[ vendredi 12 septembre ]

Le temps mauvais, j’aime ça aussi, que nulle lumière trop claire m’expose, que l’on me laisse marcher à l’abri d’un chapeau de pluie… J’ai marché jusqu’au bout de la rue ce matin, j’ai levé la tête j’ai regardé ma ville, encore mes yeux se baissent devant quiconque voulant soutenir mon regard, mais une, deux fois peut-être, j’ai levé la tête j’ai regardé ma ville. Pas à pas je rejoins la vie extérieure.

Ce n’est pas encore naturel, il faut se pousser le corps au dehors, quand je me vide en dedans. J’ai un peu froid, j’ai un peu peur, vidée du travail imposé, terminé, j’ai un peu peur de me retourner, et un peu aussi d’avancer. Mais au dehors, au-dedans, c’est pareil finalement, on replie les calendriers, et on attend de voir. Où on va, où on part, ou bien on reste là. Il ne faut que continuer, au dehors, au-dedans, marcher jusqu’au bout de la rue, oublier son ombre, regarder la ville. Rien que ça ne pas chercher à savoir surtout pas, ne pas chercher l’issue à tout prix, une chance sur deux pour qu’il n’y en ait pas. Alors…

Il ne reste que des livres à lire, et des pages blanches à combler, comme des appartements vides où on ne saurait encore quels meubles ramener. Combien de fois se dire qu’on se verrait bien tout jeter, tout démonter, remonter, oublier l’existant, créer de l’inédit, quelque chose d’étonnant, combien de fois enfin se dire qu’il y a ça et ça et ça, et tout ça c’est moi et au bout du compte je ne peux rien jeter, j’crois que je vais tout garder.

Et c’est ainsi tous les ans en automne, on se figure, on se figure… et puis tout revient pareil, le passé se mêlera encore c’est sûr aux pensées qu’on voudrait plus fraîches, ceux sur qui on fermait la porte hier sont les mêmes qui viendront mettre de l’amertume dans le café demain. Et si ce ne sont pas eux les autres y ressembleront sûrement. Les nouveaux départs j’y crois pas. Y’aurait fallu qu’ils me voient partir, alors peut-être dans leurs yeux j’aurais pu croire que ce que je faisais s’appelait revenir. Mais les nouveaux départs j’y crois pas, tous mes départs ne m’ont jamais éloigné de moi. Y’a rien de nouveau à ça

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