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Chapitre 2 : Cauchemort

partie 1: L'aquarium


[Bob se réveilla en sursaut, la tête remplie des images d’un cauchemar qu’il venait de faire : un cauchemar sans queue ni tête à propos d’essaims de sauterelles géantes. En ouvrant les yeux, il fut surpris de voir le mur de briques brunes de la prison devant lui. Le temps d’un bref instant, il s’était cru chez lui à dormir dans sont lit capitaine qui tombait en morceaux. Mais la réalité était encore bien plus cruelle.  

Il réalisa tout à coup que ce qu'il l'avait réveillé n'était pas son habituelle envie de pisser matinale (il avait une vessie particulièrement petite, c’est du moins ce que lui avait toujours dit le docteur Faucher en la taponnant à travers ses culottes.). Il avait plutôt été extirpé du sommeil par une odeur de transpiration aussi forte que nauséabonde.  

La mémoire finit par lui revenir assez rapidement.  

Les événements passés se succédèrent dans sa tête et le coeur lui fit trois tours lorsque le souvenir de Hugo Hugo lui traversa l’esprit. Il resta pétrifié de peur et souhaita mourir plutôt que de devoir jouer son rôle de « père » encore une fois. Une autre odeur, encore plus forte celle-là, lui pénétra ensuite la narine gauche. Il avait du mal à la saisir : cela lui rappela vaguement le samedi matin de sa vie d'homme libre lorsqu'il faisait l'épicerie et qu'il passait par la section de la poissonnerie. Curieux, il se retourna discrètement.  

Ce qu'il vit l'horrifia.

 

Hugo Hugo était là, reposant sur le lit d'à côté, complètement défiguré, avec le corps ensanglanté. Une forte odeur de cadavre planait dans l'air. Que s'était-il passé ? Bob eut à peine le temps de se le demander quand la voix cinglante de John le gardien se fit entendre.] 

John : Allez les amoureux, debout ! 

Bob : ... 

John : PUTAIN DE MERDE ! MAIS QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE MERDIER ? BROCHU RESTE OÙ TU ES ! NE BOUGE SURTOUT PAS ! ALERTE ! ALERTE ! 

[Arrivant de nul part, plusieurs gardes envahirent la cellule, enchaînèrent Brochu, le bourrèrent de coups de pieds et le projetèrent au sol pour le questionner.] 

John : Qu'est-ce que tu lui as fait, sale monstre ? 

[Bob resta muet de confusion.] 

John : Tu n'es qu'une bête ! Il n'avait rien fait pour se mériter une mort pareille. Sinon avoir découpé en morceaux trois employés de la ville qui donnent des tickets dans les stationnements. Ce qui n’est guère un crime tant qu’à moi. 

Bob : Mais... 

[Un inspecteur arriva sur les lieux rapidement. Il y en avait toujours un de garde car ce genre d'événements était fréquent, bien que rarement aussi violent que celui-ci. Il inspecta la victime avec soins pendant plusieurs minutes.] 

Inspecteur : C'est le travail d'un professionnel, aucun doute là-dessus. La personne qui a fait cela savait ce qu'elle faisait. Il a été défiguré avec... avec les dents. Quelqu'un lui a arraché la peau à l'aide de ses dents. C'est épouvantable ! On voit clairement les traces ici. 

[Tous se penchèrent pour regarder. Bob s'étira le cou pour mieux voir.] 

Les gardes : POUAW !!! 

Bob : Mais ça ne peut pas être moi ! Regardez les traces de dents. On voit clairement la dentition complète alors que moi je n'ai même pas de prémolaires. C'est à cause d'une mauvaise fonction de mon hypophyse ! C'est pour ça d'ailleurs que j'ai eu droit à ma passe pour les stationnements pour handicapés. Mais de toute façon, n’importe qui peut s’y garer de ce temps-ci, j’ai remarqué qu’y avait pu aucun agent qui checkait ça. 

