Grabuge au complexe islamique de Tsinga
Par Bana Barka

 

 

 

 

 

Samedi dernier le complexe islamique de Tsinga à Yaoundé a été le théâtre d’une pièce de mauvais goût, jouée par un groupe d’individus déterminés à profaner les lieux. Selon les témoins, ces personnes ont essayé d’enterrer le chef de la communauté haoussa, décédé la veille aux dires des uns, et mardi selon d’autres sources.

Curieuse en effet que cette initiative, incompréhensible de prime abord, d’inhumer un défunt dans l’enceinte d’une mosquée. Toute personne moyennement instruite en Islam sait qu’il est strictement interdit d’enterrer une personne, fut-elle une autorité, dans une mosquée. L’Islam par cette disposition vise comme on le sait à éviter que les édifices funéraires ne deviennent des lieux de culte ou de pèlerinage. Il est à souligner que même le Prophète Muhammad (SAW) n’a pas fait une pareille requête et que si son tombeau se trouve aujourd’hui dans l’enceinte de la mosquée de Médine, ce n’est qu’à la suite des agrandissements de cette mosquée qui ont fini par recouvrir ce tombeau, sans pour autant que cela prête à conséquence dans le domaine cultuel.

Ainsi, devant une tentative comme celle de Tsinga, on est en droit de s’interroger sur les motivations qui ont poussé les haoussas de la Briqueterie à essayer d’inhumer leur chef dans la mosquée…Réalisaient-ils ainsi un vœu du défunt ou l’ont-ils fait de leur propre chef ? Dans ce cas, quelles pouvaient être les retombées d’un tel geste ?

Pour comprendre les raisons de cette tentative peu orthodoxe, il faut peut-être prendre en considération le lieu, la mosquée choisie : le complexe islamique de Tsinga, synonyme depuis son inauguration de tiraillements entre haoussas et les différentes communautés ethniques musulmanes (bamouns et peuls). Le choix d’un tel lieu procède de leur volonté, maintes fois contrariée mais toujours déterminée, de garder sous leur giron cette mosquée.

Ainsi, le chef ou ses partisans ont dû se dire que si la mosquée convoitée abritait le tombeau du chef des haoussa, la revendication de ce lieu de culte n’en reviendrait que plus « légitime » : leur attitude n’a pas d’explication plus plausible, même s’il est évident qu’elle est absolument irrecevable au regard de l’orthodoxie islamique. Les auteurs de cet acte ont de toute évidence misé sur une justification qu’ils sont les seuls à partager.

Si cette interprétation est vraie, il faudrait en conclure que les haoussas responsables de cet acte se sont probablement inspirés des chrétiens catholiques chez qui de tels actes ont une signification et, surtout, des implications. Il semble en effet qu’on n’abandonne jamais une église qui abrite les restes d’un prêtre et que le clergé s’arrange toujours pour la garder. Les partisans du chef ont dû se dire qu’une revendication de la mosquée de Tsinga fondée sur un tel argument ne laisserait pas insensibles les autorités administratives du pays, de confession chrétienne pour la plupart, et qui leur apporteraient ainsi leur concours puisque la démarche dans leur religion ne cause aucun problème.

Leur entreprise ayant échoué, le chef haoussa a finalement été inhumé dans son domicile, autre acte qui fait fi de la légalité, religieuse ou républicaine. Les partisans du défunt ne s’en sont pas formalisés une fois de plus, tout comme ils n’ont eu aucun scrupule à violenter l’imam de la mosquée, qui s’était à juste titre opposé à l’inhumation de leur chef dans le complexe. Ce n’est qu’une fois les forces de l’ordre arrivées sur place qu’ils ont définitivement renoncé à leur dessein.

Nul doute que cette affaire va relancer la controverse autour du leadership du complexe islamique de Tsinga, ce qui est déplorable pour l’unité de la communauté musulmane.

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