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CHAPITRE V

Leadership et Violence Collective

En

Haïti


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Le "leadership" occupe une place importante dans les relations humaines. Aucun groupe ne peut se passer d’un "leader". Le "leadership" peut être autoritaire et autocratique; il peut être démocratique; enfin, il peut être permissif (le "laissez faire", "lésé grennen" en créole) Il en existe, aussi, des formes intermédiaires.

Remarques: Le 27 septembre 2008, soit sept annees apres la redaction de ce manuscrit, j'ai decide de retoucher cette page en y ajoutant des contrecritiques personnelles qui ne sont pas la repetition d'historiens, mais qui representent un rationale equilibre, pesant les pour et les contre. Souvent, la lecture de l'histoire d'Haiti nous laisse avec de l'amertune et le desespoir (pour ce pays). Cette attitude est contrecarrer si l'on veut faire progresser le pays.




  1. Les Différentes Formes de Leadership
  2. Le leadership autoritaire (autocratique) se caractérise par l’utilisation abusive de la force, l’emploi des méthodes autoritaires, telle l’intimidation, et la prépondérance de la propagande dans le groupe. Des exemples historiques d’états, où le leadership autoritaire a prévalu, furent la Grèce antique, plus précisement Sparte, la Rome impériale, la France de Louis XIV et l’Allemagne Nazie.

    Le leadership démocratique insiste, quant à lui, sur le choix volontaire, le respect des libertés individuelles et de la volonté du groupe, l’entente et l’acceptation du résultat du vote de conclusion. Des exemples historiques de leadership démocratique furent furent la Grèce antique des forums publiques (Athènes), la Rome républicaine, le Directoire français ou la Première République, les démocracies "représentatives" des États Unis d'Amérique et de France, les démocracies "sociales" d'Europe de l'Ouest et de l'Est, les démocracies des monarchies constitutionelles, et la démocracie "libérale" du Vénézuela*. (La démocracie "guidée" de Sukarno, en Indonésie, n'en était pas vraiment une, mais avait été une tentative de compromission du leader entre le parti communiste indonésien et les militaires indonésiens.)

    Le leadership "permissif" (ou anarchique) est laxiste; le leader n’intervient que rarement, et, souvent, que dans les cas extrêmes, pour empêcher la désintégration du groupe. Le leadership laxiste a existé dans les groupes très primitifs.




  3. Organisation du Groupe dans les Différentes Formes de Leadership



    1. Le Rôle du Leader:

          Dans le groupe autoritaire, les décisions importantes sont souvent prises par le chef, sans la participation des autres membres du groupe et, parfois, contre leur gré. Les autres membres du groupe ne sont souvent que des marionnettes.
          Dans le groupe anarchique, le rôle du chef se résume à éviter la débandade collective. Le leader n’a qu’une autorité très limitée sur les membres de son groupe dont il contrôle, à peine, les activités.
          Dans le groupe démocratique, le chef ne se substitue jamais au groupe dont les décisions collectives priment sur toute décision individuelle. Lorsque le chef prend une décision hative pour répondre une situation urgente, cette décision est, ensuite, soumise à l’approbation du groupe par le vote.


    2. L’organisation

      Dans le groupe autocratique, l’organisation est pyramidale, néammoins instable et s’effondre avec la perte du chef. L’unité est, souvent, imposée et est réalisée aux dépens du choix personnel.
          Dans le groupe démocratique, l’organisation est plus ou moins rectangulaire et polygonale. Elle dépend à prime abord, de la libre volonté de tout un chacun des membres et est fonction de la responsabilité collective.
          Dans le groupe anarchiste, ou permissif, l’organisation est frêle et le sens de la responsabilité collective fait défaut. Le chef n’y est, souvent, qu’un mannequin aux mains de quelques membres du groupe. Un exemple de groupe anarchique fût les "sans-culottes" au cours de la phase finale de la révolution française de 1789.


    3. Les Membres

      Dans le groupe autoritaire, les membres, à l’exception du chef, ne jouissent d’aucun pouvoir effectif. Les décisions prises sont imposées au groupe où le vote individuel ne compte pas, et où la règle de la primauté de la majorité est absente.
          Dans le groupe anarchiste ou dans celui du "lésé grennen", les prises de décisions sont souvent impulsives et irrationelles; l’absence de planification en est un attribut de marque et les actions des membres sont désordonnées ou incoordonnées. La gestion désastreuse de l’administration de Pétion et celle du régime de Jean Claude Duvalier en furentt des exemples historiquee et remarquables.
          Dans le groupe démocratique, tous les membres participent, d’une manière ou d’une autre et à un certain degré, aux décisions finales. Celles-ci sont soumises à l’approbation collective par le vote final; la règle de la majorité y prévaut, mais les libertés individuelles sont, en grande partie, respectées.