Inspecteur : Fermes ta gueule sale assassin carnivore ! Mordre à pleines dents dans quelqu’un ! À moins d’être un piranha, c’est de la démence !  

John : En parlant de piranha, je crois que ce monstre de Brochu est mûr pour un tour dans l'aquarium. Qu’en dites-vous ? 

[Les autres gardes approuvèrent et traînèrent Bob de force en direction de ce qu'ils appelaient l'aquarium, soit une cellule particulière où l'on enfermait les plus dangereux d'entre tous. Une cellule dont le mur de devant était en thermoplastique avec seulement quelques trous d'aération.] 

Bob : JE SUIS INNOCENT ! QUELQU'UN M'EN VEUT ! JE VEUX VOIR MON AVOCATE ! 

[Quelqu'un le frappa solidement sur la nuque et il perdit conscience. Lorsqu'il se réveilla, il avait peine à respirer. Son nez était écrasé par quelque chose qu'on lui avait mis sur le visage. Un genre de masque. Il avait été également attaché solidement à un diable de déménagement.   

Bob regarda par les trous de son masque et aperçut qu’il était dans une cellule dont le mur de devant était transparent. Mais quand on y regardait bien, ce mur transparent avait l'air d'être constitué de pellicule moulante, comme si l’on avait manqué de budget pour le faire en véritable thermoplastique. Avant même qu'il ne puisse commencer à protester, un homme grand et maigre portant des lunettes et un complet vert pénétra à l’intérieur de la cellule, accompagné de gardes armés qui tenaient Brochu constamment en joue.] 

Homme: C'est donc lui le dangereux criminel qui rôde dans les corridors de ma prison. Brochu, hein ? J'avais entendu parlé de toi avant que tu n’arrives mais j'aurais dû me méfier un peu plus. Tu es beaucoup plus dangereux que ce qu'on l’on m’avait rapporté. Je suis Frank Lapierre mais tout le monde ici m'appelle monsieur. Je compte sur toi pour garder ce même niveau de respect envers moi sinon tu vas trouver le temps long. 

Bob: Je suis innocent du crime pour lequel on m'accuse, monsieur le directeur. 

Lapierre : Pourtant, les faits tendent à prouver le contraire. Mais je ne suis pas juge. Mon seul but c'est de te garder ici comme pensionnaire le plus longtemps possible. Tu es très rentable tu sais. 

Bob : Pourquoi est-ce que vous me faite porter ce masque ? J'ai de la misère à respirer ! J'ai la narine droite complètement bouchée depuis mon terrible accident de kin-ball. 

Lapierre : Parce que tu es dangereux, voilà pourquoi. Tu as défiguré et assassiné Hugo Hugo, celui que l'on croyait bien être en mesure de te calmer un peu. Un mastodonte de 350 livres de muscles. Tu es capable de tout. Maintenant nous ne prendrons plus aucune chance. Ce masque de gardien de but sera ton meilleur ami pour le reste du temps que tu as à faire ici, c’est-à-dire jusqu’à la fin de tes misérables jours. 

Bob: Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Je n’ai rien fait. RIEN ! 

Lapierre : Dis ça à ton avocate, Brochu. Moi je me lave les mains de tout cela avec un gros savon jaune Sunlight. 

[Sur ces paroles, le directeur quitta les lieux. Les gardes détachèrent Bob, tout en le tenant en joue de leurs carabines à plomb. Quand ils eurent terminé, ils laissèrent Bob seul dans sa cellule avec pour seul compagnon une vieille bole de toilette malpropre sans aucun mur d'intimité autour. Brochu décida malgré tout de soulager sa petite vessie. À ce moment, une voix se fit entendre.] 

Voix féminine enrhumée: Excusez-boi... 

Bob: Aaaahhh.... Quel soulagement ! 

Voix féminine enrhumée: Pardon, vous êtes bien Bob Brochu ? 

