Bibliographie
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Suppléments

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VI.4   La Psychanalyse du Lâche
         (Psychoanalysis of the Coward)

Confronté à l'absolutisme, au fascisme et à l'autoritarisme, le lâche recule et abdique, abandonnant son individualité et diluant sa personnalité dans le groupe. Renoncant à la responsabilité de ses actes, il devient le mannequin du groupe et le pantin du chef. Chez lui, également, des sentiments d'hostilité refoulés dans son préconscient cachent ceux de dépendance-culpabilité et d'infériorité-superiorité, alors plus profondément tapis dans son subconscient. Ceux-ci, formant des liens entre eux et avec d'autres idées préconcues, s'y "cristalliseront" en complexes. Coincés alors dans celui-ci, ces complexes, accumulant de l'énergie, finissent à jaillir du champ de son inconscient et à verser dans le conscient leur excès d'énergie. La soupape est le mécanisme du déplacement qui permet au lâche de trouver, alors, un alibi et un bouc émissaire. Ce dernier est, souvent, celui (ceux) qui est désigné, directement ou indirectement, par le chef ou par le groupe (la communauté, la foule, etc.).
     C'est ainsi que prennent naissance les préjugés. Ainsi, doit-on, également, expliquer le lâche assassinat de trois afficheurs du R.D.N. P. sous la dictature éphémère du général Prosper Avril, celui du pasteur Sylvio Claude, le regretté leader du P.D.C.H. et un opposant acharné des Duvaliers, celui de l'avocat Lafontant Joseph, un défenseur farouche des libertés individuelles, sous le gouvernement du cruel Namphy, et celui du juge Malary, sous le gouvernement militaire de Cédras. On ne devra, non plus, oublier les victimes au Père Lebrun des anarchistes haïtiens et celles du 29 novembre 1986. Tous ces crimes ont été des actes de pure lâcheté, indignes du brave citoyen.
     A l'opposé d'autres individus, plus ou moins normaux, qui recherchent, dans le groupe, le support ou/et l'intimité dont toute personne humaine a besoin, le lâche y vient pour grossir les forces antidémocratiques ou antipluralistes . L'objectif ultime de celles-ci est d'étouffer toute dialectique à l'intérieur du groupe et d'arriver à l'hégémonisme idéologique.

L'homme, étant un animal sociable, a une tendance naturelle à former des groupes et à s'assembler à ses pareils pour former des familles, des partis, des tribus, des villages, des nations, ou des organisations internationales. On n'oubliera pas, toutefois, que si l'appartenance à un groupe a, certes, des avantages, il peut en naître des intentions et des comportements qui mettent son existence en péril et celle d'autres groupes. Qu'on se souvienne de l'holocauste des Juifs, de la traite brutale des Africains, du dépouillement des Amérindiens! Tous ont été réalisés par des groupes qu'on peut identifier tantôt à des nations, tantôt à des armées et tantôt à des races.



VI.5   La Notion de Chef

C’est à la suite d’une émission de Radio Haïti-Inter du regretté, défunt Jean Dominique, sur la signification de la notion de chef en Afrique, que j’ai entrepris d’écrire ces quelques lignes.
      En Afrique, le chef a été le sage le plus écouté de la tribu et le membre le plus respecté de la société. La notion de chef évolue, cependant, avec le temps. Elle se situe dans un cadre historique et est destiné à changer. Le chef a été, par exemple, le prophète chez les Juifs, le général ou l’empereur chez les Romains, le phaaron chez les Egyptiens, le shah (maintenant l’Ayatollah ou le grand prêtre) chez les Iraniens, et le hougan puis le général pour les esclaves révoltés de Saint Domingue, les futurs Haïtiens. En Haïti, comme en Afrique, la notion de chef ne s’est pas accommodée de la conception occidentale de la démocratie. Dans notre monde moderne et de plus en plus démocratique, le chef est le simple citoyen élu par la majorité populaire (pourtant ceci a existé en Afrique), a la direction du groupe, et pour une période limitée (ceci est récent). En Haïti, pays qui a, désormais, pris, pour de bon, la voie de la démocratie, on assistera, vraisemblablement, a une évolution de la notion de chef chez le citoyen.



VI.6   La République des Généraux*

Militaire et militarisme ne sont pas des termes synonymes. Le militarisme est est la doctrine qui prône la prépondérance de l’élément militarisé dans la sphère politico-sociale de la vie d’une nation, et le militariste est celui qui met cette doctrine en application. Celui-ci ne doit pas être confondu avec le militaire sincère, consciencieux, dévoué à la cause de sa nation et opposé à l’aventurisme militaire
     En Amérique Latine, le généralissime (général en chef) a été, souvent, l’émule du conquistador et a représenté un obstacle majeur à l’im­plantation des régimes démocratiques dans la zone. Passant outre de ses prérogatives constitutionelles, il s’est, souvent, arrogé le droit de gérer les finances publiques de son pays et d’en abuser, du même coup, de la fortune nationale. Le successeur du général-président a été souvent, aussi, un militaire haut-gradé, parvenu au sommet du gouvernement exécutif à la faveur d’un coup d’ètat militaire ou d’une révolte populaire. Au début de son règne, le nouvel homme fort paraît jouir de la confiance de ses concitoyens. Cependant cette idylle ne dure pas.
      En Haïti, comme, jadis, au Paraguay, les gouvernements militaires ont eu la précession sur les gouvernements civils. Le processus électoral y est souvent bafoué au profit des "coups de force" militaires et des révolutions.



