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Jour de chance




[Par un bon matin frais dans un stationnement quelconque de la ville...]

*vroum*

[Un petite voiture bleue se stationne à reculons. La technique du chauffeur est visiblement déficiente puisque sa voiture râpe la peinture d’une autre, à côté.]

- Nom de Dieu... Je suis vraiment infect pour me parquer à reculons !!

[L'homme sort de la voiture et inspecte les dégâts. Il prend ensuite un galon à mesurer et évalue la longueur de la marque qu'il a laissée.]

- Eh ben ! Finalement, c'est pas si pire que ça ! Deux centimètres de moins qu'hier ! Décidément c'est une bonne journée qui s'annonce.

[L'homme sort de ses poches une pile de photocopies et en place une sous l'essuie-glace du véhicule qu'il a accrochée. On peut y lire :

Bonjour, je suis désolé d'avoir accroché votre voiture... Je suis Gilles Couture et je vais me stationner ici demain aussi, soyez prudent !]


- Bon ! Au boulot maintenant !

*sifflements joyeux*

[Soudain l'homme aperçoit quelque chose sur le sol. Il s'arrête et regarde...]

- Hein ? Qu’est ce que c’est que ça ? Un billet de banque ?...

[Il se penche pour ramasser le billet...]

- Quelqu'un a échappé un vingt piastres, on dirait... Hein !? Ben non ! C'est un mille piastres !!

[L'homme, nerveux, regarde de tous les côtés pour voir si quelqu'un l'a aperçu.]

- Eh ben... on dirait bien que c'est VRAIMENT mon jour de chance!

[Gilles entre dans l'édifice à bureaux et est gratifié par le sourire de sa secrétaire.]

- Bonjour Monsieur Couture, comment allez-vous ce matin ?

- Bien. Merci Ginou. En m'en venant dans le stationnement, j'ai vu par terre qu'il y avait...euh...hum...rien...non...ce que je voulais dire c'est que ma femme m'a encore fait des sandwiches aux oeufs pour mon lunch... C’est ça que je voulais dire.

- Des bonnes sandwiches aux oeufs...Je tuerais pour pouvoir en manger...Si seulement je n’étais pas allergique.

- Je ne savais pas que tu étais allergique aux oeufs, ma belle Ginou...

- Pas aux oeufs, monsieur Couture, au pain... Je suis allergique à cette saloperie de pain.

- À part de ça, rien de neuf, Ginou ?

- Si. Je me suis enfin décidée à refaire peinturer ma voiture. Ils m'ont fait ça en fin de semaine. Maintenant, elle brille comme un sou neuf.

- Votre voiture, hein ?

- Oui, ma Toyota Camry... Vous savez, elle est bleue océan...Je l’ai garée dans le stationnement pas loin d'ici.

- Une Camry 2 portes avec des vitres teintées ?

- C'est elle... Je l'adore cette voiture.

- Euh, oui... bon... J'ai... euh... bon...ok, bonne journée, Ginou.

- Bonne journée, monsieur Couture.

«Merde de merde, c'était la voiture à Ginou»

[Entrée de Gilles dans son bureau en désordre. Un colis anonyme repose sur son bureau, à côté de son ordinateur.]

- Mais qu'est-ce que c'est que ce colis ?

[Gilles s'assied tout en observant le colis. Il appuie sur le bouton de l'intercom]

- Ginou, apporte moi un café, s’il te plaît.

- Comme d'habitude monsieur Couture ? quatre laits et six sucres ?

- Oui... euh... non... Double la portion de sucre... je sens que je vais avoir besoin d'énergie aujourd'hui !

- Très bien monsieur Couture, je vous fais ça tout de suite !

- T'es vraiment un ange Ginou... Euh Ginou ?

- Oui, monsieur Couture ?

- Sais-tu de qui vient le colis sur mon bureau ?

- Le colis sur votre bureau ? Non, pas du tout... Je n’ai vu personne apporter ça ce matin...

- ... Étrange...

- C'est tout, monsieur Couture ?

- Oui... euh... non... Double donc la portion de lait aussi... Mes brûlements d'estomac viennent de reprendre.

- Mais... Je n'aurai plus de place pour le café, monsieur Couture.

- Oublie le café Ginou... oublie le café... 

*clic*

- Mais qu’est-ce que c'est que ce colis là...

[Gilles se sent prêt à ouvrir le colis mais en posant ses mains dessus, il change d'idée.]

- ... Et puis si c'était une bombe ? J'ai égratigné tellement de voitures dernièrement... ça ne serait pas surprenant...

[De nombreuses gouttes de sueur commencent à perler sur le front dégarni de Gilles. Il approche lentement l'oreille du colis, puis écoute attentivement.]

*tic, tac, tic, tac*

[Gilles se lève en sursaut.]

- Je le savais, on en veut à ma vie. À L'AIDE ! AU SECOURS ! À MOI !

[Au même moment, Ginou entre dans le bureau.]

- Voyons monsieur Couture... Qu'est-ce qui se passe ?

- Ginou, quelqu'un en veut à ma personne ! Il y a une bombe dans ce colis.

- Une bombe ? Qui peut bien vous en vouloir, monsieur Couture, vous êtes aussi doux qu'un hippopotame.

- Gi... Ginou... Écoute pour voir... J’entends un tic-tac.

[Ginou, un peu incrédule, approche l'oreille du colis.]

*silence*

- Je n’entends rien monsieur Couture... sinon le bruit infernal de votre estomac qui digère.

- Qu... quoi... tasse-toi !

[Gilles se penche à nouveau pour écouter...]

*tic, tac, tic, tac*

- Arrrrrhhhhh.... Je l’entends encore !!!

- Ben monsieur Couture... C'est normal, votre oreille est collée sur votre montre...

[Gilles regarde sa main, son bras, puis sa montre... Il se relève, contrarié, et saisit la tasse de café que lui a apportée sa secrétaire.]

- Ça sera tout Ginou. Tu peux disposer.

[Il prend une gorgée de son café et le recrache immédiatement au sol.]

- Merde, c'est quoi ce truc là ! Ça ne goûte même pas le café ! On dirait du lait sucré !

- Ben monsieur Couture... vous...

- Laisse faire les excuses plates, Ginou, et apporte moi un vrai café. Et tant qu’à y’être, je ne veux pas recevoir personne, et je ne veux pas d'appels non plus. C’est compris ?

[Ginou quitte le bureau. Gilles se rassoit et observe encore le colis.]

- Elle a bien raison dans le fond... qui peut m'en vouloir. Je me demande tout de même ce qu'il y a dans ce foutu colis.

[Au même moment dans un lieu très sombre et surtout très humide... Une grosse voix caverneuse demande :]

- Alors... ?

- Tout fonctionne comme prévu monsieur.

- Paaarrrrffait....

[De retour dans le bureau en désordre de Gilles Couture]

- Bon. Quelle heure il est, là ?

[Bref coup d'oeil à sa montre qui continue à tictaquer inexorablement]

- Neuf heures et cinq ?!... C'est l’heure de la pause j'ai bien l'impression. Mais qu’est-ce que je vais faire avec ce maudit colis ? Je sais. Je vais le cacher en dessous de mon bureau et je l'ouvrirai en revenant de la pause, dans une heure.

--->NON, OUVRE-MOI TOUT DE SUITE...<---

[Gilles lève de sa chaise tant il fait un saut]

- Bordel de chameau en chaleur, mais qui est-ce qui vient de parler ?

--->OUVRE-MOI...JE SAIS QUE TU EN AS ENVIE...<---

- Merde! Qu'est-ce que Ginou a bien pu foutre dans mon lait sucré, ce matin ? J’entends des voix qui sortent de ce colis. J'ai vraiment besoin d'un faux billet du médecin pour prendre quatre mois de maladie en ligne.

--->ALLEZ...ÉVENTRE-MOI AVEC TON EXACTO...JE SAIS QUE TU VAS AIMER ÇA...<---

- Ce ne sont que des hallucinations auditives...Rien de plus...C'est la même chose que lorsque j'étais allé au zoo avec mes cousins, quand j'avais huit ans, et que j'avais juré entendre un zèbre me dire de les tuer avec mon canif de poche. C'est la même putain d'affaire. Sauf que cette fois-ci, je ne vais pas l'écouter cette hallucination. Puisse mes cousins reposer en paix...

[De retour dans l'endroit très sombre et très humide. Un homme qu'on ne distingue presque pas parle dans ce qui semble être un walkie-talkie bon marché. Une musique stressante joue en trame de fond.]

- AH AH AH ! ALLEZ ! OUVRE-MOI !!!

