Bibliographie
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CHAPITRE I


Panorama
Des
Grandes Causes

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L’anarchie chronique politique et sociale, qu’a connue Haïti depuis son indépendance a plusieurs causes; parmi lesquelles, il me convient de classer des causes sociales et, parmi celles-ci, des causes culturelles. Les causes sociales sont l’apprentissage social de la violence et les frustrations sociales et économiques. Les causes culturelles de la violence sociale, en Haïti, sont la mentalité pseudoanimiste et les "guenilles" d’un héritage colonial.



I.1  L'Apprentissage Social de la Violence

La violence peut s’apprendre. Le comportement agressif que présente un individu peut avoir été observé sur le petit écran de l’appareil de télévision, sur le grand écran de la salle de cinéma et sur la rue. Le massacre des électeurs du 29 novembre 1986, le supplice du collier de feu, infligé aux anciens membres de la milice duvaliérienne par des foules hystériques, sont de tristes exemples de la violence qui peut être apprise sur le trottoir. Le comportement agressif est, également, décrit dans certains livres, tel, par exemple, le livre d’histoire où il peut être justifié.
       Des attitudes sociales souvent apprises dès l’enfançe, sont sous-jacentes à la violence sociale chronique que connaissent certaines sociétés. Ces attitudes peuvent avoir été apprises, plus ou moins, dans l’environnement familial, à l’école, dans certains cercles sociaux ou par l’intermédiaire des “mass media”. En Haïti, en particulier, le sadisme de certaines chansons populaires - comportement agressif entendu - est communiqué aux jeunes auditeurs des postes de radiodiffusion.



I.2  Les Frustrations Sociales et Economigues

Le “leadership” autocratique a été, en Haiti, une importante source de frustration sociale depuis l’indépendance. D’autres sources en sont le taux élevé du chômage, la crise du logement et le faible revenu per capita. Ces frustrations sociales, incessantes, sont, vraisemblablement, la cause des convulsions sociales périodiques qu’a connues ce pays. Celles-ci ne sont, en fait, que des moyens d’expression brutale des aspirations profondes et réprimées de la population locale.



I.3  La Mentalité Pseudoanimiste

Le démon, dans sa signification analytique, n’est qu’une projection de l’esprit humain. Le démon et son antithèse, le dieu, sont aussi représentés dans toutes les sociétés humaines. Les "loas" du vaudou peuvent, donc, être considérés, en ANALYSE, comme les équivalents des totems des Amérindiens, des ancêtres des Européens et des prophètes des Juifs. La mentalité pseudoanimiste n’est, donc, pas une exclusivité du vaudouisant; elle peut se rencontrer, également, chez les adeptes des religions modernes ou occidentales. Chez le catholique haïtien, par exemple, elle se révèle dans le culte voué aux saints, le rituel duquel nous rappelle les procédures magiques de nos ancêtres lointains. Chez le protestant ou l’évangéliste, la peur quasi pathologique du démon et l’importance accordée à la fatalité divine rappelle les anciennes croyances animistes (“Satan a été précipité sur Terre, en 1914”, nous dit le témoin de Jéhovah).
       Les familles haïtiennes sont, religieusement, dévouées à leurs loas et se considèrent protégées du mauvais sort, par l’exécution de certains rituels. Cette croyance inébranlable au “surnaturel” et en la qualité démoniaque des moyens utilisés par l’adversaire explique la prévalence, dans le milieu haïtien, des “wangas” et des procédés d’exorcisme. La zonibification et le décès, tant attendu, du “désigné du doigt” qui ont été, jusqu’à tout récemment, des pratiques courantes en HaÏti, révèlent le désir sous-jacent d’assujettir l’individu. Quoiqu’elles soient communément tolérées dans le milieu social haïtien, et entourées d’une discrétion caractéristique, la zombification et la mort du “pointé du doigt” représentent, néammoins, des violations flagrantes des libertés individuelles.



I.4  Le “Fantôme” Colonial

    Abondent, en Halti, les preuves de la pérennité de la mentalité coloniale. Ces preuves s’observent dans le maintien de certaines attitudes sociales et se rencontrent dans des situations quotidiennes, telles l’attitude de “chef”, ayant un droit outre-mesure sur ses concitoyens, la situation du “resté avec”, i.e., de la petite servante, si bien évoquée dans les contes délicieux de Maurice Sixto et de Rasoul Labuchin. On peut citer aussi, l’indifférence des leaders politiques et de la classe bourgeoise envers les masses prolétariennes et l’exploitation abusive de la classe ouvrière. Cette mentalité, s'intégrant aux caractéristiques culturelles, locales et particulières a donné naissance à des représentations régionales, propres.


