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CITATHEQUE

(en construction)

Une formule brève, une pensée ramassée en une phrase ou deux, un aphorisme paradoxal ou une maxime originale donnent souvent plus à réfléchir que de longs discours. Voici, choisies dans une large variété d'ouvrages, des citations classées de façon thématique. Puissent-elles, grâce à de tels raccourcis, vous conduire à l'émergence de vos propres pensées.

ACTE     ADAPTATION     AGE     AGIR     AIMER     AMOUR     ANARCHISME     APPRENDRE     AUTORITE     BIEN    BIOLOGIE     BOMBE ATOMIQUE     CHAOS     COMPETITION     COMPRENDRE     CONTRADICTION     CROISSANCE     DONNER     ECRIRE     ECRIVAIN     ENFANT     ESPRIT CRITIQUE     ETHIQUE     FOLIE     HOMME     LIBERTE     MALADIE     MORT      PENSEE     PERFECTION     PERSONNALITE     PHILOSOPHIE     PLAISIR     POETE     PROGRES     PSYCHOLOGIE     QUESTION     SANTE MENTALE     SECRET     SENSIBILITE     SENTIMENT     SINCERITE     SOLITUDE     SUICIDE     VIEUX     VOYAGE

ACTE

Un acte ça va trop vite. Il sort de toi brusquement et tu ne sais pas si c’est parce que tu l’as voulu ou parce que tu n’as pas pu le retenir.

Jean-Paul SARTRE

(Les mains sales. Paris, Gallimard, 1948, p. 33)

Un acte est libre dans la mesure où l'asservissement qu'il provoque concourt à produire une liberté plus élevée, servile dans la mesure où il contribue à dégrader la liberté existante.

Roger VAILLAND

(N'aimer que ce qui n'a pas de prix. Paris, Editions du Rocher, 1995, p. 148)

 

ADAPTATION

Pourquoi un homme parfaitement adapté créerait-il quoi que ce soit, puisque toute création porte le risque de troubler ce qui est ?

Maryse CHOISY

(Qu'est-ce que la psychanalyse ? Paris, L'Arche, 1950, p. 22)

L’homme est à la fois profondément inadapté et profondément adaptable. Individu, il est profondément inadapté à son statut spécifique à ce point que depuis son apparition sur terre il nie la mort pour croire en une survie ;  il est profondément inadapté à son statut social à ce point qu’il brise constamment dans ses rêves la contrainte qu’il subit et la brise parfois effectivement dans ses révolutions. Mais il vit de son lien spécifique, se nourrit de la société et finalement peut s'adapter à tout en demeurant l’éternel inadapté.

Edgar MORIN

(Autocritique. Paris, Seuil, 1975, p. 247)

C'est un immense problème que de savoir si l'homme pourra, indéfiniment, s'adapter à ce qu'il s'ajoute.

Jean ROSTAND

(Carnet d'un biologiste. Paris, Stock, 1959, p. 10)

 

AGE

Bien des drames inutiles seraient évités si l'on interdisait aux enseignants de connaître l'âge de leurs élèves; l'âge est une donnée médicale qui devrait être réservée aux médecins.

Albert JACQUARD

(Idées vécues. Paris, Flammarion, 1989, p. 33)

Dans la civilisation de l’avenir, l’âge de l’inquiétude et de la révolte se situera aux alentours de la soixantaine.

Jean-François REVEL

(La cabale des dévots. Paris, J. J. Pauvert, 1965, p. 232)

 

AGIR

La réaction première, c'est d'agir. De faire quelque chose. Même et surtout, quand il n'y a rien à faire. Je dirais que, moins il y a à faire, plus il y a pression pour que quelque chose se fasse.

Claude FROCHAUX

(Aujourd'hui je ne vais pas à l'école. Lausanne, L'Age d'Homme, 1982, p. 11)

On ne connaît l'agir que comme la production d'un effet dont la réalité est appréciée suivant l'utilité qu'il offre. Mais l'essence de l'agir est l'accomplir. Accomplir signifie : déployer une chose dans la plénitude de son essence, atteindre à cette plénitude.

Martin HEIDEGGER

(Lettre sur l'humanisme. Paris, Aubier, 1964, p. 27)

 

AIMER

Aimer un être, cela n’est pas seulement brûler de le posséder, c’est souhaiter qu’il s’épanouisse. Il n’est pas de moment plus sacré, plus suave, que celui où l’avidité qui nous jetait vers lui est suspendue par l’intérêt que nous lui portons, où nous ne pensons plus à le saisir parce que nous sommes ravis de le contempler, et où le besoin de l’avoir disparaît dans l’émotion de le voir vivre.

