Cours de 

Biologie  Générale 1 

(101-NYA)

 Îlot de rationalité

Barrages hydroélectriques -

Projet Eastmain

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2.3 Clôture de la controverse et investigation

2.3.1 Explication de la démarche

2.3.2 Un exemple d'élaboration

2.3.3 Représentation schématique de la clôture

 

2.3.1 Explication de la démarche

Maingain, Dufour et Fourez (2002), dans la démarche qu’ils proposent, suggèrent qu’à la suite de l'énumération des paramètres envisageables de la controverse, deux étapes doivent être réalisées afin de borner l’investigation de la situation à l’étude. Dans un premier temps, les paramètres énumérés dans le panorama devraient être hiérarchisés quant à leur pertinence pour l’étude de la situation concernée. Ensuite, un ordre de priorité doit être défini au niveau de l’investigation de certains éléments pour chaque catégorie de paramètres.

La hiérarchisation des paramètres et l’ordre de priorité des investigations s’appuient sur une analyse plus approfondie de la situation en fonction de critères établis. Toujours selon l'équipe de Fourez[1], ces critères peuvent être d’ordre épistémologique, touchant plus particulièrement le caractère interdisciplinaire de la représentation de la controverse. Ils peuvent également être liés au contexte de l’action pédagogique, « aux contraintes extérieures qui peuvent influencer la réalisation d’une démarche interdisciplinaire au-delà de son cadre épistémologique »[2]. Le premier critère que nous avons retenu pour l’établissement de la clôture de la démarche est d’ordre épistémologique tandis que les trois autres critères font référence au contexte de l’action pédagogique.

Le premier critère sur lequel nous nous sommes appuyés pour limiter l’étude de la controverse de la construction de barrages hydroélectriques dans le Nord québécois est celui de la représentativité de l’ensemble des aspects de la controverse dans la clôture. Ainsi, nous voulions cerner la problématique retenue dans toute sa complexité en considérant ses aspects politique, économique, scientifique, social et éthique.

Le deuxième critère ayant guidé la clôture de la controverse est celui de son applicabilité dans un contexte d’enseignement collégial. Avec ce critère, nous nous intéressions au niveau de difficulté relié à l’étude des différents éléments de la controverse qui devait correspondre à ce que peuvent rencontrer les étudiants du collégial dans leurs cours afin de favoriser leur intérêt à explorer la controverse.

Dans un même ordre d’idées, l’applicabilité de la controverse ou d’une partie de celle-ci, dans l’ensemble des cours des programmes offerts au collégial constituait le troisième critère retenu pour la clôture de la controverse. Nous avons donc essayé de cerner la controverse en sélectionnant des éléments qui peuvent être abordés dans des cours de sciences et d’autres dans des cours de sciences sociales. Ainsi, les étudiants peuvent être appelés à se pencher sur quelques éléments particuliers de la controverse dans un cours de biologie et sur certains autres éléments dans un cours d’histoire, par exemple.

Enfin, étant donné que nous visons plus particulièrement l’enseignement de la biologie au collégial, le dernier critère que nous avons retenu réfère au programme de science de la nature. Nous voulions donc que les éléments de la controverse inclus à l’intérieur de la clôture aient une forte correspondance avec les buts généraux du programme de science de la nature. Nous avons ciblé plus particulièrement trois buts généraux, soient :

 

1.        Établir des liens entre la science, la technologie et l’évolution de la société ;

2.        Situer le contexte d’émergence et d’élaboration des concepts scientifiques

3.        Résoudre des problèmes de façon systématique.

 

Par ailleurs, l’ouverture de boîtes noires permet aux destinataires de satisfaire aux objectifs spécifiques des cours du programme des sciences de la nature pour lesquels ils désirent utiliser le présent outil didactique.

 

2.3.2 Un exemple d'élaboration

Dans le cadre de la controverse sur la construction des barrages hydroélectriques et des ouvrages de déviation sur la rivière Eastmain, à la Baie James, en fonction des finalités, des points de vues adoptés et des destinataires décrits en introduction, ci-après se trouve la liste hiérarchisée des différents paramètres de chaque catégorie. Le schéma 1 illustre l’interrelation entre les différents paramètres selon les aspects sociaux, politiques, économiques, scientifiques et éthiques de la controverse à l’étude.

 

Les acteurs et actants

-        Hydro-Québec, société d’état paragouvernementale

-         Société de développement de la Baie James (SDBJ)

-         Société d’énergie de la Baie James (SEBJ)

A1

-        Conseil des Cris et leur représentant (Diom Roméo Saganash)

 

A2

-        Ministères et sociétés gouvernementales : Société de la Faune et des Parcs du Québec (FAPAQ), Ministère des ressources naturelles (MRN), Ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie (MRST)

 

 A3

-        Groupes écologiques nationaux et internationaux (GreenPeace, Union pour la conservation de la nature (UQCN), Fondation québécoise de la faune (FQF), etc.

