© Yann Ropers, 2007
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Histoire

L'histoire du vin étant un processus en cours. Conséquemment, cette page sera mise à jour de façon périodique, au fil de l'évolution des choses.

 

La préhistoire

Je n'ai aucune difficulté à croire que l'invention du vin soit accidentelle, qu'elle remonte à la préhistoire, et qu'elle fût associée à des rituels religieux.

Il existe plusieurs écoles de pensée sur la question. La principale difficulté pour établir une chronologie du vin réside dans l'absence de documents écrits et de témoignages visuels tels que des dessins, pour démontrer qu'il existât une histoire du vin avant l'histoire qu'on lui connaît, l'écriture datant de l'ère du néolithique.

Néanmoins, si l'on accepte la théorie voulant que la découverte du vin fût conjecturale, il faut tenir compte du principe de base de fermentation qui est causée par une interaction biologique entre les sucres et les levures, en l'absence d'oxygène — avant ou après le début de la culture de la vigne. Cet accident de parcours pourrait avoir été causé par l'entreposage de raisins (ou d'autres fruits) qui, sous leur propre poids, se seraient brisés, libérant le moût qui, suivant l'action des levures naturelles, aurait fermenté en un jus plus ou moins alcoolisé.

Le phénomène de fermentation étant tout à fait naturel, il est possible que les humains de la préhistoire, qui connaissaient déjà des méthodes pour contrôler la fermentation des fruits, eussent choisi de laisser la fermentation se faire plutôt que de la prévenir, parce qu'ils aimaient le goût des fruits fermentés, et qu'à force d'en consommer cela finissait par leur monter à la tête.

Cela expliquerait pourquoi l'on eût retrouvé des jarres vieilles de plusieurs millénaires avec, à l'intérieur, des pépins de fruits — non que cela signifie qu'il y eût forcément foulage des fruits, mais peut-être seulement entreposage pendant une certaine période, à la chaleur et à l'abri de l'air.

Les rituels sacrés

Il n'est de substance psychotrope qui n'eût pas fait partie de quelque rituel tôt ou tard, selon les civilisations. Considérons à titre d'exemple le Lophophora williamsii mieux connu sous le nom de Peyotl (le T précède le L), un petit cactus à partir duquel on produit la mescaline (C11H17NO3), un alcaloïde psychotrope hallucinogène puissant, employé par les chamans depuis l'ère paléolithique dans leur quête spirituelle de connaissance.

Comme pour la plupart des drogues, le vin était probablement associé à quelque intervention divine et consommé lors de rituels sacrés, notamment les Égyptiens, les Grecs, les Étrusques et les Romains — nous n'avons qu'à songer aux associations entre vins et divinités : Dionysos et Bacchus. Et… comme pour la plupart des drogues, le vin a sans doute été dissocié de sa fonction première — divine et sacrée —, passant aux mains du peuple à des fins rattachées à la fête et au plaisir, pour ses vertus euphorisantes.

De la jarre à la barrique

Il n'y a nul doute à l'effet que le vin eût été conservé dans des jarres ou des amphores dans l'Antiquité — les illustrations le démontrent. Pour préserver le vin, les Grecs avaient coutume de sceller ces récipients avec du plâtre et de la résine de pin, ce qui donnait au vin un goût particulier qu'on retrouve encore aujourd'hui dans les Retsina, pour lesquels la méthode consiste à ajouter de la résine de pin au moût au cours de la fermentation.

Or, à l'époque de la conquête romaine en Gaule, le vin, qui jusque là semblait méconnu, fait non seulement son apparition mais aussi une transition dans une optique de conservation. Même si la présence de vignes en Gaule à l'époque est débattu — quoique très possible —, il est reconnu historiquement que les Gaulois soient responsables de l'élevage — à tout le moins la conservation — du vin en barriques, lesquelles étaient déjà utilisées pour contenir la cervoise.

Le chauvinisme romain

Le vin a toujours été sujet de controverse. Aujourd'hui, même si sa consommation est permise dans la plupart des pays, suivant les religions, l'abus n'en demeure pas moins impopulaire. Dans l'Antiquité, sous le règne de Domitien (Domitianus, 51 à 96 A.D.), déjà la concurrence se faisait sentir. Le lobbying de l'époque étant étroitement lié aux aspects commerciaux au sein de l'Empire lui-même, l'empereur Domitien ordonna qu'on arrache des ceps para-italiens pour radier la concurrence, interdisant de même la plantation de nouvelles vignes.

