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Vie de prisonnier

partie 1: Une douche d'eau froide


Assis en indien au fond d'une cellule crasseuse où les coquerelles rivalisaient entre elles pour se nourrir d'excréments de rats, Robert Brochu se demandait comment il avait fait pour se ramasser en prison, lui qui détestait la musculation, les tatous et par dessus tout la sodomie. Il n'y était que depuis deux semaines mais cela avait suffit amplement pour se rendre compte que ce n'était pas un endroit pour lui et ce pour plus d'une raison.

Bob aimait la tranquillité d'une bonne info pub à 2 heures du matin - mais maintenant, il devait se lever à 2 heures du matin pour aller travailler à l'infirmerie, là ou il était d'office pour coller des pansements sur les plaies ouvertes des autres détenus qui s'amusaient à se poignarder entre eux.

Il aimait les petits restos et la bouffe santé - mais maintenant, il n'y avait qu'un seul menu, jour après jour : du poulet brun et des patates pilées motonneuses qui, il le savait, avait été préparées dans des cuisines scandaleusement malpropres par des détenus au torse nu qui ne se lavaient jamais les mains.

Il appréciait la musique douce et les encens parfumés - mais maintenant et pour le reste du temps qu'il avait à croupir derrière les bureaux, il n'y aurait que les cris bestiaux des détenus qui se baisaient dans les douches et l'odeur du désinfectant qu'ils se faisaient tous jeter à la figure en guise de savon pour contenter ses sens.

Bob avait beau se creuser la tête, il n'arrivait pas à saisir les raisons de son incarcération. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il était accusé - de quoi ? Il l'ignorait complètement.

Le procès aurait bientôt lieu et c'est seulement à ce moment, qu'il ne saurait enfin de quoi on l'accuse. Que pouvait-on lui reprocher ? Si ce n'était une légère tendance à faire des coups de téléphones obscènes et une propension à manger la bouche ouverte.

 Oh ! Il imaginait déjà toute sa famille et ses amis au banc des témoins. Il entendait déjà ce qu'ils auraient à dire à son propos. Par exemple, une vieille tante complètement sénile qui en bavant dans le micro déclarait à tout le monde : ce Bob, ce n'est pas de sa faute. À sa naissance, il est sortit par les pieds. C'est pour ça qu'il est si timide et qu'il a travaillé 10 ans dans la chaussure. Et il y aurait certainement un cousin qu'il n'avait pas vu depuis des années, marié à une superbe femme, avec une grosse job et un gros char, qui débarquerait au procès pour dire combien Bob avait raté sa vie et comment, quand ils étaient gamins, ce dernier avait été responsable de ses premières expériences sexuelles. Et si jamais ces parents revenaient de la Floride pour assister au procès. Quelle honte cela serait pour lui.]

Bob : N'y pense plus. Tu vas te rendre fou à a la longue.

[Il aurait donné n'importe quoi, y compris sa splendide vésicule biliaire, pour se retrouver à nouveau dans son deux et demi, écrasé devant sa télé noir et blanc, à écouter des info pubs en reprise au lieu d'être emprisonné et de se sentir comme les taons qu'il attrapait au vol lorsqu'il était enfant et qu'il enfermait ensuite dans des bocaux de cheese-whiz, aux trois-quarts pleins, avant de les remettre au frigidaire en attendant que les taons ne meurent de froid et que sa mère ne s'étouffe en mangeant une tartine au déjeuner, le lendemain.]

*Toc... Toc... *

Gardien de prison : Brochu, lèves-toi, c'est l'heure de la douche.

[C'était John, le gardien du soir. Il était méchant, brutal, adroit avec la matraque et il n'avait aucune pitié pour qui que ce soit. De tous les gardiens de la prison auxquels Bob avait eu à faire, John était de loin le plus correct.]

Bob : J'ai déjà eu une douche ce matin, John.

John : Ne joue pas avec moi Brochu, tu sais très bien qu'il y a deux douches par jour. Nous aimons que nos détenus sois bien propres à l'heure du coucher.

[John avait toujours un petit sourire en coin à l'heure de la douche. Personne ne savait si c'était le plaisir de voir les détenus souffrir sous le jet d'eau ou si c'était le plaisir de les voir nus.]