[Bob sursauta et pissa un bon coup à côté de la bole. Il remonta son zipper si rapidement qu’il faillit s’y coincer une gosse (ce qui aurait pu mettre en péril son rêve d’avoir un jour des triplets). Il s'essuya les mains dégoulinantes sur ses culottes et regarda avec un grand sourire la jeune femme qui lui faisait face de l'autre côté du mur de pellicule moulante transparente. Elle était assise sur une petite chaise de parterre qui avait connue des jours meilleurs.] 

Bob : Bonjour. 

Femme : Bonjour, je suis Myriam Dupuis. Je suis désolée, je suis un peu grippée ce matin. Je suis votre avocate mandatée par la cour pour venir en aide à ceux qui ne peuvent pas se payer un vrai avocat de talent. 

Bob: J'ai entendu parler de vous. 

[Bob s'approcha de la vitre. La femme n’était pas si mal foutue. Elle avait quelque chose dans le regard qui attira Bob vers elle. Il s'approcha de la "vitre". Elle se moucha. Il la regarda tendrement. Elle lui sourit en enlevant la crotte de nez qui était restée collée sur sa narine. Les deux se firent face un moment n'ayant que pour barrière cette vitre de pellicule moulante transparente. La jeune femme était intimidée par ce monstre mais en même temps fascinée par ce qu'il dégageait comme personnalité et comme odeur. Elle prit la parole à nouveau.] 

Myriam : Je ne vous cacherai pas que vous êtes dans la merde jusqu'au cou. Mais sachez que je ferai mon possible pour vous en sortir. C'est pour ça qu'on me paye ! 

[Bob ne répondit pas. Il était fasciné par son regard. Il respirait de plus en plus fort de désir pour elle. Il faut dire qu'après deux semaines de prison, même un chameau lui aurait paru sexuellement attirant.] 

Myriam : Le combat sera long et ardu. J'espère que vous êtes prêt à vous battre. Mais... Que se passe-t-il ? Je ne vous vois plus ! Voulez-vous bien arrêter de respirer dans cette vitre… vous l'embuée et je vous perds de vue. 

[Bob recula d'un pas pour laisser la buée s'évaporer.] 

Myriam : Donc, ce que je disais, c'est que ça va prendre beaucoup de courage et de persévérance. Vous... Mais voulez-vous bien arrêter de faire des petits bonhommes dans la vitre avec la buée !!! C'est sérieux cette affaire ! 

[Bob lui fit un sourire niais à travers l'oeil d'un de ses petits bonhommes dessinés dans la buée. Après plusieurs secondes, celle-ci se dissipa enfin et ils reprirent la conversation.] 

Myriam: Êtes-vous prêt à vous battre monsieur Brochu ? Êtes vous prêt à... à.... à... ATCHOUM !!!! 

[Myriam éternua un bon coup et une grosse motte verte vint s'écraser contre la pellicule moulante. Elle coula très doucement vers le sol. Ils la regardèrent longuement, fascinés par sa taille et sa couleur.] 

Bob : Je suis prêt à me battre, maître Dupuis ! Ou dois-je plutôt dire maîtresse Dupuis ? 

Myriam : Allons-y pour maître Dupuis, pour l'instant. Si jamais on arrive à vous faire sortir d'ici, et que nous ayons des relations sexuelles vous et moi, vous pourrez m'appeler maîtresse. 

[Elle baissa les yeux, gênée par ce qu'elle venait de dire. Pendant ce temps, Bob continuait à fixer avec stupéfaction la consistance de la grosse motte qui coulait toujours dans la vitre, inconscient des avances qu'il venait de recevoir de la part de son avocate.] 

Bob : Il y'a quelque chose que je me demande depuis le début, maître Dupuis. 

Myriam : De quoi s'agit-il, Robert ? 