    4. Les Relations Interpersonnelles

      Dans le groupe autoritaire, un important élément s’introduit, toujours, dans les relations interpersonnelles, la référence au chef. Celles-ci sont, dès lors, entâchées d’artifices qui en font d’elles une source continue de frustration et de conflits.
          Dans le groupe anarchiste, les relations interpersonnelles peuvent être sincères, mais peuvent aussi bien évoluer selon les caprices individuels. La stabilité et la constance leur font souvent défaut.
          Dans le groupe démocratique, les relations interpersonnelles sont plus équilibrées et en représentent des variables propices è la productivité. La modération, la sincérité et la fidélité en sont les principales caractéristiques.


    5. La Hiérarchie

      Dans le groupe autoritaire, la puissance du chef est souvent une fonction des dissensions entre les subalternes. L’autorité du chef faiblit lorsque celles-ci prennent fin et que se réalise l’entente collective couplée au libre choix.
         Dans le groupe anarchiste ou permissif, la puissance du chef ne tient souvent qu’à un fil. Le groupe est très instable quant à sa hiérarchie, et, à tout moment, peut émerger un nouveau chef. L’autorité du chef est assez faible; en fait, celui-ci n’existe que parce qu’il est faible.
         Il n’a pas un grand contrôle sur ses subalternes qui peuvent, sans son autorité, se livrer à toute sorte d’excentricités. La ligne de démarcation est facile à franchir du groupe anarchiste au groupe autoritaire et vice-versa; on l’a souvent expérimenté en Haïti où des périodes plus ou moins brèves d’anarchie - révolutions et guerres civiles - ont suivi ou précédé l’installation de régimes dictatoriaux de durées plus ou moins longues. Cette alternance de périodes, ou de scènes, d’anarchie avec des périodes d’autoritarisme a marqué l’histoire socio-politique haïtienne depuis l’indépendance de ce pays jusqu’à nos jours.
         Dans le groupe démocratique, le consensus qui règne entre les membres confère au chef sa puissance. L’évolution du groupe anarchiste vers le groupe démocratique se voit beaucoup moins souvent. La République d’Haïti est marquée par une carence d’organisations et de structures démocratiques stables. Les transitions démocratiques peuvent se compter, dans ce pays, sur le bout des doigts d’une main et ont été presque toujours imposées de l’extérieur.


    6. La Productivité

      Dans le groupe autoritaire, la prévalence des intrigues sur toute autre forme d’interaction sociale affecte, de façon défavorable, la productivité. La compétence du membre est souvent assujettie à sa fidélité au chef et, moins souvent, à son rendement effectif. Dans le groupe permissif, la prévalence des actions personnelles représente une variable nuisible à la productivité. La carence de planification et d’actions coordonnées est responsable, en grande partie, de l’improductivité du groupe permissif.
         Dans le groupe démocratique, une bonne intégration et une bonne coordination des actions personnelles sont une excellente contribution à la productivité. Les suggestions personnelles sont analysées; une décision est ensuite prise par le chef; celle-ci sera, enfin, soumise à l’approbation collective par un vote.


    7. Les Interactions Emotionelles

      Il s’avèrerait intéressant d’étudier les émotions et les sentiments dans chacun de ces trois groupes. Dans le groupe autoritaire, par exemple, les conflits et les sentiments de frustration ne sont pas normalement ventilés. L’agressivité y est souvent déplacée vers une source qui est différente de la source originelle.
         Les imteractions émotionelles è l’intérieur de tout groupe sont bidirectionnelles. Si le groupe façonne les attitudes de l’individu, celui-ci, de son côté, laisse une empreinte émotionelle sur le groupe. Dans le groupe autoritaire, le personnage fasciste, par exemple, qui est conventionnel, inflexible, intransigeant, autoritaire et pointilleux, pourra porter son groupe à valoriser le culte de la soumission et celui du respect des autorités. Cependant, cette valorisation se fait, souvent, au détriment de ces valeurs démocratiques que sont le respect des libertés individuelles, le droit à l’opposition civile et non violente et la liberté de s’exprimer librement. En tout état de cause, les valeurs sont centrées, dans le groupe fasciste, autour du culte de la personnalité qui peut graviter autour d’un individu ou autour d’une entité politico-juridico-sociale tel, par exemple, la nation.





