L'étude analytique de Sergueï JAKOV "UN FAUX ESPION"
(déboulloner une idole de la foule et mettre fin à un culte de personnalité)

LE MOT D’INTRODUCTION DE L’AUTEUR :
NE TE CREE PAS D’IDOLE !

 

 "Ils regardent et ne voient pas, ils écoutent et n’entendent pas, et ils ne comprennent pas"
(Evangile selon St Mathieu, 13-13). 


Il serait curieux de parler dans un cabinet d’un psychanalyste avec le président Poutine en tête-à-tête, lui faire subir un examen du polygraphe (détecteur de mensonges), lui poser des questions gênantes, restées pour l’instant sans réponses et qui continuent à s’entasser. Néanmoins, même une telle entrevue intime avec ce patient  n’aurait pas garanti une entière véracité scientifique des données sorties de la bouche de l’intéressé. Pour contrevérifier certaines hypothèses scientifiques ainsi obtenues il serait ensuite nécessaire de parler aussi avec ses proches et ses anciens collègues. Mais nous ne sommes pas persuadés qu’ils nous diraient maintenant la vérité, toute la vérité et rien que la vérité.

 

Il serait évidemment encore plus curieux pour un chercheur averti de feuilleter tranquillement le dossier personnel authentique de l’ancien officier du KGB Vladimir Poutine dans les archives secrètes de cet organisme de sécurité idéologique de feue l’URSS. Néanmoins, ce dossier, portant la mention "secret défense" déjà sous l’empire soviétique, aurait été certainement classé "secret absolu" après l’arrivée de Poutine au pouvoir suprême russe. Il est encore plus probable que son dossier particulier a été complètement falsifié ou  totalement détruit encore à l’époque où Poutine était le Directeur du Service fédéral du contre-espionnage (le FSB) et ceci dans le but d’empêcher ultérieurement tout fouineur scientifique de tomber intentionnellement ou par hasard sur les vraies appréciations des qualités professionnelles et de l’individualité de Poutine par ses supérieurs et les services du personnel des "organes" de la sécurité d’Etat soviétique à l’époque où le chef actuel d’Etat russe était encore un simple élément opérationnel du KGB.

 

S’il nous arrivait le malheur de jeter ne serait-ce qu’un coup d’œil dans un tel dossier ultra confidentiel, cela nous aurait mis dans l’impossibilité de faire partager nos découvertes avec le grand public car la lourde machine administrative poutiniste nous aurait immédiatement mis sur le dos une information judiciaire avec les poursuites pénales pour la "haute trahison", "espionnage" et la "divulgation de secrets d’Etat" lors d’un nouveau procès "judiciaire" honteux comme elle a pris l’habitude de fabriquer encore lorsque Poutine était aux commandes du FSB (1998-1999).

 

C’est pourquoi nous allons nous limiter à l’analyse des sources générales complètement ouvertes et accessibles à tout un chacun (quoi qu’une telle rigueur scientifique n’a pas suffit pour préserver des poursuites infâmes du FSB et de l’arrestation honteuse sans la moindre preuve le pauvre Igor Soutiaguine, chercheur de l’Institut des Etats-Unis et du Canada de l’Académie des sciences de la Russie). En définitive, il ne nous est pas indispensable de consulter les sources secrètes de l’ex-KGB pour obtenir une opinion sur le sujet de notre étude. Beaucoup de choses sont visibles à l’œil nu.

 

Il y a une vielle histoire enfantine russe : un petit lapin galope à travers les bois et à un moment donné voit un gros tas de merde fraîche, puant à un kilomètre à la ronde. L’animal curieux et naïf  s’arrête, s’approche avec précaution, prend soigneusement un bout de merde dégoûtante et dégoulinante dans ses pattes, le regarde méticuleusement de très près, le renifle très longtemps, le prend dans sa bouche, le mâche consciencieusement, crache avec dégoût et enfin s’éclate satisfait : "Tiens, mais c’est de la merde ! Heureusement  je n’ai pas marché là-dedans !" 

 

Nous n’allons pas imiter l’exemple du petit lapin naïf et trop méticuleux. Il ne nous est pas nécessaire de trop s’approcher et encore moins - prendre la merde dans la bouche, pour comprendre que c’en est une. Il nous suffit de l’observer attentivement de loin. Même si l’on  cache un gros tas de merde, il restera ses traces et son odeur. On ne peut pas tout cacher : tout secret tôt ou tard sera connu de tous. Ce sont des banalités.

