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Les troupes du capitalisme
1. La garde prétorienne
L'alliance dominante qui contrôle notre société
consiste d'abord en ceux qui créent à volonté, distribuent
à leur guise et possèdent à leur discrétion
la richesse virtuelle, elle-même symbolique de TOUTE richesse. Au
centre du Système, il y a donc les organismes qui permettent ces
opérations: le Fond monétaire international (FMI), les banques
centrales - comme la Banque du Canada, les Caisses de dépôts
- comme celle du Québec, les banques commerciales, les sociétés
d'assurance et de fiducie ... et les Ministères des finances des
États, ceux qui assurent l'interface avec le pseudo pouvoir démocratique
et lui transmettent les directives du vrai Pouvoir.
Ce centre du Système est géré par des administrateurs,
mal connus du public. pour le compte d'une élite mondiale de possédants
anonymes. Parmi ceux-ci - ou peut-être seulement au service de ceux-ci
- quelques figures emblématiques jouent le rôle de paratonnerres
contre la vindicte populaire. Aujourd'hui c'est Bill Gates, mais avant
ce fut Howard Hugues, les Rothschild... ou - sans les consulter, quand
la foudre est sur le point frapper - des boucs émissaires: "les
cheiks arables"... " les Juifs"...
Le pouvoir quasi-parfait de l'alliance dominante repose sur une richesse
électronique qui est créée et distribuée par
un réseau d'institutions et de mécanismes financiers dont
l'informatique est l'outil. Ceux qui gèrent ce réseau sont
au véritable centre du Pouvoir. Le Système, toutefois, est
tout aussi dépendant d'un CONSENSUS quant à la valeur de
l'argent virtuel et quant à la légitimité du paiement
d'intérêts. L'autre grande innovation du système néo-libéral,
aussi indispensable que l'argent électronique, a été
l'essor fabuleux des moyens de contrôle de l'opinion publique.
2. Les commandos du consensus
Il y a 50 ans, on stigmatisait le "viol des foules". Aujourd'hui,
les foules n'on plus à être violées: elles sont en
état d'hypnose et séduites à merci. Discrètement,
la psychosociologie est devenue une science exacte; on sait, désormais
ce qui doit être dit pour obtenir l'adhésion ou susciter la
répulsion. Le "politically correct" n'est que la queue
de la comète "propagande", comme la publicité commerciale
n'en est que l'aspect anodin. La véritable manipulation est politique.
La manipulation politique commence par un système d'éducation
qui ne véhicule que les valeurs dites "néo-libérales".
Le citoyen, émasculé dès l'école de tout esprit
critique, est ensuite suivi par un réseau de médias et d'agents
culturels qui lui redisent ce qui est bien et ce qui est mal et, surtout,
qui lui impose, avec toutes les ressources subliminales dont dispose la
technique moderne, la conviction que l'argent EST la richesse et vaut bien
ce qu'on nous dit qu'il vaut.
"Voici un dollar, il vaut un rouble", disaient les Soviets,et
les Russes mangeaient mal - mais tous les jours - des choux et des betteraves
qui valaient quelques cents. "Voici un dollar, il vaut 5 000 roubles"
- disent les nouveaux proconsuls en Russie de l'alliance dominante... et
les Russes ne mangent plus tous les jours, leur espérance de vie
a diminué de 6 ans, le banditisme gère le pays. Pourtant,
les champs n'ont pas bougé, les usines sont toujours là,
même si désormais en voie de perdition; on a seulement changé
la notation électronique de 200 000 000 d'individus. Un nouveau
consensus s'est établi quant à la valeur de l'argent, consensus
qui sert mieux les intérêts de l'alliance dominante.
Tout à la dévotion de l'alliance dominante, on trouve
les commandos du consensus: les éducateurs, les communicateurs,
les experts en relations publiques, les leaders religieux et les moralistes,
les artistes "corrects" qui suivent les directives et maintiennent
l'état d'hypnose collective de la population dont Orwell nous avait
prévenu et qui est nécessaire au consensus. Certains sont
conscients et responsables de façonner l'image de la réalité
qui convient à l'alliance dominante, mais la majorité de
ceux qui collaborent à cette oeuvre en sont inconscients. Il réagissent
comme on sait qu'ils réagiront aux impulsions qu'on leur transmet:
on montre du sang, ils pleurent; on montre du fric, ils se courbent .
3. Les mercenaires
Plus conscients et donc mieux rémunérés, on trouve
au sein du pouvoir et à son service les mercenaires qui assurent
le fonctionnement et la protection du système. Ils se divisent en
trois classes d'importance inégale. D'abord, les juristes, lesquels
ont pour double mission: a) assurer la légitimité du Système,
en créant et en justifiant les normes ingénieuses qui permettent
à chaque individu et à toutes les alliances de tirer de la
société tout ce que leur pouvoir respectif les autorise à
en tirer, et b) arbitrer les différends entre les membres des alliances,
au divers paliers, quand le rapport des forces n'est pas évident
et qu'un recours à la violence serait à craindre au détriment
de la stabilité du Système.
Ensuite, les économistes, ceux qui manipulent les conditions
de l'échange sous toute ses formes. Ce sont les comptables, les
fiscalistes, les courtiers, ceux qui font fonctionner les bourses - où
se négocient les enjeux virtuels, donc importants - et les marchés
de produits tangibles, dont les transactions servent de faire valoir aux
opérations boursières.
Enfin, les militaires, les policiers et tous ceux qui portent un fusil.
Dans les marches du royaume, au tiers-monde et dans l'Est, cette classe
de collaborateurs du Système joue un rôle primordial; au siège
social de l'alliance dominante - dans notre civilisation occidentale -
son triple rôle, moins visible, est néanmoins important.
Ce triple rôle consiste: a) faire rentrer dans le rang - ou à
faire disparaître - ceux sur qui l'hypnose collective ne prend pas
ou qui ne jouent pas le jeu avec civilité..., b) à rappeler
par sa seule présence qu'il y eut un temps où la force s'exerçait
moins subtilement et donc qu'il vaut mieux se soumettre..., et c) à
mener la "guerre" contre la drogue.
Cette guerre contre la drogue a pour premier but évident de
percevoir de deux classes faibles - les narcomanes et les victimes des
vols servant à payer la drogue - une masse monétaire non
négligeable qui finit, comme tout autre argent, dans les goussets
de l'alliance dominante, mais elle a aussi un autre objectif plus insidieux.
Cet autre objectif est de canaliser la violence et l'initiative de
ceux dans notre société qui, animés d'un esprit libertaire,
auraient pu devenir en d'autres temps les leaders d'une révolution.
La rentabilité du trafic de la drogue et l'accès au pouvoir
qu'il permet attirent ces individus "exceptionnels", éduqués
dès l'enfance à préférer leur succès
personnel à celui d'une cause collective. Trafiquants plutôt
que rebelles, ils cessent d'être un danger réel pour la stabilité
du Système.
Si on voulait montrer le Système sous la forme d'un calvaire
baroque, on verrait un Capitaliste sans visage, exalté sur un trône
entre son Comptable et son Avocat, confiant son Banquier à la garde
du Politicien, pendant que quelques soldats et policiers rigolent et que
des trafiquants jouent aux dés à l'arrière-plan. Des
magiciens et des jongleurs s'agitent, cachant la scène aux multitudes
qui travaillent, souffrent, meurent de faim sans rien voir...
Pierre JC Allard
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