Mohammed Dib

 

 

 

Port

 

Il pleut ; le port bruit . Pourquoi suis-je ici

A regarder le blanc navire aussi ?

Les quais sont gris d'une foule immobile .

 

Le soleil pend à travers les fumées .

Que te faut-il ? Tu souffres à hurler .

Le paquebot parti , voici la ville .

 

Hiver partout , un cauchemar fait d'eau

Et d'ennui drape a l'infini Bordeaux .

Et maintenant où seras-tu tranquille ?

 

C'est l'insondable où s'affole la pluie ;

Passé midi , d'un coup il fait nuit .

Maintenant où vas-tu  chercher asile ?

 

Au cinéma , dans ce bar que tu vois

Plein de néon , de buveurs flous , de voix ?

L'insensé qui dit ces mots inutiles !

 

 

Ombre gardienne - Gallimard - 1961

 


 

L'arbre

 

L'arbre attendait.
Puis il fit sombre.

Il restait là-bas.
L'enfant le regardait.

It dit: il fait nuit.
Et cela dit il rentra.

On dina. On veilla.
Et l'arbre? dit-il.

Se demanda l'enfant
Sous le claire de la lampe.

L'enfant à qui l'arbre
Vint fermer les yeux.

 


Ouvrir


Quelqu'un, dit l'enfant
Pourrait m'ouvrir?

Quelque chose est là.
Pas loin, à côté.

Qui voudra m'ouvrir
Cette porte? Qui voudra?

 


 

La Bête


Une bête vint le chercher.
Il eut moins peur que de rester.

Ils eurent la porte à passer.
La porte en plus de la nuit.

Le garçon ferma les yeux.
Les mots ne parlèrent plus.

Quelque chose sur la route
Les prit alors en pitié.

 


L'écriture est une forme de saisie du monde. Mais cette saisie s'effectue dans un mouvement de recul, &endash; recul du scripteur par rapport au monde et recul du même par rapport à l'écriture. L'oeuvre, semble-t-il, se constitue dans ce creux, dans cette distance. On le vérifie mieux si, pour écrire, on adopte un idiome autre que le sien. Mais cela ne change rien à l'affaire, qui est de combler l'intolérable faille. L'espoir et le désespoir d'y arriver sont la chance de l'écrivain.

Tlemcen ou les lieux de l'écriture.
Un texte sensible sur le désir d'écrire du grand écrivain et poète algérien vivant en France, inspiré par les 36 photographies émouvantes qu'il a prises en 1946 du Tlemcen de son enfance.

texte français de Mohammed Dib
photographies de Mohammed Dib et Philippe Bordas
63 photographies en bichromie
1994 .


Prix de la froncophonie 1994


 

 

Tree

 

Tree waiting.
Then it got dark.

It stayed there.
The child watching it.

He said: it's night.
That said, he went in.

Dinner. Staying up late.
What about the tree? he said.

The child asked himself
under the lamplight.

The child whose eyes
The tree came and closed.

 

translation by James Kirkup

 


 

Formulaires

 

all the charitable images of the world lead me to you

wondering how to thank them

I followed your footsteps one by one

in each I discovered signs of your passing

wondering which way to turn which way preserves the voice so that all ways serve only

 as a path to you

 

 Omneros - 1975 - trans. by Carol Lettieri & Paul Vangelisti .