Bob : Ça va, ça va. J'arrive.

[Brochu se leva misérablement du coin de sa cellule en essuyant la crotte de rat qui était collée à son pantalon.]

John : Tu connais la nouvelle, Brochu ?

Bob : Non, laquelle ?

John : Je te le dis, mais c'est bien parce que tu es mon préféré. Tu vas avoir de la compagnie à partir de demain matin ! Un petit nouveau que l'on a repêché dans les rues du ghetto.

Bob : J'en ai rien à foutre.

John : J’ai entendu que ce maniaque aimait bien les grands maigres aux yeux bruns dans ton genre ! AHAHAHAH ! J'ai appris que ce n'était pas un ange.

Bob : En as-tu déjà vu ici en prison des anges ?

John : Non, mais celui-ci est particulièrement tordu. Il a...

[Au même moment un autre gardien interpella John.]

Gardien : John ! J'espère que tu ne parles pas de notre petite surprise à ce petit merdeux ?

John : ... N... Non ! Bien sur que non ! Eh ! Eh !

[John asséna un vilain coup de matraque à Brochu pour démontrer toute sa virilité de gardien.]

John : Avance, détenu !

[Brochu avança dans le corridor qui mène aux douches. John le suivait derrière. Ils arrivèrent aux douches en même temps qu’une dizaine d’autres prisonniers et autant de gardiens.]

John : Bon ! Allez ! À poil tout le monde !

[Brochu appréciait vraiment la gentillesse avec laquelle ils étaient traités comme des porcs. Bob se déshabilla en baissant le regard de honte et de gêne.]

Bob : La dernière fois où l'on m'a fait subir pareille humiliation c'est lorsque mes parents m'ont fait recollé les oreilles quand j'avais treize ans. Pendant deux mois, j'ai été obligé de porter un bandage de la taille d'un casque de cosmonaute autour de la tête quand j'allais à la polyvalente.

John : Tu la fermes, Brochu, et tu te fous à poil. Sinon c’est moi qui va me faire la joie de te foutre à poil et je n’aurai même pas à t'enlever le linge de sur le dos.

[Sans plus tarder, Bob enleva ses fringues, qu'il roula en boule et jeta dans un coin. Ensuite, il se ferma les yeux et attendit avec angoisse le jet puissant et glacé du boyau d'incendie.]

John : Ça c'est le moment que je préfère.

[John mit en marche le boyau et après l'avoir réglé au plus haut débit (celui que les gens de cirque utilisaient habituellement pour nettoyer les éléphants), il projeta la sauce en pleine poire de Bob, et des autres détenus à côté, qui allaient avoir à endurer ce calvaire bien plus longtemps qu'ils ne croyaient tous l'avoir mérité. Il n'y avait qu'un seul instant de répit pour les bagnards et c'était lorsqu'un autre gardien venait les asperger de désinfectant à l'eau de Javel de la tête au bout des doigts de pieds. Ensuite, ils se faisaient arroser à nouveau pendant de longues minutes de souffrances atroces.]

John : Bon ! La douche est terminée. Rhabillez-vous bande de lapins albinos. Vous avez une heure dans la salle de jeu et d'entraînement. Grrr ! Que les avocats du groupe de la défense des droits de l'homme rôtissent tous en Enfer.

[La plupart des détenus retrouvèrent un semblant de sourire à l'idée de passer du temps ensemble dans la salle communautaire mais pour Bob, cette perspective ne l'enchantait guère plus qu'une soirée de mah-jung chez sa vieille tante Marthe et ses amies totalement séniles.]

Bob : Psst ! John ?! Est-ce que je peux retourner à ma cellule à la place.

John : Pourquoi ça ?

Bob : J’en ai marre de lever des poids graisseux ou de participer à une bagarre générale de dards avec les autres. J’ai failli perdre mon œil gauche il y a deux jours 

John : Je croyais que tu aimais les dards, Brochu ?

Bob : Je préfère le golf. C’est moins violent.

John : Je ne peux pas te laisser réintégrer ta cellule tout de suite, Brochu.

Bob : Mais pourquoi pas ?

John : Ne sais-tu pas que l'on profite du temps où vous êtes dans la salle communautaire pour aller inspecter vos cellules pour les cafards et les rats ?