[Gros plan sur le visage de Gilles qui est à nouveau en sueur.]

- Je dois résister...

[Retour sur l'homme mystérieux.]

- NE RÉSISTE PAS... OUVRE-MOI....

- Euh... pardon, patron... Je n’entends toujours rien dans mon Walkie-talkie ! Je pense que vous avez oublié de mettre les batteries dans le vôtre...

[La musique d'arrête soudainement.]

- Ah ben ! Ça parle au diable ! T'as ben raison mon Paul ! Je me demandais pourquoi tu ne répondais pas aussi...

- Eh ! ... c'est drôle des fois la vie.

[Soudainement, un vacarme se fait entendre ! La porte vole en éclat, les lumières s'allument à l'unisson. On distingue maintenant parfaitement les deux hommes figés d'effroi]

- PERSONNE NE BOUGE ! POLICE, POLICE ! LES MAINS EN L'AIR !

- Nooooonnn... j'ai rien fait ! Pitié !

- Ta gueule Garon ! Ton compte est bon cette fois ! La piste des vidanges volées nous mène directement à vous ! Vous allez en avoir pour dix ans, sales bandits !

[Les policiers passent les menottes aux deux hommes. Une musique d'ambiance se fait entendre.]

[Générique de fin de film.]

[Gros plan sur une télé avec le même générique... La caméra recule et on aperçoit la pièce. Des centaines de faux billets de mille dollars sont accrochés sur une corde à linge. Un homme parle.]

- Je vais avoir ma revanche Couture, c'est juré ! C'est juré...






Tuyauteries et intestins




[De retour dans le bureau de Couture.]

- C'est drôle... les voix ont cessé... Peut-être que l'effet du lait au sucre est passé... Je vais enfin pouvoir prendre ma première pause en paix. Je m'occupe de toi à mon retour, beau colis mystérieux !

[Couture sort de son bureau et s'approche du bureau de Ginou, sa secrétaire]

- Allo Ginou, à propos du colis...

*bruit d'une personne qui sursaute*

- Mon Dieu, monsieur Couture, vous m'avez fait faire un saut. Je ne vous avais pas entendu venir puisque vous vous promenez à la journée longue en pieds de bas sur le tapis.

- Qu'est-ce que vous regardiez comme ça, en dessous de votre bureau, Ginou ?

- Ma petite télé miniature...J'étais en train d'écouter un film à propos de deux cambrioleurs de vidanges... C'est avec Mel Bigson et Nicolas Gage.

- Hum! J'imagine qu'un brin de distraction, une fois de temps en temps, ça ne peut pas nuire au rendement d'une employée.

- À dix heures, c'est le feuilleton General Mental Hospital. Celui-là, je ne le rate jamais... même si j'aime moins ça que les reprises de Varginie à onze heures... ça, c'est le top au niveau du feuilleton pour obèses solitaires écrasés dans leur divan à coeur de journée.

- Bon, je vous laisse travailler... j'ai quelque chose d'urgent à faire.

[Ginou s'enfonce la tête entre les deux jambes et continue à suivre les péripéties de son film. Pendant ce temps, Couture se dirige vers les toilettes d'un pas très rapide.]

- Toutes ces histoires ce matin ont réveillé mes intestins...

[Couture s'engouffre dans le premier cabinet de toilette, barre la serrure, baisse ses pantalons en velours brun et s'assis sur le trône.]

- Bon, j'espère que personne ne va entrer aux toilettes pendant que je...

*Bruit d'un objet visqueux chutant dans le bol plein d'eau*

- AAAAAAAWWWWWWW!

*Plusieurs autres bruits similaires*

[Une odeur forte et puante se lève telle une fosse sceptique qui déborde sur le terrain d'un voisin.]

- On aura beau dire ce qu'on veut....maudit que ça fait du bien...

*Voix sourde semblant venir de la bouche d'aération*

--->....OUVRE....TU VEUX....VIENS.....<---

[Couture se serre les deux fesses et porte son attention sur cette voix.]

--->REVIENS ICI...TU VEUX M'OUVRIR...TU LE SAIS...APPORTE TON EXACTO ET VIENS...<---

- Ah non, merde...

*Bruit d'un objet visqueux chutant dans le bol plein d'eau*

- Encore cette hallucination...

--->VIENS M'ÉVISCÉRER AVEC TON EXACTO....JE SAIS QUE TU EN RÊVES...<---

*Venant de très loin, le hennissement d'un zèbre se fait entendre*

[Couture se torche le cul en vitesse, se lève du bol, remonte ses pantalons en velours brun, tire la chasse d’eau et se sauve à toutes jambes.]

- Merde de merde, qu'est-ce qui se passe, nom de Dieu...

[Couture vient pour sortir des toilettes mais entend un bruit bizarre derrière lui. On aurait dit que quelqu'un venait de déverser le contenu d'une cruche d'eau géante. Il se tourne et se rend compte qu'il est poursuivi par l'eau marronne du bol de toilette qui a, de toute évidence, sorti de son lit telle une rivière au moment des crues. Couture sort des toilettes au galop mais l'eau continue néanmoins à la pourchasser à travers les corridors du bureau à travers lesquels il court comme une poule aux oeufs d'or pas de tête]

- C'est un cauchemar.

[Paniqué, il décide d'entrer dans le premier bureau sur son chemin. Il est dans une partie de l'édifice qu'il connaît très peu, mais la volonté de vouloir se sauver du reflux marron est trop forte et il entre tout de même dans le bureau d'un inconnu.]

- Mais qu'est-ce que...

[Ce qu'il venait de voir dans ce bureau allait le changer à jamais.]

- Couture ! Ah... mon cher Couture... Mais entrez donc ! J'avoue que de vous voir dans ce bureau secret ne me surprend qu'à moitié. Vos multiples envies de chier matinales ont toujours eu le don de tous nous foutre dans la merde.

[Un homme vêtu d'un complet blanc immaculé s'approche de Gilles. L'homme affiche un air sûr de lui. Il prend Gilles par les épaules et lui pointe du doigt le contenu de la salle]

- Des années de travail, Couture... Des années...

[On aperçoit alors des dizaines de milliers de billets de mille dollars suspendus à des cordes à linge. Des dizaines de photocopieurs travaillent sans relâche.]

- Mais... Je ne comprends pas...

- Couture, mon cher Couture. Vous avez beau être le chef du département des ventes, vous n'es pas plus futé qu'un asticot. Ne me replacez-vous pas ?

- Euh non. Pas du tout ! On se connaît ?

- Monsieur McCalister, celui qui signe vos chèques de paye.

- ???

[Gilles se tourne et regarde une photo sur le mur. La même que celle qui se trouve dans son bureau dans un cadre en forme de coeur. Sur la photo on peut voir un homme obèse, chauve, avec de grosses lunettes et plein de boutons dans la figure.]

- Mais... c'est lui mon patron... vous ne lui ressemblez pas du tout !

- Oubliez cette photo, Couture... Je n'étais pas sous mon meilleur jour. Ce qui importe c'est que c'est bel et bien moi qui signe vos chèques de paye.

- Que... Que signifie tout ça ?

- C'est simple, Couture...

[L'homme prend une boîte de cigares.]


- Un cigare ?

- Non...

- C'est bien... un test... ce bureau est non fumeur. Alors, comme je disais... tout ceci est très simple. Tout a commencé le jour où je me suis fait voler un stylo dans mon bureau, il y a deux ans de cela. Comme je déteste les gens malhonnêtes, ça ma mis la puce à l'oreille. Je me suis demandé si les gens à mon emploi était tous intègres. J'ai donc eu la brillante idée d'élaborer ce stratagème pour mesurer l'honnêteté des gens de ce bureau. Est-ce que vous vous souvenez du billet de mille dollars que vous avez trouvé ce matin dans le stationnement ?

- Euh... ben... oui...

- Eh bien, il avait été placé là par l'un de mes agents, afin de tester la personne qui le ramasserait. Qu'avez-vous fait de ce billet, Couture ?

- Je... je l'ai gardé... Il n'y avait personne aux alentours... sinon ce vieux mendiant avec la barbe pleine de morve... et...

- Et ?...

- Et... ce vieux cabot brun et noir qui pissait sur le vieux mendiant... et...

- Et ?

- Et... et... c'est tout !

- Non ! C'est faux ! Il y avait moi aussi ! Caché derrière le mur de béton du stationnement. Là où personne ne pouvait me voir. Vous auriez dû me demander si le billet m'appartenait.

- Mais... Je ne vous ai jamais vu... vous étiez caché !

