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LE
VOEU DES FEES, Chapitre 20, par Edouard Califan
Il ne restait plus que mon crâne à vêtir. Après
plusieurs essais, nous
optâmes pour une chevelure bouclée et mi–longue d'un roux atténué
qui
mettait en valeur ma carnation pâle. Nous avions hésité
longtemps pour la
poitrine, mais avec le corset bien ajusté mes petits seins d'homme
faisaient
saillie honorable et je n'eus pas même à user d'artifice pour
sembler
femme. Eve et Chris s'affairaient autour de moi, corrigeant tel ou tel
détail, rajustant un pli de ma robe, une jarretelle trop lâche.
Hormis les
bas et le corset, je ne portais rien d'autre et ma suavité tactile
s'exacerbait
au moindre mouvement. Le contact avec tant d'étoffes délicates
et de
soieries fines se mêlait aux souffles d'air infimes en transportant
mes sens.
Je ne me vis pas dans la glace, mais une autre
me souriait, d'une
intouchable beauté. Je n'aurais jamais cru un jour être si
belle. Tout
qualificatif masculin m'était interdit, désormais. Eve me
dévorait des yeux
et s'il avait fallu du temps pour qu'elle se l'avoue, elle était
éperdue
d'amour pour ma nouvelle image.
Nous employâmes le reste de la journée
à des futilités, passant le plus clair
du temps au salon à causer. Sans cesse ma gestuelle et ma voix
se
corrigeaient à partager ma vie avec mes deux femmes. Il fallait
convenir
que j'étais parvenu à une perfection rare ; loin du clinquant
des travestis
je m'installais dans la peau d'une femme, allant jusqu'à identifier
mon sexe
à l'autre dans les émotions ressenties pendant l'amour.
Simplement, je
restais mâle en mon essence profonde et cela ne constituait pas
un obstacle.
Il leur fallait ma virilité, sans quoi il leur eut manqué
l'indispensable. Mais
elles se passaient fort bien de mon personnage masculin. Moi aussi. Cet
extrême était ma vocation, je n'avais pu ni souhaité
m'y soustraire, et
j'avais eu grâce à mes fées l'opportunité délicieuse
de la susciter. Elles
m'accordaient des vœux, mes fées, et se souciaient de mon plaisir
comme je
m'inquiétais du leur. Aussi absurde que pouvait paraître
mon état aux
personnes étrangères, j'étais parvenu au summum du
bonheur, en en
profitant sans retenue.
Moi, femme à sexe d'homme, je fus emmenée
à la ville une semaine plus
tard, pour être montrée à Geneviève, dont les
petits rides se plissèrent
d'admiration à ma vue. À quatre nous fêtâmes
mon avènement, à petits
verres de vodka glacée.
Quand Eve, Chris et moi sortîmes de la boutique,
nous nous dirigeâmes
d'un pas décidé vers le centre et sa foule, où nous
nous fondîmes...
Serré par le drap entortillé par
mon mauvais sommeil, les poils tirés par le
frottement et la sueur, j'ouvris les yeux et me vis seul. Elsa ne reviendrait
jamais ; un petit jour rêche éclairait ma tanière
d'homme abandonné, mon
chez moi négligé, la peau qui me gratte et ce songe qui
m'assaille, me saute
au cervelet. Et mon sexe dressé, saugrenu, solitaire...
F I N
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