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Le 4 ème travailleur
Avec la mise en place du modèle de surproduction, il était
plus impérieux que jamais de maintenir la consommation effective.
Le seul scénario éthique de distribution de revenu est par
le travail, mais, lorsque les gains de productivité ont permis de
produire plus avec moins de travail , il s'est créé un énorme
surplus de travailleurs dans l'industrie.
Beaucoup se sont retrouvés dans des postes du secteur tertiaire
où un travailleur humain n'est pas essentiel, mais qu'il semblait
encore plus rentable de confier à un travailleur mal payé
que d'investir dans la machine idoine pour s'en acquitter. D'autres ont
été mis en chômage, souvent déguisé sous
des noms d'emprunt. « Non participation » et « sous-emploi
ont proliféré et sont devenus endémiques. Une situation
qui rappelait celle qu'on avait connue longtemps auparavant.
Au début de l'industrialisation, on avait d'abord laissé
le travail industriel produire spontanément un revenu pour ceux
qu'on avait sortis des champs, mais, La productivité augmentant,
dès qu'il n'avait plus été nécessaire d'avoir
tout le monde à l'usine, on avait choisi de ne garder que «
les meilleurs ». On avait envoyé les enfants à l'école
et les femmes au foyer.
On en était ainsi arrivé à ne plus avoir au sein
de la population qu'une minorité de « travailleurs »,
le travail de ceux-ci générant la production qui répondait
aussi aux besoins des non-travailleurs ainsi que le revenu suffisant pour
l'acquérir. Dans une structure familiale, il suffisait de donner
au travailleur un revenu suffisant pour lui et ses dépendants et
de laisser les ajustements à sa discrétion. On ne faisait
que reconnaître le palier hiérarchique qu'occupait le pater
familias.
Le maintien du niveau de consommation effective - qui exigeait qu'on
remette au travailleur/consommateur la pleine valeur de son travail, afin
qu'il puisse acheter toute la production - n'était en rien compromis,
si on rendait effective la demande de non-travailleurs par le biais du
revenu payé au travailleur. Le non-travailleur dont la demande est
ainsi rendue effective est un « bon » consommateur. Le meilleur,
car celui à qui l'on donne ne rouspète pas tant que celui
qui gagne sa croûte et celui qui ne produit rien n'a pas à
être formé.
Quand la mécanisation a atteint le seuil où, les machines
faisant tout, le travail est devenu si surabondant qu'il n'était
plus qu'une variable à manipuler pour justifier la distribution
du revenu nécessaire à la consommation effective, on s'est
souvenu du « bon » consommateur et on a choisi la solution
de la facilité. On ne s'est pas trop embarrassé d'utiliser
au mieux le travailleur déplacé de son emploi par les gains
de productivité. Plutôt que de faire un effort sérieux
pour utiliser toute la main-d'oeuvre de façon productive , le système
a simplement gardé la demande effective en distribuant des revenus
aux non-travailleurs.
Comment le faire sans contrevenir à l'équation du niveau
de consommation effective ? Comment donner plus quand on a déjà
dû tout donner ? Simple. Il suffit de maintenir bien étanche
les « deux richesses ». Il ne faut pas puiser dans la part
du capital pour distribuer des revenus aux non-travailleurs, car cette
part consistant en une richesse illusoire, l'on ne pourrait la transformer
en « argent pour la consommation » sans une colossale inflation
. Il faut déduire totalement du revenu des travailleurs le revenu
donné aux non-travailleurs.
Ainsi, on ne modifie en rien l'équation. Tout le revenu est
toujours entre les mains des consommateurs et seule est entre leurs mains
la valeur de leur travail et de la production. On recréé
simplement, au palier de l'État devenu « providence »
et au bénéfice de tous les non-travailleurs de la collectivité,
la fonction de redistribution du revenu qui, dans une structure familiale,
avait été traditionnellement celle du pater familias. Évidemment,
on faisait ainsi que se développe dans la société,
à côté des consommateurs/travailleurs, toute une classe
de consommateurs non-travailleurs vivant à leurs dépens.
Les non-travailleurs pris en charge seraient, pour une part, les plus
vieux ou les plus jeunes, les moins doués et les moins instruits,
mais ce serait surtout ceux dont allait décider une quasi-loterie
technologique qui rendrait certains emplois superflus. Les perdants à
cette loterie des emplois seraient entretenus, plutôt mal que bien,
traités avec condescendance, dévalorisés mais leur
demande serait effective. Les autres travailleraient plus, sans que leur
revenu personnel n'augmente dans la même proportion, puisqu'un large
part du produit de leurs efforts serait détournée pour assurer
l'entretien des perdants. Dur, mais nécessaire.
La bonne volonté des travailleurs serait mise à rude
épreuve, car les non-travailleurs, dans la société
industrielle mature, ne seraient plus des dépendants soumis aux
travailleurs auxquels les liaient des liens affectifs et leur procurant
la gratification du pouvoir en contrepartie de leur entretien. Ce serait
désormais des travailleurs leurs pairs et s'affirmant comme
tels avec véhémence dans une société démocratique
qui allaient vivre aux dépens d'autres travailleurs. On allait
faire de l'assistanat un mode de distribution du revenu du même ordre
de grandeur que le travail.
Comment le faire accepter aux travailleurs ? En n'en parlant pas trop
; les hausses de productivité permettant une production supplémentaire
avec un même travail, le travailleur ne verrait pas diminuer le pain
dans sa corbeille , il recevrait seulement une part décroissance
de ce qu'il aurait dû recevoir pour son travail.
Les gains de productivité, qui auraient pu servir à le
libérer pour la production d'autre chose, ou le simple loisir, serviraient
à rendre efficace la demande de ceux que l'évolution de la
production exclurait de la main-d'uvre. Apres 40 ans de surproduction et
d'exclusion, c'est environ UN TRAVAILLEUR SUR QUATRE qui ne travaillerait
plus, les trois autres assurant son entretien.
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