- Baliverne ! Je n'étais aucunement caché ! Rien de plus qu'un vieux bloc de béton de trente pieds par cent... De toutes façons... ce n'est pas tout.

- Quoi ?....

- Examinez attentivement le billet que vous avez ramassé, Couture.

[Gilles sort le billet des ses poches et l'observe.]

- Je ne vois rien de particulier... Sinon les grosses traces de photocopieur défectueux...

- Regardez mieux que ça... tenez... prenez cette loupe...

[Gilles scrute de nouveau le billet...]

- Ben je vois à peine sept chiffres...

- Voilà !!! Un numéro de téléphone... Le mien en l'occurrence... Si vous aviez été vraiment honnête, vous auriez trouvé ce numéro et vous m'auriez rendu le billet...

*gulp*

- Alors maintenant ? Que va-t-il m'arriver ?

- C'est simple... vous êtes à la porte. Prenez vos affaire et déguerpissez !

- Qu... q... Est-ce que je peux aller me servir un dernier café au lait et au sucre avant de partir ?

- NON ! FOUTEZ-LE CAMP, IMMÉDIATEMENT…

[Gilles sort du bureau, penaud... Par mégarde, il met le pied dans une énorme flaque marronne sur le sol.]

- Nom de Dieu.... Quelle journée de merde finalement... Il ne me reste plus qu’à dégager, je suppose...

 






Ménage à trois




[Gilles se dirige vers la porte d'un pas lourd et résigné quand une voix familière se fait entendre.]

---->NE M'OUBLIE PAS.... OUVRE-MOI.... TU EN MEURS D'ENVIE<----

[Gilles s'arrête.]

- Peut-être que... Ah non, fini ces histoire là... à moins que...

[À nouveau, venant d'on ne sait trop où, le hennissement d'un zèbre retentit à travers les corridors placardés de vieux portraits sordides.]

- Je dois en avoir le coeur net, à défaut d'avoir le trou de balle net. C'est peut-être un test ça aussi... Si jamais je ne merde pas avec celui-là, je vais peut-être récupérer mon boulot... quoique neuf mois au chômage ne seraient pas à dédaigner... surtout que j'ai beaucoup de lessives en retard.

*Bruit d'un revers de pantalon qui déchire comme ça, sans but*

--->C'EST ÇA...APPROCHE...PRENDS TON EXACTO...ET ÉTRIPES-MOI....VIENS...<---

[Couture, d'un pas décidé, part en direction de son ex-bureau, et ce faisant, passe devant le bureau de son ex-secrétaire sur lequel repose maintenant une bouteille de Molson Ex, déjà bien entamée. Ginou est toujours penchée sous son bureau. Le bruit d'un téléviseur se fait entendre.]

- Je suis venu vous faire mes adieux, chère...chère Ginou. On vient de me mettre à la porte comme un vieux sac de vidanges.

*Bruits d'efforts venant de sous le bureau de Ginou*

-Ginou !? Est-ce que ça va ?

[Devant l'absence de réponses de Ginou, Couture s'avance lentement, un air inquiet sur son visage. Il contourne prudemment le bureau de Ginou. De dos, il l'a voit en train de grouiller en dessous de son bureau.]

-Ginou ? Qu'est-ce que vous faites ?

[Ginou se relève brusquement, arborant un air béat sur son visage.]

- Je me passais le doigt, monsieur Couture.

[Tout en disant cela, elle porte son majeur droit à sa bouche et le lèche comme s'il s'agissait d'un suçon en poudre ou encore d'une grosse queue.]

- Ginou !? Vous me surprenez. Vous êtes si pleine de...sexualité débridée.

[Ginou prend une gorgée de sa bière. Rote. Regarde Couture, sa chatte dégoulinante d'huile à moteur.]

- Un homme est venu vous apporter une lettre tout à l'heure pendant que vous réduisiez en miettes la tuyauterie d'une toilette parfaitement normale. Je l'ai mise sur votre bureau, à côté du colis parlant.

-Pardon...

[La quantité de nouvelles informations aussi mystérieuses que surprenantes emplissait Couture d'une stupeur aussi énorme que le mont de Vénus de son ex-secrétaire]

- Est-ce que vous avez dit que le colis parlait ?

[Couture se sentait soudainement soulagé qu'il ne fut pas le seul à entendre des voix, tel un pauvre diable se promenant avec une casserole sur la tête dans une maison de fous.]

- Non, ce que je veux dire, c'est que les sandwiches aux oeufs me donnent des boutons sur les fesses et que j'en ai plein le cul....de ces fameux boutons en questions ainsi que de votre attitude méprisante envers les femmes en chaleur. Maintenant, si vous le voulez bien, je m'en vais chercher mon lunch dans ma voiture... question d'admirer encore une fois la nouvelle peinture que j'ai fait mettre dessus, ce week-end.

- Si j'étais à votre place...

[Mais Couture ne termina pas sa phrase comme il n'avait jamais terminé son devoir de catéchèse en sixième année. Celui ou il avait à décrire dans ses propres mots sa relation avec Dieu... Une relation, qu'à l'époque, il avait qualifiée d'incestueuse.]

- Bon, à nous deux, maudite lettre...et à nous trois, maudit colis...

[Couture fonce d'un pas résolu en direction de son bureau... mais fonce dans un mur avant de le faire, par mégarde.]

- Une lettre, un colis, un billet de mille piastres, un mur... Je n'y comprends rien... Quelle journée de fou !

[Gilles s'assied à son bureau, sur lequel repose, bien à la vue de tous, la lettre et le colis mystérieux.]

---> TU ES SI PRÈS DE MOI.... OUVRE... ALLEZ....<----

[La sueur recommence à perler sur le front de Gilles.]

%--NON LIS-MOI EN PREMIER... T'EN MEURS D'ENVIE...--%

- QUOI ?! une autre voix...maintenant, c’est la lettre qui parle ! Merde je vire fou !!!

*DRIIIIIIING*

[Gilles sursaute d'au moins trois pieds sur sa chaise en entendant le téléphone sonner. Il approche nerveusement la main de l'appareil.]

- ... O... Oui...

- Allo ? Gilles !? C'est Gisèle... oublie pas les oeufs que je t'ai demandés pour ce soir... Si tu veux manger des bonnes sandwiches...

- Merde... Gisèle... j'ai failli mourir d'une crise de coeur ! Ne m’appelle plus jamais comme ça, sans m'avertir.

*click*

[Gilles prend la lettre, de façon décidée.]

- Bon, à nous deux, vielle lettre parlante.

[Au même moment, Ginou entre dans le bureau.]

- Pardon, monsieur Couture.

- Aaaahhhhh... Merde Ginou ! Avertis-moi, toi aussi, quand tu rentres...

- Snif... désolé... snif...snif...

- Voyons Ginou, je n'ai pas voulu te faire de pe-peine...je m'excuse... je n'aurais pas du crier comme ça après toi...

- C'est pas ça... snif... c'est... snif... c'est que Nancy est morte. Snif !

- Nancy ? C'est qui elle... elle travaille ici ?

- Non, Nancy c'est l'ex-siamoise, lesbienne et cul-de-jatte qui avait été mal séparée de sa soeur, Linda, lors de l'opération. Linda avait gardé sa bouche et une main... Aujourd'hui, Linda, frustrée du manque d'attention des hommes pour elle, a étranglé sa soeur à l'aide de sa seule main et de sa langue... Elle lui a ensuite mangé le cerveau ! Snif... C'EST HORRIBLE !!! Snif...snif... bouhououooo....

- Comment... comment est-ce possible ? Tout ça dans nos bureaux ??

- Non, non... c'est dans le feuilleton Varginie... snif.... avez-vous... avez vous un mouchoir....bouhouhou...

- Euh... oui oui... voici...

[Ginou s'empare du mouchoir et dans un vacarme sans pareil souffle dedans. Elle souffle tellement fort et longtemps qu'elle en devient rouge. Puis, devant son effort démesuré et soutenu, l'un de ses yeux s'expulse de son orbite pour tomber lourdement sur le sol, maintenu uniquement par son nerf optique]

- Gi... Ginou ! Mais... c'est dégoûtant !! Je n'ai jamais vu un nerf optique aussi long !!!

- Non ! Ne me regardez pas ainsi monsieur Couture ! Je... Je suis hideuse...

[Ginou prend la fuite en titubant comme un bossu tout en faisant glisser son oeil sur le sol, tiré par le nerf optique. L’oeil se prend dans le cadre de porte et s'arrache violemment de Ginou qui poursuit sa course folle.]

