Les Confessions
, texte#2 :Le peigne cassé : Commentaire
INTRODUCTION
Il est en pension à Bossey, en Suisse de 1722 à 1724 chez le pasteur Lambercier. Rousseau vit 2 années d'un bonheur serein. Mais un jour, il a la révélation traumatisante de l'injustice à laquelle le présent et le passé s'interpénètrent. Il attribut une importance décisive sur son affectivité et qui éclaire à la fois sur son ouvrage et sa vie.
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Lecture &
On pourra analyser successivement :
I.
Le récit de l’incident "J’étudiais un jour ma leçon … mais triomphant"II.
La prise de conscience de l’injustice "Il y a maintenant plus … beaucoup renforcé"III.
Le paradis perdu "Là fut le terme de la sérénité … en cachait les beautés"
I. Le Récit de l’incident
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Rousseau met ici en place deux univers radicalement différents qui pour la première fois vont s'opposer : le monde des adultes et celui des enfants. L'affrontement a lieu de façon très brutale. Derrière la dureté et l'injustice du monde des adultes, vis à vis des enfants se profile une autre réalité, autrement plus contraignante : le monde des hommes malhonnêtes et injustes face à la bonté naturelle et à l'innocence de Rousseau. C'est pourquoi le champ lexical sera celui du jugement ; ce jugement que tout au long de son existence, Rousseau va à la fois souhaiter et redouter. L'accusé est ici, soumis à la question et d'une certaine façon, à la torture. Ces indications précieuses, à la fois sur les rapports qu'une société entretient avec la notion de justice et sur la brutalité des comportements adultes à l'égard du monde de l'enfance, permettent de mieux comprendre l'apport de l'Emile avec ses propositions novatrices pour une éducation autre.¶
Rousseau oppose rigoureusement le comportement des adultes et celui des enfants. S'il y a bien un identique entêtement de part et d'autre, la partie est inégale et l'enfant qui nous est présenté ressemble déjà beaucoup à l'homme qu'il va devenir : seul contre tous ("opiniâtreté, inébranlable") et fier de sa solitude, faisant à chaque confrontation avec le monde extérieur une question de vie ou de mort, tirant de sa défaite, la certitude d'une victoire à terme ("mais triomphant" ([l.628])) qu'il cherchera beaucoup plus tard dans l'appelle à la postérité, constatant que la bonté naturelle de l'homme se heurte aux attaques sournoises de ses semblables. L’ambiguïté de la formulation de Rousseau ("la chose fut prise au sérieux ([l.610]) ... punition" ([l.612])). "La chose" est en effet très sérieuse, mais du point de vue de l'enfant et non de celui des Lambercier, au point qu'elle engage toute sa vie à venir. Ainsi, se trouve développé un autre thème cher à Rousseau, thème de la difficulté de communiquer avec autrui. Les mêmes mots n'ont pas les mêmes sens pour les Lambercier et pour Rousseau, et la conscience de l'enfant est opaque à celle des adultes. Seule demeure la certitude d'avoir raison, c'est-à-dire le risque de se renfermer sur soi-même et la blessure ineffaçable que Rousseau va ensuite analyser.
II. La Prise de Conscience de l’Injustice
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Rousseau souligne le caractère indélébile des souvenirs d'états ("il y a près de 50 ans de cette aventure"). Les souvenirs d'enfance engagent toute la suite d'une vie, et cela, d'autant plus que ce passé se rapporte à des valeurs morales fondamentales et que les douleurs morales fondamentales sont bien plus fortes que les douleurs physiques. Ces impressions ineffaçables peuvent revenir à l'identique à tout moment. Le passé et le présent s'interpénètrent donc. On peut cependant suggérer que c'est par le biais de l'écriture qu'il peut en être ainsi. Les souvenirs ayant une vérité et une richesse plus grande que la réalité. L'innocence est par deux fois hautement proclamée. A partir de là, commence un long combat, qui est fort souvent un calvaire, visant à l'autojustification permanente face aux complots. La découverte est d'autant plus terrible qu'elle est inattendue ("un enfant toujours gouverné ... des gens qu'il chérit et qu'il respecte le plus"). Ainsi, va naître l'idée "qu'il vaut mieux se créer un monde idéal peuplé d'être selon mon cœur". L'être intelligent et moral qui est doté de cœur et d'esprit qu'est l'enfant est nécessairement conduit au désordre et aux bouleversements des forces de l'intelligence et de celles de la sensibilité s'il est victime d'injustice. C'est pourquoi, également, l'éducation morale et intellectuelle préconisées dans l'Emile sera si prudente et si résumée : Rousseau veut éviter à son élève la terrible découverte que douceur, équité, complaisance peuvent naître des moines.¶
Ces vertus d'adultes ne peuvent-être que risques. Rousseau élargit ensuite sa perspective : du traumatisme originel découle l'idée que toute sa vie doit être consacrée à la lettre contre toutes les formes d'injustices.
III. Le Paradis Perdu (Le Terme de la Sérénité)
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Cette formule revient souvent dans les "Confessions" sous des formes variées pour souligner chaque fois un éloignement par rapport à un état originel de bonheur et de pureté. Conséquence majeure de l'incident : la fin de l'enfance apparaît comme la destruction de l'Etat Paradisiaque avant la faute. Tous les sentiments y étaient vécus à l'état pur avec une intensité assimilée à un véritable envoûtement que traduit le terme "charme". La notion du jugement n'y existait pas, la relation de disciple à maître était empreinte de la plus grande authenticité dans une parfaite communion avec la nature. De tout cela, Rousseau tire une confirmation, "c'est bien la société qui contraint l'homme au mensonge" car la transparence d'une conscience innocente et pure se heurte obligatoirement à la noirceur du monde.