Australian Rock #7 10/87
Cette interview a été réalisée le 18 Mai 1987 pour Australian Rock par
les Thugs eux-même ! C'est Eric qui pose les questions et Christophe
qui répond (mais bien sûr, Eric s'y colle aussi !). Merci mille fois
aux Thugs pour leur collaboration précieuse.
Australian Rock : Qui sont les Thugs ?
Christophe : Eric, guitare, chant, Gérald à la basse, Thierry à la
guitare et Christophe à la batterie.
AR : Quels ont été les débuts du groupe ?
C : Les Thugs ont commencé officiellement en Avril 83 sous la formation
actuelle. Avant, on avait joué dans d'autres groupes, on a appris à
jouer ensemble en '78/'79, après, influencés par le mouvement punk,
on a fait plusieurs groupes, soit ensemble, soit séparément. Et puis
on s'est retrouvés.
AR : Qui c'est qui a trouvé le nom du groupe ?
C : C'est Gérald, il a trouvé ça dans un truc de Mickey, avec Riri,
Fifi et Loulou qui disaient : "on va aller voir les Thugs" ...
On a été séduits par le nom. Plus que par la signification, puisque
c'est le nom d'une secte d'Hindous qui tuaient les étrangers avec
un lacet de soie ... (Gulp ! NdR). C'est aussi un mot anglais qui
veut dire voyou, etc.
AR : Bon, alors, la formation en Avril 83, des concerts, etc ...
et en Juillet '84, la rencontre avec Gougnaf, peux-tu détailler
un peu plus ?
C : On a donc eu des contacts avec Gougnaf ; on a fait des concerts,
en banlieue parisienne ; puis on a eu ce projet de sortir un 45t,
c'est "Frenetic Dancing", qui est sorti en '85 ...
AR : Vous vous attendiez à un tel succès pour votre premier disque ?
C : Disons que je ne pense pas qu'on s'attendait spécialement à quelque
chose. Quand tu fais un disque, t'espère toujours que ça marche le mieux
possible. Surtout à partir du moment, où tu penses que ce que t'as fait
c'est bien, ce qui était notre cas.
Eric : Au niveau 45t, l'exemple qu'on avait, c'était surtout le premier
45 des Dogs ; C'était quand même une sérieuse référence par rapport à un
premier 45t d'un groupe de Rock'n'Roll français. Et à cette époque là,
on était quand même des fans de Rock'n'Roll, qui regardaient les groupes,
les considérant comme des groupes mythiques ; Et le succès qu'à pu avoir
notre premier 45t, automatiquement, nous a profondément réjoui ... et
étonné ...
AR : Comment considères-tu la scène rock en France ? Quels sont les
groupes qui te branchent le plus ?
C : Moi, je trouve que la scène rock en France, elle est assez
enthousiasmante. Y'a pas mal de gens qui ont l'air déprimé lorsqu'ils
parlent de la scène rock en France, mais pas moi. Y'a plein de groupes
intéressants, même dans des genres assez différents. Pour moi, y'a
quelque chose qui est spécifique à la France, au niveau rock, y'a un
mélange qui s'effectue ... Dans d'autres pays où nous sommes allés,
on a vu qu'il y avait vraiment une coupure entre la scène Punk,
Hardcore et la scène garage 60's. Mais en France, y'a pas ça, y'a un
mélange de diverses influences, du Punk au Rock'n'Roll plus traditionnel,
y'a pas de cloisonnement ... Ce qui fait qu'il y a plein de groupes
de disques intéressants, et c'est le plus important. Même si y'a des
choses qui traînent, comme au niveau des salles de concerts, des endroits
pour jouer. On est en retard par rapport aux autres pays, c'est sûr,
pour les groupes français que je préfère, je répondrai juste pour moi,
parce qu'on a des goûts différents. J'aime bien les Shériff, Parabellum ...
J'aime bien aussi les Noodles, les Coronados ; Y'en a plein d'autres,
sans parler de ceux que je connais pas, qui doivent être sûrement ...