VI.7   L'État Policier

L’une des causes de la violence politique et sociale doit être recherchée, en Haïti, dans la structure de l’Etat. Celui-ci a gardé, depuis son indépendance, la structure d’un état militarisé, caractérisé par "l'absence de cadres civils" stables ou "institutionalisés" et appropriés au gouvernement par la démocracie, la période d'occupation américaine n'y ayant pas apporté de grande modification (Chaîne de TV ABC, February 19, 2004). Les libertés individuelles y ont été, souvent, restreintes; le citoyen a été souvent harcelé pour ses opinions indépendantes et la presse y fut, souvent, baillonnée pour garantir un intérêt national” qui se confondit, souvent, à des intérêts personnels.
      C’est cet état de choses qui explique l’antagonisme constant entre le civil et le militaire, en Haïti. La hargne du civil à l’égard du militaire, qui en découle, aurait suscité des propos injustifiés, entendus sur les rues, à l’égard du gouvernement provisoire de quaranre-huit heures du général Abraham en 1989 et aurait été à la base du démantellement initial de l'armée sous le gouvernement de Francois Duvalier et, d'un démantellement plus prononcé sous celui de Jean Bertrand Aristide. Haïti, il est vrai, n'a pas ces jours-ci tant besoin de celle-là pour se défendre, mais à défaut d'une force de police adéquate et, surtout, plus coûteuse, le recours à l'armée, ou, du moins, à une garde nationale de réserve, peut s'avérer nécessaire et plus sûre que toute milice populaire, indisciplinee.



VI.8   La Racine des Préjugés: Cas d'Haïti

Quoique la formation des groupes représente un phénomème social, l’intégration d’un individu à un groupe amène souvent celui—ci àrestreindre ses contacts avec ses congénères des autres groupes. C’est de cette façon, en créant un isolement relatif, que le groupe peut servir à cristalliser des préjugés.
      Au cours des élections de 1957, la nation haÏtienne était divisée en trois principaux clans politiques: duvaliériste, déjoiste et fignoliste. On peut imputer à ces groupes l’accroissement de l’incidence de l’agressivité sociale qu’a connue le pays durant cette période. La rivalité acerbe qui opposait les duvaliéristes aux déjoistes faisait revivre au pays celle qui a existé entre le noir Toussaint Louverture et le mulâtre André Rigaud, aux derniers temps de la colonie. Face à ces deux clans se dressait celui du noir dessalinien, Daniel Fignolé. Celui-ci, représentant les aspirations des couches les plus basses de la population, rappelait l’esclave révolté qui se trouvait tantôt allié de l’affranchi face au colon blanc, tantôt isolé et seul dans son combat ultime pour la liberté.
      Ces antagonismes, nés de la période coloniale, ont eu des reviviscences tout au long de l’histoire d’Haiti et ont, constamment, terni la scène socio-politique de cette nation.

         La Fin et la Renaissance des Préjugés en Haïti

Le but surordinal est celui qui ne peut être réalisé sans la coopération des divers groupes ou des diverses couches sociales qui luttent pour sa réalisation. En 1803, les généraux de valeur, que furent Pétion, Christophe, Dessalines, Clerveaux, Geffrard, Vernet, Toussaint Brave, Romain, Cangé, Gérin et Gabart, avaient, tous, la confiance de leurs hommes et des groupes sociaux auxquels ils s’identifièrent. Combinant leurs efforts, ces généraux réalisèrent l’indépendance d’HaÏti, ce but surordinal, qui fut loin d’avoir été l’oeuvre d’un seul homme ou d’un seul groupe social.
      On peut chercher, dans la carence en buts surordinaux, l’origine des multiples convulsions politico-sociales qu’a connues le pays depuis son indépendance. Au lendemain de celle-ci, en effet, le culte de la fierté de classe et l‘identification des protagonistes à leur groupe ravivèrent les anciennes dissensions.



VI.8   Le Retour au Cacoisme - L'Impact des Valeurs Ancestrales

Il serait tout aussi erroné de penser que les cacos furent de vulgaires bandits qu’il ne le serait de voir en eux des nationalistes intégraux, travaillant pour ce but surordinal qu’est le bien-être social de leurs concitoyens.
      Il est, aussi, particulièrement, important de distinguer deux périodes et, surtout, deux formes de cacoïsme:
  • le cacoïsme d’avant Charlemagne Péralte qui fût de l’anarchie partisane
  • le cacoïsme de Charlemagne Péralte qui s’inspirait de valeurs natio­nales et d’une idéologie noble, celui du droit à l’autodétermination. C’est de ce cacoïsme-ci que fait l’éloge l’écrivain Roger Gaillard.
Après la chute de Jean Claude Duvalier, le 7 février 1986, le pays a sombré dans l’anarchie politique et sociale et cinq présidents se sont succédés en l’espace de deux ans. Ce ne fut pas cependant la première fois dans l’histoire politique d’Haïti qu ‘un tel évennement survint car, du 4 mai 1913 au 27 juillet 1915, quatre présidents se sont succédés à la tête de la petite nation, par l’action des cacos. On peut donc établir un parallélisme entre ces deux périodes et parler d’un véritable retour au cacoïsme en Halti, en 1987, mais au cacoïsme anarchique d’avant Charlemagne Péralte.