Bob : De quoi est-ce que je suis accusé, exactement ? On m'a jamais rien dit de vraiment précis. Tout ce que je sais, c'est qu'il y a deux semaines environ, je m'étais assoupi dans le fauteuil devant ma télé alors que je regardais paisiblement pour la douzième fois de la soirée la même info-pub d’un produit capillaire à base de pisse de mouton quand y a une meute de chiens-policiers qui a défoncé la porte de mon appartement, mangée tout le steak haché qui avait dans mon frigidaire, avant de me sauter dessus pis de me traîner à l'extérieur de mon bloc, où une douzaines de policiers, accompagnés d'un tank de l'armée, m'attendaient pour me conduire dans cette maudite prison, comme si j'étais le diable en personne. On m'a jamais dit ce dont j'étais accusé, on m'a jamais lu mes droits, on m'a jamais donné la chance d'appeler un avocat et le pire, c'est qu'on m'a jamais donné l'opportunité d'aller chercher quelques trucs personnels à la maison pour emmener avec moi comme ma crème anti-boutons rectaux dont j'ai absolument besoin. Je vais vous faire grâce de l'état de mon anus en ce moment sans cette damnée crème. 

[L'avocate tira de toutes ses forces sur un lourd tiroir à deux bouts par lequel il était possible de passer des trucs à travers la vitre de pellicule. Elle fouilla dans son vieux sac à main en cuir avec des franges et jeta dans le tiroir un tube bleu qu'elle en avait tiré. Elle poussa sur le tiroir.] 

Myriam : Voici un tube de ma réserve personnelle de crème anti-boutons dans le cul. Cela soulagera vos démangeaisons. 

Bob : Je vous remercie infiniment, maître Dupuis. 

[Bob s'empara du tube et se prouteprouta une grosse motte visqueuse de crème nauséabonde dans sa main droite - main qui disparut immédiatement dans la noirceur inquiétante de son arrière-train. Bob parut soulagé au point de l'extase.] 

Myriam : Pour en revenir à votre cas. Je comprends que vous vous interrogiez sur le pourquoi de votre incarcération. Après tout, la plupart des grands psychopathes de l’histoire n'ont jamais vraiment eu conscience de ce qu'ils faisaient. Ils ne croyaient pas avoir quoi que ce soit à se reprocher. C'est un classique. 

Bob : Mais moi je ne suis pas un psychopathe. Non ! Non ! Je suis doux… doux comme un agneau. 

Myriam : Silence avec ces agneaux. Ne prononcez pas leur nom. Surtout dans la situation dans laquelle vous êtes. Cela pourrait vous porter malheur. 

Bob : Désolé. 

[À ce moment, le directeur de la prison se ramena, accompagné d'un régiment de gardiens.] 

Lapierre : Cet entretien est terminé. Le détenu Brochu doit se préparer à aller au lit, maintenant. 

Myriam : Mais nous n'avons pas terminé nos affaires lui et moi. C'est un scandale ! 

Lapierre : Vous êtes chez moi, mademoiselle, et c'est moi qui décide de qui doit parler avec qui et pendant combien de temps. Cet entretien est terminé. Messieurs, veuillez reconduire cette femme à la sortie, ensuite, vous borderez Brochu pour la nuit. Et assurez-vous d'employer toute la force nécessaire afin de lui faire entendre raison. Nous ne voulons plus que des incidents regrettables comme le meurtre crapuleux du détenu Hugo Hugo ne se reproduisent. 

Myriam : Je vais revenir, Robert. Je vous le promets. 

Bob : Je vous aime, Myriam. Ne me quittez pas. 

[Les gardiens empoignèrent l'avocate et l'emmenèrent en direction de la sortie. Alors qu'elle passait devant le directeur Lapierre (qui la toisait d'un air supérieur), elle lui éternua (par accident) une grosse motte verte en pleine figure. Bob en rigola d’ailleurs un bon coup.  

Après avoir violemment souhaité bonne nuit à Brochu, les gardes et le directeur quittèrent les lieux.  

Bob se retrouva à nouveau seul avec pour unique compagnon une toilette puante qui ne flushait pas. La forte odeur fécale qui s'en échappait lui rappelait d’ailleurs les terribles problèmes intestinaux dont il était affligé, mais du même coup l'incroyable soulagement qu'il aurait à remplir cette horrible bole, jour après jour.  Bientôt, les lumières du couloir adjacent furent éteintes. 