AR : La question qui tue ... Quelles sont vos influences ?
(pas de droit à l'erreur, yerk, yerk, yerk !)
C : Comme je l'ai dit tout-à-l'heure, nous, on a commencé à écouter
du rock en '77, avec le Punk, les Pistols, les Buzzcocks, les Stranglers,
les Clash et puis aussi des groupes français comme les Dogs, Olivenstein,
Asphalt Jungle, Marquis de Sade, etc ... Parce qu'à cette époque là,
y'avait énormément d'effervescence, plein de groupes intéressants et
qui avaient l'esprit punk (en général, ils l'ont perdu après).
Et puis à travers 77, on s'est aussi branché sur le rock des années
50 et 60, avec des mecs comme Vince Taylor, Gene Vincent ou alors les
Kinks, les Rolling Stones et plus tard les New York Dolls, tout ça ...
Notre musique, c'est un peu un mélange de tout ça ...
AR : Quelles sont vos principales motivations ?
C : (silence) Pendant longtemps, on a acheté des disques, vu des groupes ;
c'est normal, comme tout le monde, d'avoir envie d'être à la place du
groupe sur scène ou sur le disque.
E : Je crois qu'eu début c'est un rêve ; et puis on commence à jouer avec
une fausse guitare sans corde, sur les morceaux des autres, et puis un
jour on se dit qu'on n'est pas plus crétin qu'un autre, pour apprendre
la guitare aussi. Et puis qu'après tout on sait ce qu'on a envie de faire
et qu'on est peut-être capable de le faire. Ca vient comme ça, sans
vraiment qu'on s'en rende compte.
C : A force d'entendre des choses, on a des idées assez précises du rock
qu'on veut entendre, et le meilleur moyen d'arriver à ça, c'est de le
faire soi-même ; Et une fois que le groupe existe, notre but, c'est de
faire des disques qu'on ait envie d'écouter après. Et faire des concerts,
voyager, voir du pays. L'Espagne, la Grèce, etc ...
Le voyage en Grèce, le concert à Athènes, les gens qu'on a rencontrés
là-bas, et puis la façon dont ça c'est passé. Mais chaque fois qu'on va
quelque part, ça peut être dans un trou perdu de la France profonde,
souvent, il se passe quelque chose. On rencontre des gens hyper-intéressants,
ou on fait un concert d'enfer et c'est cool. On a une grande chance
avec le groupe, c'est que partout où on va et quoiqu'il se passe,
on arrive toujours à bien rigoler.
AR : Plus mauvais souvenir ?
C : Pas vraiment de mauvais souvenirs, sauf peut-être à Nantes, un concert
qui s'est mal passé ...
AR : Quelle serait votre attitude face à un gros label qui voudrait
vous signer sous réserves d'adoucir votre musique ?
C : On signerait tout de suite (rires). Quelle serait ton attitude, si
un gros éditeur te proposait de racheter ton fanzine à condition de
parler de Madonna et de J. Mas ?
AR : AARGH !
C : Je pense que c'est évident. Si on avait l'intention de faire ce
genre de truc, ça fait longtemps qu'on l'aurait fait ! On fait la
musique qu'on aime et on va pas changer parce qu'un gros label nous
propose de l'argent ... Et de toute façon, on a peu de chances pour
que ça se produise un jour.
AR : Les projets des Thugs ?
C : Enregistrer en Juillet ou en Août un disque qui devrait sortir
en Octobre. Sans doute une tournée en France en Octobre/Novembre et
aussi à l'étranger si possible.
E : Pour moi, le rêve, ça serait d'aller jouer aux Etats-Unis, et
plus loin si possible. Eviter de prendre l'avion, mais ça sera
difficile !
AR : Quelque chose à ajouter ?
E : Un petit message pour l'humanité : "Faites-le vous-même !".
Y'a des gens qui font des fanzines, y'a des gens qui font des groupes.
Tout le monde en est capable ... La preuve !!
P.S. : Vive le foot !!
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