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SYSTÈMES ET SOCIÉTÉS
On parle d'une Nouvelle Société, mais qu'est-ce qu'une
société ? Une société est un système.
Le mot "système" est utilisé dans plusieurs disciplines
et revêt des sens si différents, que son emploi peut jeter
la confusion. Un système, dans le sens où nous l'entendons
ici, est un ensemble d'éléments en interaction ; un système
est entièrement défini par ses éléments et
les interactions qui constituent son fonctionnement. Il existe une immense
variété de systèmes: naturels, artificiels, fermés,
ouverts... Votre corps est un système. VOUS êtes un système.
Une société est un système dont les individus
sont les éléments et dont les interactions sont des activités
de production et d'échange, "échange" incluant
ici toute forme de transmission de biens, de services ou d'information,
avec ou sans contrepartie, consentie ou imposée. Une société
est donc un lieu d'échanges. Échanges d'idées, de
connaissances, de sentiments, de bien et services. On y donne, on y prend,
on y vend et achète et l'on y troque. On y met aussi en commun les
forces et les ressources dont on dispose, ce qui n'est qu'une autre forme
d'échange.
Chaque société est un système qui a ses façons
de faire, plus ou moins efficaces, plus ou moins satisfaisantes pour ceux
qui en sont parties. Efficacité et satisfaction dépendent
largement de ce que sont les sociétaires, de leurs valeurs et de
ce qu'ils font, mais, si le résultat n'est pas conforme à
leurs espoirs, ce sont toujours les façons de faire qui seront blâmées,
puisque se sont toujours dans les interactions que les insuffisances se
manifestent. Critiquer ces façons de faire, c'est critiquer «
le système ».
Le Système est donc vu comme le méchant loup dans la
bergerie des citoyens innocents, ce qui est loin d'être faux. Les
maux qui nous viennent du Système et ceux dont est responsable la
simple nature humaine, cependant, se confondent souvent et la confusion
est rarement innocente. Les vicissitudes qui nous viennent de la nature
sont ainsi imputées au Système par tous les marchands d'illusions,
alors que, pour protéger des intérêts acquis, des problèmes
qu'il serait facile de résoudre sont parfois présentés
comme des fatalités
C'est la première confusion à éviter quand on
parle d'apporter des changements fondamentaux à la société.
Or, le loup se déguise en Mère Grand, en Chaperon Rouge et
même en descente de lit quand ça l'arrange. Dans la pénombre,
l'inverse n'est pas non plus exclu. Il est donc vital de diffuser un signalement
précis du Système, car nous sommes désormais bien
nombreux à dénoncer le "système" et, à
défaut de reconnaître le loup de profil comme de face, on
risque de plus en plus de se tirer dessus entre chasseurs.
On risque surtout de tirer en l'air, d'imputer à une société
en particulier ce qui est commun à toutes les sociétés
et dont il est donc oiseux d'accuser le système qui y prévaut.
Ainsi, les sociétés que nous connaissons, y compris celle
dans laquelle nous vivons, sont des structures qui ont pris forme spontanément,
longtemps avant qu'un intello de service ne décide de les appeler
"sociétés" et n'en analyse le fonctionnement. Ces
sociétés n'ont donc pas été créées
sur plan, pour une finalité, mais se sont développées
selon les circonstances. Ce sont des sociétés qu'on pourrait
dire "naturelles".
Les principes de fonctionnement des sociétés naturelles
n'ont pas été créés non plus; ils ont simplement
été découverts, de même qu'on n'a pas créé,
mais qu'on a simplement découvert la Loi de la gravité, celle
de la conservation de l'énergie et autres lois de la nature. Il
y a longtemps qu'on a découvert les règles qui régissent
le fonctionnement des sociétés naturelles: ce sont celles
qui découlent de la nature humaine.
Il y a deux principes fondamentaux qui déterminent l'avènement,
le fonctionnement et l'évolution des sociétés qui
se sont ainsi créées spontanément.
Le premier est que l'ÉGOÏSME EST PARTOUT. Chaque "sociétaire"
tente de retirer tout ce qu'il peut de la société en y contribuant
le moins possible. Altruisme, dévouement et abnégation peuvent
exister dans une société naturelle - surtout quand, comme
l'explique Maslow, l'individu, bien repu, cherche des plaisirs plus subtils
ou voit son bénéfice au ciel ou ailleurs - mais le comportement
prévalent d'une société, celui qui permet de prévoir
son fonctionnement, c'est que chacun tire à soi la couverture. Ceci
demeure vrai, même si certains mettent à le faire plus d'élégance
et moins de malveillance que d'autres.
Le second est que LA FORCE TRIOMPHE TOUJOURS. Au départ, il
y a la simple force physique, à laquelle s'ajoute vite celle des
armes; ensuite, il y a l'intelligence, à laquelle vient s'ajouter
l'information, prenant la forme de la connaissance puis de la formation
; enfin, il y a la richesse, laquelle permet de manier la promesse en plus
de la menace. Les circonstances modifient les rapports de force et il faut
en tenir compte, mais, dans une situation donnée, le plus fort gagne
toujours.
Dans une société idéale, ces principes ne s'appliqueraient
pas. Chacun exécuterait avec abnégation et enthousiasme la
tâche qui lui est dévolue et l'appartenance au groupe serait
joyeusement consentie. C'est la situation qu'on imagine dans un monastère
bénédictin. Hélas, les États que l'histoire
a connus jusqu'à ce jour n'ont pas été des sociétés
idéales. Si on veut que ce soit l'altruisme et la justice qui prévalent,
il faut que le système l'impose et il faut d'abord lui montrer à
le faire.
Pierre JC Allard
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