  4. Quelques Exemples de Leadership qu'a Connus Haïti


    1. Napoléon,et l'Expédition Punitive

      L’expédition militaire française, confiée par Napoléon à son beau-frère, le général Leclerc, fut l’une des causes historiques et la racine de l’anarchie socio-politique en Haïti.      Après avoir défait son rival, le mulâtre Rigaud, Toussaint Louverture était devenu le chef militaire incontesté de toute l’ile d’Haïti et pratiquait une politique de conciliation et d’autonomie dans l’interdépendance à l’égard de la France. Napoléon 1er voulait, quant à lui, supprimer les libertés des habitants du nouvel état autonome et rétablir l’esclavage dans toutes les colonies françaises d’Amérique. Son expédition contre le gouvernement de Toussaint sonna le glas de la colonie et réanima, sur l’île, les dissensions régionales et sociales qui furent, seulement, temporairement étouffées par la guerre de l’indépendance.


    2. Le "Lessé Grennen" d'Alexandre Pétion

      Par Opposition au leadership fasciste, le leadership du “lessé-grennèn” semble être une meilleure alternative à la commande du groupe. quelques-uns de nos compatriotes assimilent, même, le leadership démocratique au laissez-faire, au laisser-aller. Ceci se comprend fort bien chez l’haÏtien qui n’a pas été habitué au gouvernement démocratique. Le leadership du laissez-faire n’offre, cependant, tout comme le gouvernement autocratique, que peu de possibilités de stabilité politico-sociale.
        :    Un exemple national du leadership du “laissez-faire” fut celui du débonnaire Alexandre Pétion, notre premier président. Pétion n’a pas su, en effet, créer les conditions nécessaires à l’éclosion des valeurs démocratiques. Celles—là auraient permis au pays de “jeter” des bases solides â une structure sociale indigène et de créer un milieu favorable à des transitions non violentes de gouvernement. L’histoire rapporte, en particulier, que Pétion fut élu et réélu, continuellement, par une minorité de sénateurs. Pétion n’eut, également, pas le courage de mettre fin aux malversations des fonctionnaires publics de son gouvernement. Un tel laxisme aurait permis l’éclosion d’une “mafia” administrative, i.e., de la coutume de malversations administratives qui tend à persiter de nos jours dans le pays. Ceci a été, évidemment, un handicap majeur au développement national.


    3. Jean Pierre Boyer, Premier Président à Vie

      Boyer, successeur et homme de confiance de Pétion, fut le fondateur de la célèbre garde présidentielle, remaniée et rebaptisée, après l’occupation américaine (1915—1934), de garde nationale. Boyer viola la constitution en vigueur, en faisant exclure de la chambre législative, les députés les plus hostiles à son gouvernement. Ceux qui y restèrent furent dénommés les gérontes par l'ironie populaire.
            Boyer fut, aussi, le principal artisan de la "politique de classe et de couleur", nous rapporte l’historien Lyonel Paquin. “Vieillard rigide, il n’hésita pas à remettre en vigueur le code rural de Toussaint Louverture.” “Ce code représentait, pour le paysan haïtien, ayant savouré les délices de la liberté, “un retour au système féodal de la colonie." Celui-ci abandonna la culture sur les grandes plantations et gagna les mornes, comme auparavant. La débâle agricole s’en suivit. De celle—ci, le pays ne s’en est jamais sorti.
            “Boyer porta, jusqu’à la caricature, son respect du “droit et du légitime”.” “Les haïtiens avaient acquis leur indépendance au prix de leur sang.” Cependant, la France réclamait une indemnité pesante pour la reconnaissance internationale de la jeune nation. Boyer n’hésita pas à vider la caisse publique pour verser la somme requise. Il pensait briser, ainsi, l’isolement politico—économique du pays. “La Dette de l’Indépendance fut, cependant, disproportionnée à la puissance économique de la jeune nation.” Elle marqua le début des problèmes financiers dont le pays souffre encore de nos jours.

