Fruitcake
Room for surprise
La Norvège est décidément un pays pas comme les autres:farouchement attaché à
son indépendence, il a déjà refusé par deux fois de rejoindre la grande Europe
et sur le plan musical, chaque groupe progressif issu de ce pays nordique
a le malin plaisir de remettre en question nos critères de définition.
Après White Willow, dont nous vous avons parlé dans notre numéro 3, voici
Fruitcake, dont les deux premiers albums, Fool Tapes (édition CD limitée à
500 exemplaires!) et How to make it, vous auraient plongé, comme votre serviteur,
dans une perplexité mêlée d'agacement: car comment réagir autrement en face de
compositions mélangeant allègrement la pop ironique des Nits, les envolées guitaresques
à la Steve Hackett et les contrepointes chères à Gentle Giant? Plutôt bizarre, non?...
Ce troisième opus vient éclairer superbement notre lanterne; en fait, le groupe
n'avait pas encore trouvé le guitariste idéal (pour How to make it, il y en avait
même deux !) et devait donc se contenter d'un compromis. Autre changement: le départ
du bassiste Tore Bø, responsable d'une bonne partie des compositions.
Le chanteur Pål Søvik a dès lors resserré sa collaboration avec la gracieuse
claviériste Siri M. Seland, qui chante aussi de temps an temps, et engagé deux
nouveaux musiciens.
Toute ces convulsions ont permis à Fruitcake de mûrir et de nous fournir, enfin un
produit méritant pleinement l'étiquette de rock progressif, les accents pop ayant
cédé le terrain, notament dans 4 longs morceaux de plus de 7 minutes, à des creéations
d'ambiances fortes inspirées des terres défrichées avant eux par Eloy, Pink Floyd et
Barclay James Harvest.
Pour ne rien gâcher, le mystérieux et prenant cachet norvégien reste présent même dans
les longs titres, une sorte d'innocence pointant sans cesse dans la facon de chanter,
parallèlement à des "simplicités" sonores inhabituelles qui, pour une autre groupe,
sembleraient incongrues, mais qui, dans le cas de Fruitcake, apportent de la fraicheur
dans la sophistication et le préservent dès lors du plus grand danger auquel s'expose
tout musiciens progressif, à savoir a mégalomanie.
Rien de cela en vue ici, en dépit d'une qualité instrumentale en amélioration
exponentielle, gage d'un chef-d'oeuvre en 1997. A suivre de très près!
-Le Martien
One More Slice
C'est sans beaucoup d'éclats (en tout cas pour l'instant) , mais avec une perévérance
des plus tenaces que Fruitcake poursuit son chemin dans une voie musicale qui mérite
de plus en plus l'appelation "progressive". Qu'il semble loin, le temps des chansons
sucrées du premier album (Fool Tapes en 1992)! La bande à Pål Søvik, avec ce quatrième
album, quitte enfin la catégorie des groupes "agréables" pour s'imposer comme l'un des
acteurs notables du paysage progressif actuels. Dès le premier morceau, "The Joke", on
percoit nettement l'évolution du groupe, et cette impression ne faiblira pas tout au long
des huit compsitions (de 5:13 à 8:05), dont la qualité s'avère constante. Ce qui tranche
singulièrement avec les précédents albums, c'est le caractère plus énergique ey plus
ambitieux, qui s'éloigne presque définitivement des ritournelles du passé, certes souvent
très agréables, mais dont la joliesse ne rachetait pas toujours le manque de corps.
Si Pål Søvik est resté maître à bord, les musiciens qui l'entourent ont été completement
renouvelés depuis Room For Surprise, l'album précédent. Le changement le plus remarquable
est incontestablement celui du guitariste, Robert Hauge, dont la présence est un réel
apport à la créativité du groupe. Certes, l'orientation musicale différente ne lui est
certainement pas due, mais sa technicité hautement véloce et sa sensibilité toute en
finesse en font un véritable propulseur d'énergie. Ce musicien a l'art de marier technique
et émotion, et il ne laissera personne insensible. C'est la grande révélation de l'album!
A la basse, Olav Nygard, au jeu très appuyé, s'harmonise parfaitement avec le jeu de
batterie toujours atypique de Pål Søvik. Leur union contribue à donner cette couleur
rythmique très particulière à Fruitcake. Quant au claviériste Helge Skaarseth, il est le
pendant mélodique du guitariste, et leurs duels n'ont de cesse de relancer l'intérêt des
morceaux. Seul petit reproche, mais qui reste très relatif, celui d'utiliser un "son" un
peu trop uniforme (mais qui est, là encore, une des marques de fabrique de Fruitcake) à la
fois pour les chorus et les parties mélodiques.
Comme vous pouvez constater, Fruitcake, tout en gardant sa personnalité propre
(un constant accent mis sur les mélodies) a su évoluer vers une plus grande richesse
dans ses compositions, qui aboutit enfin à une complète maturité. Les morceaux de
One More Slice réunissent tout à la fois un sens élevé de la mélodie et des arrangements
raffinés, en une osmose particulièrement réussie. Si Pål Søvik voulait bien céder le rôle
de chanteur à un "chanteur" véritable (son timbre de voix est toujours monocorde, mais
heureusement, il l'utilise avec beaucoup de parcimonie), le tableau final serait parfait.
En attendant, n'hésitez pas vous aussi, à vous en reprendre une tranche de ce délicieux
"gâteau de fruits" : vous ne le regretterez pas!
