Béru Kyentsé Rinpoche
Il n'y a pas mon dharma et le dharma des autres. Il n'y a qu'un seul dharma qui s'adapte aux coutumes, au climat, aux façons de vivre, aux pays dans lesquels il s'épanouit. Et, bien entendu, d'un pays, d'une école à l'autre, les rites, les coutumes diffèrent, les façons de pratiquer le dharma diffèrent, mais c'est toujours le seul et même dharma. Il convient de s'en souvenir. Il n 'y a pas un dharma tibétain qui serait le meilleur, et puis d'autres dharmas. Il n'y a qu'un seul dharma. C'est la pacification, l'apaisement et la discipline de l'esprit. La finalité de tous les enseignements se résume à cette parole du Bouddha: "Ne commets pas d'actes nuisibles, applique-toi à accomplir le bien et discipline parfaitement ton esprit." Mais qu'est-ce que l'esprit ?
L'ignorance
L'esprit n'a ni forme, ni couleur,
ni caractéristique que l'on puisse définir. Dépourvu
de tout attribut, on ne peut pas dire qu'un esprit soit fondamentalement
différent d'un autre. Au niveau de la nature de l'esprit, il n'existe
aucune différence entre les êtres. Cela étant, il existe
des différences de pureté ou d'im pureté de l'esprit.
Nous sommes soumis à des émotions qui semblent perturber
la nature fondamentale de cet esprit, nous sommes enclins à commettre
des actions bonnes ou mauvaises, nous sommes sujets à l'agitation,
au trouble, à la passion et à bien d'autres sortes d'états
mentaux. On peut parler d'état pur, limpide, calme de l'esprit ou
au contraire d'état perturbé, troublé, impur de ce
même esprit, tout en se souvenant que fondamentalement, la nature
profonde de l'esprit est au-delà de ces caractéristiques
puisqu'elle est vacuité.
Ce qui voile la nature fondamentale
de cet esprit s'appelle l'ignorance ou nonconnaissance (tib. marigpa).
Plutôt que la conscience reconnaisse sa vraie nature, vacuité
dépourvue de toute caractéristique, elle se reconnaît
en tant que moi. Et là où il y a moi, il ya ce qui n'est
pas moi. Cette conception duelle de la conscience et de l'univers entraîne
une infinité de dichotomies: là où il y a sujet, il
y a objet; là où il ya moi, il ya l'autre. Entre ces deux
pôles s'instaure la perception de la différence et de la séparation.
A partir de cette perception qui distingue sujet et objet se tissent des
relations d'attirance, de répulsion ou d'indifférence : je
perçois et j'aime, donc attraction, ou bien je perçois et
je n'aime pas, donc répulsion, je ne perçois pas et j'ignore,
donc indifférence. Ainsi se crée un mode de fonctionnement
de l'esprit basé sur l'ignorance et qui alimente les émotions
perturbatrices.
Cette ignorance fondamentale
qui nous voile la nature de l'esprit est à la racine de toutes nos
souffrances, de tous nos maux, mais elle n'a pas d'existence véritable.
Comme toute obscurité, elle n'est qu'absence de lumière.
Si je ferme les portes et les volets de ma maison, je serai plongé
dans l'obscurité. On ne peut pas dire que cette obscurité
ait une existence solide. Pour m'en débarrasser, je ne peux pas
la recueillir et la jeter dehors. Ce n'est pas non plus quelque chose d'actif
: l'obscurité n'entre pas dans la maison. Elle était à
la fois là et n'y était pas. C'est le fait de fermer les
volets qui a provoqué la manifestation d'un phénomène
que nous appelons l'obscurité, mais il me suffit d'ouvrir les volets
pour que cette obscurité disparaisse comme si elle n'avait jamais
existé. En fait, elle est tout autant là, mais elle n'est
pas manifestée. Comme l'obscurité, notre ignorance fondamentale
n'a pas d'existence par elle-même..