 

A4
-        La faune terrestre et aquatique du territoire couvert par le projet hydroélectrique débattu
A5

 

Les normes, contraintes et codes concernant la situation

-        Législation et réglementation concernant la construction de barrage et l’altération d’habitats fauniques (loi sur les espèces fauniques et floristiques menacées du Québec)

 

N1
-        Analyse en terme de besoin en électricité maintenant et dans les années futures pour le marché québécois, canadien et américain

 

N2
-        Résistance culturelle des amérindiens et des Inuits habitant ou fréquentant la région (conservation du mode de vie traditionnel, exploitation des ressources naturelles, territoires de chasse, croyances, etc.)
N3

 

Les enjeux impliqués dans la controverse

-        Gestion des ressources naturelles et conservation de la faune et de la flore

-         Pollution (contamination des eaux par le mercure)

-         Modification des habitats, fragmentation

-         Production de gaz à effet de serre

 

E1

-        Développement des marchés

 

E2

-        Utilisateur payeur.  Principe selon lequel les personnes qui bénéficient d’un service ou d’un produit (électricité) doivent également être ceux qui subissent les coûts économiques et écologiques de la mise en marché et de la production de ce service

 

E3
-        Indépendance politique et économique du Québec et du Canada vis-à-vis les États-Unis d’Amérique
E4

 

Les tensions et les controverses

-        Intérêts privés (investisseurs locaux, autochtones propriétaires) vs intérêts collectifs (population québécoise bénéficiant de l’hydroélectricité) vs intérêts internationaux (bénéficiaires et investisseurs étrangers)

 

T1

-        Convention de la Baie James et du Nord québécois (CBJNQ) qui enlève aux autochtones tous droits à des recours collectifs contre le gouvernement et les promoteurs de projets qui, grâce aux immenses sommes d’argent données aux premières nations ont carte blanche sur l’utilisation d’un territoire qui n’est pas le leur

 

T2
-        Besoins réels en énergie par rapport aux moyens possibles pour les combler autres que l’Hydroélectricité (énergie nucléaire, éolienne, thermique, etc.)
T3

 

Les spécialistes

-        Entente de principe sur le développement des ressources naturelles de la Baie James (entente faisant suite à la Convention de la Baie James et du Nord québécois rédigé en 1975 et aux autres conventions subséquentes du même ordre (1978, 1986 et 1992))

 

S1

-        Consultant en environnement d’Hydro-Québec : Claude Demers

 

S2

-        Consultants en écologie : Pierre Dansereau, René Dumont et Éric Duchemin

 

S3

-        Consultants spécialistes en économie.

 

S4

-        Divers ouvrages et volumes dont :

-         Chartrand, N. et Thérien, N., 1992. Les enseignements de la phase 1 du complexe La Grande. Actes du Colloque tenu à Sherbrooke les 22 et 23 mai 1991 dans le cadre du 59e Congrès de l’ACFAS. Université de Sherbrooke, Hydro-Québec. 219 pages

-         Société d’énergie de la Baie James. 1996. Le complexe hydroélectrique de La Grande Rivière. Réalisation de la deuxième phase. 427 pages

S5

 

Disciplines et boîtes noires pouvant être ouvertes

Hydrologie

-         Concepts de réseau hydrographique et de bassins versants

D1

 

Économie

-         Loi de l’offre et de la demande

-         Fluctuations des coûts de production d’hydroélectricité

-         Évaluation de la rentabilité (coûts vs bénéfices)

-         Hydro-Québec et sociétés affiliées (SDBJ et SEBJ)

 

D2

 

Construction / génie civil (domaines relevant de la physique mécanique)

-         Digues et barrages

-         CentralesGroupes turbine-alternateur

-         Équipements électrique et mécanique

-         Bétonnage des ouvrages

 

D3

 

Biologie

-         Déboisement et coupes forestières

-         Aménagements fauniques

-         Notions d’habitats fauniques, de domaine vital et d’écosystème

-         Biologie et écologie des différentes espèces impliquées (caribou, touladi, sauvagine, etc.)

 

D4

 

Chimie

-         Suivi de la qualité de l’eau

 

D5

 

Philosophie

-         Éthique

 

D6

 

Politique

-         Loi de la conservation et la protection de la faune et des habitats

-         Loi sur les espèces menacées

-         Convention de la Baie James et du Nord québécois (CBJNQ) et ententes subséquentes signées avec les autochtones

-         Néolibéralisme et modalités d’intervention du gouvernement dans l’économie

 

D7

 

2.3.3 Représentation schématique de la clôture

 


[1] Maingain et al., 2002.

[2] Maingain et al., 2002. p. 85

 

Les boîtes noires...

 

© Tous droits réservés. Onil Bergeron, Antoine Campeau-Péloquin et Pascal Dubé,  avril 2002.