      La contrecritique: Pour justifiees que sont ces critiques de Boyer, on doit se rappeler que Boyer fut celui qui sauva Haiti du morcellement et qui fut le second unificatuer de l'ile apres Toussaint Louverture. Pour criticable que soit le paiement de la dette de l'independance, il fut ce qui mit fin a l'avidite coloniale de la France pour Haiti. Cette avidite coloniale devait continuer jusqu'au 20ieme siecle avec la fin de la guerre du Vietnam. Enfin, avec Boyer il n'y a pas eu de retour a l'esclavage qui regnait partout en Amerique; son feodalisme en fut encore mieux.


    4. L'Empereur Faustin 1er, le Bonhomme Coachi

      Lyonel Paquin, dans Les Haïtiens: Politique de Classe et de Couleur, a un chapitre intitulé: "Les Mulâtres Choisissent le Mauvais Homme" ("The Mulattoes Pick the Wrong Man"). Il fait allusion, ainsi, à ce que fut la nomination «controversée” de Faustin Soulouque à la direction de la nation. Celui-ci fut choisi président d’Haïti, après une séance orageuse à la chambre qui renvoya, dos à dos, les deux principaux candidats, ses concurrents.
            Alors que Soulouque était en tournée dans la partie nord du pays, ses partisans, les zinglins, sous la direction du général Maximilien, firent régner la terreur à Port—au—Prince, persécutant les opposants au régime. Ils donnèrent, ainsi, naissance à la première forme des organisations paramilitaires, locales et partisanes (i.e., sympathiques au gouvernement) dont l’objectif a été toujours de terroriser et d’intimider la population, afin de décourager toute velléité d'opposition.


    5. François Duvalier, le Doctrinaire

      Le médecin, jadis comme le grand-prêtre, dans les sociétés primitives, guérisseur, du fait de son statut social et de ses pouvoirs de guérison est, dans une société humaine, même moderne, sujet au phénomène de transfert social plus que tout autre membre de celle—ci. Le docteur en médecine François Duvalier a, vraisemblablement, bénéficié de la transférence populaire dans sa conquête du pouvoir. Dans la société malade d’après la chute de “Canson Fè” (Général Paul Eugène. Magloire), et en butte à une crise politico—sociale sévère, François Duvalier, qui avait participé à la campagne d’éradication du pian, représentait, pour le citoyen de la classe moyenne haïtienne, un idéal: celui du retour aux vraies valeurs nationales, bafouées sous l’occupation de 1915 à 1934, sous le régime militaire et fantoche de P.E. Magloire et par une bourgeoisie néocolonialiste.
            Cependant, une fois élu président, après des élections générales, les premières dans l’histoire de la nation haïtienne, Duvalier ne tarda pas à faire un abus de ce pouvoir transférentiel. Il créa la tristement célèbre milice des “Volontaires de la Sécurité Nationale”, vulgairement dénommée “tontons macoutes”, qui terrorisa les populations locales pendant une trentaine d’années, environ. Il fut, néanmoins, nous dit l’historien Lyonel Paquin, celui qui “enterra”, (définitivement) la politique de classe et de couleur1 en Haïti. (Après son avènement, un plus grand nombre de médecins noirs furent admis à l’unique faculté de médecine et à l’unique académie militaire du pays, toute proportion gardée.)

      La contrecritique: Bon nombre de reproches adressees a Francois Duvalier n'ont pas de sens pour la situation revolutionaire qui regnait apres la chute du general Paul Eugene Magloire. La creation de la milice populaire n'avait pas ete pas, a prime abord, pour terroriser la population locale mais pour contrebalancer le militarisme d'alors, consecutif a l'occupation americaine et appuye dans toute l'Anerique par les Etats Unis; il y eut, egalement, plusieurs tentatives de l'armee ou d'anciens officiers de l'armee de mettre fin au gouvernement de Duvalier et aucune d'elles ne pouvaient etre justifiee. Duvalier fut aussi celui qui mit fin definitivement au neocolonialisme etranger et blanc en Haiti: le clerge fut nationalise.