Abel BONNARD

(Savoir aimer. Paris, Albin Michel, 1937, p. 85)

L’âme a besoin d’aimer, n’importe qui, n’importe quoi, comme le corps a besoin de manger. Il y a des âmes qui meurent de faim.

Albert SAMAIN

(Carnets intimes. Paris, Mercure de France, 1939, p. 147)

Si le moi est haïssable, aimer son prochain comme soi-même devient une atroce ironie.

Paul VALERY

(Tel quel I. Paris, Gallimard, 1941, p. 44)

Il n'existe pas d'être capable d'aimer un autre être tel qu'il est. On demande des modifications, car on n'aime jamais qu'un fantôme. Ce qui est réel ne peut être désiré, car il est réel.

Paul VALERY

(Tel quel I. Paris, Gallimard, 1941, p. 55)

 

AMOUR

Tout amour prépare au suivant. Longue initiation ou calvaire, selon les cas, dont chaque rencontre est une station. Jusqu'au dernier, celui avec lequel vont s’accomplir les " noces mystiques ".

Madeleine CHAPSAL

(La maison de jade. Paris, Bernard Grasset, 1986, p.61)

Il est difficile de définir l'amour. Ce qu'on en peut dire est que, dans l'âme, c'est une passion de régner ; dans les esprits, c'est une sympathie, et dans le corps, ce n'est qu'une envie cachée et délicate de posséder ce que l'on aime après beaucoup de mystères.

LA ROCHEFOUCAULD

(Maximes et réflexions. (1678). Paris, Gallimard, 1965, p. 36)

L’Amour, dont l’essentiel est d’être partageable, risque en permanence de s’instituer au nom de la plus grande efficacité : je l’aime ; je veux lui faire des paradis pour demain ; et je deviens un tyran. Les tyrans prétendent agir au nom de l’amour ; mais la tyrannie est un champignon qui détruit l’acte d’aimer.

Abbé PIERRE

(Absolu. Paris, Seuil, 1994, p. 145)

 

ANARCHISME

Pour les anarchistes, le problème humain est aussi simple que celui des noix : brisez la coquille dure des institutions sociales et goûtez le cœur savoureux. Théorie contagieuse ; mais j’aurais bien aimé savoir si jamais les noix pousseront sans coques sur les arbres.

Arthur KOESTLER

(Un testament espagnol. Paris, Albin Michel, 1939, p. 121)

Bien loin d'être individualiste, la théorie anarchiste est essentiellement sociale. Elle l'est même tellement qu'elle croit volontiers la sociabilité humaine naturelle, spontanée, harmonieuse, pouvant et devant par conséquent se passer des contraintes étatiques. Bakounine affirmait qu'on ne devient libre que par la liberté des autres. Peut-être pourrait-on dire de l'anarchisme qu'il est le remède spécifique contre tout totalitarisme.

Jean LACROIX

(Préface à Communisme, anarchie et personnalisme. Emmanuel Mounier, Editions du Seuil, 1966, p. 6)

 

APPRENDRE

Ni la contrainte, ni la sévérité, ne vous ouvriront l'accès de la vraie sagesse, mais bien l'abandon et une joie enfantine. Quoi que ce soit que vous vouliez apprendre, abordez-le avec gaieté.

Henry David THOREAU

(Journal 1837-1861. Paris, Les Presses d'aujourd'hui, 1981, p. 39)

 

AUTORITE

Le fondement de toute autorité est dans l'avantage de celui qui obéit.

Napoléon BONAPARTE

(Ainsi parle le chef. Paris, Balland, 1983, p. 44)

L'autorité c'est le pouvoir de l'auteur, le droit d'auteur, la capacité du désir à féconder ; le mois d'août, mois de la fécondité, a la même racine.

Yves PRIGENT

(L'expérience dépressive. Paris, Desclée de Brouwer, 1978, p. 45)

Je tiens beaucoup à avoir de l'influence sur les autres mais j'ai très peu envie d'exercer sur eux une quelconque autorité ou un quelconque pouvoir.

Carl ROGERS

(Autobiographie. Paris, Epi, 1971, p. 6)

 

BIEN

Le bien représente un danger dès qu'il est agi du dehors, en forme de principes et de lois, et ne pousse pas dans une expérience.

Jean SULIVAN

(L'écart et l'alliance. Paris, Gallimard, 1981, p. 98)

 

BIOLOGIE

Le problème de la biologie est de comprendre comment, à partir d’un univers qui, par postulat de base, est dépourvu de projet, arrivent à se constituer des êtres qui ont un projet.

Jacques MONOD

("Entretien avec Jacques Monod". Lausanne,  Editions l'Age d'Homme, Cahiers Cistre 4, 1978, 13-31.)

