| back Un si doux visage (suite et fin) * O'Neill regardait les environs à l'aide de jumelles. Des arbres, des arbres, des arbres à perte de vue. Il avait escaladé une petite colline pour découvrir que la végétation s'étendait jusqu'à l'horizon. Quelques vallonnements, et toujours aucun oiseau, pas même un écureuil ou un surmulot… "Carter du nouveau ?" cracha O'Neill dans son walkie. "Non mon colonel. Pas de signe d'énergie, aucune radiation. Je ne comprends pas. Je suis sûre d'avoir lu une signature hier, mais aujourd'hui je n'en ai plus aucune trace." "Vous avez trouvé quelque chose Teal'c ?" "Oui." "Alors ?" "Des racines qui pourront nous permettre de nous alimenter. Nous avons les mêmes sur Chulak. "Très bien ! Bon Teal'c, Carter, on rentre ! Daniel doit péter les plombs ! Ne traînez pas en chemin. Cet endroit ne m'inspire aucune confiance." Jack se releva, rangea ses jumelles. Il se retourna brusquement. Quelque chose ou quelqu'un l'épiait, il l'aurait juré. Il posa la main sur son arme négligemment et remonta ses lunettes sur son nez. Rien. Rien qu'il puisse voir en tout cas. Il se mit à redescendre la colline en direction du camp, sur ses gardes. * Daniel pestait en faisant chauffer l'eau du café. Il en avait soupé des corvées que lui imposait Jack. Le fait d'être un civil ne signifiait pas forcément ne pas prendre part à l'action. D'un geste rageur, il sortit les rations de la cantine et les jeta par terre. Une douleur fulgurante lui déchira la poitrine et il s'effondra comme une poupée de chiffon, incapable de reprendre son souffle. Il sortit le walkie de son étui, l'alluma et appela à l'aide. Aucun son ne sortit de sa bouche et il perdit connaissance. * "Alors Daniel ? Ca va comme vous voulez ?" musarda Jack en entrant dans la grande salle voûtée. "…" "Daniel ?! Daniel !!! Carter !! Au camp en vitesse ! Daniel est redevenu Machello et il est inconscient !" hurla Jack dans le walkie. Jetant ses armes et son sac à dos, il se précipita auprès de Daniel et palpa son pouls. Rien. Il commença à lui faire du bouche à bouche en priant le ciel que le cœur n'ait pas cessé de battre une heure plus tôt. Le corps était encore tiède. "Daniel ! Daniel ! Revenez ! Faites un effort," ahanait-il en insufflant l'air dans les poumons de l'archéologue. "Ne me faites pas un truc pareil ! Daniel !" continua-t-il en appuyant fortement sur sa poitrine. Rien. Il reprit le bouche à bouche, puis posa son oreille sur la poitrine du jeune savant. Rien. Il s'agenouilla à hauteur du thorax et donna un violent coup de poing au niveau du cœur puis se remit à souffler en pinçant le nez de Daniel. Il sentit un spasme agiter le corps de son ami et se recula pour vérifier que ses sens ne le trompaient pas. La poitrine se soulevait irrégulièrement et Daniel fut pris d'une violente quinte de toux. Il le souleva pour l'installer en position assise et le cala contre lui pour qu'il ne tombe pas. Il accueillit Carter vertement. "Carter ! Qu'est-ce que vous fichiez ! Est-ce qu'on a des ampoules d'adrénaline ou de trinitrine ou de je ne sais quoi dans ce foutoir ?" "Laissez-moi regarder mon colonel. Mon dieu ! Machello…" "Dépêchez-vous, il est très faible." "Je me dépêche. Voilà. Une seconde," dit Sam en préparant l'injection, "ça y est…" "Carter, vous avez intérêt à trouver un moyen de nous sortir d'ici ou Daniel ne va pas s'en sortir. Je ne sais même pas combien de temps il est resté sans vie. Priez pour qu'il ne soit pas transformé en légume !" aboya le colonel. "Bien monsieur," dit Sam d'une voix neutre. La condition devait être critique sinon Jack ne se serait pas montré aussi injuste. Elle soupira et essaya de réfléchir. Elle avait du mal à s'empêcher de jeter des regards à Daniel. Pourquoi est-il redevenu Machello ? Sam trouve quelque chose ! Vite ! Elle sortit son appareil de mesure et testa toute la salle puis s'éloigna en direction de la sortie, un pli au milieu du front. Teal'c s'était immobilisé, le visage impassible. Il se dirigea vers le FRED et sortit les explosifs et les mèches. "Me permettez-vous une expérience O'Neill ?" "Tout ce que vous voudrez Teal'c ! Mais VITE ! Il respire à peine !" Le jaffa s'éloigna. O'Neill entendit donner les ordres brefs qu'il lançait à Carter et