Bob se mit à lécher ses plaies tendrement dans la pénombre jusqu'à ce qu'un sifflotement nonchalant n'éveille sa curiosité. Cela venait de l'extérieur de sa cellule. Il se leva pour aller voir à travers le mur de pellicule moulante qui pouvait bien être l'interprète de cette mauvaise version de "Frère Jacques" en sol mineur. Ce qu'il vit le figea sur place (comme la fois où il avait tenté de s'arracher les poils du nez qui dépassaient et qu'il en avait prit une trop grosse poignée.)] 

Bob: Hugo ? Est-ce bien toi ??? 

[À travers la noirceur du couloir, Bob vit un homme de très grande stature s'arrêter net. Il semblait fixer l'aquarium.] 

Bob: Est-ce vraiment toi Hugo ??? Tu... tu n'es pas mort ??? 

Homme: Je suis le conciewge. Je nettwoie les cowwidows. Je connais pas de Hugo Hugo, c'est juwé ! 

Bob: Mais... tu... Approches par ici ! Il faut que je sache ! 

[L'homme hésita un long moment mais finit par venir coller ses grosses babines dans la vitre.] 

Homme : Qu'est-ce que wous woulez ? J'ai du trawail à faire. 

[Dans le noir, cet homme de couleur était pratiquement invisible si bien que pour Bob, il ne semblait y avoir qu'un gros dentier qui flottait de l'autre côté de sa cellule en claquant des dents au rythme de ses paroles.] 

Bob : J'ai jamais dit Hugo Hugo. J'ai juste dit Hugo. Alors c'est sûrement toi. 

Homme : Meeerwde de meeerwde ! Moi et ma gwande gueule. 

Bob : Je te croyais mort. 

Homme : Je ne swuis pas Hugo Hugo. Je swuis son fwère jumeau. Mon nom est Yogi Yogi. 

Bob : Donc Hugo Hugo est bien mort ? N'est-ce pas ? 

Yogi Yogi : Woui. Il est mowrt. 

Bob : Mort et enterré ? 

Yogi Yogi : Pas entewré, monsieur. 

Bob : Ils ont pas enterré son cadavre. Qu'est-ce qu'ils ont fait avec d'abord ? 

Yogi Yogi : Euh... Je fewrais mieux de pas le dire, je pense. 

Bob : Come on man ! Tu peux me faire confiance. Je suis muet comme une carpe. 

Yogi Yogi : J'ai déjà été mowrdu par wune carpe quand j'étais petit. 

Bob : Ouch ! Ça sûrement du faire mal. 

Yogi Yogi : Woui. Tewrriblement. 

Bob : J'irai jamais raconter à personne que t'as été mordu par une carpe, Yogi. C'est juré. 

Yogi Yogi : Vous êtes gentil, monsieur. 

Bob : Pis pour le corps de Hugo Hugo ? Qu'est-ce qu'ils ont fait avec ? 

Yogi Yogi : Ok. Je vais wous le dire. Ils l'ont découpé en mworceaux et ils en ont fait du steak haché. Mais faut pas le dire à pwersonne, monsieur. 

Bob : Putain ! Ils sont vraiment dégueulasses dans cette prison. Merci de me l'avoir dit, Yogi. Je vais m'en tenir aux biscuits soda la prochaine fois qu’il va y avoir du steak haché au menu. 

Yogi Yogi : Il faut que je wetourne au twravail, monsieur. 

Bob : C'est toi le concierge ici, Yogi. C'est bien ça ? 

Yogi Yogi : C’est ça monsieur. 

Bob : Seulement le concierge ? 

Yogi Yogi : Je… Je n'ai plus le temps de pwarler avec vous. Je dois y aller maintenant. 

[Le géant se mit en mouvement (Bob le devina en voyant le dentier flottant changer de direction et s'éloigner). Il tenta de le convaincre de revenir (il le menaça de dévoiler son terrible secret sur la morsure de carpe) mais rien n'y changea : Yogi Yogi disparut et laissa Bob à nouveau seul. Il s'interrogeait sur la signification de la présence du frère jumeau de celui qu'il avait supposément tué bien qu'il n'en gardait aucun souvenir.  

