Gay-Lussac.

Monsieur le directeur,

Nous vous prions do vouloir bien faire connaître au public roumain la fondation à Paris d'une « Société roumaine pour la solution de la question Israélite. »

Constituée à la suite d'une réunion générale de Roumains et d'israélites indigènes, cette Société a formulé l'objet de ses travaux dans une motion présentée par un de ses membres et revêtue ensuite de la signature de tous les membres de la réunion. Le sens de la motion est comme il suit:

« La Société a pour objet:

» L'assimilation des israélites indigènes avec les Roumains, en tant que cette assimilation ne nuira point aux intérêts de la patrie roumaine.

» La base de ses travaux est que:

» Jamais la question ne pourra être résolue par l'intervention étrangère. »

Il est inutile d'insister sur l'importance de celte dernière disposition. Il est incontestable que la principale cause qui a donné naissance aux. difficultés soulevées par celte question c'est que, soit par suite des demandes des intéressés, soit de leur propre initiative, les puissances étrangères ont voulu intervenir et mettre un terme à un état de choses qui leur paraissait anormal...

La Société a confiance dans le bon sens du peuple Roumain;elle a confiance dans ses sentiments de progrès et d'humanité; c'est pourquoi elle s'adressera seulement à lui et le conjurera de tendre une main fraternelle aux israélites. S'adressant donc au peuple Roumain, elle luttera avec énergie, par tous les moyens qu'elle aura à sa disposition, pour atteindre son but: l'assimilation dos israélites indigènes avec les Roumains.

Dans ce but, elle demandera à ces Israélites que, outre la condition do naissance sur le territoire roumain, ils ne soient soumis à aucune protection étrangère et qu'ils donnent des preuves de leur amour pour leur patrie en répudiant toute alliance avec celte multitude innombrable d'Israélites étrangers qui viennent dans le pays pour en sucer le sang, pour l'exploiter, et qui, jusque aujourd'hui, n'ont laissé échapper aucune occasion de montrer la haine profonde qu'ils portent à la nationalité roumaine.

La Société demandera aux Roumains: une appréciation plus exacte de l'état de choses actuel, une conception plus large des idées modernes, lesquelles ne peuvent être compatibles avec l'exclusion qui prive une grande partie des habitants de la Roumanie du droit de nationalité; elle leur demandera, en un mot — et l'obtention de ce point mettra un terme a ses travaux — que le premier pas dans cette question se fasse dans le sens du progrès de l'humanité.

La Société est convaincue qu'en agissant ainsi, elle donnera d'une part, satisfaction aux israélites indigènes qui sont animés d'un sentiment profond d'amour pour la patrie Roumaine, et d'autre part qu'elle rendra service à la Roumanie en assimilant à ses citoyens les israéliles indigènes et en éloignant de son scia tous ceux qui, nomades, errant de village en village, ne peuvent, à cause même de cela, ni aimer aucun pays, ni obtenir les sympathies d'aucun peuple.

En terminant, nous faisons appel à tous les vrais Roumains, sans distinction de religion ou d'opinion politique, et nous les prions de discuter avec nous celle question importante, en ayant en vue seulement l'ennoblissement des idées et l'intérêt national. Nous sommes convaincus que bientôt grand sera le nombre de ceux qui lutteront avec nous pour réaliser le dessein que nous avons en vue, dessein éminemment national et roumain.

Pour la Société: Constantin calligari, étudiant en médecine et élève de

l'École des sciences politiques et administratives. David emmanuel, licencié es sciences mathématiques.

Les pages précédentes étaient déjà. imprimées lorsque le Gouvernement anglais a publié les documents diplomatiques qu'il possède sur l'histoire des israélites en Serbie et en Roumanie depuis 1867 jusqu'à nos jours (149).

C'est une nouvelle source d'informations qui nous a été ouverte. Nous y puisons un certain nombre de renseignements qu'on trouvera dans les pages suivantes (150).

On trouvera également dans cet appendice quelques additions et rectifications puisées à d'autres sources et principalement le récit des faits épouvantables qui se sont passés en juin 1877 à Darabani.


Notes

125.    Journal des Débats, vendredi 12 janvier 1877.

126.    Journal de Bucharest, 25 janvier 1877. Cp. Journal des Débats, 18 janvier 1877.

127.    Journal de Bucharest, 25 janvier 1877.

128.    Journal des Débats, 5 janvier 1877.

129.    Ce tableau est un résumé de celui qu'on trouve dans la brochure intitulée: Persécutions contre les israélites roumains, octobre à décembre 1876, et où sont reproduits les noms de 167 pères de famille expulsés (p. 42 à 46). Nous rappelons que ce travail présente, pour les noms géographiques, de trè grandes incertitudes de lecture.

130.    D'après la brochure Persécutions, etc. Oct.-déc. 1876: nos2, 9, 12, 32, 41, 51, 100.

131.    Ibid., p..40.

132.    Ibid., p. 41.

133.    Vierter Jahresbericht der isr. Allianz zu, Wien. Vienne, 1877, p. 18.

134.    Jewish Chronicle, 23 mars 1877.

135.    Pressa, 11/23 mars 1877.

136.    Note, etc., p. 4 et suivantes. Notre traduction est empruntée au Moniteur roumain, 20 janvier 1870 n. st., n» 114.

137.    Séance de la Chambre roumaine du 18/30 décembre 1869. Moniteur roumain, 20 décembre 1870 n. st.

138.    Moniteur roumain, 6 janvier 1870, n. st.

139.    Ibidem.

140.    Moniteur roumain, 13 janvier 1870 n. st., n°112.

141.    Écho de l'Onent, [Bruxelles,) 14 février 1873.

142.    Pour la fabrication du tabac à Jassy, il a été impossible de trouver d'autres ouvriers que des juifs. (Allg. Z. d. J., 1872, p. 934.)

143.    Allg. Z. d..J.,1871, p. 763.

144.    Romanul, 18/30 déc. 1876.

145.    Moniteur officiel (roumain), N° 159, 22 juillet/3 août 1875.

146.    Picot, p. 47 à 49.

147.    Opinion nationale, 4 août 1866.

148.    Journal de Bucharest, 1er février 1877, n. st,

149.    Correspondence respecling the condition and treatment of the Jews in Servia and Roumania, 1868-76. London, Harrisson and Sons, (1877). 1 vol. in-f° de 359 pages. Cette publication sera désignée, dans les pages suivantes, par les mots Correspondence IV. A moins d'indication contraire, nous renvoyons aux numéros des pièces qui y sont renfermées, et non aux pages. Les annexes à ces numéros sont désignées par des chiffres romains.

150.    Les pièces et passages traduits par nous sur un original en langue étrangère sont précédés de l'astérisque.

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