- Putain... ce n’est pas croyable ce qui m'arrive... Et puis... cet oeil qui reste là... j'ai l'impression qu'il m'observe.

%--LIS MOI GROS COLON... ALLEZ... J'AI PAS JUSTE ÇA À FAIRE...--%

- La lettre... c'est vrai...

[Gilles, sans prendre garde, lit la lettre.]

- Mon cher Couture.... Blablabla... incroyable... Blablabla... sans mesure...Blablabla.... une histoire de fou...Blablabla... venez me rejoindre dans la ruelle derrière le supermarché le plus tôt possible.... Blablabla....apportez le colis... Blablabla... Signé ANONYME.

[Gilles regarde l'heure sur le mur, 11 h 11]

-Je dois y aller !






Amour maternel




[Couture prend le colis à deux mains...Ce dernier ne pesait pratiquement rien...contrairement à Couture qui souffrait d'un surplus de poids depuis sa naissance. C'est d'ailleurs sa mère qui en avait pâti le plus lors de la délivrance de ce boulet de 22 livres.]

- Bon, je dois aller en direction de la ruelle derrière le IGA-BS... Tiens, je vais en profiter pour acheter les oeufs à Gisèle en passant.

*Bruit de pet*

[Couture, en passant dans le hall, remarque que Ginou s'est remise dans sa position habituelle...sous le bureau. Il l'entend jurer de rage.]

-Merde! Mon nerf optique s'est coincé dans ma chatte.

[Couture croit bon ne rien dire et sort de là au plus vite.]

- Bonjour Ginou, je m'en vais, maintenant.

- Monsieur Couture ?!! C'est vous, je ne vois rien... merde ! cette saloperie est bien coincée. Où est-ce que j'ai mis mon huile à moteur ?!

[Couture se félicite de n'avoir rien dit et sort de l'immeuble, avec son précieux colis sous ses aisselles...là où il y avait des années qu'aucun savon ni déodorisant n'avait rendu visite.]

-Bon, le supermarché doit être par là...

[Couture pointe vers l'ouest pour montrer à la caméra invisible qui le suit depuis des années, et dont il est le seul à connaître l’existence, dans quelle direction il allait se diriger. Du même coup, il échappe le colis au sol...]

--->GROS ÉPAIS...FAIS DONC ATTENTION...<---

[Devant l'édifice à bureaux où il avait passé plus de vingt ans de sa vie à se demander s'il n'aurait pas dù étudier dans le domaine en pleine expansion de la neurochirurgie anale, se trouvait maintenant un énorme camion-citerne, qui, de toute évidence, avait été appelé d'urgence afin de contenir le bol de toilette qui débordait sans arrêt depuis vingt minutes.]


- Eh ! vous !

[Un homme complètement vêtu d'un habit jaune en plastique avec un énorme masque à gaz s'approche de Gilles.]

- M... Moi ?

- Oui, toi ! Pour l'amour du ciel, aurais-tu une idée de qui est à l'origine de cette catastrophe naturelle ? Je peux à peine imaginer que ce soit un humain. Je n'ai jamais rien vu de tel... encore moins senti quelque chose d'aussi putride. J'ai un troupeau complet de chevreuil qui se s'est suicidé tout à l'heure... un vrai carnage ! Sans compter le trou gigantesque dans la couche d'ozone qui vient de se créer.

- Euh... c'est épouvantable ! eheh... euh... Je ne sais vraiment pas de qui ça peut venir. Peut-être de la vielle dame, là-bas !

- Tu veux dire la vielle folle qui essaye de traverser la rue depuis trois heures au coin, là-bas ?

- Oui... j'en suis presque certain...

- Bon, alors son compte est bon. Elle va subir le châtiment par l'odeur... Putain !!! Noonnn... mon masque est en train de fondre... À L'AIIIIIDE !!!!

[Pendant que l'homme se contorsionne sur le sol, épris d'une crise s'apparentant à l'épilepsie, Gilles prend ses jambes à son cou et s'enfuit en direction de la ruelle où il avait rendez-vous avec une mystérieuse personne.]

- Allo ?... Y a quelqu'un ??

- Psssst... Par ici...

- Pardon ? Où ça, je vois rien ? c'est trop sombre...

- Ici... à gauche...

- N... non je vois vraiment rien... C'est trop sombre...

- Crétin, ouvrez vos yeux et vous allez me voir !

- Ah... euh... oui... eheh... COMMENT ?!?!?! VOUS ?!?!?! Je ne peux pas y croire !!!

- Et oui, c'est bien moi. Il y a longtemps qu'on ne s'était pas vu, n'est-ce pas ?

- Je comprends donc. Au moins quarante cinq minutes, monsieur McCalister ?

- Ne m'appelez pas comme ça, voulez-vous !

- Euh...Comment devrais-je vous appeler dans ce cas...

- Vous le saurez en ouvrant ce colis, Couture.

[Au même moment, le téléphone cellulaire de Couture retentit de la poche intérieure de son affreux veston vert olive qu'il avait osé porter le jour de ses noces au grand dam de sa belle-famille. Couture prend l'appareil et d'un geste habile, répond.]

- Mais quoi encore ?!

- Salut chéri, c'est moi.

[La voix de Gisèle semblait empreinte d'une émotion que Couture interpréta aussitôt comme du chagrin. Quelque chose qui devait avoir rapport avec les sandwiches aux oeufs, pensa-t-il.]

- Qu'est-ce qui se passe chérie, pourquoi est-tu dans un état de crise pareil... Calmes-toi, veux-tu ?!

- J'ai appelé à ton bureau pour te dire de ne pas oublier d'acheter un nouveau siphon en fibre de carbone. Mais comme tu n'étais pas là, je suis tombée sur ta secrétaire. Elle m'a appris la mauvaise nouvelle.

[Couture aurait aimé que sa femme ne sache pas qu'il avait perdu son boulot. Comme ça, il aurait pu lui faire accroire qu'il préférait rester à la maison à ne rien foutre et être au près d'elle plutôt que de gagner honnêtement sa vie.]

- Je ne veux pas que tu t'en fasses ma chérie. Je vais me trouver un nouveau job en le temps de le dire grâce aux petites annonces de la revue du Clap. Ou au pire, du journal L'Actuel. On va s'en sortir, bébé.

- Pardon, de quoi tu parles ? Je m'en fous de ton job, espèce de bon à rien. Je te parlais de Nancy.

- Nancy ?! C'est qui celle-là ?

- Nancy c'est l'ex-siamoise, lesbienne et cul-de-jatte qui avait été mal séparée de sa soeur, Linda, lors de l'opération. Linda avait gardé sa bouche et une main... Aujourd'hui, Linda, frustrée du manque d'attention des hommes pour elle, a étranglé sa soeur à l'aide de sa seule main et de sa langue... Elle lui a ensuite mangé le cerveau ! Snif... C'EST HORRIBLE !!! Snif...snif... bouhououooo....

- Ne me dis pas que tu écoutes Varginie, toi aussi ?

- Non. C'est Ginou qui m'a raconté ça. Je n'ai jamais écouté cette émission de ma vie.

[Couture éloigne l'appareil de sa bouche puante un instant et regarde son ancien patron avec un air découragé.]

- Ah les femmes ! On ne peut pas vivre avec elles...mais on ne peut pas vivre sans elles...

- Pourquoi est-ce que vous me dites ça, Couture. Vous devez savoir que je ne m'intéresse qu'aux garçons de messe et aux lézards ?!

[Couture reprend l'appareil dans lequel la voix criarde de sa femme résonne comme une trompette désaccordée jouant l'air d'une chanson de Nana Mouskouri.]

- Je n’ai vraiment pas le temps de parler là, ma chérie. Je suis en pleine conversation avec mon ex.... avec mon patron, Monsieur McCalister.

- Je vous ai bien spécifié de ne pas m'appeler comme ça, Couture.

[Couture fait un signe comme quoi il est désolé. Ensuite, il se gratte l'entrejambes pour faire rigoler les millions de chinois qui regardent le film de sa vie grâce aux images retransmises par la caméra invisible qui le traque sans relâche depuis le jour ou il avait éjaculé par mégarde dans la boîte de serviettes sanitaires de sa soeur aînée. Il avait 22 ans à l'époque.]

- Oui mais chérie, je suis tellement sous le choc d'avoir appris ce qui est arrivé à Nancy et Linda. Il fallait que je t'en parle.

- Je suis occupé. Je te rappelle tout à l'heure. D'accord ?

[Mais au lieu des protestations attendues de son épouse, c'est ce qui était de toute évidence un coup de feu qu'il entendit résonner dans son appareil. Un coup de feu suivi du bruit d'un corps qui s'écroule au sol.]

