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© Récit de Tornaeus          1675

   
    Magie Lapone

 

   
    Tornaeus rapporte une expérience qu’il a faite avec un Lapon qui est encore en vie [en 1675].    
   

Le Lapon, lui remettant son tambour selon la loi [après que Tornaeus l’eut plusieurs fois rappelé à l’ordre parce qu’il ne le lui apportait pas], déclara avec beaucoup de tristesse, que quoi qu’il s’en défit et n’en fit jamais d’autres, il ne laisserait pas de voir dorénavant toutes ces choses qu’il avait vues jusqu’à cette heure [où il se séparait de son tambour].

Et pour preuve de ce qu’il disait, il raconta en détail, tout ce qui était arrivé à Tornaeus sur la route. en venant en Laponie. Ce qui s’avéra juste du début à la fin.

Il semble que l’on peut faire deux classes, fondées sur les divers instruments dont les Lapons se servent pour exercer leur magie.

La première comprend les choses qui demandent l’usage du tambour, la seconde celles qui se font dans les nœuds, les javelots, les imprécations et autres -choses semblables. Nous ne parlerons ici que du tambour parce que les Lapons en font un usage très particulier.

Ils le nomment ordinairement kannus, et quelquefois quobdas. A cause de sa forme nous l’appellerons tambour laponique ou tambour magique, parce qu’ils s’en servent pour les superstitions de leur magie.

Ils font ce tambour dans un grand tronc d’arbre qu’ils creusent. Ils choisissent de préférence un bouleau, qui croît en certains endroits~ et qui se tourne en suivant directement le circuit du soleil et qui n’aille pas d’une manière contraire à la course de cet astre.

Une peau ou membrane est ensuite étendue sur le corps du tambour. Les Lapons y dessinent alors des figures avec de la couleur rouge faite d’écorce de bois d’aulne, broyée et bouillie, fis tracent d’abord une ligne qui en traverse la surface.

Ils placent sur la ligne la plus haute les dieux pour lesque1 ils ont la plus grande vénération comme Thorum et ses serviteurs ou Stoorjunkare avec les siens. Ils tirent ensuite une autre ligne, plus bas et parallèle à la première.

Tout ce qui est peint -au-dessus de ces lignes doit signifier la lune, les étoiles et les oiseaux. Ils dessinent au-dessous un soleil, comme au milieu des autres planètes, sur lequel ils mettent un paquet d’anneaux d’airain quand ils veulent battre le tambour. Ils représentent enfin, en dessous de ce soleil, toutes les choses terrestres et diverses sortes d’animaux comme des ours, des loups, des rennes, des lacs, des fleuves et autres choses semblables.

Des objets fétiches étaient attachés au tambour tels que dents, griffes et os de pénis d’ours pour en accroître le pouvoir. Enfin des pointes d’étain, enfoncées dans le corps du tambour en plus ou moins grand nombre, témoignaient du nombre des ours abattus jusqu’alors.

Deux choses sont nécessaires pour se servir de ces tambours : la marque et le marteau. La marque, ou indice, est le paquet d’anneaux d’airain qui montre la chose désirée sur les figures peintes de la membrane.

Le marteau sert pour battre le tambour. Les Lapons frappent avec ce marteau sur leur tambour, non pas tant pour faire un bruit considérable que pour faire, par ces battements, remuer l’anneau mis sur la peau afin qu ‘après avoir parcouru toutes les images qui y sont dessinées, il puisse deviner ce qu ‘il faut connaître.

Les Lapons s’imaginent venir à bout d’un grand nombre d’affaires, à la faveur de ces tambours. la première chose qu’ils ont coutume d’observer dans toutes ces sortes de cérémonies, c’est de faire premièrement bien bander le parchemin, présentant au feu la partie supérieure du tambour, qu’ils tiennent un peu élevée. Alors le Lapon frappe dessus en rond autour de la marque, il frappe d’abord doucement jusqu ‘à ce que cette marque [ces anneaux] commence à tressaillir et à se remuer.

A mesure qu’elle s’éloigne davantage du lieu où elle avait été mise au commencement et qu ‘elle s ‘approche de l’un des côtés, il frappe plus fort et de plus en plus jusqu ‘à ce qu’elle soit arrêtée sur l’endroit, dont il a formé le dessein de deviner quelque chose. Il observe aussi de ne jamais se tenir debout mais à genoux quand il frappe sur le tambour.

Un des usages du tambour regarde les maladies. Aussitôt qu’un Lapon se voit accablé par quelque mal, il en recherche la cause. Ainsi celui qui frappe sur le tambour saura si cette maladie est de cause naturelle ou si elle est due à un sort. Il y applique un remède en tâchant de deviner par quel genre de sacrifice quelqu’un de leurs dieux pourra être apaisé.

Et particulièrement Stoorjunkare, sans le bon plaisir duquel ils ne croient pas que le malade puisse recouvrir la santé. Celui-ci doit alors promettre d’offrir à cette divinité, dont l’effigie est posée sur un rocher, quelqu’animal comme victime, tel un renne, un taureau, un bouc ou un bélier.

Cela ne se fait pas au choix du malade mais par ordre exprès et par le commandement de celui qui a battu le tambour. C’est lui, en effet, qui devine avec son tambour celui des dieux qui doit être apaisé par le sacrifice et quelle victime il faut lui offrir car elles ne sont pas toutes indifféremment agréables et la même ne leur plaît pas toujours, en tout temps et en toute occasion.

Ce sont ces pouvoirs qui donnent à cet homme le droit de commander, il faut que le malade se soumette à ce qu’il ordonne. Le rituel se présente ainsi. le malade doit donner à celui qui bat le tambour un anneau de laiton et un autre d’argent. Il les lui lie au bras droit où ils resteront après en récompense de son travail.

   
         
         
   

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