 

Dans l’espionnage "visuel" il y a la notion suivante : la recherche des objectifs secrets camouflés de l’adversaire en se basant sur les petits éléments visibles démasquant. Si un site militaire fonctionne, il laisse toujours des traces, il y a toujours quelques petites choses qui dépassent. Un espion bien entraîné n’a pas besoin de voir de près absolument tout : quelques petits détails clés, insignifiants aux yeux des dilettantes, peuvent suffire à un professionnel pour qu’il se fasse une idée très précise et complète sur les caractéristiques et les composantes d’un  objectif caché. Les scientifiques ont bel et bien reconstruit un squelette entier de dinosaure à partir d’un seul petit os. Allons nous aussi nous mettre au travail d’analyse !

 

A la veille des "élections" présidentielles russes du mars 2000 les image-makers et les manipulateurs de l’opinion publique du Kremlin ont suggéré au candidat Poutine, un obscur apparatchik complètement inconnu au grand public, d’éclaircir un peu le rideau de brouillard trop épais qui enveloppait sa personnalité tchékiste. C’est ainsi qu’a  été écrit à la va-vite et publié à la  hâte le livre "De la première personne : les conversations avec Vladimir Poutine". C’est justement cette merveilleuse œuvre d’agitprop, initialement destinée à créer une image plus flatteuse et populiste du futur successeur officiel de Eltsine, qui va servir d’objet d’analyse à  notre étude approfondie.

D’abord regardez attentivement la photo de Poutine sur la couverture de ce livre. Sur les lèvres minces et trop larges par rapport à la surface de son visage on perçoit un sourire, pratiquement aussi  énigmatique que celui de la Joconde de Michel-Ange. Un regard des yeux légèrement bridés  de type mongoloïde d’un observateur sur ses gardes est dirigé sur le coté et vers l’extérieur de la photo. Le candidat à la présidence de Russie semble fuir le regard franc et direct de ses électeurs potentiels. Ceci est un détail extrêmement révélateur. Ses conversations donc ne sont pas directement destinées au large public qui n’est finalement pas son vrai interlocuteur. Poutine parle avec une tierce personne, et nous sommes juste des témoins muets de ces dialogues. Mais notre mutisme ne signifie pas notre passivité. Nous sommes extrêmement attentifs à tout ce qui est dit par Poutine. Nous savons déjà beaucoup de choses au sujet des questions qu’il soulève. Nous avons notre propre opinion là-dessus – une vision indépendante et un avis  assez critique. Nous allons lire et relire à maintes reprises chaque ligne, peser chaque mot, analyser chaque virgule, comparer sa version des faits avec la réalité, nous intéresser à tout ce qu’il nous a caché, à toutes les omissions et les demi- vérités.

Cette œuvre ouverte de la propagande électoraliste acharnée a été jusqu’à ce jour, selon nous, une des plus grandes fautes de Poutine et de l’équipe qui l’entoure. Car en réalité il n’y avait aucun besoin d’agitprop à l’époque – de toute façon, en mars 2000 Poutine n’avait pas d’alternative et son "élection" ne faisait aucun doute. Ce livre, pratiquement inutile dans la course électorale de Poutine, est devenu en revanche un événement pour tout chercheur. Contre toute attente, l’ancien kaguébiste cachottier et prudent s’est mis à raconter presque trop de choses intimes et graves sur lui-même. Sa personnalité insignifiante et grise, comme par enchantement, s’est mise à briller de toutes les couleurs du spectre.

 

Le juriste diplômé Poutine avait complètement oublié la règle d’or de la justice : vous avez le droit de garder le silence. Si de votre plein gré vous renoncez à ce droit, tout ce que vous diriez, pourra être utilisé contre vous. Nous sommes persuadés que si Poutine reste longtemps au pouvoir, ce malheureux livre sera tôt ou tard confisqué des bibliothèques et brûlé comme une source d’informations trop gênantes et sincères sur les faces cachées de la vie du dictateur (le principal auteur de ce livre, Nathalie Guévorkian a déjà été sanctionnée par le pouvoir –  son nom a été rayé du pool restreint des journalistes officiellement admis dans les couloirs du Kremlin).

 

Il faut donc profiter de ce moment de vérité. Nous basant sur les racontars de Poutine et de son entourage, faisons l’analyse des contradictions dans cette version publique de la biographie professionnelle de l’ex-officier du KGB qui est souvent présenté dans l’opinion publique comme une sorte d'espion brillant du service des renseignements extérieurs de l’URSS (la Première Direction principale du KGB – la PGOU), parlant à la perfection l’allemand. Ces mythes ne résistent pas une seconde à un examen plus attentif. Il se révèle que, sans parler des idiomes étrangers, Poutine manie avec beaucoup de peine même sa propre langue maternelle et qu’en réalité il n’avait jamais travaillé dans la PGOU. Pour illustrer ses propos et sans prétendre à la vérité en dernière instance, nous proposons à l’attention de nos lecteurs les notes que nous avons faites sur les marges du livre autobiographique de Poutine.

 

Sergueï JAKOV, politologue,
ancien officier de la Direction spéciale de la PGOU du KGB

schtirlitz@post.com