l'agitation des préparatifs. La respiration de Daniel devenait erratique. Il déboutonna sa veste et desserra son col pour l'aider à respirer. Cette situation était absurde ! Daniel n'était pas Machello ! Pas plus qu'il n'était un Jaffa ou Sam un Gould ! Quelqu'un agissait sur leurs esprits… Mais qui ? "Je suis prêt O'Neill," annonça Teal'c. "Quoique vous vouliez faire, faites-le ! MAINTENANT !" "Très bien," dit le jaffa en actionnant la télécommande. La porte des étoiles cracha sa langue liquide et l'enfer se déclencha. * Le général Hammond tournait en rond dans son bureau. D'abord SG-4 qui se trouvait en situation délicate sur P2B-6683 qui avait nécessité l'envoi d'un médiateur. La mission diplomatique du major Kovachek et de SG-9 qui tournait au massacre. SG-7 irradié pendant une mission de routine. SG-10 qui était revenu en pièce après une lutte acharnée contre des insectes géants. Et voilà que SG-1 ne donnait aucun signe de vie. Ils avaient envoyé une sonde sans succès. Les images relayées par la télémétrie étaient inexploitables. La luminosité était telle que les vidéos ne transmettaient que du blanc et des parasites. Plus bizarre, aucun son ne leur parvenait. Il consulta sa montre. Il aurait dû annuler le code des GDOs depuis plus de deux heures. Il répugnait à le faire. Il était certain que SG-1 allait s'en sortir. Ils s'en sortaient toujours. La culpabilité le rongeait mais il était trop tard pour les reproches. Le colonel O'Neill n'était pas parti offworld avec son équipe depuis des semaines et l'avait pratiquement supplié de l'envoyer n'importe où ! Il savait qu'il n'aurait pas dû céder, mais devant l'insistance de O'Neill qui avait entrepris le siège de son bureau, il avait sorti de sa manche une mission de routine. Au vu des relevés du MALP, il savait que les informations dont ils disposaient au départ étaient loin d'être suffisantes, mais aucun danger ne semblait menacer. La planète était virtuellement morte. Si O'Neill avait besoin d'une promenade de santé, pourquoi pas P2X-897 ? Il sortit de son bureau et interrogea le sergent de garde au poste de contrôle. Un signe de dénégation. Le sergent osait à peine respirer. La semaine avait été rude pour le SGC. Hammond ne pouvait se permettre de perdre sa meilleure équipe. Surtout sans comprendre. "Simmons, envoyez une deuxième sonde sur P2X-897 ! "Tout de suite mon général." "Prévenez-moi dès que nous avons des relevés." "Le MALP se rematérialisera dans 5, 4, 3… la sonde est passée monsieur ! … Heu… la communication a été interrompue… Je crois…" "Vous croyez,"hurla le général. "Repassez la bande, le plus lentement possible." Le technicien s'exécuta. La sonde retransmettait les images d'une forêt. Pas de trace de SG-1. Le FRED était stationné non loin de la porte. Au bout de 6 secondes, une série d'explosions secouait la sonde et la transmission était interrompue. "Faites analyser ces données ! Je veux le plus d'informations possibles !" s'écria Hammond avant de sortir en courant. "Bien mon général," murmura le technicien en éjectant la cassette. Hammond claqua la porte de son bureau et souleva le combiné. Non. C'est trop tôt, décida-t-il. Il s'assit lourdement sur son siège et reprit son attente. * O'Neill protégeait le corps de Daniel. Sam s'était roulée en boule et se serrait contre les deux hommes. Teal'c impassible regardait les débris retomber autour de lui. "Mon colonel ! Ils ont envoyé une sonde au moment où nous avons fait tout sauter ! "Je vois. Une chance qu'ils aient pu recevoir la télémétrie ? "Je ne pense pas mon colonel," dit Sam qui examinait le MALP. "Les systèmes ont été détruits par le souffle." "Parfait ! Ce n'est pas une bonne journée, finalement." "O'Neill. Il apparaît que le temple n'existait pas. Nous étions à l'intérieur d'une espèce de blokhaus. Je distingue des instruments." "Il a raison mon colonel. Regardez, on dirait le siège médical de Machello. Nous devons être dans l'une de ses caches. Daniel avait raison, cet endroit était piégé." "Est-ce que vous trouvez l'équivalent du DHD, Carter ?" "Je cherche. Peut-être ça. Ou ça…" "Décidez-vous, mais surtout ne touchez à rien," intima O'Neill. "J'ai comme le souvenir d'une expérience pénible…" "Ne vous inquiétez pas mon colonel, je