- Allo....Gisèle...

[Exaspéré par le temps de réponse prolongé de son épouse, Couture raccroche sans s'embêter davantage avec ça. Il venait de prendre une décision très importante : il allait demander le divorce. Il n'en pouvait tout simplement plus de manger des sandwiches aux oeufs du matin au soir.]

- Bon... Est-ce que vous allez ouvrir ce colis de merde, oui ou non ?

- Oui, monsieur McCa.....Oui, je le fais à l'instant.

[Gilles s'active alors à ouvrir le fameux colis, mais au même moment l'homme vêtu de jaune, accompagné de plusieurs de ces collègues de la voirie, l'interpelle.]

- Cette fois ton compte est bon Couture ! Et toi aussi McGuliver... Nous tenons la veille folle en otage, si vous ne collaborez pas, nous l'exécutons.

- McGuliver... c'est vous ça, patron ?

- Que penses-tu imbécile ! Je vous ai pourtant bien dit de ne plus m'appeler
McCalister...

- Vous connaissez cette vielle folle qui tentait de traverser la rue ?

- Je ne pensais pas te l'avouer ainsi, mais... puisque la situation l'oblige... Autrefois... Elle fut ta mère. Ta mère Couture !

[Avant même que Gilles ne puisse réagir, l'un des hommes en jaune saisi un énorme boyau servant à drainer les égouts ( que Gilles avait si habilement sabotés ), s'apprêtant à arroser, d'une pluie de merde, Gilles et son ex-patron. Pendant ce temps, un autre homme en jaune frappait à coup de genou et à coup de coude sur la pauvre vielle dame qui tentait de retenir les vieux mouchoirs usés qui tombaient de ses manches.]

- Allez Couture ! Suivez-moi ! Il faut fuir ! Ne vous laissez pas attendrir par la situation de votre mère...

- Ma... ma mère ? Ma... maman... MAMAAAAAAN !!!

[Dans une scène d'horreur totale, l'homme en jaune expulse ce qui constituait une bonne partie du souper de la veille et du petit déjeuner matinal de Gilles sous une forme qui en disait long sur l'état de ses intestins. McGuliver empoigne Gilles, qui gueulait la bouche grande ouverte, sans prendre garde au flux intestinal qui s'abattait sur eux... McGuliver ouvre une porte dissimulée menant à l'intérieur du Supermarché.]

- Aaaahhh... nooooon.... snif... bououhou.... vous avez vu ce qu'ils ont fait à ma mère.... mwahouhou.... je ne leur pardonnerai jamais !!! J'aimais tellement cette femme.... snif... bouhououou...

[McGuliver gifle Gilles à plusieurs reprises sans se gêner sur la puissance.]

- Mais ressaisissez vous Couture ! Vous nous donnez en spectacle !

- Mais c'est ma MÈÈÈÈÈÈÈRE !!!! BOUHOUOUOUOUOU !!!!

- Mais vous ne la connaissez que depuis deux minutes, Couture ! Et puis, sachez qu’elle vous a abandonné à l’orphelinat à l’âge de dix-neuf ans, prétextant que vos intestins étaient tout simplement insupportables, et ce depuis votre plus jeune âge.

- ...snif... Vous... Vous avez raison ! Je... snif... je suis désolé... Mais qui sont ces hommes en jaune ??? Comment ce fait-il qu'ils nous connaissent ? Pourquoi nous poursuivent-ils ? D'où venaient les coups de feu dans ma maison qui semblaient être destinés à ma femme ? Et... qu'y a-t-il dans ce colis de merde qui a foutu ma journée en l'air !!! Ne me dites pas que tout ça a un lien avec les quelques dizaines de voitures que j'ai égratignées ce mois-ci... Ou pire encore, avec les infâmes sandwiches aux oeufs de ma femme ?

- Je crois que je vous dois quelques explications, Couture... Vous êtes impliqué dans un histoire bien plus grande et dangereuse que vous ne pouvez l'imaginer... Bien plus terrible...

- Mais de quoi s'agit-il, monsieur McGuliver ?

- Maintenant que vous connaissez mon véritable nom, vous pouvez m'appeler par mon prénom, qui est Albert.

- D'accord, monsieur McGuliver.

- Albert... c'est Albert, idiot.

- Si vous le voulez, je préfère tout de même vous appelez monsieur McGuliver. Vous êtes mon ex-patron après tout. Je me sens plus à l'aise ainsi. Les fruits de mon éducation probablement.

- Comme vous le voulez, Couture.

- Merci de ta compréhension, Albert.

[Gilles, tout en essayant de dissimuler sa supériorité intellectuelle, cherchait du coin de l'oeil s'il n'y avait pas des toilettes dans ce supermarché. Il sentait que ses intestins allaient bientôt entrer dans une nouvelle phase d'activité, telle une plaque tectonique en Californie.]

- Suivez-moi, Couture. Je vais vous montrer un secret qui va vous intéresser au plus haut point, j'en suis sûr.

- Comme tu veux, Alb.






L'allée maudite




[Albert McGuliver entraîne Gilles à travers le supermarché, pareils à deux commandos en mission spéciale dans le fin fond de la jungle hongroise. McGuliver passait devant, regardait entre deux allées d'un air suspicieux, et faisait signe à Couture de le suivre dès lors que la voie était libre. Gilles se couchait parfois sur le ventre, ce qui mettait McGuliver en beau fusil.]

- Bougre d’arriéré, ce n'est tout de même pas nécessaire de ramper.

- Je ne rampe pas, Albert. C'est qu'à cause de mon obésité, c'est la seule façon pour moi de prendre les cannes de ti-pois LeSieur, au bas de l'étagère.

- Nous ne sommes pas ici pour faire le marché, Couture, relevez-vous avant que je ne vous batte à coup de mouchoir.

[Et Gilles se relevait avec peine comme une tortue géante qu'on aurait renversée sur le dos. La question restant à savoir : qui aurait intérêt à perpétrer un geste aussi gratuit aux dépens d'une créature si paisible.]

- Est-ce qu'on arrive, Grand Schtroumpf ?

- Voulez-vous la boucler, Couture. Vous ne voyez pas que j'essaie de communiquer avec le homard qui grouille dans l'aquarium là-bas...

- Mais dans quel but, Alby ?

- Dans le but de savoir si la voie est libre, Couture.

[Gilles avait terriblement envie de chier, tout à coup. Il était hors de question qu'il ne se retienne plus longtemps. Cela n'annonçait rien de bon pour les clients du supermarché qui, inconscients, achetaient leurs pots de cornichons et leurs viandes extra maigres sans se douter de l'ampleur du drame humain qui pesait sur eux.]

- Bon, suivez-moi. Nous avons atteint la bonne allée. Mais... Mais qu'est-ce qui se passe, vous êtes tout vert, Couture ? Kaki à la limite, je dirais.

*Bruit de pet tonitruant*

[McGuliver toisait Gilles d'un air méchant. Sans plus attendre, il le tire par le bras et, tout en remarquant la forte odeur de reflux d’égouts qui émanait de son ex-employé, il s'affaire à le traîner dans le rayon des oeufs.]

- C'est ici même que se trouve la clef qui vous permettra de résoudre toute cette énigme, Couture.

- Des oeufs....des oeufs...des zèbres...des zèbres...

[Gilles déblatérait complètement tant il ne sentait pas bien. Mais McGuliver ne fit pas la différence entre ces grognements incompréhensibles et la moyenne de ce que Couture pouvait dire dans une journée.]

- Couture.. .Écoutez-moi bien, espèce de grosse larve immonde. Prenez une douzaine d'oeufs dans vos mains et regardez à l'endos... Je crois que vous êtes mûr pour une jolie surprise.

[Et sur ce, McGuliver éclate d'un rire cinglant qui glace d'effroi la vieille dame qui inspectait ses oeufs à côté, au point ou celle-ci en tombe raide morte sur le sol.]

- 16 janvier 2002... Mais cette date d'expiration est tout à fait normale monsieur McAlbert... Disons qu'elle est peut être un peu rapprochée pour que l'on achète cette douzaine d'oeufs... quoique Gisèle me fait toujours remarquer que les oeufs passés date ont toujours meilleur goût en sandwiches. Je dois préciser qu'elle ne passe jamais aux toilettes du bureau après moi... Mais quel intérêt tout ceci comporte ?

- Espèce d'abruti affirmé ! Mon nom est Albert McGuliver... pas McAlbert...

[McGuliver le gifle de nouveau violemment à l'aide du revers de ses couvres chaussures...]