Bob : Comment ? Vous vous occupés de nos cellules.

John : Oui, Brochu ! Nous veillons à ce qu'il y ait toujours un nombre minimum de coquerelles et de crottes de rats dans chaque cellule de la prison - ordre du directeur Lapierre.

Bob : Mais voyons donc !

[John asséna un coup de matraque à Bob pour qu'il ne mette plus jamais sa parole en doute. Bob se la ferma et n'eut d’autre choix que d'avancer en direction de la salle communautaire, tel un condamné à mort se promenant la queue entre les jambes en route pour la chaise électrique.]

John : Écoutez-moi tous, bande de criminels dégénérés. Nous avons fait nettoyer la table de billard cet après-midi et...

[L'annonce de cette nouvelle provoqua une salve d'applaudissements et de sifflements joyeux à travers la longue colonne de prisonniers qui marchaient, attachés par une corde rugueuse, en direction de la salle.]

John : ... et si jamais, j'en prends un autre maudit à chier sur le tapis ou à pisser dans les poches, je jure sur la tombe du chien de la cousine de ma belle-soeur que je vais lui rentrer une baguette si creux dans le cul, qu'elle va lui ressortir par la bouche. C'est compris, bande de retardés mentaux ?

[Tout le monde acquiesça de bon coeur. Pipo Sanchez, un immigrant Mexicain qui purgeait une peine de deux ans pour s'être fait pincer à cambrioler un comptoir de la Saint-Vincent-De-Paul avait toujours le coeur à rire. Il osa défier la colère du gardien.]

Pipo : Moi me demandé si monsieur les gardiens ont retrouvés la boule numéro 8. Moi pensé que détenu Couillard se l'a crissée dans le cul, l'autre jour.

[Tout le monde éclata de rire.]

Couillard : Ta gueule, sale Mexicano à la con ou je te mets mon poing dans face.

John : Fermez vos osties de gueules sales ou je vous renvoie aux douches immédiatement !!!

[Les détenus firent silence. John le gardien les regardait en astiquant sa matraque comme s'il les défiait de parler à nouveau afin qu'il puisse affûter celle-ci à l'aide de leur crâne. Mais aucun son ne se fit entendre avant qu'ils n'aient tous atteints la salle communautaire que les gardiens de prisons, entre eux, aimaient bien appelée l'arène.]

John : Bon. Vous avez une he... vouz avez quarante minutes, bande de crétins.

Couillard (suivi de quelques autres) : Wo! Ça toujours été une heure. C'est quoi cette histoire là, à soir ?

John : Tu vas avoir le temps que je vais bien vouloir te donner, Couillard, espèce d'égorgeur de grand-mère.

Couillard (sur un ton de défi) : Je m'en vas me plaindre à tu sais qui si tu ne nous donnes pas une heure, comme d'habitude.

[John savait très bien à qui le détenu faisait référence. C'était à un de ces petits avocats de misère qui était constamment en train de faire chier le directeur Lapierre (que les détenus appelaient 'coeur-de-pierre') avec leurs décrets du tribunal en faveur d'un traitement 'correct' des détenus et du respect de leurs droits les plus fondamentaux comme ceux de boire et de manger.]

John : Couillard, tu vas me la payer cher, celle-là. Tu en as ma parole. Très bien, vous avez une heure... grrr!!!

[Les détenus donnèrent des tapes de félicitation dans le dos en sueur de Couillard avant de s'animer un peu et de se mettre en activité. Plusieurs allèrent sur les vieilles machines d'entraînement, d'autres allèrent lever des haltères tout en admirant leurs tatous dans les miroirs en avant d'eux. Quelques uns jouèrent aux dards, d'autres aux billards et certains autres se firent une partie de 'miss'.

Deux minutes après le début des activités, plusieurs bagarres générales avaient éclaté un peu partout, pour des raisons aussi variées que futiles. Et comme à l'accoutumée, John et les autres gardiens ne firent absolument rien pour les arrêter. Ils se contentaient de regarder tout cela en pariant des sommes d'argent importantes sur les différents vainqueurs et candidats à l'infirmerie.]

Bob : Qu'est-ce que je fais ici, pour l'amour du Bon Dieu ?

 

 


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