fais attention. Je me demande si je pourrais faire fonctionner ce siège. Machello devait l'utiliser comme l'autre, celui que nous avions trouvé sur…" "Carter, u'est-ce qu'il risque ? Aidez-moi Teal'c, on le mets là-dessus. Trouvez un interrupteur, un bouton, un machin, n'importe quoi mais faites-moi marcher ce truc major ! "Je vais essayer, monsieur…" "Carter, n'essayez pas, faites-le, le pouls de Daniel est de plus en plus faible et il aurait besoin d'une assistance respiratoire…" Teal'c redressa la tête de l'archéologue qui dodelinait, et observa Sam dont les mains couraient à toute vitesse sur le grand siège métallique. La détresse de O'Neill faisait peine à voir. Le docteur Jackson jouait de malchance. Le Jaffa ne faisait plus le compte des fois où il était mort ou avait subi des blessures sérieuses. Si le fauteuil pouvait faire office de sarcophage, Daniel avait peut-être encore une chance. Il regarda le visage cireux de Daniel. Il en doutait. De son point de vue la respiration sifflante de l'archéologue était le signe précurseur de l'agonie finale. Il se campa sur ses pieds, les bras derrière le dos, et haussa le sourcil. "Voilà, e crois que c'est ça," dit Sam en déclenchant un bourdonnement à l'intérieur du dispositif. "Vous croyez ?" interrogea Teal'c d'un air dubitatif. "Que faisons-nous maintenant ?" "Croisez les doigts Teal'c ou priez ou faites ce que n'importe quel Jaffa ferait dans ces circonstances," dit le colonel d'un air sombre. Sam baissa la tête et se mit à prier pour la première fois depuis la mort de sa mère. * Le général releva la tête et aboya l'ordre d'entrer au sergent des transmissions qui piétinait devant la porte. Comment s'appelait-il déjà. L'airman entra dans la pièce et tendit les résultats à Hammond. "Les relevés de la sonde sont ininterprétables, mon général. Mais nous avons trouvé ça… Vous permettez ?" dit le sergent en montrant une cassette vidéo. "Faites !" "Voilà, regardez bien, même en lecture ralentie, ça ne dure qu'une seconde ou deux, dans le coin à gauche en haut de l'écran… Vous avez vu ?" "Le colonel O'Neill tient dans ses bras le docteur Jackson ?" "Oui. C'est ce que nous avons pensé aussi," répliqua le sergent avec soulagement. "Que pouvons-nous faire ?" "Pas grand-chose monsieur. A part tenter d'ouvrir la porte et lancer un autre MALP…" "Qu'attendez-vous ?! Allons-y !" "C'est que… mon général…" "N'abusez pas de ma patience airman !" "C'est que nous n'avons pas de MALP en réserve," s'exclama le sergent plus fort qu'il n'aurait dû. Il ne détourna pas les yeux et son regard accrocha celui du général. "Monsieur, permission de me porter au secours du colonel et de son équipe ! Je parle au nom de mes camarades, monsieur ! Nous savons que toutes les équipes SG sont clouées à la base ou offworld ! Mon général !" s’écria le sergent d'une traite. Hammond le fixait, considérant sa proposition. Il se souvenait maintenant. C'était le sergent Jones. Et O'Neill lui avait sauvé la mise au Nicaragua… Il prit une profonde inspiration et ses yeux se voilèrent. Il savait que ni lui ni l'homme qui lui faisait face n'allait apprécier ce qu'il avait à dire. Mais il devait le dire. "Sergent, repos ! Il est impossible d'envoyer une mission de sauvetage sur P2X-897 tant que nous n'en savons pas plus." Il arrêta d'un geste le soldat qui faisait mine de l'interrompre. "Essayer de bricoler une nouvelle sonde ou de rentrer en contact radio avec SG-1. Je n'enverrai personne dans un traquenard !" dit-il sur le ton du commandement. "Vous pouvez disposer." Le sergent fit un salut impeccable et se retourna vers la sortie en claquant les talons. "Airman ? Merci de votre proposition. Vous ferez partie de l'équipe de soutien si jamais quelqu'un devait aller au secours de SG-1." Les épaules du sergent s'affaissèrent et il se remit à respirer. Avant de quitter la pièce, il adressa un sourire au général. * Daniel ouvrit les yeux. Il ne reconnaissait pas les tentures ni les meubles. La pièce était éclairée par des candélabres en argent ciselé. Des pas résonnaient et se rapprochaient. Il vit entrer une femme d'une beauté resplendissante. Ses cheveux de jais ondulaient sur son dos comme s'ils étaient vivants. Ses traits parfaits étaient illuminés par