-Christian Aupetit
How to make it
Fruitcake est le nouveau groupe de Pål Søvik, inspiré compositeur norvégien,
déjà auteur d'albums solos confidentiels. Si ce "How to make it" pouvait le révéler,
ce ne serait que justice. Ne quittant pas ses inspirations lunaires, c'est la Norvège
qui doit vouloir cela, le "Gâteau de fruits" distille une musique simple et belle.
Pål Søvik traine une douce nostalgie aux relents d'éphémère, comme un dimanche brumeux
d'automne. S'il trompe son monde sur de faux blues lymphatiques, c'est pour mieux tremper
dans un jus d'éther une infinie mélancolie. Le propos est porté sur un ton doucereux et
suranné par une deux voix séparées ou conjointes, mâle et femelle; si parfois il se
rapproche d'une certaine idée de la pop anglaise, c'est pour ensuite mieux s'effilocher
sur des errances diaphanes diffusées sur les douloureux accords d'un piano sobre. Entre
triste complainte et rock de chambre, Fruitcake va son bonhomme de chemin et tisse un
réseau arachnéen d'intenses émotions spleenétiques... Une grande lecon de pop-songwriter
et surtout un trésor de sensibilité à conseiller aux amoreux décus...
-Bruno Versmisse
Room for surprise
Troisième album de la bande de Pål Søvik, ces norvégiens ont l'honneur d'être,
pour l'instant, le seul groupe européen à se produire chez Cyclops, label sur lequel
il à débuté avec son second opus, How to make it en 94, qui nous avait fait partiellement
oublier les fadasses Grace, Walking On Ice, Abbfinoosty et autres Primitive Instinct.
Pour Room for surprise, rien de change au niveau de son, sinon que la musique du groupe
s'est raffinée. Encore une fois il s'agit de'une musique souvent athmosphérique, rappelant
Floyd avec un soupcon de néo-prog. Les claviers de Siri M. Seland retiennent l'attention,
dans la plus pure tradition des 80's (plus particulièrement le "vieux" Pendragon).
Les morceaux du groupe semblent construits avec les nappes de claviers en toile de fond
sur lequel on rajoute les solos de type-moog, ajoutés à cela les solos de guitares du
nouveau venu Jens G. Sverdrup, rappelant Gilmour ou Rothery. Les pièces se font également
plus longues, particulièrement les excellentes Touch the Sky (9:56) et A Whisper (8:14),
qui fait penser vaguement à du White Willow!
Avec Room for surprise, la musique de Fruitcake devient beaucoup plus personnelle et
mature, et l'album est dans l'ensemble fort plaisant et plutôt tranquille.
Maintenant, la voix de Søvik laisse encore à désirée, mais ne dérange pas l'audition
du disque. Cyclops semble se rafaire un beauté ces jours-ci on dirait.
-fa
One More Slice
On peut dire qu'en cette fin d'année 97, nous aurons été gâtés; résumons brièvement:
IQ, Quasar Luq Symphoniæ, Discipline, le live de Yes... et puis ce nouvel opus des
norvégiens de FRUITCAKE, One More Slice.
S'il y en a encore qui ont du mal à considérer ce groupe comme faisant partie, à part
entière, des ténors du mouvement progressif (dans toute l'acceptation du terme9, ils
seront ici convaincus. Et lorsque l'on regarde en amont, d'un oeil condescant, le début
de carrière du groupe, aujourd'hui fort de quatre albums, (dont le premier est franchement
introuvable), on aurait pu craindre qu'ils se perdent en conjunctures commerciales sans
avenir en désirant accrocher des chimères lucratives et donc bien trompeuses à la suite
de se lever de rideau plutôt léger voire "popisant". L'oeil alerte et l'oreille attentive
auront vite rectifié et compris que Fruitcake se dessinait à vrai dire tout doucement une
trame au fil de ses quatre travaux qui les conduirait irrémédiablement, et pour notre plus
grand plaisir, à l'essence du progressif, un progressif, que je qualifierais ici de bien
dans sa peau mais avant tout bien dans son époque, autrement dit, ni rétrograde ni trop
néo, (néo, synonyme aujourd'hui de "commercial".)
L'on peut donc considérer ce dernier album comme l'aboutissement, c'est d'autant plus
remarquable que le line-up n'a cessé d'être chamboulé avec des musiciens qui n'en
finissent pas de partir et de revenir, c'est le cas du guitariste Robert Hauge par exemple,
au fait seul Pål Søvik, le leader batteur demeure de la formation du précédent album Room
for surprise, que nous vous recommandions déjà à l'époque. C'est sans doute une raison
majeure du changement d'envergure prise par ce nouvel opus. J'en veux pour seule preuve le
nouveau claviériste, Helge Skaarseth, déjà à considérer comme la pierre angulaire de la
formation qui par ses sons analogiques à la hammond apporte une autre dimension jusque là
ignorée du groupe.
Il faut signaler aussi que si précédemment Søvik était le principal compositeur,
(pour ne pas dire l'unique), aujourd'hui tout le monde met la main à la portée, même
Tore Bø ex.-bassiste du tout début, revenu pour l'occase composer l'une ou l'autre gamme.
Ceci montre que le groupe, ou plus précisement Søvik, tente une nouvelle qui lui est,
on peut le dire, salutaire. Grand bien leur fasse, on n'en demandait pas tant.
Vous voyez que tous les ingrédients sont là, et plus encore, mais s'il fallait à
tout prix chercher noise, je dirais, mais du bout des lèvres, que la voix de Søvik n'est
pas ce que l'on a fait de mieux dans le genre, dommage, elle constitue, à mon sens, la
selue ombre au tableau, mais je vous rassure tout de suite, elle est loin d'être
omniprésente; ici, c'est place à la musique, et reien d'autre. Un régal.
-Denis Petit