En y pensant bien, Bob devait s'avouer à lui-même qu'il commençait à se plaire à l'idée que lui, un poids coq de 123 livres mouillées, qui n'avait jamais même lever quelque chose de plus lourd qu'une poche de patates dans sa vie, ait pu tuer un géant possédant une force herculéenne comme Hugo Hugo. Il se plaisait à l'idée d'être capable d'un geste aussi violent. Mais il garda ces sombres pensées pour lui et alla se rouler en boule dans le seul coin de sa cellule qui n'était pas souillé par trois pouces de pisses de rat. Il fit un rêve bien étrange cette nuit-là : 

Dans son rêve, Bob prenait place à une table bien garnie de nourriture d'une gastronomie réputée dans le monde du surgelé. Sa portion était aussi énorme que mal réchauffée. La bouffe était accompagnée d'une boisson rouge écarlate. Bob souleva péniblement la tête et regarda autour de lui. Il s'aperçut qu'il n'était pas seul à la table. À sa droite, se tenait Myriam, son avocate. Cette dernière était complètement nue et s'enduisait de ce qui ressemblait à une gelée de pétrole à l'aide d'un applicateur en plastique. Immédiatement à côté de Myriam se tenait le directeur de la prison, Frank Lapierre. Ce dernier tenait une grosse laisse de chien en or massif attachée au coup de Bob. Il donnait fréquemment des violents coups pour brasser la tête de Bob et à chaque fois il en sortait des pièces de 25 cents par les oreilles. L'autre chaise était occupée par une personne totalement défigurée. 

Bob reconnut péniblement les restes de Hugo Hugo. Le sang coulait abondement de sa tête et une serveuse qui portait un capot de poil et des bottes de cowboys le recueillait pour en remplir les verres des convives. Bob eut un haut le coeur en regardant son verre dans lequel il avait déjà bu la moitié de ce qu’il croyait être un excellent Bloody César. Hugo Hugo dégustait avec beaucoup de bruits de bouche son repas qui ressortait immédiatement par l'énorme trou de son abdomen pour retomber dans son assiette, action qu'il répétait à l'infini. Finalement, à sa gauche, se tenait une femme aux allures très classes, mais dont le visage était flou. Il se sentit immédiatement attiré vers cette personne qui semblait avoir beaucoup de compassion pour lui, même si elle lui pointait un revolver au visage pour le forcer à manger son repas partiellement congelé. À un certain moment, elle ouvrit son chemisier pour dévoiler sa poitrine minuscule : c'est à ce moment qu'il reconnut Suzie Tremblay, son ex petite amie - elle seule avait une poitrine aussi menue.  

«Suzie !» cria-t-il avec un écho caverneux. Au même moment, un essaim de sauterelles géantes s'écrasa dans son assiette et éclaboussa Myriam de sauce aux tomates. Une chorale de prisonniers déguisés en indiens traversa la pièce en chantant des comptines à l'envers. Tous se levèrent pour applaudir. Le directeur Lapierre en profita pour lécher la sauce sur le corps nue de Myriam. Devant autant de confusion, Bob tenta de fuir la table, mais Hugo Hugo qui gardait toujours un oeil sur lui (celui qui pendouillait hors de son crâne) lui saisit la tête et la planta dans son assiette. Bob suffoqua. Il entendait les voix des autres qui riaient de lui. Sauf Suzie qui répétait «Bob ! Pourquoi m'as-tu fait ça Bob ? Regarde où ça t'a mené aujourd'hui ! Bob... Bob réveille toi ! Tu vas mourir Bob !».] 

Voix de femme: Bob ! Réveille-toi ! Bob ! Tu vas te noyer ! 