Il faut attendre l'empereur Probus (vers 232 à 282 A.D.) pour que cette interdiction soit levée. Comme son prédécesseur deux siècles plus tôt, cette réforme visait avant tout un objectif économique : faire des économies. L'histoire n'est pas tout à fait claire à ce propos, mais j'imagine sans difficulté qu'il revenait moins cher pour l'Empire que l'élaboration des vins soit faite sur place en “ régions administratives  ” romaines, plutôt que d'exporter le vin sur de longues distances, ce qui engendrerait un coût plus élevé.

Rappelons aussi que cette époque est marquée par l'anarchie militaire (235 à 285 A.D.), qui a eu pour effet d'affaiblir l'Empire dans une perspective économique, en raison du nombre élevé d'empereurs et d'usurpateurs qui se sont succédé au pouvoir.

L'église s'en mêle

À l'effondrement de l'Empire Romain d'Occident, en 476 A.D., l'église en France prend le flambeau, en raison notamment des terres et domaines où l'on cultive la vigne, qui appartiennent à des Papes, des évêques et des moines (il n'y a qu'à songer à Châteauneuf-du-Pape, quoique l'on doive cette apppellation à l'installation des Papes en Avignon, au cours du XIVe siècle).

Il m'apparaît normal que le vin se soit inscrit dans l'eucharistie chrétienne, ce qui nous ramène au rituel sacré dont il était question précédemment, quoiqu'à cette époque le vin n'eût pas été à l'usage exclusif des prêtres, quoique l'on associe volontiers la bière aux moines.

L'Angleterre et la France

Il est une histoire très réelle et très connue du milieu littéraire et linguistique, à savoir celle du mariage d'Aliénor d'Aquitaine (Bordeaux) et d'Henri Plantagenêt, comte d'Anjou et du Maine, puis roi d'Angleterre (Henri II), car dès lors la langue française s'impose à la Cour, raison notamment pour laquelle aux XIIe et XIIIe siècles, une grande partie du vocabulaire français de l'époque passe à l'anglais.

Dans une optique commerciale, la région de Bordeaux doit en partie son renom actuel à cette alliance historique, surtout auprès des Britanniques, lesquels étaient grands acheteurs de ces vins.

Les crus des rois

L'histoire du vin dépend des principaux intéressés, et les principaux intéressés sont non seulement des amateurs mais aussi des propriétaires. Il ne faut pas se surprendre qu'au cours du Moyen Âge plusieurs rois en France eussent possédé chacun leur propre vignoble.

Il est dit qu'Henri de Navarre (Henri IV) en eût un dans le sud-ouest (Jurançon). Néanmoins, ceux de la Loire sont d'un grand intérêt, car qui dit Loire dit Royauté, et qui dit Royauté dit renom. Il n'y a qu'à songer au Château de Chenonceau, célèbre pour avoir été la résidence de Diane de Poitiers, principale rivale de Catherine de Médicis.

En outre, il y avait un vignoble d'Île-de-France, c'est-à-dire dans la région parisienne. Ce vignoble n'existe cependant plus qu'à l'état morcelé et sans grand intérêt : 11 hectares.

Le vin d'ici plutôt que d'ailleurs

Pour des raisons de transport terrestre, la consommation de vin accuse un peu partout de chauvinisme. On boit ce qu'on produit à proximité. Cela restera une vérité jusqu'à l'avènement du réseau ferroviaire, qui facilitera le transport en grande(s) quantité(s) des vins d'un peu partout. Néanmoins, ce “ patriotisme ” vinicole reste aujourd'hui ancré dans les croyances et habitudes d'une bonne proportion de gens habitant des régions vinicoles de tout pays, même ceux industrialisés.

Le classement de 1855

Il est de ces faits presque honteux qu'on préfère taire, et qu'on tend aujourd'hui à oublier. La renommée de Bordeaux étant bien établie, il allait presque de soi qu'un classement allait tôt ou tard survenir.

Celui du Médoc a été établi à la demande de Napoléon III, pour l'exposition universelle (des produits de l'agriculture, de l'industrie et des beaux arts de Paris) de 1855 (mai à octobre), suivant les coûts de l'époque, étroitement rattachés à la demande, ce qui était significatif de la qualité des vins (sans oublier l'aspect des édifices qui s'élèvent au sein des crus). Ce classement n'a été revu qu'une fois, en 1973, où l'on a fait passer le Mouton Rothschild de 2e Cru à 1er Cru.