- Cette date d'expiration n'est pas seulement valide pour la douzaine d'oeufs...

- Ah non ? Ne me dites pas que le pot de yougourt aux navets que j'ai acheté la semaine passé comporte aussi la même date d'expiration ! Je ne pourrai jamais le finir à temps... Je dois rentrer immédiatement.

[McGuliver gifle de nouveau Gilles, cette fois-ci, à l'aide du revers de sa chemise.]

- Mais calmez-vous nom de Dieu ! Vous êtes donc aussi stupide que ce que ce que votre charmante Ginou me l'a affirmé !

- Ginou... Qu'a-t-elle à voir dans tout ceci ? Ne me dites pas qu'elle me mentait quand elle disait qu'elle n’aimait pas les sandwiches aux oeufs ! Ma vie en serait bouleversée.

[McGuliver s'élance alors en vue de gifler Gilles à l'aide du revers d'un panier d'épicerie qui roulait innocemment dans l'allée, mais il se retient au dernier moment. Puis, reprenant son clame, il dit :]

- Écoutez moi Couture... Et cette fois écoutez moi bien... Vous ne trouvez pas étranger qu’il n’y ait qu’une seule sorte d’œufs disponible dans le rayon. Ce monopole n’est pas le fruit du hasard, croyez-moi. Et en ce qui concerne la date d'expiration de cette douzaine d'oeuf, sachez donc qu’elle est la même que... celle de votre vie.

[McGuliver éclate alors d'un second rire tout aussi cinglant que le premier. Cette fois le boucher venu rajouter un peu de boudin dans le comptoir n'y survit pas.]

- Mais... je ne comprends pas... Vous voulez dire que ces pauvres œufs n'en ont plus que pour deux jours à vivre ?

- Pas les...

- NON ! Pardos... je me suis trompé... je voulais dire que MOI je n'ai plus que deux jours à vivre si je mange ces oeufs là !?!

- Vous n'aurez même pas à vous enivrer de sandwiches au oeufs pour n'avoir plus que 2 jours à vivre, Couture... Vous être condamné de toute façon !

- Ahhhh.... ouf ! J'ai eu peur... Parce comme vous parlez beaucoup et que j'avais une petite fringale, je n'ai pas pu résister à quelques oeufs crus de la douzaine...

[Pendant que McGuliver s'apprêtait à gifler Gilles à l'aide d'une grosse dinde mal congelée, un groupe de cinq hommes en jaune de la voirie arrivèrent sur les lieux.]

- ILS SONT LÀ !! JE LES VEUX VIVANTS !!!

- Merde, Couture, nous sommes faits comme des rats. Comme les rats qui servent de nourriture aux hamsters qui pédalent dans leurs roues et qui produisent l'énergie pour faire fonctionner sans arrêt les photocopieurs dans mon bureau.

- Oh la la ! Ces rats...ce sont de vrais travailleurs acharnés...

- Pas les rats, imbécile...les hamsters...C'est eux qui pédalent.

- Euh...les hamsters...oui...ce sont de vrais travailleurs acharnés...

- Oui...Il en faudrait dix comme vous pour faire le travail d'un seul de ces hamsters... Mais la question n'est pas là...Ce qu'il y a c'est qu'on ne peut plus échapper aux gars de la voirie...

- Attendez monsieur McCroquette, je me charge des gars de la voirie.

[Et au moment ou les loubards habillés de jaune s'approchèrent pour s'emparer de Gilles et de son ex-patron, Couture se tourne pour leur faire dos, et au dernier moment, il baisse son pantalon jusqu'aux chevilles, se penche le plus loin possible vers l'avant et laisse partir tout ce qui bouillonnait dans ses intestins depuis le début de la matinée, en direction des trois hommes. La salve de merde est si cinglante qu'elle les projete tous au sol, laminés par cette vague géante. Tout près, un commis qui séparait les fraises très pourries des fraises un peu moins pourries dans les étalages de fruits, avait vu toute la scène. Il allait raconter par la suite qu'il avait assisté à la création du premier golem de merde de l'histoire.]

- Bien joué, Couture...Allez vite, filons d'ici.






Va et vient




[McGuliver entraîne Gilles jusqu'à l'extérieur du supermarché. Ce dernier, qui avait réussi à piquer une douzaine d'oeufs de caille au vol, donnait ses commentaires sur les derniers événements aux millions de Congolais qui suivaient ses péripéties via les images retransmises par la caméra invisible, qu'il avait affectueusement surnommée Big Brother.]

- Couture ! Cessez donc de rêvasser et aidez-moi à ramasser le cadavre de votre mère.

- Le quoi ? Oh mon Dieu, maman...

[Gilles se penche au-dessus du cadavre de sa mère et ressent une douleur que seul un fils obèse comme lui pouvait expérimenter : celle de se pencher vers l'avant. Néanmoins, la vue du corps raide et froid de sa génitrice n'était pas sans lui rappeler les beaux jours de son enfance, lorsque, malade et au lit, il recevait une multitude de claques et de sarcasmes de la part de la deuxième épouse de son père. Et il avait réussi à tout endurer en pensant à la mère naturelle qu'il n'avait jamais connue. Et voilà qu'elle était là, devant lui, en sang et en lambeaux, resplendissante d'amour maternel. Étrangement, même s’il n’y avait pas plus de quinze minutes qu’elle avait rendu l’âme, il émanait d’elle une odeur de décomposition insupportable.]

- Je t'aime maman.

[Il l'embrasse sur les deux joues : ce qui le fait éternuer. Ensuite, il prend un mouchoir de son veston et avec des gestes attentionnés, il essuie la morve qu'il avait projetée sur le visage de sa défunte de mère.]

- Dites lui au revoir, et vite, Couture... Nous n'avons pas le temps pour davantage de ces enfantillages... Les francs-maçons vont revenir très bientôt pour nous capturer... Nous devons impérativement retourner au bureau.

- Ok, pas de trouble, Bébert. On peut y aller tout de suite, si tu y tiens.

[Gilles avait toujours été du genre à pouvoir tourner la page rapidement. Cela était d'ailleurs aussi vrai pour les affres de sa vie personnelle que lorsqu'il feuilletait une revue cochonne.]

- En route, Couture...

[Et Mcguliver prit la tête de cette expédition en route pour le bureau, avec Couture qui fermait la marche.]

---> OUVRE-MOI... DÉCOUVRE-MOI... CARESSE-MOI...<----

[Gilles, qui avait presque oublié le colis qu'il tenait sous le bras, l'échappe au sol, surpris]

---> AYOYE, J'AI DIT OUVRE-MOI, PAS ÉCHAPPE-MOI !<----

- Est-ce que vous l'entendez monsieur McMec ? Le colis, il parle... Je croyais que c'était vous... êtes-vous ventriloque ?

- De quel colis parlez-vous Couture ???

- De celui que vous m'avez demandé d'apporter... Celui qui me parle sans cesse...

* Voix de zèbre qui dit : «FAIS-LUI LA PEAU» *

- Putain ! Et ce zèbre qui me demande de vous assassiner froidement à l'aide de mes lunettes...

[McGuliver gifle froidement Gilles, pas seulement pour qu'il reprenne ses esprits, mais parce qu'il en avait follement envie depuis plusieurs minutes.]

- Écoutez Couture, je ne suis pas ventriloque, je ne connais pas de zèbre qui en voudrait à ma vie et ce colis n'a jamais parlé !!!

* Voix de zèbre : «IL MENT, TUES-LE !» *

----> OUVRE-MOI... TU ME DÉSIRES <----

- Aaaaarghhhhhhh... Noooooon.... Laissez-moi !!! Je ne veux pas retourner sur votre planète, je ne suis pas votre sujet d'expérimentation ! Noooooon !!! Ce n'est pas moi qui a volé le pot de Cheese-Whiz dans le vaisseau mère...

[McGiliver gifle de nouveau Gilles, il commençait définitivement à y prendre goût.]

- Couture ! Reprenez vos esprits ! Personne ne vous en veut, si ce n'est moi, Ginou, votre femme, Les francs-maçons et les centaines de personnes dont vous avez égratigné la voiture. Ce colis n'a jamais parlé !

- Mais... pourtant je l'entend... je...

- Écoutez, ce colis donnera plusieurs réponses à vos questions. Je pensais vous le faire ouvrir dans mon bureau, en sécurité, mais ouvrez-le maintenant et j'imagine que les voix disparaîtront. Allez ! Dépêchez-vous, nous n'avons pas que ça à faire ! Je dois passer la mope dans la salle de réunion.