    6. Le Militarisme Post-Duvalérien, le Massacre des Électeurs du 29 Novembre 1987

      Péjorativement, une idéologie se définit comme une doctrine qui prône un idéal irréalisable. En fait, une idéologie est un ensemble d’idées qui sont propres à un groupe ou à une époque donnée et qui traduisent une situation historique et sociale, propre (l’exportation des idéologies est indésirable). Entre l’idéal et le réalisable, c’est à tout un chacun de trouver un compromis.
            Le 29 novembre 1987, des antiprogressistes paramilitarisés ont, sur le petit écran, fait vivre au monde entier des moments de terreur macabre, en assassinant, lâchement, à la rue Vaillant, des électeurs fidèles à un idéal de liberté. Comme, jadis, le pasteur Jim Jones, qui planifia le suicide collectif de Jonestown, en Guyanne dans les années 1980, les militaristes haïtiens avaient accompli, au cours de la période préélectorale de 1987, des actes quasi rituels, tels des tirs nourris et des assassinats nocturnes quotidiens, annonçant l’hétacomhe. Leur but était d’intimider les masses militantes, imbues d'idéologies progressistes et les décourager ainsi à voter. L’impact psychologique de ce massacre a été si énorme que le pays ne s’en est ressaisi que trois ans plus tard.


    7. Leslie Manigat, Président, ou la Dissonance Cognitive

      Le 7 février 1988, Leslie Manigat prêtait serment, comme le nouveau président d’Haïti, et prêchait la réconciliation nationale dans un état démocratique. Pour beaucoup de gens, dont des proches de Manigat, la candidature de celui-ci aux élections "bidons", qui ont suivi le 29 novembre, a été une gaffe politique. C’en était, de toute évidence, autre chose que cela, comme nous l’ont montré les évènements qui se sont déroulés en HaÏti durant les cinq années qui ont suivi, immédiatement, la chute de Manigat.
            Que dit la théorie de la dissonance cognitive, et pourquoi jouer un rôle peut-il avoir plus d’impact que le conseil ou la coercition pour changer le comportement d’individus? Des expériences, conduites par le psychologue Festinguer, ont démontré que des pensées contradictoires ou conflictuelles causent l’inconfort mental et qu’il est naturel qu’un homme recherche l’harmonie entre ses pensées et ses attitudes. Dès lors, si celui-ci se met à agir d’une façon qui ne s ‘accommode pas à ses idées, il en vient à modifier celles-ci. Le jeu de rôle suppose, toutefois, le consentement des participants!


    8. Aristide vs Lafontant

      D’après Kohlberg, le développement moral passe par trois stades: préconventionnel, conventionel ou conformiste et post-conventionnel. La morale post-conventionnelle se caractérise par un système de valeurs qui sont propres à l’individu, quoiqu’elles demeurent dans le cadre des règles établies par la société où il vit. Un adulte, qui atteint ce dernier stade, peut rendre davantage de service à la société que celui qui n’a pas pu aller au delà du stade de la morale conformiste. Il peut ainsi aider à faire progresser le système social, lorsque des concepts et des valeurs vêtus se dressent pour l’en empêcher. On peut, donc, assumer, avec tristesse, que les citoyens haÏtiens, qui se sont accommodés de la situation politico-sociale qui a suivi, immédiatement, la chute précipitée et ignoble2 de Manigat, et qui ont acclamé le coup d’état postiche de Mme Trouillot et de Roger Lafontant3, n’ont pas franchi le deuxième stade de développement moral. Qu’en est-il, maintenant, du choix lavalassien?
            En 1990, les citadins des quartiers pauvres et populeux des principales villes d’Haïti ont voté, massivement, pour le père Jean Bertrand Aristide, alors, candidat à la présidence. Ils ont, aussi, voté, sans discernement, pour tous les candidats du F.N.C.D. (Front National de Concertation Démocratique) qui figuraient, à côté d’Aristide, sur le bulletin électoral. Des facteurs affectifs, en rapport avec le passé menu du père Aristide et avec les gaffes du général Namphy, semblent avoir joué un rôle prépondérant dans ce choix.
         Le président Aristide, il est vrai, n’a pas déçu, d’une certaine manière, ses foules partisanes et a respecté la constitution en vigueur, mais quand l’enjeu est sérieux, n’est-il pas mieux de mettre au rancart les facteurs affectifs au profit du comportement rationnel?