 

BOMBE ATOMIQUE

L'usage de l'énergie atomique, en tant que conquête irrévocable de l'homme, l'immobilise, interdit, au croisement de deux chemins dont l'un sur le plan collectif mène au suicide, l'autre au plus inespéré des mieux-être. Pour choisir le second, ce ne sera pas trop de toute la capacité de refus, de toute l'audace et de tout le génie dont il est capable.

André BRETON

(Entretiens. (5 octobre 1946). Paris, Gallimard, 1969, p. 243)

6 août 1945. Pour la première fois, une bombe atomique est lancée. La ville d'Hiroshima est rasée. Deux jours plus tard, une seconde bombe détruira Nagasaki. Toutes les perspectives de l'humanité sont bouleversées. Aucun des tournants précédents de son histoire, ni la maîtrise du feu, ni l'invention de l'écriture, ni la découverte d'un nouveau continent, n'a été aussi décisif. Cette fois, les hommes se sont donnés à eux-mêmes une puissance telle qu'elle dépasse les capacités de la planète; ils mettent en danger tout ce qu'elle porte.

Albert JACQUARD

(Idées vécues. Paris, Flammarion, 1989, p.30)

Les gens s'habituent à tout avec une effrayante facilité. Quand on a lancé une bombe atomique sur Hiroshima et Nagasaki le monde entier a été frappé de terreur, et s'est dit : "Ca, c'est vraiment épouvantable." Eh bien, maintenant, la bombe atomique est rangée au nombre des armes tactiques, et elle n'empêche personne de dormir. Quelque chose de démodé, d'attendrissant, comme les arcs et les flèches.

Bertrand RUSSELL

(Ma conception du monde. Paris, Gallimard, 1962, p. 162)

 

CHAOS

Il faut encore porter en soi le chaos, pour être capable d'enfanter une étoile dansante.

Frédéric NIETZSCHE

(Ainsi parlait Zarathoustra. Paris, Le Livre de Poche, 1963, p. 23)

C'est en appliquant des schémas abstraits à la réalité que l'homme apprend à voir, à percevoir ; sinon il se meut dans le chaos.

Roger VAILLAND

(N'aimer que ce qui n'a pas de prix. Paris, Editions du Rocher, 1995, p. 96)

 

COMPETITION

Nous commençons à découvrir que les mots d’ordre de la société dominante, la société occidentale basée sur la compétition, conduisent la collectivité humaine à la catastrophe. Il est urgent de réfléchir et de définir un objectif acceptable par tous.

Albert JACQUARD

(Le souci des pauvres. Paris, Calmann-Lévy, 1996, p. 14)

 

COMPRENDRE

Mon expérience personnelle comme mon expérience de professeur me font mettre en doute l'intérêt de comprendre rapidement. Comprendre, c'est créer en soi une structure mentale; ce ne peut être qu'une longue construction. L'élève qui déclare "je n'ai pas compris" fait preuve d'une vive intelligence. Il comprend qu'il n'a pas compris; et c'est ce qu'il y a de plus difficile à admettre.

Albert JACQUARD

(Idées vécues. Paris, Flammarion, 1989, p. 146)

Lorsqu'un homme tire du fond de lui sa vérité, on écoute sans même comprendre, ou peut-être que chose se comprend en vous.

Jean SULIVAN

(Consolation de la nuit. Paris, Gallimard, 1968, p. 33)

Si vous n'avez pas été au bord du suicide ou prêt à tuer, ou humilié, anéanti, si votre mensonge ne vous a pas été révélé comment pouvez-vous espérer comprendre qui que ce soit ?

Jean SULIVAN

(L'écart et l'alliance. Paris, Gallimard, 1981, p. 30)

 

CONTRADICTION

La contradiction n’est pour moi ni le secret du monde, ni le butoir qui nous interdit le secret du monde. Elle est plutôt le signe des vérités que nous pouvons atteindre. Elle est vérificatrice de conscience : tout ce qui élude ou escamote la contradiction est fuite vers le délire. Autrement dit encore : la conscience contradictoire brise la tendance permanente à la réification et la mythologie.

Edgar MORIN

(Autocritique. Paris, Seuil, 1975, p. 238)

La contradiction m'exalte comme la vie elle-même, parce qu'elle est la vie.

Roger VAILLAND

(N'aimer que ce qui n'a pas de prix. Paris, Editions du Rocher, 1995, p. 179)

 

CROISSANCE

Partout la boussole indique la croissance. Et partout il y a croissance du mal-être dans cette civilisation de la croissance. D’où une contradiction majeure : la croissance est vitale pour nos économies, mais à long terme elle est mortelle pour les sociétés et la planète elle-même.