des yeux d'un brun lumineux. "Vous êtes réveillé mon époux," lui dit-elle avec un rire de gorge. "Il semble que vous aviez grandement besoin de repos," ajouta-t-elle en déposant un baiser sur ses lèvres. "Lynthia ?" "Cher Machello ! Vos recherches vous font-elles oublier jusqu'à ma présence ?" Elle eut un rire de gorge et se tourna vers un vase pour y arranger un bouquet. "Lynthia ? Tu es vivante ? "Vous serez en retard pour nos invités, cher Machello. Hâtez-vous, ils seront là dans l'heure," dit-elle sans relever la question. Daniel se leva et s'approcha d'elle. Il connaissait ce parfum, ses épaules parfaites, ses cheveux… Il la prit par les épaules et la tourna vers lui. "Sha're ?!" "Dani-el, venez, nous serons en retard, vos amis vous attendent." "Est-ce que je … rêve ?" "Ils sont dans la pièce à côté, ils veulent vous voir, mon époux." "Sha're, c'est impossible. Teal'c t'a tuée…" "Teal'c est là aussi. Et Jack, et son amie blonde, celle qui te ressemble." "Qui me ressemble ?" "Vos yeux sont comme les lacs dont parlent nos légendes mon époux," dit-elle en rougissant. "Sha're, tu m'as tellement manqué," souffla Daniel en serrant la jeune femme dans ses bras et en enfouissant son visage dans ses cheveux. "Si c'est un rêve, mon dieu, faites que je ne me réveille pas tout de suite !" "Machello, tu ne rêves pas, il est temps de rejoindre tes amis humains." "Sha're ?!" s'exclama-t-il en étreignant le vide. Et il replongea dans les ténèbres. * Le colonel faisait les cent pas à l'extérieur du bâtiment. Il y avait un gouffre entre rester momentanément immobilisé sur un monde et perdre un ami d'un mal incompréhensible. Il s'en voulait d'avoir entraîné son équipe dans cette aventure, malgré les réticences du général Hammond. Il aurait mieux fait de partir pêcher plutôt que de tourner en rond à la base à harceler Daniel et Sam. Sam… Il avait fait une belle boulette. Trop tard pour avoir des regrets. De toute façon, il n'en avait aucun. Il espérait qu'elle était dans le même état d'esprit. Il avait manqué à tous ses devoirs d'officier. Non seulement, il les attirait offworld uniquement parce qu'il s'ennuyait, mais il ne prenait pas les plus élémentaires précautions pour garantir leur sécurité. Et la cerise sur le gâteau, il couchait avec son second. Il faisait l'amour avec son second. A Sam. Est-ce qu'elle allait le rejeter maintenant ? Jack, reprends-toi ! Daniel est en train de mourir ! Rageur, il se mit à ramasser du bois pour allumer un feu. A l'indienne. Ca l'occuperait un moment. Il ne voulait plus croiser les regards de Sam et Teal'c. "Mon colonel ! Venez vite ! Daniel est sorti du coma. Il est très faible mais je crois qu'il est hors de danger!" Jack lâcha le petit bois, bondit comme un ressort et bouscula Carter. Il s'arrêta, recula, la saisit dans ses bras comme un gamin et la relâcha aussi vite. Puis il s'engouffra dans le blockhaus. Sam resta interdite, puis le suivit en courant. "Alors Daniel ? On joue à la Belle au Bois Dormant ?" "Je… heu… Je me sens faible. J'ai du mal à… respirer," murmura le jeune homme. "Restez bien tranquille. Je vais vous faire un truc chaud ! Carter ? On a de quoi faire un café ou du bouillon ou n'importe quoi de chaud pour Daniel ?" "Je m'en occupe mon colonel," sourit Sam. Un peu de tension et le macho arrive au galop, pensa-t-elle. Pourquoi est-ce que j'ai couché avec lui ? Non, décida-t-elle, fait l'amour avec lui… Avec Jack… Au bout de cinq ans ? Est-ce que c'était à cause de Jolinar ? Ou de Machello ? Ne te cherche pas d'excuses ma fille ! Tu l'as fait parce que… pas d'histoires, tu sais très bien pourquoi tu l'as fait ! Un sourire illumina son visage. Elle ne regrettait rien. Sinon d'avoir attendu si longtemps. Elle s'absorba dans la préparation de la soupe en évitant de croiser le regard inquisiteur de Teal'c. "Il s'est endormi Carter, on devrait le laisser se reposer." "Comme vous voulez mon colonel." "C'est une soupe à quoi ? J’ai un petit creux…" "C'était marqué soupe de poulet. Attendez-vous à ce que ça ressemble plus à des macaroni au fromage…" "Pourquoi ?" "Je ne sais… Mais Daniel disait toujours ça." "DIT toujours ça Carter !" "Dit toujours ça, vous avez raison mon colonel…" "Est-ce que vous pensez qu’il est tiré