Il est à noter que dans une optique financière, l'exposition de 1855 a été un flop : 75 % en pertes, environ. C'est pire que l'Expo 67, qui accuse d'une perte d'environ 50 %.

L'épidémie du Dactylosphæra vitifoliæ

Issu de la famille des phylloxeridæ, l'insecte est aussi connu sous le nom de phylloxera vastatrix. Il s'agit d'un parasite originaire de l'Amérique du Nord, passager clandestin qui a causé la destruction du vignoble européen à partir de 1863. Le phylloxéra s'attaque à la racine des plants, aux ceps pour ainsi dire. S'ensuit une dégénérescence de la vigne qui, privée d'eau et de nutriments, finit par mourir.

Pour remédier à l'épidémie, les viticulteurs ont greffé des plants de vitis vinifera à des ceps d'autres vitis nord-américains tels que le labrusca, déjà résistant au phylloxéra. Ainsi peut-on dire qu'une majorité de cépages actuels sont des hybrides, c'est-à-dire des croisements entres deux vitis différents. En outre on appelle les cépages non-greffés des cépages issus de l'époque pré-phylloxérique.

Il est à noter enfin que le phylloxéra existe toujours, et fait actuellement de nouveau surface.

Décrets français des années 30

En France, les années 30 sont marquées par une multitude de décrets de l'Institut National des Appellations d'Origine (lui-même institué en juillet 1935), fixant les barèmes de production de vins français selon leur origine. Ainsi s'amorce un travail de codification des Appellations d'Origine Contrôlée, qui tient compte principalement de l'aire de récolte, du rendement maximal, du titrage minimal et de l'encépagement.

Décrets italiens des années 60

Basé sur le principe des A.O.C. en France, les Denominazione di Origine Controllata (e Garantita), ou D.O.C.(G.), sont instituées en 1963. Les vins qui comportent la mention D.O.C.(G.) proviennent de régions vinicoles précises, approuvées par un décret ministériel. Les règles entourant leur classification sont aussi semblables à celles des A.O.C.

Bouchons synthétiques et capsules

Le liège, issu principalement du chêne-liège, est un matériau qu'on retrouve dans l'écorce de l'arbre. Il a pour fonction de le protéger du froid et des insectes. Bien que son extraction fasse partie d'un processus d'entretien de l'arbre, et que son utilisation pour sceller les bouteilles de vin soit vue d'un bon œil auprès des puristes, il demeure un risque de “ goût de bouchon ” qui touche environ 10 % de la production mondiale, et qui est dû notamment à la présence de TCA (trichloroanisole).

L'utilisation de bouchons synthétiques permet d'éviter ce problème, quoique le bouchon synthétique ne soit recommandable que dans le cas de vins de consommation courante (qui doivent être bus peu de temps après leur commercialisation), sans quoi il peut se développer dans le vin un goût de pétrole plutôt que de liège, selon le modèle du bouchon.

Reste l'option du bouchon à vis, dont l'utilisation pour le vin date du début des années 70. Efficace pour les vins de consommation courante, mais peu recommandable pour les vins de garde.

Le réchauffement climatique

À très court terme et dans une perspective vinicole, le réchauffement climatique aura probablement un effet sur les titrages en alcool des vins. Conséquemment, à plus long terme il faudra repenser le calendrier des vendanges. Il est aussi possible que les producteurs plus au sud dussent déménager vers le nord, et que dans les régions septentrionales on produise autant de grands vins rouges que de blancs.

La question du réchauffement climatique est actuellement sujet de controverse. S'opposent groupes environnementalistes et lobbies politiques, conséquemment économiques, le lobbying consistant en une pression politique par des groupes d'intérêt. Même si dans une optique socio-économique-politique il s'avère difficile de trancher, rappelons que le lobby constitue aussi un enclos où l'on met les bêtes avant de les abattre, et que cela pourrait être aussi vrai au sujet des humains.

Or, pour clore cette page sur une réflexion métaphysique, à quoi donc servirait le vin s'il n'y eût plus personne pour le savourer  ?

Table des matières

• La préhistoire
• Les rituels sacrés
• De la jarre à la barrique
• Le chauvinisme romain
• L'église s'en mêle
• L'Angleterre et la France
• Les crus des rois
• Le vin d'ici plutôt que d'ailleurs
• Le classement de 1855
• L'épidémie du Dactylosphæra vitifoliæ
• Décrets français des années 30
• Décrets italiens des années 60
• Bouchons synthétiques et capsules
• Le réchauffement climatique

©  Yann Ropers, 2003-2008

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