Edgar MORIN

(Une année Sisyphe. Paris, Seuil, 1995, p. 424)

 

DONNER

Donner convenablement, c'est honorer ; donner beaucoup, c'est corrompre.

Napoléon BONAPARTE

(Ainsi parle le chef. Paris, Balland, 1983, p. 36)

Ceux qui te donnent un serpent alors que tu leur demandes un poisson, n'ont peut-être rien d'autre que des serpents à t'offrir. C'est donc généreux de leur part.

Khalil GIBRAN

(Le sable et l'écume. Paris, Albin Michel, 1990, p.83)

Il n'est qu'une façon de donner, qui est de donner vite et sans joie, comme si l'on se débarrassait.

Jean ROSTAND

(De la vanité. Paris, Eugène Fasquelle, 1925, p. 95)

 

ECRIRE

Ecrire n'est-ce pas se lever au milieu de la nuit, parmi les choses réelles et irréelles, proches et étrangères, aller jusqu'au bout de sa folie, troubler le sommeil des gisants, annoncer l'aube ?

Jean SULIVAN

(Consolation de la nuit. Paris, Gallimard, 1968, p. 117)

Composer des phrases qui suggèrent beaucoup plus qu'elles ne disent, qui soient évocatrices, qui ne décrivent pas simplement une impression connue, mais en produisent une nouvelle, des phrases aussi suggestives et durables qu'un aqueduc romain : ciseler de telles phrases, voilà l'art d'écrire.

Henry David THOREAU

(Journal 1837-1861. Paris, Les Presses d'Aujourd'hui, 1981, p. 73)

 

ECRIVAIN

L'écrivain s'en alla tout triste : il venait de comprendre que le seul chef-d'oeuvre, c'est vivre.

Gilbert CESBRON

(Journal sans date. Paris, Robert Laffont, 1963, p. 45)

Qu'est-ce qu'un écrivain ? C'est quelqu'un qui ne sait pas son métier, ou du moins qui s'efforce de faire toujours ce qu'il ne sait pas.

Madeleine CHAPSAL

(Les écrivains en personne. Paris, René Julliard/Union Générale d'Editions, 1973, p. 5)

Je voulais dire au monde un seul mot. Comme je n’y arrivais pas, je suis devenu écrivain.

Stanislaw Jerzy LEC

(Nouvelles pensées échevelées. Paris, Editions Noir sur Blanc, 1993, p. 26)

Un grand écrivain est un homme qui sait nous surprendre en nous disant ce que nous savions depuis toujours.

Jean ROSTAND

(Pensées d'un biologiste. Paris, Stock, 1954, p. 184)

 

ENFANT

Si je ne sais toujours pas ce qu’est un enfant, je commence à savoir à quoi il sert : un enfant, c’est ce qu’on n’a pas réussi à vivre et qu’on tente de vivre à travers quelqu’un d’autre.

Madeleine CHAPSAL

(La maison de jade. Paris, Bernard Grasset, 1986, p. 362)

Je ne crois pas qu’il faille laisser les enfants suivre en toutes choses leurs goûts, leurs penchants, ou plutôt leurs caprices. Il faut se garder d’être leurs tyrans, il faut se garder d’être leurs esclaves : les deux extrêmes se touchent et sont également dangereux.

Agricol PERDIGUIER

(Mémoires d’un compagnon. (1855) Paris, Union Générale d’Editions, 1964, p. 26)

Nos enfants ne sont pas des outils. Notre devoir est de les informer impartialement, de les mettre en mesure de choisir ou de rejeter nos valeurs. Ce n’est pas à nous de nous servir d’eux, mais à eux d’apprécier ce qu’ils reçoivent de nous.

Jean-François REVEL

(La cabale des dévots. Paris, J. J. Pauvert, 1965, p. 236)

Le monde pour l'enfant n'est pas un spectacle : il est dedans, l'enfant. On l'en tire pour en faire un petit animal savant qui tournera une roue de l'immense mécanique sociale. Les adultes l'entourent tous penchés vers lui : et qu'il vienne à répéter les mots de la tribu, tous applaudissent. Ressemble-nous vite, disent-ils, apprends ce que tout le monde sait, éprouve les sentiments qu'il convient d'avoir, les peurs, laisse enfouie à jamais la part la plus délicate, la plus secrète de toi-même.

Jean SULIVAN

(Devance tout adieu. Paris, Gallimard, 1966, p. 60)

 

ESPRIT CRITIQUE

L’esprit critique est en général mortel pour la production. Ce qui fait précisément la force de certains tempéraments, c’est leur incapacité de juger.