d’affaire ?" "Difficile à dire, mon colonel," répondit-elle en insistant volontairement sur ‘mon’, "je n’ai aucune idée de ce qu’il peut avoir. Je ne voudrais pas tirer de conclusions hâtives." "Toujours aussi optimiste Carter !" dit Jack d’un ton bourru, un sourire au lèvres. "Nous devons ramener Daniel Jackson au SGC, O’Neill." "Comme si je ne le savais pas !" s’exclama le colonel. "Du nouveau Teal’c ?" "Je crois O’Neill. Je suis persuadé que Daniel Jackson a établi un contact avec Machello." "Une mémoire résiduelle Teal’c ?" s’intéressa immédiatement Sam. "Je ne crois pas major Carter. Plutôt un mode d’emploi." "Je vois…" dit Carter, le front plissé. "De toute façon, nous devons laisser Daniel se reposer. Mais c’est une idée intéressante." "Ah bon… je vois," dit platement Jack qui ne voyait rien. "Mon colonel, si Daniel a eu accès aux recherches de Machello par le truchement de la machine, peut-être sera-t-il capable de faire fonctionner la porte à son réveil. De toute façon, le SGC doit avoir une trace vidéo de l’incursion de ce matin…" "Ils l’ont ! Ils l’ont, Carter." "D’accord. Donc, ils savent que nous sommes près de la porte." "Donc, on va trouver une solution. Il suffit d’attendre que le petit scarabée se réveille," conclut Jack. "Oui mon colonel." "Absolument O’Neill." "Si on mangeait en attendant ?" proposa O’Neill d’un air ingénu. * "Mon général, nous sommes prêts," annonça l’airman. "Très bien allons-y." La porte s’ouvrit et l’ensemble de l’équipe retint son souffle. Les phalanges de Hammond blanchissaient en serrant le dossier du siège du technicien. L’appareillage bizarre commença à rouler en bringuebalant sur la passerelle. Les scientifiques de la base s’étaient surpassés en l’absence de Sam Carter. Elle aurait été fière de leur improvisation. Ils assuraient que le dispositif qu’ils avaient incorporé au MALP de fortune destiné à déclencher l’ouverture de la porte en cas d’absence de DHD fonctionnerait sans faillir. Le MALP franchit le champ gravitationnel. Le technicien énonçait le décompte d’une voix qu’il voulait assurée sans réellement y parvenir. "Deux, un, le MALP est passé mon général !" "Des relevés ?" "Pas encore… attendez… ça y est !" Couvrant le soupir de soulagement de Hammond, le vortex se désengagea dans un bruit de tonnerre. "Airman !" s’écria le général d’un ton sec. "Je ne sais pas mon général. La liaison a été rompue au bout de… 4 secondes." Hammond soupira. "Une idée ? Pourquoi le vortex s’est-il déstabilisé ?" "Je ne sais pas monsieur, tout fonctionne normalement. Nous avions un créneau de 26 minutes…" "Trouvez-moi une explication, et trouvez-la vite. SG-1 est toujours coincé là-bas ! Dois-je vous le rappeler ?" Personne ne broncha , les dos se courbèrent et les mains volèrent sur les panneaux de commande. * Le colonel lâcha sa gamelle tandis que Teal’c se positionnait sur le côté de la porte. Arme au poing, Sam tenait la porte en joue. Le vortex cracha sa langue liquide et un engin fait de bric et de broc émergea de la masse miroitante. "C’est le SGC mon colonel," dit Carter d’une voix atone en se précipitant vers l’engin. Elle tendit la main pour diriger la caméra vers elle mais avant qu’ils aient eu le temps de dire ouf, le vortex se referma. Teal’c fixa le grand cercle d’un air dubitatif et Jack jura entre ses dents. "Au nom du ciel !" "Nous jouons de malchance, mon colonel. Le vortex ne s’est stabilisé que pour laisser passer le MALP." "Parce qu’en plus vous appelez cette vieille guimbarde un MALP. Pour une fois, je vous trouve bien trop optimiste Carter." "Ils ont bricolé un générateur de champ monsieur," dit Sam qui se retournait rayonnante vers le colonel. "Et ?" "Et si j’arrive à le connecter à la porte, vous pourrez aller à la séance de 20 heures monsieur !" "Seulement si vous m’accompagnez Carter ! Au travail !" "Bien mon colonel," répondit Sam qui n’avait pas attendu l’ordre de son CO." Teal’c avait soulevé l’impressionnant paquet de fils et de rouages hors de l’engin et aidait déjà le major à brancher les connecteurs à l’armature de la porte. Sam actionna le mécanisme. Des voyants clignotèrent. Un vrombissement résonna dans la salle, faisant trembler les murs et le sol. Jack se rapprocha de Daniel d’un air inquiet. La