- D'accord monsieur McPatron ! Je le fais à l'instant ! Cette fois, rien ne pourra m'empêcher de le faire ! Rien m'entendez vous !

[Gilles s'empresse alors d'ouvrir le colis, mais il se bute à un morceau de papier collant assez rébarbatif, mais après plusieurs minutes de travail acharné, le morceau est enfin hors d'état de nuire. Le visage de Gilles s'illumine car il va enfin savoir ce que contient ce foutu colis.]

- Mais qu'est-ce que...

[À l'intérieur du colis se trouvait une lettre. Et rien d'autre. Et en voyant cette lettre, Gilles Couture eut soudainement la plus grande révélation de sa vie : à savoir que la moutarde de Dijon est beaucoup plus piquante que la moutarde normale. Il venait de saisir cette vérité universelle comme s'il l'avait su toute sa vie. Il se sentait ragaillardi d'avoir enfin déchiffré cette vérité mystique. Maintenant il n'avait plus peur... plus peur de rien...hormis peut-être d'attraper le scorbut en mangeant trop de sandwiches aux oeufs passées date.]

- Une lettre...

- Ouvrez-la, Couture.

--->C'EST ÇA....OUVRES-MOI...JE SAIS QUE TU EN AS ENVIE...DÉCHIRES-MOI
DE TOUTES TES FORCES...<---

* Voix de zèbre enrhumée : "OUVRES-LA ET ENSUITE... TUE-LE" *

- Je crois qu'il serait préférable d'aller au bureau...J'y ai laissé mon ouvre papier.

- Mais voyons, Couture. Servez-vous donc de vos mains, espèce d'abruti.

[Mais Couture ne voulait rien savoir. Il pouvait se montrer aussi têtu qu'un caniche qui ne veut pas passer par le trou du bol de toilette quand son propriétaire prend les grands moyens pour s'en débarrasser après qu'il eut un peu trop jappé pendant un souper avec le patron.]

- En route pour le bureau...

- Couture, vous êtes une ordure de me faire promener comme ça d'une place à l'autre....avec mes problèmes cardiaques...et mes ulcères dans les pieds.

[Etonnamment, rien de fâcheux, de cocasse ou encore de dangereux ou de mystérieux ne survint pendant la durée de leur retour au bureau. Rien de spécial à signaler si ce n'est qu'ils croisèrent un vieux mendiant à la barbe pleine de morve qui semblait de toute évidence en train d'assouvir ses instincts les plus bas aux dépens d'un vieux cabot brun et noir à la langue bien pendue. En chemin, McGuliver expliqua un truc ou deux à Gilles en essayant de gagner son amitié par des paroles gentilles.]

- Écoutez-moi bien, Couture, espèce de retardé pathétique de mes deux fesses. Il y a longtemps que j'ai l'oeil sur vous et croyez-moi, ce n'est pas une vision qui me plaise particulièrement. Je sais que c'est vous qui avez pris mon stylo... Vous êtes tellement con que l'an passé, vous avez signé la carte d'anniversaire que la grosse bonne femme des relations humaines avait eut l'audace de faire signer par tous les employés pour mon soixantième anniversaire de mariage. Je vous cite, Couture : 60 ans avec la même femme... Wow ! Vous êtes un homme courageux, monsieur McCalister. Signé Gilles Couture.

- Mais comment vous pouvez dire avec autant de certitude que j'ai signé ce message avec votre stylo, Albert ?

[Couture disait cela avec un petit air prétentieux qui, il le savait, faisait le délice des Français qui suivaient les épisodes de sa vie via la chaîne Big Broseur.]

- Couture, avez-vous déjà vu un stylo à l'encre bourgogne, vous... si ce n'est le mien. Un cadeau des francs-maçons après que j'eus enfin passé leur foutu test de niveau I de merde, à la suite de vingt-trois tentatives infructueuses qui m'ont toutes données droit à une raflée de coups de pieds au cul.

[Gilles avait toujours trouvé que son patron avait un gros cul pour un homme aussi svelte. Maintenant, il comprenait tout. Il devait sûrement arpenter les couloirs huileux et labyrinthiques des saunas BackDoor. Il ne pouvait y avoir d'autres explications qui se tenaient.]

- Bon. D'accord. Je l'admets... C'est moi qui a emprunté votre stylo bourgogne.

- Bien sûr que vous l'admettez, Couture. Maintenant que vous êtes pris au pied du mur.

[Gilles fait un pas vers l'arrière, honteux, et craintif que son ex-patron ne lui administre une paire de claques au dessus de l'arcade sourcilière qui faisait sa fierté. Ce faisant, il se pète la tête dans un mur.]

- Je vous en ai voulu, Couture. Oh! Combien je vous en ai voulu, espèce de chien galeux. J'ai même voulu votre mort.

- Albert, ne vous mettez pas dans des états pareils, vous allez faire de l'hyper-digestion...

- Bouclez-la... Vous savez.. .Il ne m'aurait suffit que d'un claquement de doigts pour que vous perdiez la vie, et ce depuis longtemps...

- Je suis désolé de vous contredire encore mais je ne crois pas que vous ayez les jointures des doigts assez dures pour m'achever d'un coup, monsieur McMaçon.

- Mais j'ai eu pitié de vous, Couture. Par chance, j'ai appris qu'une menace encore plus lourde que mes vingt-deux chiens d'attaque dressés dans l'unique but de vous déchiqueter pesait sur vos épaules poilues. Et à partir de ce moment, je me suis mis dans l'intention de vous sauver... mais, espèce d'imbécile, il a fallu que vous égratigniez la voiture de Ginou...et il a fallu que vous ramassiez ce billet de mille.

[Gilles préfère se taire dans le silence de ses pensées. McGuliver l'entraîne à l'intérieur du bureau où, à leur grande surprise, Ginou n'était pas à son bureau. Il n'y avait qu'une bouteille de bière vide et une bouteille d'huile à moteur siphonnée jusqu'à la dernière goutte. Mais quelque chose attire l'attention de Gilles... quelque chose qui semblait venir du dessous du bureau de Ginou. Il s'empressa d'aller voir, après avoir fait un détour par l'abreuvoir, le babillard et la machine à Jelly Beans.]

- Gmlougm... gmmnmgmmm...

- Couture, nom de Dieu, videz-vous la bouche avant de parler ! Quoi que ce
soit probablement le discours le plus cohérent et intelligible que vous ayez eu à ce jour...

- Gmdflougjnmm... Je suis désolé patron... Ces Jelly Beans sont vraiment caoutchouteuses.... Je ne crois pas qu'elle aient été changées cette semaine.

- Elles n'ont jamais été changées Couture. Croyez-vous vraiment que l'entreprise a les finances nécessaires pour entretenir ce distributeur, pauvre bougre de goinfre ?

[Sans se soucier des insultes de son ex-patron, Couture s'avançe d'avantage vers le bureau de Ginou. Ginou semblait affairée à quelques besognes dont elle ne voulait pas laisser transpirer les détails.]

- Ginou ? Que fais-tu ma belle secrétaire d'amour ?

- Ex-secrétaire, vieux cochon mal léché ! J'occupais ces quelques messieurs pour les faire patienter avant ton arriver ici.

[Au même moment, un dizaine de membres des francs-maçons, vêtus de jaune serin, sortirent de dessous le bureau de Ginou. Ils étaient armés jusqu'aux dents, l'un d'eux avait d'ailleurs un dentier mitraillette dernier cri.]

- Personne ne bouge ! Merci ma jolie, ce fut un vrai plaisir de vous côtoyer. Quand à vous, espèce de faux jetons, vous ne nous échapperez plus.

[Cette fois, nulle évasion n'était envisageable. Ils étaient trop nombreux pour tenter quoi que ce soit. La dernière chose que Gilles et son ex-patron virent ce fut deux gros hommes éblouissant de jaune les assommer.]
 






L'Élu




[Quelques temps plus tard...]

- Où... où sommes-nous ?

- Comment voulez-vous que je le sache Couture, ils m'ont aussi assommé ! Ce ne sont que des brutes sans respect pour l'âge d'or. J'espère qu'ils... Nooooooonn !!! Ils ont aussi pris m'a virginité rectale! Les salauds...

[Deux hommes entrent dans la cellule et font brutalement savoir à Gilles et son ex-patron de les suivre.]

- Où nous emmenez-vous ??? Je veux savoir !

- Nous vous emmenons voir la grande prêtresse des francs-maçons.

- Mais... je croyais qu'aucune femme n'était admise dans cette secte.