  1. L’influence Coloniale sur la Mentalité Pseudoanimiste

    Il a pu s’établir, aux premières heures de l’esclavage, dans la colonie de Saint-Domingue (maintenant Haïti), une interaction culturelle entre les civilisations amérindiennes, africaines et européennes. De ce choc culturel est né le vaudou haïtien:
         Blanche est la couleur de Damballah et sacré lui est l’argent. La croyance est, dans le milieu, que ceux qui ont l’honneur de gagner sa faveur deviennent, énormément, riches. En fait, ce "loa" fait penser à l’homme blanc, le colon, grand planteur, grand propriétaire terrien de la période coloniale, et pour lequel travaillaient beaucoup d’esclaves noirs. Dans la colonie de Saint-Domingue, le maître blanc accordait des faveurs à l’esclave qui arrivait à lui plaire. Si cet esclave était une femme noire, elle devenait la maîtresse de son propriétaire blanc. Dans la mythologie vaudoue, Erzulie Fréda et Aida Wèdo sont les deux maîtresses noires, connues, de Damballah .
         Erzulie Fréda est une divinité érotique, coquette (l’Aphrodite haïtienne) qui représente un archétype haïtien, en l’occurence la belle mulâtresse (maraboute1 ou métisse) de la classe bourgeoise. Son mythe qui a pu naître de l’interaction des trois civilisations préside, de façon inconsciente, aux rapports sentimentaux qui se font, en HaÏti, entre des sujets au teint clair et ceux au teint brun ou plus sombre. Il s’y associe, souvent, des formations réactionelles2. Ce mythe a pu, aussi, trouver un nouveau souffle avec l’occupation américaine d’Haiti, de 1916 â 1946. Les officiers noirs de l’armée d’HaÏti ont, en effet, trouvé un certain avantage à renouer avec ce passé colonial3, la conduite de Dessalines dans le Sud, le mariage manqué de sa fille Célimène avec le général mulâtre Pétion, et le massacre des anciens colons, n’ayant été, somme toute, que des accidents de parcours (voir, aussi, plus loin le mythe de la grimelle).



  2. La Surenchère des Valeurs Fascistes et le Militarisme Néocolonial

    Militaire et militariste ne sont pas des termes synonymes. De vrais militaires, dévoués à la cause de leur nation et sans aucune prétention à la domination politique, Haiti en a connus. Qu’on se rappelle les noms noms de Gabart, de Clerveaux et de Capois pour ne citer que ceux-là. À l’opposé, le militarisme n’est qu’un visage du fascisme et a pris, sous le déguisement du “macoutisme”, une teinte locale.
         Pourquoi, en 1989, l’haïtien s’en est il pris au gouvernement de quarante huit heures du Général Abraham, alors que celui devait céder, sans délai supplémentaire, le pouvoir au civil Ertha Pascal Trouillot? La réponse n’est pas tant que celui-ci fût un tordu (un “magouilleur”) qu’il ne soulevait des sentiments hostiles et refoulés de la population contre une longue liste de chefs militaires (et nous verrons le pourquoi dans le second tome, en lisant les faits).



  3. D’Autres facteurs Moins Importants et Plus ou Moins Personnels

    1. Le Sentiment de Culpabilité:
           Le sentiment de culpabilité, souvent, concomitant aux frustrations, intervient dans le processus de déplacement de l’agressivité et s’associe, assez fréquemment, au sentiment d’infériorité. Ces sentiments sont transmis, d’une génération à une autre, dans des attitudes familiales et sociales et s’intègrent dans l’inconscient collectif haïtien. Ils auraient été à l’origine d’un mythe, celui de la grimelle qui rappelle le mythe précédent d’Erzulie, mais, dans celui-là, les couleurs ou les sexes sont inversés: Damballah est l’officier ou le politicien influent noir et Erzulie, la femme coquette au teint clair.


    2. La Cupidité et le Hargne:
           On trouve, sans cesse, dans l’histoire d’Haiti deux figures proéminentes, symbolisant, ensemble une longue et historique contradiction sociale et indigène. L’une est représentée par le citoyen aisé, mondain et, souvent, débauché, et l’autre par le citoyen démuni, hargneux et, souvent, révolté. Cette contradiction, née de l’antithèse coloniale “hommes libres et esclaves”, s'exprima tout au cours de l’histoire de cette nation. Elle a été, sans aucun doute, un facteur non négigleable de déséquilibre politico-social.


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1 Les mots marabout et grimelle sont des termes péjoratifs pour désigner le métis né l’union de l’union du noir et du multâtre ou, d'une façon générale, le métis, à la période coloniale. Le dictionnaire français Bordas de 1979, nous apprend qu’ils voulaient dire, respectivement et initialement, une personne mal formée ou une personne déguisée.

2 La formation réactionelle est un mécanisme de défense psychologique et inconsciente qui porte le sujet à se comporter, exactement, à l’opposé de ses vrais sentiments. En Haïti, la haine ou la méfiance qui existe à l’égard de l’homme blanc cacherait un désir inconscient chez celui (celle) qui les nourrit d’avoir des relations avec celui-là.

3Avant la guerre de l’indépendance d’Haiti, les officiers noirs de la colonie étaient devenus des officiers de la grande armée française. Toussaint Louverture, qui reconquit des anglais et des espagnols la colonie pour la France, avait recherché plutôt l’autonomie que l’indépendance et avait été un haut-gradé de l’armée de France.