porte trembla sur son assise et les chevrons rougeoyèrent. "Je vais composer l’adresse monsieur. Teal’c, vous enverrez le signal." "Je crains que nous ne parvenions pas à utiliser cet appareil major," dit Teal’c en se relevant. "Vous n’allez pas vous y mettre Teal’c," protesta le colonel. "Pour une fois que Daniel nous épargne ses commentaires !" "Il a raison mon colonel. Le naquadah s’est volatilisé quand j’ai mis l’appareil sous tension." "Mais c’est impossible," s’écria Jack en se rapprochant. "Ca l’est mon colonel." "Il apparaît que nous ne pourrons pas utiliser cet appareil," conclut Teal’c. "A moins de trouver une autre source d’alimentation," commença Sam qui réfléchissait à haute voix. "Il me faudrait des câbles supplémentaires," ajouta-t-elle en commençant à fouiller dans le FRED. "Mon colonel, si vous pouviez démonter les deux batteries…" "C’est comme si c’était fait !" Les trois amis travaillèrent en silence pendant quelques minutes. Sam vérifia les branchements une dernière fois et relança l’appareil. "C’est pas vrai ! Saleté de machine, tu vas marcher," s’écria-t-elle en donnant un coup de pied à l’appareil. "J’ignorais que vous utilisiez aussi cette technique," essaya Jack sans tirer l'ombre d'un sourire du major. "Un problème Carter ?" "Il semblerait que les deux batteries soient déchargées O’Neill," annonça Teal’c. "Attendez, ôtez-moi d’un doute… C’est impossible n’est-ce pas ?" "En effet O’Neill." "Quoi qu’ait fait Machello, je ne crois pas que nous pourrons sortir d’ici sans l’aide de Daniel," dit Sam en s’essuyant le visage sur sa manche. "Quelque chose dans cette pièce absorbe l’énergie. Je pense que Machello n’avait pas choisi cette planète par hasard mon colonel. Le soleil doit générer des champs négatifs. Je ne vois pas comment Machello aurait pu mettre en place un dispositif de cet ordre. Vous comprenez, les pôles…" "Stop ! Vous ne pouvez rien faire ?" "Non," avoua Sam. "Et si nous essayons d’actionner la porte manuellement ? Après tout ce ne serait pas la première fois." "J’ai déjà essayé la nuit dernière O’Neill." "Et à deux ? Ou trois ?" hasarda Jack en haussant les épaules. "Vous n’avez pas réussi à la bouger Teal’c ?" dit Carter d’un air surpris. "Pas d’un centimètre." "C’est bizarre." "Je suis d’accord major Carter." "Mon colonel, il y a vraiment quelque chose de bizarre ici," dit Sam en se retournant vers Jack. "Si je n’avais pas vu la porte fonctionner à l’instant, je jurerais que c’est un leurre." "Bien puisque nous ne pouvons rien faire, essayons au moins de reprendre des forces et de dormir," dit Jack d’un air tranquille. Il n’aimait pas voir son major perdre les pédales. Le souvenir de l’antarctique lui traversa l’esprit. Il fronça les sourcils. "Il y a sûrement un moyen ! Si seulement j’arrivais à le trouver," soliloquait Sam nerveusement. "Rien ne presse. La température est idéale. Nous avons à manger et à boire. Alors attendons que Daniel se réveille," dit Jack en la prenant par le coude et en la faisant asseoir. "Vous avez raison mon colonel," dit-elle avec une expression pitoyable. Jack sourit malgré lui. Il jeta un regard oblique au grand Jaffa qui les observait d’un œil placide. Teal’c ne dirait rien. Il déposa un baiser sur ses lèvres et attaqua sa soupe de racines en faisant faisant une grimace. "Allez-y, c’est fameux !" Voyant son hésitation, il ajouta. "C’est un ordre Major. Vous n’avez que la peau sur les os." A sa grande joie, les joues de Sam s’empouprèrent. La bouche de Teal’c esquissa ce qui pouvait être considéré comme un sourire. Satisfait, Jack attaqua les racines d’un bel appétit. * "Lynthia, qu’est-ce que je fais ici ?" "Je ne comprends pas ta question mon doux Machello. Nous habitons ici. L’aurais-tu oublié ?" "Non, non… bien sûr. Je voulais dire, nous attendons du monde ?" "Non, tes amis sont là, ils attendent que tu les rejoignes." "Tu me l’as déjà dit tout à l’heure," s’impatienta Daniel. "De quels amis s’agit-il ?" "Aurais-tu oublié tes amis, Dani-el," murmura Sha-re en se lovant contre l’archéologue. "Ils doivent retourner sur ton monde. Tu m’as promis que tu resterais. Tu m’as menti ?" "Non… Mais comment doivent-ils faire ? La porte ne fonctionne pas." "Mais si mon époux, réfléchis…" "Je… je