UN CAS CLINIQUE, SUIVI, PARTICULIER ET INHABITUEL DE LA MALADIE DE CUSHING

PRESENTATION DU CAS


Au cours de ma pratique médicale en Haiti, j'ai eu un cas de maladie de Cushing qui n'a vraisemblablement pas été diagnostiqué auparavant. La patiente, une vieille de 70 ans, souffrait de diabète sucré et en était traitée avec des agents hypoglycémiants oraux quand elle me fût référée par une autre, lors de mes visites coutumières à domicile. Lors de la première rencontre, elle se présentait déjà avec une petite gangrène de l'extrémité inférieure, au talon droit; son diabète et son hypertension artérielle étaient aussi mal contrôlés. Plus tard, m'ont été évidents la tumeur cutanéo-graisseuse à la nuque, et d'autres signes caractéristiques (vus plus bas) de cette maladie qui m'avaient échappé au début, mais m'a surpris sa multiparité.
     Pour traiter la gangrène, j'ai eu l'opportunité de faire appel à un camarade de Strasbourg, le Dr. Débrosse, un chirurgien, avec lequel j'ai discuté les modalités du traitement. Ensemble, nous avons convenu d'épargner la jambe pour cette gangrène très localisée et de faire une résection du tissu gangréneux. Le suivi et les pansements à domicile de la plaie relevèrent de moi, après que Débrosse en eût entrepris la résection et le débridement dans son office. Pour la stérilisation de celle-là, j'ai eu à employer un antiseptique local à la base d'iode et, pour aider à la cicatrisation, un onguent également à base d'iode. Après deux à trois semaines de pansement régulier, la plaie s'améliora énormement et procéda très vite à la cicatrisation complète; le membre inférieur avait été sauvé.
     Pour le traitement de l'hypertension, un hypotenseur fut prescrit, le méthyl-dopa, et des contrôles réguliers permirent de la stabiliser et d'en empêcher les variations brutales, si fréquentes dans cette maladie. En même temps, l'éducation et la motivation clinique de la patiente étaient faites pour lui montrer la nécessité de prendre régulièrement sa médication. Aucun problème financier ne s'y posait, car les enfants qui vivaient à New York, procuraient les médicaments ou la pécune nécessaire à leur achat.
     Pour le traitement du diabète, la patiente fût déplacée des comprimés hypoglycémiants oraux aux injections régulières de l'insuline NPH, ceci, immédiatement après la résection de sa gangrène. Rien n'était encore fait pour s'attaquer à la cause de la maladie dont le diagnostic n'avait pas encore vraisemblablement été fait. La glycémie était controlée strictement par des injections matinales et coutumières de la NPH et ses contrôles périodiques à jeun. Une telle thérapeutique rapporta ses fruits et la patiente s'améliora beaucoup, sauf pour les signes mentaux, caractérisés par l'hyperexcitaion pour laquelle rien ne fût prescrit; ils ne génèrent d'ailleurs pas énormement la thérapeutique et la vie journalière de la patiente
     Lorsque diagnostic causal a été assuré, par la suite, j'ai eu la velleité de modifier la thérapeutique. D'autres difficultés d'ordre tactique survinrent alors, et j'arrêtai mes visites à domicile, la nécessité ne s'y posant pas. C'est alors que j'optai finalement pour le traitement causal. La patiente fut replacée sur les hypoglycémiants oraux, les signes de toute gangrène ayant été effacés. D'autre part, l'insuline NPH n'était pas le meilleur traitement de l'hyperglycémie d'origine corticosurrénalienne, à cause de son effet à rebours. Néammoins, la patiente se montra réticente à poursuivre le traitement et le contact avec les enfants, alors aux U.S.A., était aussi assez difficile pour l'obtention des inhibiteurs surrénaliens. Aucune intervention chirurgicale n'était non plus envisagée
Brutalement, je fus appelé encore, un jour, au chevet de cette patiente. Elle pouvait balbutier quelques mots, mais ses proches vivant sous le meme toit me rassurèrent qu'elle divaguait. Un fait que je notai, pour la première fois, dans ma carrière médicale: sa tension artérielle s'était élevée à des chiffres que le tensiomètre dont le cadran marqué de rapides oscillations ne pouvait pas enregistrer. C'était une urgence médicale.