Clarifier l'esprit
Sang Gyé, qui traduit
"bouddha" en tibétain, commence par la syllabe sang qui veut dire
"purifié de cette obscurité". Il s'agit simplement d'ouvrir
notre conscience à notre vraie nature qui est comparable à
une lumière. A partir du moment où nous ne faisons plus barrière
à la reconnaissance de cette vraie nature, nous nous apercevons
que, de toute éternité, elle est la nature de bouddha. Ce
qui nous en sépare est simplement un manque d'ouverture à
quelque chose qui est là de toute éternité. Exactement
comme l'obscurité qui règne à l'intérieur d'un
édifice clos n'est pas due à une obscurité qui serait
venue envahir l'édifice, mais simplement au fait que les fenêtres
sont fermées. Il suffit d'ouvrir ces fenêtres pour que l'obscurité
disparaisse comme si elle n'avait jamais existé.
Lorsque nous vivons non pas
selon notre vraie nature mais de manière partielle et tronquée,
c'est-à-dire en tant que moi différent de ce qui n'est pas
moi, nous sommes plongés dans un mode d'existence illusoire. Mais
il ne faut pas lui prêter une existence propre, comme s'il s'agissait
de quelque chose d'intrinsèquement existant dont il faudrait se
débarrasser. Cette illusion réside dans le fait que nous
prêtons une existence intrinsèque à quelque chose qui
existe d'une toute autre façon. L'ignorance fondamentale nous empêche
de percevoir la véritable façon d'exister de nous-mêmes
et de tout ce qui nous entoure. Ce qui nous apparaît comme réalité
ne correspond pas à la nature profonde des phénomènes:
c'est ce que l'on nomme "illusion".
A partir de ce mode de perception
erroné va se développer spontanément un réseau
de relations que nous appelons amour, haine, attachement, égoïsme,
cupidité, jalousie... Ces émotions perturbatrices, comme
tout ce que nous croyons percevoir comme réel, ont une existence
illusoire par rapport au mode d'être fondamental de nous-mêmes
et de l'univers. Tout le processus consiste à se débarrasser
de l'illusion, car là où est l'illusion sont les émotions
perturbatrices et là où sont les émotions est la souffrance.
En s'en débarrassant, comme quand on nettoie un récipient,
il ne reste plus que la nature fondamentale de moi-même et de l'univers.
Au niveau de cette nature fondamentale, il n'existe rien que l'on puisse
appeler souffrance, émotions perturbatrices, etc. La seule chose
qui nous sépare de l'état de Bouddha est ce mode illusoire
de perception.
L'enseignement du Bouddha révèle
aussi des moyens qui nous permettent, à nous qui sommes plongés
dans ce mode d'être illusoire, de nous affranchir peu à peu
de ces émotions, causes de souffrances. Traditionnellement, on dit
qu'il existe vingt et un mille enseignements qui permettent de vaincre
le désir, vingt et un mille enseignements qui permettent de se libérer
de l'attachement, vingt et un mille enseignements qui permettent de s'affranchir
de l'ignorance et vingt et un mille enseignements qui permettent de s'établir
dans l'équanimité. Ce qui fait traditionnellement quatre-vingt-quatre
mille enseignements. Tous les aspects de notre vie quotidienne peuvent
donc être considérés du point de vue du dharma, et
toutes les souffrances que nous rencontrons peuvent être traitées
par l'application des moyens enseignés dans le dharma. Donc, tous
les différents corpus canoniques du dharma correspondent à
des moyens de traiter les émotions. Peu importe qu'il yen ait vingt
et un mille, ce qu'il faut retenir, c'est que les différents aspects
de l'ignorance sont traités d'une manière à la fois
globale et spécifique. Cela nous amène à considérer
ce que l'on appelle la libération (tib. tarpa) qui est au creur
du dharma. De quoi faut-il se libérer ? De l'ignorance, de la souffrance,
des émotions conflictuelles, etc. Bien que le Bouddha ait donné
un grand nombre de moyens pour s'affranchir de la souffrance, il a dit:
"Je vous donne les moyens de vous libérer, mais la libération
de chacun dépend de chacun. " On peut très bien recevoir
les bienfaits que sont les enseignements libérateurs du Bouddha,
mais il ne peut pas nous libérer à notre place. Il met à
notre disposition des outils, mais la libération est l'affaire de
chacun d'entre nous. Il est très important de réaliser cela.