ne me rappelle pas… " Daniel gémit dans son sommeil. Il agrippa involontairement les bras du fauteuil. "Tu dois partir n’est-ce pas ?" "Oui Sha-re, je le dois. Tu… tu, heu, n’es pas vivante…" "Si, là," dit la jeune femme en posant sa main sur la poitrine de l’archéologue, et là," ajouta-t-elle en effleurant ses lèvres. "Je serais toujours vivante." Daniel ouvrit les yeux. La fièvre était tombée. Il défit rapidement les liens qui le retenaient au fauteuil et courut vers le mur derrière la porte des étoiles. Il mit ses paumes à plat sur deux pierres saillantes et le mur céda, découvrant des rayonnages et le DHD. Abasourdi par la somme des connaissances qui s’étalait sur les murs, il s’abîma dans la contemplation des tablettes. Fébrilement, il en prit quelques unes au hasard. Il comprenait le langage codé de Machello. Ils allaient pouvoir rentrer chez eux et construire enfin toutes ces merveilles. Il appela ses compagnons, mais n’obtint aucune réponse. Retournant dans la salle, il se heurta à Lynthia qui entrait un plat de victuailles fumantes dans les bras. "Il faut que vous mangiez Machello, mon doux ami. Vos forces vont déclinant." "Est-ce que je rêve ?" dit Daniel, désespéré. La jeune femme ne répondit pas et déposa le plat sur une grande pierre plate. Elle lui tendit un verre. Daniel s’avança comme un automate. Il but une gorgée du liquide. Du vin. Du vin comme on en fait en Grèce ou en Sicile. Il leva son verre à la santé de la jeune femme mais elle tournait déjà les talons. Le vin lui brûlait l’estomac. Il eut un hoquet et retomba dans l’inconscience. * "O’Neill, Daniel est agité," rapporta Teal’c. "Il se réveille ?" "Je ne le pense pas." "Major, allez voir." "Il dort toujours mon colonel," confirma Carter. "Faisons-en donc autant. Réveillez-nous Teal’c s’il se passe quelque chose d’inhabituel," dit Jack en se recouchant. Le Jaffa inclina la tête et reprit sa garde. Sam revenait s’allonger sur son duvet. Elle n’osait pas parler à son supérieur. Elle avait réfléchi. Ils avaient été une fois de plus soumis à une influence aliène. Même si elle se rendait compte que cet argument ne tenait pas la route, elle essaierait de le faire valoir. Elle se prenait à regretter de ne pas pouvoir rester sur ce monde, seule avec Jack, sans hiérarchie, sans SGC… Un crissement la sortit de ses pensées. "Carter ?" murmura Jack. "Mon colonel ?" dit-elle sur le même ton. "Personne n’est obligé de le savoir." "Je sais mon colonel" "Laissez tomber le colonel pour une fois. Dites ce que vous voulez que je fasse et je le ferais. N’ayez aucune crainte, je ne veux pas que vous ayez à regretter quoi que ce soit," dit-il en embrassant la paume de sa main. Elle frissonna malgré elle et sentit ses bonnes résolutions fondre comme neige au soleil. Elle lança un regard à Teal’c mais il regardait dans la direction opposée. Quand elle se retourna pour répondre à Jack, il était déjà reparti à l’autre bout de la pièce. Elle soupira. Après tout, pourquoi pas ? Elle ferma les yeux et s’endormit aussitôt. Jack de son côté n’arrivait pas à trouver le sommeil. Pourtant il ressentait la fatigue de sa nuit blanche. Il se releva, déposa au passage son propre duvet sur le major et fit signe à Teal’c d’aller se reposer. Le Jaffa accepta avec gratitude et se plongea immédiatement dans son kelno’reem. Face à Daniel, agité de soubresauts, et dont les yeux roulaient dans les orbites, il se sentit totalement démuni. "Jack ?" murmura Daniel. "Daniel, ça va ?" "Pas trop, mais ça ira. Je sais comment faire pour rentrer. Aidez-moi s’il vous plaît," ajouta l’archéologue qui luttait contre ses liens. Les deux hommes se dirigèrent vers le mur se trouvait la bibliothèque de Machello. "C’est là," dit-il d’une voix épuisée et à peine audible en désignant les deux pierres qui saillaient. "Je l’ai vue dans mon rêve. En fait, je ne sais pas si c’était vraiment un rêve, c’était plutôt…" "Et je fais quoi ?" "Vous appuyez dessus Jack." Le colonel lâcha l’archéologue précautionneusement, et s’approcha du mur après s’être assuré qu’il pouvait se tenir debout sans aide. Il imprima une forte poussée. Sans résultat. "Vous êtes sûr ?" "Absolument !" répondit l’autre avec conviction. "Désolé, il ne se passe rien," dit Jack en secouant