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Orson le sauvage

 

   
   

La reine Bellissant, épouse de l’empereur Alexandre, fut, à la suite de propositions malhonnêtes de l’archevêque de Constantinople, victime d’odieuses calomnies auprès de son époux. Pour se venger des refus sans appel de la reine, l’archevêque laissa entendre à l’empereur qu’il ferait bien de se renseigner sur l’identité du véritable père de l’enfant que Bellissant attendait. Apprenant ces calomnies, la reine, sachant ce qui l’attendait, décida de s’enfuir, la nuit, avec son écuyer.

   
   

Elle prit donc la route de Paris où elle voulait demander asile à son frère, le roi Pépin. Mais de Constantinople à Paris la route est longue et les jours passaient. Ce qui devait arriver arriva. Presque au terme du voyage, alors qu’elle venait d’entrer dans la forêt d’Orléans, la reine fut prise du mal d’enfant. Elle ne put aller plus loin. A peine s’était-elle installée sous un gros chêne qu’elle accoucha et mit au monde deux enfants mâles tandis que son écuyer était parti au village le plus proche, chercher une sage-femme.

   
   

Non encore remise de ses émotions et des douleurs de l’accouchement, la reine vit surgir soudain un ours énorme, qui vint droit à elle, prit un des jumeaux dans sa gueule et l’emporta sans façon. Impuissante, criant de frayeur, la reine posant son second enfant sur le sol, rassembla ses dernières forces pour poursuivre l’ours ravisseur mais ce fut pour néant car il disparut dans sa caverne où Bellissant ne pouvait le suivre. Au fond de la tanière, l’ourse, car c’était une femelle, déposa en pâture l’enfant parmi ses oursons. Mais recevant le petit d’homme, les oursons lui manifestèrent aussitôt leur contentement et à la place de le manger, ils se mirent à le lécher affectueusement. L’ourse, voyant que ses petits voulaient jouer avec le nouveau-né, l’adopta elle aussi et s’efforça de lui donner son lait.

   
   

Dehors, Bellissant, au comble de la détresse et du désespoir, partit chercher de l’aide pour tenter de reprendre à l’ourse son enfant. Mais quelle ne fut pas sa surprise quand, de retour à l’arbre où elle avait laissé le second jumeau, elle n’en trouva plus trace. En effet par le plus grand des hasards, ce jour-là, le roi Pépin était venu chasser dans la forêt d’Orléans. Passant près du chêne séculaire, il découvrit un beau nouveau-né, seul sous cet arbre. Etonné de cette présence insolite, il fit prendre l’enfant par un de ses valets avec la recommandation de l’emmener au château et d’en prendre le plus grand soin.

   
   

La reine, toute pâmée de désespoir, crut mourir de chagrin et de détresse mais ces douleurs n’étant pas suffisantes, elle apprit de la bouche de son écuyer qui arrivait avec la sage-femme, qu’ayant rencontré le roi Pépin sur le chemin, celui-ci avait pris parti pour l’empereur, son beau-frère, et qu’il châtierait comme il se devait sa sœur volage. Il ne restait donc à la reine Bellissant qu’à choisir entre la mort ou l’exil. Ses enfants perdus, accablée, lasse, ne sachant pas si elle était morte ou vivante, la reine partit donc au hasard, tournant le dos à Paris pourtant si proche

   
   

Suite de l’histoire quand les deux fils ont grandi…

   
   

Il fut un temps où le plus valeureux des chevaliers du royaume du roi Pépin s’appelait Valentin. Et Valentin était le second des jumeaux de Bellissant, le frère de Orson le Sauvage et Pépin était leur oncle mais ni Pépin ni Valentin ni Orson ne pouvaient le savoir. Et Valentin, voulant payer sa dette envers le roi qui l’avait adopté et élevé, décida de tenter de mettre hors d’état de nuire le sauvage de la forêt d’Orléans. Devant le danger de son entreprise il décida de partir seul. Il erra longtemps dans la forêt à la recherche du sauvage. Soudain son cheval manifesta des signes d’affolement et il est notoire que les chevaux ont peur des ours. Valentin, prévenu du danger, grimpe aussitôt dans un arbre et se cache dans les feuillages.

   
   

Ainsi commence une longue attente. Le sauvage, ayant découvert le cheval s’en approche pour l’examiner de près, puis se plait à caresser son pelage luisant. De sa cachette, Valentin, qui n’osait plus respirer, observe les comportements du sauvage tout nu et velu comme un ours. Mais le cheval commence à paniquer et, comme Orson l’examine de tous côtés, se regimbe. Toujours sur le qui-vive, Orson croit à une attaque et s’apprête à livrer bataille à cet animal étonnant, inconnu dans les bois. Le pauvre cheval, au comble de la frayeur, va être étouffé par Orson, sans même pouvoir essayer de fuir puisqu’il est attaché à un arbre. Alors, Valentin oubliant le danger, interpelle le sauvage. Etonné par cette voix qui vient des frondaisons, Orson s’arrête tout net et cherche la source de ces sons inconnus. Et il découvre Valentin sur son perchoir. Mais comme il ne sait pas parler il lui fait des signes, l’invitant à descendre et venir se battre avec lui.

   
   

Le chevalier, n’écoutant plus que son honneur, descend de l’arbre non sans avoir recommandé son âme à dieu. Il n’a pas encore posé les deux pieds sur terre, qu’Orson se jette sur lui, conscient de le terrasser en quelques instants. Mais il n’est pas dans l’ordre de la nature que deux frères s’entretuent et Valentin résiste bien au premier assaut et se prépare à faire face aux suivants. De plus, le chevalier a une épée, arme redoutable pour son adversaire qui se bât à main nues. Orson comprend d’ailleurs rapidement que le bâton tenu par Valentin est terriblement dangereux car deux blessures, au bras et à la cuisse, saignent abondamment et le font déjà souffrir. En un instant, Orson casse un arbre dont il se fait une redoutable massue avec laquelle il tiendra désormais Valentin à distance. Alors la bataille s’éternise mais Orson perçoit quelque chose d’étrange dans la voix de Valentin qui lui demande de se rendre car il sent bien que la cruauté du sauvage n’est pas à toute épreuve. Finalement, inspiré par la voix de la nature, Orson, affaibli par ses blessures, se rend à valentin qui n’en croit pas ses yeux. Heureux de cette victoire, il enchaîne aussitôt Orson pour ne pas qu’il lui échappe et, sans attendre, prend le chemin du retour.

   
   

Mais laissons là cette longue histoire qui ne fait que débuter pour aller au château où l’arrivée du sauvage quasi nu que velu, provoque une certaine effervescence. Les femmes se pressent, curieuses, pour observer les comportements du nouvel arrivant. Orson, d’ailleurs, fait vite face à la situation et montre des dispositions innées quant aux rapports avec les femmes. En peu de temps les aventures amoureuses du sauvage alimentent les potins dans les salons du château. Une nouvelle vie l’attend lorsque le roi le confie au barbier pour lui faire subir un rasage vigoureux, puis au tailleur pour le faire habiller dignement et finalement, au curé pour le faire baptiser. Orson est ensuite armé chevalier et avec Valentin, vivra d’innombrables aventures. Au cours de l’une d’entre elles, ils apprendront d’une tête d’airain magique qu’ils sont frères, que leur mère est exilée au Portugal et que leur père est l’empereur Alexandre. Orson prendra d’ailleurs la suite de son père sur le trône de Constantinople, puis, las des fastes de la cour, abandonnera tout pour terminer sa vie en ermite, solitaire au fond des bois.

   
         
         
   

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