[Bob se réveilla en sursaut et leva la tête qu'il avait inconsciemment plongée dans le bol de toilette. Il reprit péniblement son souffle. Il se retourna pour voir qui lui adressait la parole à travers le mur de pellicule plastique moulante.] 

Bob: Suzie !?!? Est-ce que c’est toi ? Il fait si sombre. 

[Bob se leva et s’approcha de la vitre.] 

Suzie : C'est bien moi. En chair et en os. 

[Bob jeta un regard de dédain en direction de son ex petite amie.] 

Bob : Quoi que surtout en os. Particulièrement au niveau de la poitrine. Mais… Mais comment as-tu pu arriver jusqu'ici ? 

Suzie : Ils m'ont laissée revenir pour une dernière fois avant mon départ définitif. Ils ont dit que je pouvais rendre une dernière visite à la personne de mon choix. 

Bob : Qui ça, "ils" ?! 

Suzie : Les anges de la mort. 

Bob : Les motards ? Les Hell's Angels ? 

Suzie : Non crétin. Les vrais anges de la mort. Ceux qui t'emmènent au Paradis ou en Enfer. Est-ce que tu comprends ce que ça veut dire ? 

Bob : Euh ? Que t'as pas beaucoup d'amis pour me choisir comme dernière visite avant d’aller en Enfer ?! 

Suzie : Petit con ! Ça veut dire que je suis morte et que c'est mon fantôme que tu as en avant de toi. 

Bob : Ooohh meerrde ! 

Suzie : Ça fait un choc, n'est-ce pas ? 

Bob : Non, c'est que je viens de me souvenir que j'ai oublié mon linge dans la laveuse communautaire de mon bloc à appartement. Tout le monde doit savoir que je porte des bobettes en laine à l'heure qu'il est. 

Suzie : Fi ! Tu as de bien plus gros problèmes que ça mon pauvre Bob. 

Bob : Qu'est-ce que tu veux dire par là ? 

Suzie : Je n'en ai plus que pour une minute ou deux alors écoutes-moi bien. Nous savons tous les deux trop bien avec quel mépris tu m’as traité durant tout le temps où nous sommes sortis ensemble. Nous savons également que c’est à cause de toi si je suis morte. Mais saches Bob qu’avant de mourir, j'ai eu une révélation. Oui ! J'ai su que tu allais avoir de très gros ennuis. Ta présence dans cette prison abominable et tout ce qui t'y attend est bien pire que la mort elle-même. Il faut que tu réagisses, Bob, sans quoi tu vas prier chaque soir pour que la mort te délivre car ta vie, elle, sera bien pire que n'importe quel enfer brûlant. 

Bob : Arrête. Tu commences à me foutre les jetons, Suzie. 

[La jeune femme jeta un regard inquiet à sa montre.] 

Suzie : Il va falloir que j'y aille, Bob. Mais saches qu'il se passe quelque chose de vraiment très louche dans cette prison. Le directeur Lapierre a beaucoup trop d'argent dans ses comptes à épargne stable et la bouffe que l'on vous sert à la cafétéria est beaucoup trop grasse, même comparées aux standards des prisons normales. Tout est relié, Bob. Et toi, tu seras leur bouc émissaire, tant que tu ne feras rien pour réagir. Tu.... 

[Avant que Suzie n’ait pu terminé sa dernière phrase, son image devint floue et fantomatique. La dernière chose que Bob vit avant qu'elle ne disparaisse complètement fut Suzie qui ouvrait sa chemise pour révéler une dernière fois ses minuscules seins poilus à Bob qui tenta d'en profiter pour se masturber jusqu'à la jouissance avant qu'il ne soit trop tard. Mais au moment où il éjacula quelques gouttes misérables sur ses genoux, l'apparition s'était évanouie.] 

Bob : Adieu Suzie. Puisses tu te faire faire une augmentation mammaire et une réduction pilleuse quel que soit l'endroit où tu t'en vas. 

[Bob alla se recoucher avec la ferme intention de suivre les conseils de son ex petite amie. Demain soir, au souper, il entendait bien faire un véritable scandale.]

 


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