la tête avec dépit. "Laissez-moi essayer. Est-ce que je suis toujours Machello à vos yeux ?" "Non Daniel. Vous êtes vous." "Je me demandais. Vous n’avez plus votre tatouage." "J’ai préféré l’enlever. Ca n’a pas beaucoup de succès auprès des femmes," plaisanta-t-il. Dniel sourit et s’avança gauchement. Il posa les mains bien à plat et appuya à son tour. Rien ne se produisit. Il secoua la tête d’un air buté. "C’est là ! Je l’ai vu ! Toutes les tablettes de Machello, le DHD…" "Vous dites que le DHD est là, derrière, dans une cache ?" "Oui Jack," répondit Daniel qui s’assit sur le sol, visiblement épuisé. Des cernes bleuâtres sous les yeux, les mains tremblantes. "Ne bougez pas, je reviens," souffla O’Neill. "Je n’irais nulle part," murmura Daniel, "je vous le promets." * Sam fut sortie de son sommeil par une explosion violente suivie de hurlements de détresse. "Tout est détruit Jack. Tout le savoir de Machello. Oh mon dieu, ce n’est pas possible," gémissait l’archéologue quand Sam arriva à sa hauteur. Jack lui jeta un regard d’excuse et déblaya la table du DHD. "En tout cas celui-là est intact ! Carter, on rentre à la maison, composez-moi ce fichu code. Teal’c envoyez le signal et vous porterez Daniel pour traverser, OK ?" "OK O’Neill," dit le Jaffa en soulevant l’archéologue comme une plume. * Le général Hammond pénétra d’un pas martial dans l’infirmerie, un sourire aux lèvres. Finalement, tout ne s’était pas si mal terminé. Teal’c se reposait sur Chulak. Evidemment, le docteur Jackson allait récriminer pendant des mois et vouer Jack aux gémonies, mais son équipe fétiche était intacte. Pour l’instant il était encore trop mal en point pour qu'il l'abreuve de ses doléances, mais il savait que ce moment viendrait. Le docteur Fraiser insistait pour garder le colonel et le major en observation. Son sourire s’élargit. A la manière dont ces deux-là se regardaient et évitaient de se toucher quand ils étaient rentrés à la base, le général n’avait pas besoin d’être devin pour savoir ce qui s’était passé offworld. Le docteur Fraiser l’arrêta dans son élan. "Daniel se repose. Je préférerais qu’on le laisse tranquille encore 24 heures," demanda-t-elle sans grand espoir. "Et le colonel O’Neill ?" "Il est au chevet de Sam. Elle n’était pas en forme ce matin," dit Janet en rougissant. "Très bien, très bien…" murmura le général. "Excusez-moi monsieur ?" "Non, rien. Il faut que je parle au colonel." "Ils sont là," répondit Janet en se mordant involontairement la lèvre. Une lueur amusée brilla dans les yeux du général. Sans ambages, il se dirigea vers la chambre du major et ouvrit la porte en négligeant de frapper. Le colonel O’Neill lâcha la main du major et se leva comme un ressort. "Mon général," dit-il platement. "Alors colonel ? Vous faites le siège de mon bureau pour obtenir une mission et à votre retour vous élisez domicile à l’infirmerie alors que vous n’avez pas une égratignure ?" "Oui mon général." "Cela ne vous ressemble pas colonel." "Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas, sauf votre respect mon général. Preuve que je ne dois pas être si idiot que ça," lança-t-il d’un air incertain en guignant Sam. Elle hocha la tête. "Mon général, j’ai décidé de prendre ma retraite." "Ce sera inutile mon bon ami. Le Président m’a donné son accord il y a trois ans. Il voulait faire taire les rumeurs qui couraient à votre sujet au SGC," expliqua-t-il avec un signe du menton dans leur direction. "Que dis-je, qui galopaient colonel," ajouta-t-il avec un large sourire, satisfait de voir la mâchoire de Jack descendre d’un cran supplémentaire. "Major Carter, toutes mes félicitations ! Je vous vois tous les deux au debriefing à 17:00 heures !" lança-t-il avant de tourner les talons. Janet entendit le général sortir de l’infirmerie en sifflotant. Que diable ?… Il fallait qu’elle demande à Sam. Ses dossiers à la main, elle entra dans la chambre de Carter et ressortit sur la pointe des pieds en refermant la porte tout doucement. En chantonnant, elle reprit sa tournée. Apparemment le colonel Jonathan O’Neill et le major Samantha Carter avaient décidé de rattraper le temps perdu. Ca tombait bien. Elle venait de repérer en ville la petite robe parfaite pour un mariage. FIN |