Albert SAMAIN

(Carnets intimes. Paris, Mercure de France, 1939, p. 147)

 

ETHIQUE

Une éthique n’est pas véritablement digne de ce nom si elle n’est pas une transcendance qui élève l’individu au-delà de lui-même, et même l’homme au-dessus de son espèce. C’est ainsi que j’en suis arrivé à l’éthique de la connaissance, l’éthique qui est l’ascèse de l’objectivité.

Jacques MONOD

(Radioscopie. Volume 1. Jacques Chancel. Paris, Robert Laffont, 1973, p. 27)

L’éthique est un sentiment existentiel, comme le sentiment de la liberté, que contredit toute science, tout regard sur le passé comme toute prévision du futur, mais qui est la sève du présent vécu. Et cette sève du vécu, chose paradoxale, c’est la présence en nous du devoir-être, de l’idéal, du refus, c’est-à-dire du virtuel et de l’imaginaire.

Edgar MORIN

(Autocritique. Paris, Seuil, 1975, p. 243)

 

FOLIE

Nous nous retranchons derrière notre visage; le fou se trahit par le sien. Il s'offre, il se dénonce aux autres. Ayant perdu son masque, il publie son angoisse, l'impose au premier venu, affiche ses énigmes. Tant d'indiscrétion irrite. Il est normal qu'on le ligote et qu'on l'isole.

CIORAN

(Syllogismes de l'amertume. Paris, Gallimard, 1952, p. 58)

Ils me considèrent comme fou, car je n'échange pas mes jours contre de l'or. Et je les traite de fous, car mes jours n'ont pas de prix.

Khalil GIBRAN

(Le sable et l'écume. Paris, Albin Michel, 1990, p. 99)

Doutez-vous vraiment que dans cent ans d’ici l’on découvrira que nous étions tous fous, pas métaphoriquement mais au sens littéral, clinique ? Vous ne vous êtes jamais avisée que lorsque les poètes parlent de la folie de l’homme, ils émettent un jugement non pas poétique mais médical ?

Arthur KOESTLER

(Les hommes ont soif. Paris, Calmann-Lévy, 1951, p. 414)

La folie est un dérangement dans les organes, qui fait voir plusieurs objets trop vite, ou qui arrête l’imagination sur un seul avec trop d’application et de violence.

VOLTAIRE

(Lettres philosophiques. (1734) Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 178)

 

HOMME

Comme unité de mesure du monde et des autres, chaque homme n'a que soi. C'est même sa définition. Ce n'est pas le rire mais la solitude qui est le propre de l'homme, ainsi que sa passion d'en sortir.

Gilbert CESBRON

(Journal sans date. Paris, Robert Laffont, 1963, p. 86)

Ma définition de l'homme est simple : c'est l'être qui se donne forme et qui le sait ; qui sait qu'il n'est qu'en se donnant forme. Et parce qu'il a ce pouvoir, il n'en a jamais fini de l'exercer sur soi ni sur le monde qu'il intègre à lui.

Pierre EMMANUEL

(Pour une politique de la culture. Paris, Seuil, 1971, p. 110)

Ce qu'il y a de grand en l'homme, c'est qu'il est un pont et non but : ce que l'on peut aimer en l'homme, c'est qu'il est une transition et un déclin.

Frédéric NIETZSCHE

(Ainsi parlait Zarathoustra. Paris, Le Livre de Poche, 1963, p. 21)

L'homme n'est qu'un nœud de relations. Les relations comptent seules pour l'homme.

Antoine de SAINT-EXUPERY

(Pilote de guerre. Paris, Gallimard, 1942, p. 172)

L’homme est né pour l’action, comme le feu tend en haut et la pierre en bas. N’être point occupé et n’exister pas est la même chose pour l’homme. Toute la différence consiste dans les occupations douces ou tumultueuses, dangereuses ou utiles.

VOLTAIRE

(Lettres philosophiques. (1734) Paris, Garnier-Flammarion, 1964, p. 173)

 

LIBERTE

L'aspiration de la nature humaine vers la liberté est invincible, elle peut être écrasée mais elle ne peut être anéantie.

Vassili GROSSMAN

(Vie et destin.(1960). Paris, Julliard/L'Age d'Homme, 1983, p.200)

On peut se permettre d'observer les hommes, de rire de leur sottise ou d'en avoir pitié, mais il faut les laisser libres de suivre leur chemin.

Hermann HESSE

(Knulp. Paris, Calmann-Lévy, 1972, Le Livre de Poche, p.45)

Parler de liberté, c’est parler d’ingérence. Quand je m’ingère dans les choix d’un autre, que ce soit une nation ou un individu, je commence à limiter sa liberté. A long terme, cela débouche sur un monde merveilleusement organisé, où tout fonctionne bien, parce qu’il n’y a plus de liberté pour personne.