Chacun est son propre instrument de libération. Personne ne peut
nous libérer à notre place, sinon cela serait fait depuis
longtemps. Donc, la grâce du Bouddha s'étend jusqu'au niveau
des moyens qui nous sont transmis, mais pour que l'éveil (ou la
libération) soit effectif, les moyens doivent s'accompagner de la
sagesse (tab : les moyens, shérab : la sagesse).
Le développement de l'amour
et de la compassion
C'est pourquoi l'on parle d'union
de la compassion et de la sagesse. Il est indispensable de disposer des
moyens de libération, lesquels se traduisent d'une manière
concrète et pratique par le développement de l'amour et de
la compassion. L'amour et la compassion sont inclus dans les moyens et
doivent donc être développés, mais ils ne porteront
vraiment leurs fruits que lorsqu'apparaîtront shérab ou yéshé
(deux façons de considérer ce que l'on appelle en français
la sagesse) : c'est à dire le point de vue éclairé
avec lequel nous allons considérer la réalité. Cette
sagesse va, elle aussi, progressivement se développer grâce
à la mise en application des moyens.
La mise en <ruvre de l'amour
et de la compassion permet d'approcher peu à peu cette suprême
connaissance qu'on appelle la sagesse. Les deux sont totalement indissociables
et indispensables. C'est-à-dire que l'on ne peut pas pratiquer l'amour
et la compassion de manière correcte si l'on n'a pas développé
un peu de sagesse et l'on ne peut pas développer la sagesse si l'on
ne pratique pas l'amour et la compassion. Nous avons deux jambes pour marcher
et non pour sauter à cloche-pied. D'une manière spirituelle,
on ne peut pas être unijambiste. Il faut les deux jambes que sont
la sagesse et la compassion.
La vérité ultime
et la vérité relative
Ce cheminement vers l'éveil
peut être considéré au niveau de la base, du chemin
et du fruit. Au niveau de la base, la marche vers l'éveil se fait
par l'union indissoluble des deux vérités: la vérité
relative et la vérité ultime.
La vérité ultime
(tib. teundam tenpa) est la nature fondamentale de l'univers et de la conscience.
Ce ne sont pas deux choses différentes mais une seule et même
chose. C'est le mode d'existence réel de tous les phénomènes:
une réalité qu'il n'est pas possible de traduire par des
mots et qui sous-tend toutes les illusions. Ce quelque chose qui est là
mais qu'on ne peut pas saisir, c'est la réalité ultime.
La vérité relative
ou conventionnelle (tib. kundzop tenpa) est le niveau de réalité
illusoire tel que nous le percevons. Il est vrai que, considérée
du point de vue ultime, cette réalité illusoire est aussi
fallacieuse qu'un reflet et aussi peu importante que de la fumée.
Mais pour nous, qui sommes pris dedans, qui sommes limités à
cette réalité illusoire, c'est la seule qui existe. On peut
donc dire que cette expression est à la fois réalité
et illusion. Pour nous, c'est la seule réalité, mais n'existant
pas inttinsèquement, telle que nous la percevons, elle est illusoire.
Elle n'existe que parce que soutenue par l'ignorance fondamentale.
