Jean-Jacques Goldman
Pas l'indifférence
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| Elle avait les yeux clairs et la robe en velours A coté de sa mère et la famille autour Elle pose un peu distraite Au doux soleil de la fin du jour La photo n'est pas bonne
mais l'on peut y voir Elle aimait sa poupée, elle aimait ses amis Elle s'appelait Sarah, elle n'avait pas huit ans Elle avait les yeux clairs et elle avait ton âge |
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| Je voulais simplement te dire Que ton visage et ton sourire Resteront près de moi, sur mon chemin, Te dire que c'était pour de vrai Tout c'qu'on s'est dit, tout c'qu'on a fait, Qu'c'était pas pour de faux, que c'était bien. Faut surtout jamais regretter, Même si ça fait mal, c'est gagné, Tous ces moments, tous ces mêmes matins. J'vais pas te dire qu'faut pas pleurer, Y'a vraiment pas d'quoi s'en priver, Et tout c'qu'on n'a pas loupé le valait bien. Peut être
on se retrouvera, |
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| Elle attend que le monde change Elle attend que changent les temps Elle attend que ce monde étrange Se perde et que tournent les vents Inexorablement, elle attend Elle attend que l'horizon bouge
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| C'était un cordonnier, sans rien d'particulier Dans un village dont le nom m'a échappé Qui faisait des souliers si jolis, si légers Que nos vies semblaient un peu moins lourdes à porter Il y
mettait du temps, du talent et du coeur C'était un professeur, un simple professeur Il y mettait du temps, du talent et du coeur C'était un petit bonhomme, rien qu'un tout petit bonhomme Il y mit tant de temps, de larmes et de douleur |
| Là-bas Tout est neuf et tout est sauvage Libre continent sans grillage Ici nos rêves sont étroits C'est pour ça que j'irai là bas Là-bas Faut du coeur et faut du courage Mais tout est possible à mon âge Si tu as la force et la foi L'or est à portée de tes doigts C'est pour ça que j'irai là bas N'y va pas Y'a des tempêtes et des naufrages Le feu les diables et les mirages Je te sais si fragile parfois Reste au creux de moi On a tant d'amour à faire J'aurai ma chance, j'aurai mes droits |
| Puisque l'ombre gagne Puisqu'il n'est pas de montagne Au-delà des vents, plus haute que les marches de l'oubli Puisqu'il faut apprendre A défaut de le comprendre A rêver nos désirs et vivre des ainsi-soit-il Et puisque tu penses Comme une intime évidence Que parfois même tout donner n'est pas forcément suffir Puisque c'est ailleurs Qu'ira mieux battre ton coeur Et puisque nous t'aimons trop pour te retenir Puisque tu pars...
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| Y'a les choses qu'on peut faire Et puis celles qu'on doit pas Y'a tout c'qu'on doit taire Tout c'qui ne se dit pas Des vies qui nous attirent De brûlures et de clous Oui mais ne pas les vivre C'est encore pire que tout De sagesse en dérive De regrets en dégoûts Y'a qu'une guitare à la main Qu'j'ai peur de rien Quand les juges déliberent Y'a des choses qu'on pense Y'a les choses qu'on peut faire... |
| Y'a des qualités de silence Comme les étoffes ou le bois Des profonds, des courts, des immenses Des que l'on entend presque pas Coule la pluie, cheveux et veste Mouille ce qui ne pleure pas Marcher le long de rues désertes Où tu me manques pas à pas Tu manques, si tu savais Tu manques tant Plus que je ne l'aurais supposé Moi qui ne tiens pas même au vent Prendre un taxi, tourner des pages Féliciter, battre des mains Faire et puis refaire ses bagages Comment allez-vous? à demain On apprend tout de ses souffrances Moi j'ai su deux choses après toi : Le pire est au bout de l'absence Je suis plus vivant que je crois Tu manques, si tu savais Infiniment, tout doucement Plus que je ne me manque jamais Quand je me perds de temps en temps Danger, dit-on, la lune
est pleine |
| Il y a des ombres dans « je t'aime » Pas de l'amour, pas que ça Des traces de temps qui traînent Y'a du contrat dans ces mots-là Tu dis l'amour a son langage Et moi les mots ne servent à rien S'il te faut des phrases en otage Comme un sceau sur un parchemin Alors sache que je Sache le Sache que je Il y a mourir dans « je t'aime » Il y a je ne vois plus que toi Mourir au monde, à ses poèmes Ne plus lire que ses rimes à soi Un malhonnête stratagème Ces trois mots là n'affirment pas Il y a une question dans « je t'aime » Qui demande, « et m'aimes-tu, toi ? » Alors sache que je Sache le Sache que je |
Toutes les ébènes ont rendez-vous C'était des ailes
et des rêves en partage Des routes m'emmènent, je ne sais où Déjà ces lents,
ces tranquilles naufrages J'ai vu des bateaux, des fleurs, des rois |