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© histoire de chasse du XVI° siècle        

   
   

Chasse 1

 

   
   

Les ours sont assez communes bêtes et sont de deux conditions, les uns grands et les autres petits de leur nature […]. Toutefois leurs vies et mœurs sont toutes unes mais les grands sont les plus forts et ceux qui mangent parfois les bêtes privées. Ils sont merveilleusement forts par tout le corps hormis la tête qu’ils ont très fragile, tellement que s’ils y sont frappés. ils sont tout étourdis et tombent morts si le coup est fort.

   
   

L’ours se baigne, se souille et boit à la manière d’un sanglier mais il mange comme un chien.

   
   

Ils vont en leurs amours en décembre ou plus tôt ou plus tard, selon qu‘ils sont plus ou moins fortement repus. Leur grande chaleur dure quinze jours. Et quand l’ours]_fait sa besogne avec l’ourse, ils la font à la manière d’homme et de femme, tout étendus et l’un sur l’autre. Et plus tard comme l’ourse a conçu et se sent grosse, elle se réfugie dans une caverne dans les rochers où elle demeure jusqu ‘à ce qu’elle ait mis bas. Pour cette raison on prend rarement des ourses gravides. Les ours mâles demeurent aussi dans des cavernes pendant quarante jours sans manger et sans boire. Cependant ils sucent leurs mains et au quarantième jour sortent dehors.

   
   

Si ce jour-là est beau ils s’en retournent dans leur caverne pour une nouvelle période de quarante jours car ils pensent qu ‘il fera encore mauvais hiver froid jusqu ‘à ce jour. Et si ledit jour qu’ils sortent de leur caverne il fait mauvais ils en sortent pensant que dorénavant il fera beau temps.

   
   

Et les oursons naissent en mars, deux au plus, mais demeurent morts toute la première journée mais leur mère souffle si fort sur eux pendant ce jour, les réchauffant et les léchant qu’elle les fait revivre. Leur poil est alors plus près du blanc que du noir.

   
   

Elles les allaitent un mois ou un peu plus parce qu‘ils ont mâles griffes et mâles dents et sont bêtes félonnes de nature, et quand ils ne trouvent pas le lait de leur mère à leur guise ou que celle-ci bouge ou se remue, ils mordent ou égratignent les tettes de leur mère qui se courrouce et les blesse ou, parfois, les tue. Pour ces raisons elle se garde, lorsqu‘ils commencent a être fort, de les allaiter mais elle mange tout ce qu’elle peut trouver et leur jette, par la gorge, devant eux ce qu’elle a mangé. Et elle les nourrit ainsi jusqu’à ce qu’ils puissent se nourrir seuls. A un an, ils peuvent engendrer et alors ils quittent leur mère. La saison de l’ours commence en mai et dure jusque tant qu’il courre les ourses.

   
   

Et ils vivent d’herbe, de fruits, de miel, de chair crue ou cuite s’ils peuvent en avoir, de lait, de glands, de faines, de fourmis, et de toute vermine et charogne, et montent sur les arbres pour cueillir les fruits.

   
   

Ils sentent de très loin et ont bon vent plus que toute autre bête, excepté le sanglier, car ils sentiront une pâture de glands jusqu‘à six lieues de distance. Quelquefois, quand tout leur manque par grand hiver et grande famine, ils oseront bien prendre une vache ou un bœuf mais rares sont ceux qui le font mais pourceaux, brebis, chèvres et autre menu bétail mangent-ils bien volontiers quand ils les trouvent à point.

   
   

Ils durent dans leur force dix ans et à grand-peine, un ours peut vivre vingt ans car ils deviennent aveugles et ne peuvent plus quérir leur vie.

   
   

Quand on les chasse, ils fuient l’homme et ne l’attaquent pas s’ils ne sont pas blessés. Mais s‘ils sont blessés, ils courent sur tout ce qu‘ils voient devant eux. Ils ont des bras merveilleusement forts desquels ils étreignent quelques fois un homme ou un chien si fort qu‘ils les blessent ou même les tuent.

   
   

Il est si pesante bête que les chiens qui le veulent bien chasser, le voient toujours car il ne court guère plus qu’un homme. Quand les chiens l’atteignent et commencent à lui faire du mal, il se met en défense. Certains se dressent debout, sur leurs pieds arrière comme un homme mais c’est signe de couardise et d’effroi. Mais quand ils sont sur leurs quatre pieds et attendent l’homme qui vient contre eux, alors c‘est le signe qu ‘ils se veulent revenger et non pas fuir.

   
   

On les chasse aux lévriers ou aux chiens courants, à l’arc, aux épieux, à la lance ou à l’épée, aux lacets ou aux cordes, à la fosse ou autres engins.

   
   

Quand il est blessé il peut échapper aux chasseurs et hors de leur portée, il soigne ses plaies avec ses mains et même tire hors ses boyaux. Il a la chair molle, peu savoureuse et malsaine à manger. Ses pieds sont de tout son corps la part la meilleure à manger.

   
   

Son sein porte médecine contre la goutte et le durcissement des nerfs, mêlé à d’autres onguents.

   
   

La description suivante décrit une relative réalité zoologique et une fiction mythologique que l’on peut qualifié de très présentes :

   
   

La grandeur et l’épaisseur du poil dans lequel tout le corps de l’ours est caché de telle sorte qu’il ne semble être qu’une masse qui n‘a presque aucune apparence d‘animal, l’a fait appeler avec raison informe par Virgile. Mais il n’y a personne qui le trouve tout à fait difforme lorsque, la peau lui étant ôtée. Sa véritable figure peut se voir sans empêchement. Cette difformité de même que celle du singe, qui est estimé la plus laide de toutes les bêtes, est fondée sur la ressemblance, mal prise, qu’ils ont l’une avec l’autre, avec le plus beau de tous les animaux [l’homme], par la règle générale et toujours véritable, que la dépravation des choses les plus parfaites est la pire.

   
   

Il faut aussi que ceux qui, comme Pline, ont dit que la verge de l’ours, si tôt qu’il est mort, s’endurcit comme de la corne, n’ayant pas bien examiné la chose, et qu’ils n’aient ni la hardiesse de s’éclaircir quelle est la verge de l’ours pendant qu’il est vivant, ni la curiosité d’en faire la dissection après la mort car ils auraient trouvé que cette dureté est naturelle des parties de l’ours, de même qu’au chien, au loup, à l’écureuil, etc. qui ont un os à l’extrémité de la verge, comme Aristote le remarque. Celui de notre ours était long de cinq pouces et demi, gros de quatre lignes vers les os du pubis dont il était éloigné de cinq pouces et un peu courbé en forme de S romaine.

   
         
         
   

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