[Gilles reçoit, en guise de réponse, un vilain coup de pied au cul de la part de l'un des gardes.]

- Couture, voulez-vous vous taire pour une fois. Essayez de ne pas nous foutre encore plus dans la merde...

- La prêtresse souhaite vous voir, c'est tout ce que vous devez savoir. Ne lui manquez de respect en aucun temps, il en va de votre vie.

[Les deux prisonniers arrivent dans une énorme salle de cérémonie. Une femme voilée est assise sur un trône surélevé. Elle commence à leur parler d'une voix remplie d'écho minable sortant tout droit d'un système de son bon marché de chez Radio-shack]

- POURQUOI AVEZ-VOUS AGIT AINSI ? TOUT ETAIT BIEN, MAIS CETTE JOURNEE EN EST UNE DE TROP POUR VOUS. VOUS AVEZ GÂCHE TOUS NOS PLANS. NOUS VOILÀ DANS UNE SITUATION BIEN DÉSAGREABLE POUR LES FRANCS-MAÇONS.

[Soudainement l'effet d'écho se dissipe, comme si le système de son bon marché venait de rendre l'âme.]

- Quand à toi, Couture... Mais... que ce passe-t-il ??? Pourquoi ma voix est-elle redevenue laide et désagréable ???

[Gilles saisit d'une soudaine activité cérébrale, ce qui était plutôt rare dans son cas, comprit la situation...]

- Gisèle ?!?!?! Est-ce bien toi ??? Mais... Et le coup de feu à la maison ????

- Putain de micro à... Hum... euh... Oui... le coup de feu ? Ah oui... ce n'était pas un coup de feu, c'était la chaudronnée de mixture aux oeufs que je devais mettre dans tes sandwiches qui m'a sautée dans la figure...

- Mais je ne comprend pas... comment se fait-il que toi, une aussi mauvaise femme au foyer, soit impliquée dans une si sordide histoire ?

- LA FERME, COUTURE ! Je n'ai toujours été ta femme que par nécessité... Dès ton plus jeune âge, notre secte t'avait repéré... Tu es l'élu... comprends-tu bougre d'idiot ! L'ÉLU !!!

[À ce moment elle lève les bras au ciel, mais elle ne reçoit que pour réponse une grosse fiente de perroquet sacré qui passe par là.]

- EURK ! C'est dégoûtant... Écoutes-moi bien Couture. Tes intestins constituent pour nous la source ultime de vie éternelle. En te faisant manger ces infâmes sandwichs aux oeufs, nous savions ce qu'il allait en résulter. Nos hommes étaient toujours postés près des toilettes de ton bureau pour extraire le «flux» sacré au moment de sa création. C'est ainsi depuis ta naissance.

- Couture, mais, comment est-ce possible ? Vous la source de toute cette vie ? Je croyais sincèrement que vous n’étiez qu’un bon à rien. En fait, je le crois encore...
 

- Fermez-là McGuliver, vous avez bien failli tout gâcher avec vos idioties, heureusement que mes hommes étaient là pour vous empêcher d'en faire plus.

- Oui, votre majesté.

- Mais...Si je peux me permettre...

[Gilles sentait le dessous de bras mais par dessus tout, il sentait qu'il devait dire quelque chose.]

- Comment se fait-il que mon «flux» sacré vous procure une source de vie éternelle... Je savais que c'était une source inépuisable de fibres et de vitamines Q...mais une source de vie éternelle ?!

- Nous n'en savons pas plus que toi ou le laitier là-dessus... Tout ce que nous savons c'est que ça fonctionne. Et j'en suis la preuve vivante.

[À ce moment, une corde à danser maculée de sang de zèbre tombe du plafond, au bout de laquelle est attachée une vieille feuille jaunie par le temps et par des traces de moutarde de Dijon.]

- Lis cet acte de naissance.

[Couture détache la feuille, prend une léchée de moutarde, et parcoure le document, d'un oeil de verre attentif...]

- Écoutez ça, Albert...Il est dit que Gisèle a 90 ans sur ce bout de papier...Vous voulez un peu de moutarde ? ....Non...bon d'accord....Et son véritable nom est Giselus Pouletus...Fille de Catherinus LèchePrépus.

- C'est exact...

- Mais comment...Comment est-ce possible ? Tu as l'air d'en avoir la moitié moins...c'est à dire cinquante si je sais encore calculer...

- C'est ton flux sacré...cher mari de mes deux...il a eu l'effet d'une cure de jouvence pour moi durant les vingt-cinq années de calvaire de merde que fut notre simulacre de mariage.

[McGuliver semblait replacer les pièces du casse-tête vingt-cinq morceaux de la tour de Pise dans sa tête.]

- Mais si vous avez 90 ans et que vous êtes marié à Couture depuis vingt-cinq ans...cela veut dire que vous l'avez rencontré à 65 ans...alors que Couture devait en avoir à peine vingt...

- C'est exact, McGuliver...

- Mais puisque vous n'aviez pas encore commencé à vous sevrer du flux de Couture, vous deviez avoir l'air...disons... plus vieille.

- En plein ça....

- Mais Couture...

- Que voulez-vous patron, je les ai toujours préférées dans la fleur de l'âge.

- Mais vous ne vous surpreniez pas que, plutôt que de vieillir, votre femme avait toujours l’air de plus en plus jeune.

- Bah ! Vous savez...les femmes de nos jours, avec tous les produits de beauté qu'elles se procurent chez Brunet... qui peut savoir leur âge véritable ?

[Au moment ou McGuliver vint pour gifler Couture avec la mousse de ses bas, une personne pénétre à l'intérieur de la salle de cérémonie. Elle portait un masque de zèbre mais le reste de son corps potelé trahissait qu'il s'agissait d'une femme. Gisèle l'accueille avec enthousiasme.]

- Ah ! Enfin...Vous voilà ma chère. Comment était le trafic sur la Capitale ?

- Pas si pire... mais comme j'ai été obligée de changer de voiture... cela a été plus long que prévu.

[Au moment où elle dit cela, la personne se dévoile en jetant son masque de zèbre dans une rivière de feu qui coule dans la pièce.]

- GINOU !!!

[Les deux hommes restèrent aussi surpris qu'une nonne qui se fait pincer une fesse par le curé de la paroisse.]

- Eh oui, c'est moi, Ginou. Je suis la déesse de la perversion des francs-maçons. J'avoue que je remplis très bien mon rôle. Enfin, personne ne se plaint.

- Mais... Ginou... Comment cela ce fait-il que je n'ai pas été au courant de votre implication dans cette société !?

- Écoutez McGuliver, vous n'êtes qu'un simple disciple de la secte. Votre promotion était conditionnelle a votre efficacité à garder Couture dans le droit chemin tortueux de notre secte. Vous avez bien failli tout faire échouer. Mais nous avons tout rétabli, par chance pour vous. Maintenant, levez-vous et approchez, votre sacrement va se faire immédiatement. Vous allez devenir un franc-maçon.

- Mais... patron, je croyais que... Je ... je suis complètement confus ?

- Écoutez Couture, jamais vous n'auriez été engagé dans mon entreprise. Voyons, vous aviez un CV moins complet qu'un enfant diplômé de sa garderie... Mais les francs-maçons m'ont fait une offre que je n'ai pu refuser. Un si magnifique stylo... Tout cela pour quoi ? Seulement pour vous engager, et vous faire chier le plus possible.

- Mais, alors... pourquoi m'avoir protégé, aujourd'hui ?

- J'ai été très en colère de voir que vous aviez volé mon stylo. Alors je voulais regagner votre amitié et le récupéré, mais vous avez pris le billet de mille dollars.

- ??

- ????

- ?!?!?!

- ? ? ?

[Tous et chacun se regardèrent avec un air hébété, personne ne réussissait vraiment à cerner l'implication et le rôle de McGuliver dans cette histoire. Lui-même le savait-il ?]

- Un jour j'en ai eu assez de payer pour la tuyauterie que vous foutiez en l'air à toutes les semaines... Mais en même temps, devant le refus des francs-maçons de me donner ma promotion, j'ai eu pitié de vous...

- Mais... alors ? Êtes-vous avec moi ou avec eux ?

- Oui, avec nous ou avec lui ?

- Couac ! Couac !

- ... Vous savez Couture... Ce document... cette lettre qui se trouvait dans ce colis ?... Et bien il contient la réponse à votre question...

[Sans plus tarder, Gilles saisit la lettre qui, de façon télépathique, ne cessait de l'inviter à la déflorer avec violence.]

- J'ouvre la lettre.

 

[À suivre lors de la prochaine mise à jour...]

 


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