Ces deux vérités
-ultime et relative- ne sont pas deux chooses différentes, mais pas
non plus une seule et même chose. Elles sont une union indissoluble
dans un niveau de réalité que l'on ne peut pas exprimer par
des mots. L'union de ces deux vérités est la base sur laquelle
s'appuie la marche vers l'éveil. Si les deux vérités
n'étaient pas indissolublement liées, on ne pourrait pas
parvenir à l'éveil. Etant plongé dans l'illusion,
il serait impossible de passer au-delà de l'illusion. Mais, du fait
que l'on n'est pas séparé de ce qui n'est pas l'illusion,
on peut pleinement retourner à cet état.
Il faudrait bien se garder de
traiter la vérité relative à la légère
en disant : "Tout est illusion, donc rien n'a d'importance." En fait, il
faut se souvenir que pour nous, actuellement, c'est la seule réalité.
En effet, pour nous, certaines choses sont bonnes, mauvaises, agréables
ou désagréables; le bonheur et le malheur existent réellement.
Nous le vivons constamment. Evidemment, si l'on considère la véritable
nature de tous ces phénomènes, ils sont vides d'existence
propre et on peut intellectuellement s'en convaincre en réfléchissant
à la façon dont ils nous apparaissent. En analysant attentivement
leur mode d'être apparent, on va s'apercevoir que, bien qu'ils paraissent
exister en eux-mêmes, ils n'existent pas ainsi et pourtant sont toujours
là. On peut trouver un moyen de franchir ce miroir, d'aller audelà
de l'illusion, vers ce qui est libre de toute illusion.
Parce que l'existence de l'illusion,
telle que nous la vivons, ne dépend que de notre propre esprit,
c'est-à-dire qu'elle n'est ainsi que parce ce que nous la voyons
ainsi. Sa manifestation dépend uniquement de notre point de vue.
En fait, si nous souffrons, c'est parce que nous la voyons ainsi. Effectivement,
dans ce mode illusoire de perception, il y a des choses agréables
et désagréables, mais même le bonheur est souffrance.
Tout ce mode de perception illusoire est souffrance parce qu'il est soumis
à la même illusion, c'est-à-dire de ne pas exister
tel qu'il apparaît. Il est totalement impermanent car, même
au niveau de la réalité illusoire, rien n'existe indéfiniment.
Comme tout dépend de causes, de conditions, d'une conscience, etc.,
il ne peut y avoir de réalité permanente. Quand le bonheur,
la félicité disparaissent, cette disparition devient souffrance.
Donc, au ca:ur même de la félicité est le germe de
la souffrance. C'est pourquoi on dit: l'univers est souffrance, le monde
manifesté est souffrance.
Toute la démarche va
consister à essayer de voir, d'une manière libre, ce qu'il
y a au-delà de cette illusion; de percevoir non plus cette réalité
illusoire mais une réalité plus globale, plus fondamentale,
qui est toujours là, en toile de fond, c'est-à-dire l'univers
et moi-même tels qu'ils sont et ont toujours été.
Il ne faut pas se laisser prendre
au piège du vocabulaire. Quand on dit "réalité illusoire",
on a immédiatement tendance à penser à quelque chose
qui n'existe pas. Mais il faut bien comprendre que cette réalité
illusoire, à partir du moment où l'on se place en termes
d'exister et de ne pas exister, existe mais est autant dépourvue
d'existence intrinsèque que la vérité ultime. En fait,
les termes d'existence ou de non-existence sont totalement inappropriés
pour décrire la vérité ultime. C'est la raison pour
laquelle on ne peut pas, si l'on souhaite pratiquer l'enseignement du dharma,
nier la réalité illusoire, en disant: "Ça, c'est faux,
ça n'existe pas." Il faut au contraire s'appuyer dessus, parce que
ce n'est qu'en prenant cette réalité illusoire comme support
que l'on pourra réaliser ce qu'est la vérité ultime.
Il n'y a pas d'autres possibilités.
