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Une nouvelle forme de militantisme : le lobbying
Pourtant, les récupérations ne se font plus comme jadis à coup de discours à la serpe et de termes issus en droite ligne du vocabulaire et de références léninistes. On fait référence aux « copains » plutôt qu'aux « camarades », on fait volontiers appel à un supposé « esprit libertaire » qui teinterait ces mouvements, on ne demande plus d'obéir mais de respecter les consignes, ces dernières n'étant plus issues d'une analyse politique ou scientifique mais du simple « bon sens ».

Nous sommes en présence de formes de militantisme et d'organisations qui sont très à la mode depuis quelques années : le lobbying comme méthode assortie de la médiatisation comme objectif immédiat ; un centralisme plus ou moins rigoureux et en tout cas des décisions toujours prises par le haut ; un recrutement sélectif de gens pas trop enclins à agir ou à décider par eux-mêmes mais désireux tout de même de « faire quelque chose ».Prenons l'exemple de Greenpeace. Adhérer ce n'est ni participer à la vie de l'organisation ni participer à ses actions, c'est juste accepter un virement mensuel témoin d'une certaine bonne conscience. A l'opposé de cette large base mondialement représentée, quelques dirigeants salariés qui siègent à Amsterdam en liaison directe avec leurs antennes nationales.

Ce sont eux qui décident de tout : des campagnes, des actions, de l'emploi des fonds reçus. Et entre les deux des petits soldats, très spécialisés, aguerris, entraînés, triés sur le volet, qui mènent les actions, celles dont on parle à la télé, celles qui attirent la sympathie de qui partage plus ou moins des sentiments écologistes et qui prennent, de toutes les façons, fait et cause pour David contre Goliath. Quand aux comités locaux il n'ont ni le droit de prendre des initiatives locales en tant que tel, ni celui d'apposer leur signature aux côtés d'autres forces sans l'aval de la direction nationale. Ils ont, en revanche l'autorisation de recruter des donateurs et des membres.

Autre exemple, celui d'ATTAC : la majorité du conseil d'administration est composée de membres fondateurs qui se cooptent entre eux. Les comités locaux n'engagent jamais leur direction nationale et leurs délégués qui composent la conférence nationale des comités sont sans pouvoir et ne peut qu'enregistrer des décisions prises ailleurs. Ce qui faisait dire à un groupe dissident : « le fonctionnement d'Attac manifste la croyance que la démocratie est pesante et qu'il faut s'en remettre au pouvoir et à la clairvoyance d'un seul ou d'un groupe dirigeant auto institué ».Cette peur de la démocratie (la vraie ! Pas son ersatz parlementaire ou représentative) on l'a retrouvé au récent Forum social européen qui s'est tenu à Londres lorsque Bernard Cassen, ex-président d'attac et manitou des forums sociaux, a proposé que ces derniers se réunissent moins souvent (ce qui, en effet, laisserait les coudées plus franches aux représentants autoproclamés qui se partagent pouvoirs et décisions). On se souvient également qu'à Porto Alègre, Attac, de connivence avec le PT de Lula voulait empêcher les Forum sociaux de prendre des initiatives internationales... initiatives qui devraient être, selon eux, réservées à ces mêmes élites (non élues et souvent occultes) qui président à ces mouvement et sont seules à même de bien comprendre les situations et les enjeux et qui, de ce fait, voient toujours d'un mauvais œil les initiatives de la base, comme par exemple cette « assemblée des mouvements sociaux » à Londres, appelant malgré tout à des mobilisations anti-guerre pour le 20 mars 2005. C'est que pour eux, il s'agit avant tout d'éviter que ces mouvements s'éloignent des social-démocratie : lors du FSE à Londres les slogans anti-Bush semblaient remplir tout l'espace politique, comme si l'anti-impérialisme devait se résumer à l'anti-USA. Rien ou presque contre Blair... C'est qu'il fallait ménager le maire « rouge » (gauche du parti travailliste) de Londres, ce dernier devant ménager Blair, le chef du parti.

Même chose en France où l'objectif est de constituer une force suffisamment crédible pour jouer dans la cour du PS mais en partenaire réel, pas en tant que pion. Exercice d'équilibriste qui oblige à critiquer un peu mais pas trop les alliés de l'ex-gauche plurielle qu'ils rêvent de reconstituer (1)

En fait, sous des oripeaux vaguement « modernistes » et « libertaires », on retrouve les mêmes mécanismes animant jadis un certain « centralisme démocratique » : des citisants, des distributeurs de tracts, des manifestants d'un côté, et de l'autre des décideurs organisés de manière pyramidale. La différence, et elle est de taille, c'est qu'il n'y a plus, comme jadis, un modèle pour servir de référence et que, par conséquent, les leaders sont beaucoup plus fragiles et doivent se servir de méthodes de manipulation plus sophistiqués qui peuvent paraître plus démocratiques, moins « autoritaires » (utilisation des medias, de la dynamique de groupe, etc.). Mais le résultat est identique.