Albert JACQUARD

(Absolu. Paris, Seuil, 1994, p. 130)

Il est certain qu'en lisant et en réfléchissant on augmente sa faculté de penser ; pourquoi n'augmenterions-nous pas de même cette faculté qu'on nomme liberté ? Il n'y a aucun de nos sens, aucune de nos puissances à qui l'art n'ait trouvé des secours. La liberté sera-t-elle le seul attribut de l'homme que l'homme ne pourra augmenter ?

VOLTAIRE

(Lettres choisies. (Lettre à M***, 1728). Paris, Librairie Ch. Delagrave, 1885, p. 23)

 

MALADIE

En ce qui concerne le corps, il y a certes autant, sinon plus de malades imaginaires que de malades réels, mais dans le domaine de l'esprit, il y a sans aucun doute autant, sinon beaucoup plus, de bien portants imaginaires que de bien portants réels.

Georg Christoph LICHTENBERG

(Aphorismes. (1764-1799). Paris, Jean-Jacques Pauvert, 1966, p. 249)

Ceux qui se portent bien n'ont pas le temps d'être malades. C'est en nous que les événements et les circonstances ont leur origine. Ils naissent des semences que nous avons jetées.

Henry David THOREAU

(Journal 1837-1861. Paris, Les Presses d'aujourd'hui, 1981, p. 137)

 

MORT

Seuls les morts peuvent ressusciter. Pour les vivants, c’est plus difficile.

Stanislaw Jerzy LEC

(Nouvelles pensées échevelées. Paris, Editions Noir sur Blanc, 1993, p. 8)

Voilà, pour moi, ce qu’est la mort. Mon envie de mourir n’est pas du tout morbide ; c’est une soif de soleil et d’eau claire ; c’est la rencontre ; les grandes vacances.

Abbé PIERRE

(Absolu. Paris, Seuil, 1994, p. 192)

N'êtes-vous pas fatigués d'enfiler des perles pour vous guérir de la peur ? C'est parce que vous n'êtes pas encore nés que vous craignez tant la mort.

Jean SULIVAN

(Joie errante. Paris, Gallimard, 1974, p. 303)

La mort dure toute la vie. Dans toute hypothèse, elle cesse aussitôt qu'elle est.

Paul VALERY

(Tel quel I. Paris, Gallimard, 1941, p. 72)

 

PENSEE

La pensée console de tout et remédie à tout. Si quelquefois elle vous fait du mal, demandez lui le remède du mal qu'elle vous a fait, et elle vous le donnera.

CHAMFORT

(Maximes et pensées.(1795).Paris, Gallimard/Librairie Générale Française, 1970, p.29)

Il faut multiplier la quantité des pensées de telle façon qu’il n’y ait pas assez de gardiens pour les surveiller.

Stanislaw Jerzy LEC

(Nouvelles pensées échevelées. Paris, Editions Noir sur Blanc, 1993, p.15)

On vit en parfait imbécile, mais parfois de fulgurantes pensées vous assaillent.

André SINIAVSKI

(Pensées impromptues. Paris, Christian Bourgois, 1968, p.7)

 

PENSER

Un homme qui ne pense pas par lui-même ne pense pas du tout.

Oscar WILDE

(Aphorismes. Paris, Mille et une nuits, 1995, p.8)

 

PERFECTION

La perfection est une défense. Mettre la perfection entre soi-même et l'autre. Entre soi-même et soi-même.

Paul VALERY

(Tel quel I. Paris, Gallimard, 1941, p. 36)

 

PERSONNALITE

La personnalité est une institution qui, comme toute institution, joue au bénéfice exclusif de la classe privilégiée.

Roger VAILLAND

(N'aimer que ce qui n'a pas de prix. Paris, Editions du Rocher, 1995, p. 129)

 

PHILOSOPHIE

La philosophie, telle que je l'ai toujours comprise et vécue, consiste à vivre volontairement dans les glaces et sur les cimes, - à rechercher tout ce qui dans l'existence dépayse et fait question, tout ce qui, jusqu'alors, a été mis au ban par la morale.

Friedrich NIETZSCHE

(Ecce Homo. (1888) Paris, Gallimard, 1974, p. 9)

 

PLAISIR

Le plaisir étant un luxe, une dépense d'énergie inutile, non profitable, il s'oppose aux règles de la société où tout est calculé pour le profit.