  5. La Socio-Politique Haïtienne et ses Rapports avec le Domaine affectif et l’Inconscient Collectif, Nationaux


    1. Le Facteur Affectif en Socio-Politique

      Le choix de l’électeur ne s’opère, donc, pas toujours en fonction d’un critère rationnel. Il est plus souvent une fonction des émotions que soulève le leader ou la cause, puisque la structure mentale de l’homme est, à la fois, "intellect" et "affect". Chez l’individu normal, tout comme dans une société saine du point de vue socio-politique, il existe un équilibre judicieux entre les facteurs affectifs et le côté rationnel du comportement. Dans la société malade et prérévolutionnaire, cet équilibre est rompu. Le déchaînement émotionnel, consécutif aux frustrations socio-économiques, est une caractéristique psycho-sociale de la société révolutionnaire. Les processus de déplacement de l’agressivité y sont fréquents et font oublier d’épineux problèmes.
          En Haïti, la soumission sado-masochiste aux Duvaliers a conditionné la formation et l’écroulement de l’Etat "macoute". Après la chute de Jean Claude Duvalier, les assassinats irrationnels des membres présumés ou réels de l’ancienne milice ont créé une diversion politico-sociale qui a gêné la progression de la vraie cause, la cause populaire et démocratique. L’haïtien doit réaliser qu’accepter et reconnaître les différences individuelles ne signifie pas, nécessairement, promouvoir un antagonisme entre la société et l’individu. D’ailleurs les différences sont, à l’intérieur du groupe, souvent une force d’évolution et de changement.


    2. L’Inconscient Collectif: sa Place en Socio-Politigue

      L’inconscient collectif transcende les différences personnelles. L’héritage culturel de l’haïtien, rappelons-nous en, est, à la fois, un brassage de la mythologie africaine et de son passé colonial, i.e., de la "puissance" des loas et de l’expérience personnelle du fouet, chez l’esclave. Le concept universel de liberté s’y amalgamant, créa, en Haïti, un archétype social, à forte charge émotionelle, qui lui vaut, en grande partie, cette instabilité politico-sociale chronique.




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    * En fait, toutes ces démocracies ont été représentatives à un certain point: dans la Grèce antique, les femmes et les esclaves n'étaient pas représentés; dans la Rome républicaine, les esclaves n'étaient jamais représentés; dans la démocracie représentative des États-Unis et de France, le président est directement élu par le peuple, alors qu'il ne l'est pas dans les monarchies cosntitutionelles; dans les démocracie sociales d'Europe de l'Est, un parti unique était représenté, le parti communiste, à la différence des démocracies libérales.

    1Le président, démocratiquement élu par la Chambre des Représentants, Dumarsais Estimé, avait été forcé d’abandonner le pouvoir sous la pression du général Paul Eugène Magloire, ayant le soutien de la bourgeoisie néocolonialiste de l'époque, qui voulait perpétuer la politique de classe et de couleur. Les tentatives de cette bourgeoisie de restaurer cette politique échouèrent après l’avènement de François Duvalier au pouvoir. Une de ces tentatives infructueueses fut le débarquement et l’occupation consécutive des Casernes Dessalines par des officiers mulâtres Pasquet et Perpignan, accompagnés de Payne, un mercenaire américain de race blanche. Ils furent déchiquetés et leurs cadavres furent traînés dans les rues de Port-au-Prince par des duvaliéristes en colère. Duvalier durcit, par la suite, sa position et instaura la dictature militaire la plus cruelle et la plus longue dans l'histoire de cette nation.

    2 Le président Manigat a été forcé d’abandonner le pouvoir sous la pression de sbires fidèles au général Namphy, après que celui-ci fût mis en résidence surveillée après ses échaffourées avec le colonel Jean Claude Paul qui avait acquis la confiance du corps militaire des Casernes Dessalines, le mieux préparé psychologiquement et tactiquement en Haiti. Leslie Manigat a été ainsi refusé par ceux-la même qui l’avaient aidé dans sa conquête du pouvoir, quelques mois plus tôt.

    3 Mme Trouillot, la veuve d’n ancien duvaliériste, avait hérité du pouvoir politique après que le général Prospère Avril fût contraint d’abandonner le pouvoir sous la pression internationale par suite des violations des libertés individuelles et des crimes politiques (tortures de prisonniers politiques) commis sous son régime; à un moment critique, elle avait cru bon de remettre les rennes de celui-ci au citoyen Roger Lafontant, l’ancien premier ministre et homme de confiance des Duvaliers; elle nia, par la suite, ce fait, après son échec sous une forte pression populaire, nationale et internationale.