La maladie de Cushing est une une affection de la glande surrénalienne qui se manifeste par une hypersecrétion des ses hormones, en particulier les corticostéroides qui sont responsables de la séméiologie:
  • l'obésité du tronc avec les extrémités inférieures disproportionellement plus minces
  • la face pléthorique (rose et bouffie)
  • la tumeur cutanéo-muqueuse, appelée la huppe du buffalo, au niveau de la nuque
  • des stries sur l'abdomen ou sur les fesses, dues à la rupture du tissu élastique de la peau
  • un ralentissement de la croissance, caractérisé par la petite taille
  • des troubles mentaux qui peuvent être plus ou moins sévères
  • le diabète sucré
  • l'hypertension artérielle avec surtout une élévation de la systolique
  • l'ostéoporose qui est plutôt diagnostiquée à la radiographie mais qui s'accompagne de la fragilité osseuse
  • et des troubles de la menstruation chez la femme

Il a ete coutume de distinguer le syndrome de Cushing de la maladie de Cushing, et ceci a causé un peu de confusion. Dans le grand site médical emedicine, le syndrome de Cushing inclut toutes les causes d'hypercortisolisme, exogènes et endogènes, celles-ci pouvant etre centrales (dépendantes d'ACTH) ou périphériques (dues a un néoplasme extrapituitaire). Cette nouvelle classification fait plus de sens et cause moins de confusion. La maladie de Cushing est le syndrome de Cushing d'origine endogène et centrale, i.e., causée par une surproduction de l'hormome hypophysaire du nom de corticotropine (reserve a l'auteur).

 

Complications

  • Primaires:Osteoporosis - Increased susceptibility to infections - Diabetes mellitus - Hypertension
    - Risk for adrenal crisis - Panhypopituitarism - Diabetes insipidus
  • Secondaires: hypertension maligne - fracture spontanee - deterioration de la fonction renale - en bref, les complications des syndromes primaires


DISCUSSION DU CAS



La maladie de Cushing s'accompagne normalement de la stérilité. C'en est un de ses signes majeurs et des plus invalidants. Son abscence fait mettre en doute le diagnostic chez la femme. Cependant, en présence d'une séméiologie écrasante, il est difficile de rejetter le diagnostic. Récemment, ma conclusion a été que la maladie de ma patiente n'a pas apparu pleinement avant la maturité sexuelle. La maladie de Cushing est provoquée par une hypersécretion de l'adrenocortictropine, l'ACTH, laquelle peut être due a une tumeur cérébrale, ordinairement celle du tissu glandulaire de l'hypophyse. Le syndrome de Cushing a d'autres causes périphériques, parmi lesquelles on peut citer une tumeur glandulaire de la surrénale, un cancer du tissu épithelial des petites cellules pulmonaires et l'administration chronique de l'ACTH.

Dx Différentiel:

  1. - Syndrome de Cushing d'origine endogène et centrale, classique: Hypercortisolisme ACTH-dependant (75% des cas)
  2. - Syndrome de Cushing d'origine endogène et centrale, sans stérilite
  3. - Syndrome de Cushing d'origine endogène et peripherique: Hypercortisolisme ACTH-indepedant

TRAITEMENT


Avant d'entreprendre le traitement de la maladie, le diagnostic doit être appuyé par des épreuves biologiques de la surrénale:
  • la mesure des stéroides surrénaliens sanguins et urinaires
  • les épreuves de stimulation de la surrénale
  • les évaluations radiologiques du cerveau

Une fois que le diagnostic ait été assuré, le traitement peut être entrepris. Le traitement de la maladie de Cushing est chirurgical et consiste en l'enlèvement de la tumeur offensante: la chirurgie transsphenoidale ou, le cas echeant, l'irradiation hypophysaire. En ce qui concerne mon cas, le traitement aurait été simplement palliatif. Elle allait consister en l'administration d'un inhibiteur surrénalien, combinée au traitement déja en cours pour l'hypertension et l'hyperglycémie:

  • Ketoconazole (les effets adverses de la ketoconazole incluent le mal de tête, la sédation, la nausée, des règles irréguliers, une diminution de la libido, l''impotence, la gynecomastia, et une élevation des enzymes hepatiques)
  • le Metyrapone (les effets adverses sont une elevation des androgènes et des précurseurs des mineralocorticoides, aggravant l'hypertension, et produisant de l'acné et de l'hirsutisme
  • etc..

Une surveillance etroite est necessaire, au cours du traitement medicamenteux.

Le traitement du syndrome de Cushing est "dicte par la cause primordiale" et vise a reduire la morbidite et a prevenir les complications primaires et secondaires associees a la maladie et pouvait etre justifie pour cette patiente agee qui a passe plus de la moitie de sa vie avec la maladie non diagnostiquee.