Samsara et nirvana ne sont qu'un
Parfois on entend dire que pour
un être éveillé la réalité illusoire
n'existe pas. C'est faux. La réalité illusoire existe autant
que la réalité ultime à tel point qu'il n'ya pas de
différence entre les deux. Il n'y a pas d'un côté un
samsara illusoire et inexistant et d'un autre côté le nirvana
vrai et existant. Il y a au contraire, et c'est pour cela que l'on parle
d'union, une seule et même chose que nous ne percevons pas parce
que nous sommes plongés dans une aberration. On voit deux choses
là où il n 'yen a qu'une : samsara et nirvana ne sont qu'un.
Mais on ne peut pas dire non
plus qu'il n'y a pas de différence. Nous sommes plongés dans
un mode d'existence où nous souffrons parce que nous ne voyons qu'un
seul côté des choses. A partir du moment où il se manifeste,
un être éveillé est lui aussi investi dans le monde
mais, conscient de la vérité ultime de tous les phénomènes,
il ne fait pas de différence. Donc un bouddha naît, tombe
malade, vieillit et meurt. Il doit manger, éliminer, dormir comme
tout le monde parce que c'est ainsi que fonctionne la réalité
illusoire. Pour se manifester à ce niveau, il emploie les moyens
de ce type de réalité. Il n 'y a pas possibilité de
faire autrement. Si l'on veut être perçu à ce niveau-là,
il faut être à ce niveau-là. Pour un bouddha, cela
ne fait pas de différence de se manifester au niveau de la réalité
illusoire ou de demeurer absorbé dans la vérité ultime.
Il n 'y a pas un moment où un bouddha demeure dans la vérité
ultime et puis un moment où il se manifeste au niveau de la réalité
illusoire. Au moment où il se manifeste dans la réalité
illusoire, il est en même temps plongé dans le nirvana. On
ne peut pas atteindre la vérité ultime en se débarrassant
de la réalité illusoire, car il n'y a pas de vérité
ultime en dehors de la vérité relative.
La saisie de l'existence réelle
On ne peut pas dire non plus
qu'il n'y a pas de différence entre le mode de vie d'un bouddha
et celui d'un être ordinaire. Un bouddha tout autant qu'un être
ordinaire est plongé dans le monde relatif. Mais, contrairement
à un être ordinaire, il ne se saisit pas de cette existence.
Il ne saisit pas la réalité illusoire comme existante au
sens où nous la percevons. Par exemple, pour moi une chose est ou
n'est pas. Si elle est, je peux la percevoir, donc elle existe. Même
si elle existe à un niveau subtil, au niveau par exemple d'une illusion,
d'un rêve ou d'un mensonge, c'est quand même quelque chose
que j'ai perçu. Donc, il ya une partie de mon esprit qui s'accroche
à cette existence. Ce que je ne perçois pas, pour moi n'existe
pas, donc je n'ai aucune idée de ce qui n'est pas. Alors, je me
saisis de ce que je perçois comme étant réel et le
reste, tout ce que je ne saisis pas, n'existe pas. La conscience va en
permanence se saisir de quelque chose en se disant: ça existe. C'est
ce qu'on appelle la saisie de l'existence réelle.
Un grand maître qui a
atteint l'éveil est libéré de cette saisie. Il perçoit
tout autant que nous et même mieux que nous le monde relatif, cette
réalité illusoire. Mais il ne va pas s'en saisir comme existant
par rapport à ce qui n'existe pas parce que pour lui, ces termes
exister et ne pas exister ne correspondent pas à la réalité.
Pour lui, il y a un troisième
terme qui définit l'ensemble de ce qui pour nous existe ou n'existe
pas. Ce troisième terme est la réalisation de la vérité
ultime.
Un bouddha, comme Milarépa
ou Gampopa, vit dans la réalité illusoire mais sans être
entaché par la saisie. Cette saisie nous rend malheureux, car elle
nous emprisonne dans cette vision étroite de l'univers. Tant que
nous sommes sous son influence, nous ne pouvons pas nous libérer
de la souffrance et de l'illusion.