Françoise PARTURIER

(Lettre ouverte aux hommes. Paris, Albin Michel, 1968, p. 140)

Le plaisir vient quand le désir a remplacé le besoin.

Roger VAILLAND

(N'aimer que ce qui n'a pas de prix. Paris, Editions du Rocher, 1995, p. 113)

 

POETE

Les gens ont peur des poètes, ils ont raison. Un poète, cela dérange bien des choses, c'est très troublant la poésie. Ca n'est pas un jeu. C'est quelque chose qui vous fait remonter très loin dans votre passé.

Gaston BACHELARD

(Les écrivains en personne. Madeleine Chapsal. Paris, Julliard / Union Générale d'Editions, 1973, p. 17)

Un poète est un roi déchu. Assis parmi les cendres de son palais, il tente d'en faire renaître une toile de paroles.

Khalil GIBRAN

(Le sable et l'écume. (1926). Paris, Albin Michel, 1990, p. 64)

Grandeur des poètes de saisir fortement avec leurs mots, ce qu'ils n'ont fait qu'entrevoir faiblement dans leur esprit.

Paul VALERY

(Tel quel I. Paris, Gallimard, 1941, p. 32)

 

PROGRES

Quand un cannibale mange avec une fourchette et un couteau, est-ce un progrès ?

Stanislaw Jerzy LEC

(Nouvelles pensées échevelées. Paris, Editions Noir sur Blanc, 1993, p. 29)

Le concept de progrès agit comme un mécanisme de protection destiné à nous isoler des terreurs de l’avenir.

Frank HERBERT

(Dune. Paris, Robert Laffont, 1972, p. 330)

L'histoire progresse, non pas frontalement comme un fleuve, mais latéralement comme un crabe, à partir de déviances qui deviennent tendances, s'imposent comme norme, laquelle norme sera attaquée, corrodée, remplacée par de futures déviances / tendances.

Edgar MORIN

(Journal d'un livre. Paris, Inter Editions, 1981, p. 50)

Je ne saurais concevoir le mot progrès et lui donner un sens en art, en poésie pas plus qu’ailleurs. Quand une formule a une fois réalisé son maximum d’expression, tout est dit ; et l’on ne saurait songer à perfectionner le portait de Rembrandt au Louvre, le torse de la Vénus de Milo, ou le sourire de la Joconde.

Albert SAMAIN

(Carnets intimes. Paris, Mercure de France, 1939, p. 231)

 

PSYCHOLOGIE

Actuellement, la psychologie me paraît pour l'essentiel si stérile que je n'ai pour elle aucun sentiment d'attachement. Si apparaissait une nouvelle profession qui corresponde davantage à ce qui m'intéresse, je la rejoindrais sans autre chose qu'un dernier regard pour la psychologie.

Carl ROGERS

(Autobiographie. Paris, Epi, 1971, p. 78)

 

QUESTION

Ne vivez pour l'instant que vos questions. Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses.

Rainer-Maria RILKE

(Lettres à un jeune poète. Paris, Grasset, 1937, p. 43)

Les très grandes questions sont celles sur quoi le premier venu n'a pas, plus qu'un autre, chances de déraisonner.

Jean ROSTAND

(Carnet d'un biologiste. Paris, Stock, 1959, p. 129)

 

SANTE MENTALE

Penser, réaliser ce qui arrive aujourd'hui même dans le monde, les milliers d'avions en marche, la clameur d'épouvante, les ruisseaux de sang humain, la torture collective et imbécile infligée à des hommes par des hommes au nom de valeurs qui ne tiennent que par l'argent, cela suffirait à faire basculer la raison. La santé mentale de l'ordinaire sagesse ne dure que par l'aveuglement.

Jean SULIVAN

(Consolation de la nuit. Paris, Gallimard, 1968, p. 76)

 

SECRET

Les secrets qui nous sont les plus chers, nous les livrons trop dans la maladresse et le désordre; nous les trahissons, aussi bien, sous un déguisement trop apprêté. Mieux vaut attendre d'être expert à leur donner une forme, sans cesser de faire entendre leur voix, de savoir unir à doses à peu près égales le naturel et l'art; d'être enfin. Car c'est être que de tout pouvoir en même temps.

Albert CAMUS

(L'envers et l'endroit. Paris, Gallimard, 1958, p. 29)

Il n'y a pas de secret sinon celui-ci : dépouillez-vous de toute attente et de toute image afin d'être un dans l'essence sans image et sans forme.

Jean SULIVAN

(Consolation de la nuit. Paris, Gallimard, 1968, p. 102)

 

Les véritables secrets d'un être lui sont plus secrets qu'ils ne le sont à autrui.

