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Même pas en rêve

Genre : introspection
Spoilers : la saison 9, La cité perdue (saison 7)
Résumé : Cameron Mitchell, qui d'autre ?
Disclaimer : les persos appartiennent à SciFi Channel, MGM/UA, Double Secret Productions et Gekko Productions etc


*

PROLOGUE


Elle savait qu'elle avait la fâcheuse habitude de freiner au dernier moment et que ça finirait par lui jouer un tour. Elle déboucha à vive allure sur le parking chauffé à blanc de l'hôpital militaire de Phoenix, Arizona, donna un brutal coup de frein, redressa et s'arrêta sur la place libre la plus proche de l'entrée. Docteur Nancy Quinn. C'est ce que disait la plaque en tout cas.
Elle releva le pare-soleil, se passa la main dans les cheveux en se regardant dans le rétroviseur et salua nonchalamment la bande de bidasses qui glandaient dans l'allée.
"Alors Tabitha, tu es en retard aujourd'hui…" cria Thadeus Garfield. Les sifflements et quolibets de ses camarades couvraient sa voix.
"Salut Tad. A peine. Il est juste 2 heures."
Comme elle claquait la portière du petit cabriolet anglais décapotable, la sonnerie de son portable mit fin à leur badinage.

Flashback
"Marge, c'est mon service, hein ? Je réponds et je te mets ko !" dit Tabitha en riant.
Elle se précipita hors du court en s'essuyant le front. Où était donc ce fichu portable ? Elle aurait juré l'avoir laissé dans son sac pourtant. Elle vida le contenu de son cabas sur le banc. Rien. La sonnerie venait de dessous… sa serviette !
"C'est sûrement Mongo," cria-t-elle en se baissant pour ramasser le téléphone, "on doit faire les boutiques pour la liste."
Elle agita la main dans le soleil. Le solitaire brilla de toutes les forces de son 10ème de carat.
"Cam ? C'est toi ?" Tabitha se boucha l'oreille pour entendre la voix au bout du fil, couverte par le passage de deux avions de chasse.
Habiter près de la base d'Edwards, Californie, avait quelques mauvais côtés, mais en fille de militaire, elle n'y faisait plus vraiment attention.
"Cam ? Ah, c'est toi, Ding, tu es avec Cam ?...."


"Allô ? Oui, je suis à l'hôpital papa. Oui, je sais. Mais ils doivent le transférer à Colorado Springs aujourd'hui."
Elle donna un tour de clé dans la serrure de la portière et gravit les marches de l'entrée au pas de charge.
"Je lui ai promis… oui papa, je le lui dirais. Je t'embrasse."
Elle raccrocha et attendit que les portes automatiques acceptent enfin de s'ouvrir. Un courant d'air glacé l'accueillit et elle grelotta malgré elle. Fichue climatisation ! Elle sourit aux deux filles de l'accueil et se rua dans l'ascenseur. 5ème étage, couloir de droite, chambre 547.
Depuis 8 mois, elle n'avait pas failli un seul jour.

Flashback
Non.
Ça ne pouvait pas arriver, pas maintenant. Cameron n'avait rien. Ils allaient se marier, ce n'était qu'un mauvais rêve.
"Où est-il Ding ? Comment tu ne sais pas ?"
Elle entendait sa voix gravir les aigus et ferma les yeux pour reprendre le contrôle de ses émotions.
"Et Allan ?"
Le silence de Ding était éloquent. Elle l'entendit se racler la gorge.
Allan était mort dans le crash. Mongo était vivant. Mongo était vivant. Mongo était vivant.


"Salut pilote !" dit-elle en entrant sans frapper dans la chambre.
Elle s'approcha du lit, déposa un baiser sur les lèvres sèches de l'homme alité et posa son sac et des revues sportives sur le fauteuil avant de se percher sur le lit.
Cameron Mitchell était un fan de course NASCAR depuis qu'il était assez vieux pour marcher. Il suivait les résultats du circuit avec passion. Cameron Mitchell faisait tout avec passion. Son unique objectif était d'être parfait ou plutôt d'exceller en tout. Militaire exemplaire, pilote hors pair, le meilleur et le plus jeune chef d'escadrille de l'USAF.
"Le ciel est bleu, les oiseaux chantent et Nadine va venir m'aider dans une minute," annonça Tabitha, "tu es prêt pour une promenade ? Je te préviens il fait au moins 50° à l'ombre mais tu vas adorer."
Les yeux bleus de l'homme brillèrent. Ils la suivirent quand elle sortit la chaise roulante du placard et la déplia, détaillant chaque courbe de son corps musclé, chaque boucle de ses cheveux roux. L'infirmière de jour, Nadine, lui avait dit qu'elle était venue tous les jours, qu'elle lui parlait pendant ces semaines de coma, qu'elle était là quand le docteur Edmond lui avait annoncé que perdre ses jambes ne serait jamais un handicap pour lui, le héros promis à tous les honneurs. D'ailleurs il avait gardé cette médaille dans sa chambre, pour se rappeler que sa vie s'était arrêtée là, ce jour de grand soleil sur le pôle. Il enviait Allan Banks, son copilote. Une mort propre, au combat, celle dont rêvent tous les militaires. Au lieu de ça, il avait droit à un corps brisé, à la gratitude de l'armée et à la pitié de Tab.
"Tu ferais mieux de rentrer, Tab," dit-il d'un ton ferme.
"Moi aussi, tu m'as manqué, mon amour," dit la jeune femme en se retournant brusquement.
"Tabitha, sois raisonnable. Tu as toute ta vie devant toi."
"… et je ne vais pas rester toute ma vie avec un infirme qui n'est même pas foutu de faire une sortie sans se vautrer avec son F-16. Arrête Cameron. On en a déjà parlé. Dès que tu sors de ce fichu hôpital, j'appelle le prêtre et le maire et tout le saint Frusquin et on reprend où on en était resté. Tu te souviens ?" dit-elle en lui collant la bague sous le nez.
"Tab, je n'ai rien oublié. C'est bien pour ça que je veux que tu rentres à Palmdale, que tu prennes un nouveau départ, sans moi."
"Je vais faire comme si tu n'avais rien dit Cam, ok."
"Le problème, c'est que ça fait des mois que tu ne m'entends pas, Tabitha. Je suis "muté" à Peterson, à l'Air Force Space Command. Tu ne viens pas. C'est là que nos routes se séparent."
"Je peux m'habituer à la neige, Cam. Ce ne sera pas la première fois que je recommencerais ailleurs."
"Je ne veux pas que tu t'habitues à ça, Tab," répondit-il en haussant le ton.
Il se redressa à la force des bras en s'agrippant aux poignées suspendues au-dessus du lit et glissa en position assise. Il rejeta le drap et découvrit ses jambes inertes.
"Ce n'est pas ce que nous avions prévu. Mais je peux…" dit-elle rapidement en s'approchant du lit.
"Je ne veux pas Tabitha. Ma décision est prise. Je suis désolé."
Il tendit la main. Elle hocha la tête.
"Cameron, je ne veux pas être ton amie. C'est moi qui suis désolée. Si jamais tu changes d'avis, appelle-moi."




vers le chapitre 1