Ces caractéristiques on peut les repérer facilement dans le mouvement des faucheurs volontaires. Lors des rassemblements anti OGM... annonce est faite pour que s'inscrivent de nouveaux « volontaires » à entrer dans la grande famille des « faucheurs ». Noms, adresse, et vous serez convoqués pour les prochaines actions... mais pas pour en discuter. Vous ferez 500 bornes en voiture pour vous voir offrir un brassard d'encadrement de telle ou telle couleur si vous êtes repréré comme élément sûr (c'est-à-dire proche ou membre d'attac, de la conf' ou des Verts, ou plus certainement pour suivre les consignes données au micro, puis vous faire taper sur la gueule, sans avoir le droit de riposter, par les forces de l'ordre (mais là je crois qu'il ne faut pas rêver, la grande majorité des volontaires au fauchage sont d'accord avec cette stratégie plus ou moins non violente, et sont des admirateurs inconditionnels de "José"). Là comme à ATTAC ou à Greenpeace, les décisions se prennent en haut. Ainsi, a-t-on entendu Bové, après l'action de Valdivienne, annoncer à la presse que, sans doute, ce type d'action serait la dernière car « on ne pouvait pas continuer à envoyer des gens se faire casser la figure et qu'on en reviendrait certainement à des opérations plus discrètes ». Très bien, mais qui les y a envoyé jusqu'à présent? Et pour quels objectifs ? Pourquoi l'aspect médiatique fut-il privilégié ? Et cette décision soudaine de changer de manière, qui en a décidé? Le staff, les dirigeants des trois compères Attac, la Conf' et les Verts...

A un degré moindre, la Réseau « Sortir du nucléaire » obéit aux mêmes principes. Certes les groupes de base y sont plus autonomes qu'à Greenpeace. Pourtant le lobbying y est largement utilisé au détriment d'actions plus offensives et concrète. Témoin le récent Tour de France antinucléaire dont le seul objectif fut de mobiliser la presse (ce fut un échec de ce côté-là) par des jeûnes, des actions symboliques et des contacts avec les élus. Choisissant délibérément des rassemblements en semaines et dans la journée, cela ne pouvait concerner qu'une infime partie des antinucléaires (ceux qui sont les plus « dans la ligne » du Réseau) et surtout faire apparaître une sur-représentation des élus Verts ou autres alternatifs.

ATTAC, Greenpeace, les « faucheurs volontaires », le Réseau pour un avenir sans nucléaire s'inscrivent donc, à des degrés divers et chacun dans leur domaine, dans cette logique qualifiée souvent abusivement de libertaire mais qui, surtout, s'appuie sur un fondement politique bien précis : une vision de la société où la « citoyenneté » remplace la lutte des classes, où l'« opinion publique » (dont nul ne sait ce qu'elle est, mais dont nous savons à quoi elle sert) devient la forteresse à conquérir, où la revendication étatique est omniprésente au détriment de l'« autogestion ».

Chacune des revendications de ces courants (transparence, modification des réglements, débat national sur telle ou telle question, etc.) se traduit, dans le cadre de leur lutte dite antilibérale, par davantage d'Etat... Un Etat au dessus des intérêts particuliers, bien sûr, et au service des citoyens.

Et comme bien sûr, aucun débouché réel et tangible n'est promis en tant que tel à ce genre d'engagement, il faudra bien un jour que se concrétise très vite un débouché plus politique, entendez électoral c'est-à-dire tout aussi illusoire, mais visible et tangible. Les Verts, comme la LCR l'ont bien compris qui accompagnent ces mouvements et comptent bien en faire leur base électorale.

1. Par exemple on ne dit pas un mot de la duplicité du PS qui, comme Segolène Royal en Poitou Charentes, soutient les maires refusant des expérimlentations d'OGM sur leur commune mais qui, lorsqu'il étaient au pouvoir qualifiait d'illégal (Jospin le 28 août 2001) les actions anti-OGM et affirmait qu'il ne les laissera pas faire (Glavany, ministre de l'agriculture). [ article extrait de Courant alternatif # 143 et repris du site :

Lien : http://oclibertaire.free.fr

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