Paul VALERY

(Tel quel I. Paris, Gallimard,1941, p. 52)

 

SENSIBILITE

Ne méprisez la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c'est son génie.

Charles BAUDELAIRE

(Fusées. (1887). Oeuvres complètes. Paris, Robert Laffont, 1980, p. 396)

Cette pensée me revient fréquemment en tête : ne pas être sensible, c’est être une brute, être trop sensible, on en meurt.

Edgar MORIN

(Pleurer, aimer, rire, comprendre. Arléa, 1996, p.114)

 

SENTIMENT

La plupart des hommes, quand ils cessent d'éprouver intensément un sentiment, ne s'y résignent pas et feignent de le ressentir toujours. Ils sont pareils aux petits enfants qui, pour conserver leur verre plein, ajoutent sans cesse de l'eau à ce qui leur reste de sirop.

Gilbert CESBRON

(Journal sans date. Paris, Robert Laffont, 1963, p. 11)

 

SINCERITE

La sincérité est une ouverture de cœur. On la trouve en fort peu de gens, et celle que l'on voit d'ordinaire n'est qu'une fine dissimulation pour attirer la confiance des autres.

LA ROCHEFOUCAULD

(Maximes et réflexions (1678). Paris, Gallimard, 1965, p.36)

 

SOLITUDE

Si les gens se font grief de leur solitude, c’est que la société discrédite cette façon de vivre.

François BOTT

(Les miroirs feraient bien de réfléchir. Paris, Plon, 1992, p. 38)

La solitude est impraticable, et la société fatale. Il faut tenir notre tête dans l'une, et nos mains dans l'autre. Nous y arriverons si, en gardant l'indépendance, nous ne perdons pas notre sympathie.

Ralph Waldo EMERSON

(Société et solitude. Paris, Armand Colin, 1926, p. 14)

La solitude ne se rompt que par la violence. On reste incompris, méconnu. Toujours vaincu, exaspéré, en prison. C'est l'impossibilité fondamentale, la première contradiction : ce qui est unique en chacun ne peut être su de personne, seulement pressenti. Nous pouvons dire uniquement de nous ce qui est pareil à d'autres. Parler, c'est déjà se placer dans le rang.

Brice PARAIN

(Petite métaphysique de la parole. Paris, Gallimard, 1969, p. 55)

Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer durant des heures personne, c'est à cela qu'il faut parvenir.

Rainer-Maria RILKE

(Lettres à un jeune poète. Paris, Grasset, 1937, p. 61)

 

SUICIDE

Ne se suicident que les optimistes, les optimistes qui ne peuvent plus l'être. Les autres, n'ayant aucune raison de vivre, pourquoi en auraient-ils de mourir ?

CIORAN

(Syllogismes de l'amertume. Paris, Gallimard, 1952, p. 92)

Ne le dites jamais, mais je suis dans une sorte de stupeur permanente de constater si peu de suicides dans un temps comme le nôtre, tellement l’univers semble imbécile et sans perspectives.

Abbé PIERRE

(Absolu. Paris, Seuil, 1994, p. 70)

 

VIEUX

N'être plus écouté : c'est cela qui est terrible lorsqu'on est vieux.

Albert CAMUS

(L'envers et l'endroit. Paris, Gallimard, 1958, p. 43)

Devenir vieux, c'est ne plus être obsédé par le nombre des années écoulées depuis le début, mais par le nombre de celles qui sont encore disponibles avant la fin. Jeune, on comptabilise les jours comme une richesse peu à peu accumulée, vieux comme un trésor peu à peu dilapidé, jusqu'à épuisement.

Albert JACQUARD

(Abécédaire de l'ambiguïté. Paris, Seuil, 1989, p.24)

On n'est pas vieux tant que l'on cherche.

Jean ROSTAND

(Carnet d'un biologiste. Paris, Stock, 1959, p. 8)

Il n'y a guère de différence entre être plus vieux ou plus jeune parce que la seule chose qui fait que l'on a vieilli c'est qu'on ne peut plus être surpris.

Gertrude STEIN

(Autobiographie de tout le monde.(1937) Paris, Seuil, 1978, p.42)

Chaque homme naît vieux, emmailloté de mots Il faut une vie entière pour rajeunir et les ressusciter de leur tombeau. La vocation primordiale de tout homme. Car tout homme est créateur. Ne le saviez-vous pas ?

Jean SULIVAN

(Joie errante. Paris, Gallimard, 1974, p. 149)

 

VOYAGE

Tout voyage qui n'est pas intérieur est condamné à n'être qu'une errance.

Robert SABATIER

(Le livre de la déraison souriante. Paris, Albin Michel, 1991, p. 47)

Georges Adamczewski - 5 mai 2002.

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