Acte I scène 1

Le navire pénétra dans l'archipel des "Crochets du Serpent". A l'évocation de ce nom un frisson parcourut l'épine dorsale de Kenillian. Il se souvint qu'il avait une peur bleue des reptiles. Sur la plus grande des îles, au bord d'une baie profonde et naturelle, les hommes avaient bâti Freeport, maintenant un port franc au centre des routes maritimes les plus importantes. Car à l'origine c'était un repaire de pirates, une sorte "d'Ile de la Tortue" avant que la cité ne se "range" il y a environ 200 ans. Pendant que le pilote manoeuvrait le navire à travers la baie, et les nombreux vaisseaux ayant jeté l'ancre, l'équipage s'émerveilla sur le Phare de Freeport, encore tout entouré d'échafaudages, une merveille en construction, mais presque achevée, s'élevant sur une île voisine face à la cité. Le voyage était terminé et l'après midi touchait à sa fin...

Seul Kenillian, Balsemil et un marchand débarquèrent du navire. Ce fut avec un sentiment de liberté que tous trois marchèrent sur le dock grouillant de monde. Sur les quais l'agitation était tout bonnement incroyable. Des navires venant de tous les coins du monde étaient déchargés de toutes sortes de biens précieux ou de biens exotiques. Des marins et des marchands de toutes les races, de toutes les origines, commerçaient sur les docks, achetant ou vendant leurs marchandises à la vitesse de l'éclair. Kenillian et Balsemil n'étant plus habitués à un tel brouhaha, à autant de mouvement, à la foule, se sentir rapidement étouffés et s'écartèrent un peu de toute cette agitation. La tête leur tournait et ils remarquèrent à peine le groupe d'hommes qui maintenant les entouré. C'était de rudes marins, tatoués, balafrés et armés de matraques. Leur chef, un homme édenté aux phalanges tatoués, le sourire aux lèvres, leur lança : "J'crois que vous êtes tous deux volontaires pour une p'tite ballade en mer. Vous désirez y aller d'une façon brutale ou vous préférez la manière douce..." Cette remarque fit bien rire ses trois camarades qui jouèrent avec leurs armes. Les deux "amis" étaient encerclés, acculés contre des caisses qui parsemaient le quai. Des gens n'étaient pas loin mais qui prendraient soin de deux pauvres "touristes"...

Kenillian appuya sa main gantée sur la garde de sa rapière, homme de combat il ne se laissait pas aisément impressionner. Il jaugea rapidement ses adversaires, hiérarchisant de manière instinctive ceux qu'il lui faudrait éliminer en premier si le combat éclatait. Son regard tomba sur celui du chef de la troupe. Il était l'homme à impressionner pour résoudre ce différent sur leur destinée. Alors que sa main restée libre se glissait sur le stylet dissimulé dans sa ceinture il prit la parole..." Cette rapière a une lame en acier d'1 mètre pour un diamètre de 2 cm au col de la garde. Elle a goûté le sang de plus de 30 duellistes et il me faut moins d'une seconde pour la dégainer et la planter dans ton front. Pour ton information, il te faut 3 secondes pour tenter de m'asséner un coup... Par conséquent, la question que tu nous poses n'est pas la bonne. Il te faut plutôt te demander si tu te sens en veine aujourd'hui. Saches que je n'ai aucune considération pour le menu fretin qui t'accompagne, mon amie se fera un plaisir de les envoyer ad patres à part peut-être ton sergent à qui je réserve mon stylet dont le poison à des effets que je suis curieux de découvrir. Donc très cher ami, te sens-tu en veine aujourd'hui ?"

Le chef des marins fit une grimace. "C'est ce que nous allons voir" hurla-t-il en se lançant à l'attaque essayant d'assener un puissant coup de matraque sur la tête nue de Kenillian. Deux de ses hommes de main bondirent à sa suite afin de l'aider dans sa tâche. Leur tactique était de rouer de coup le malheureux. Le dernier s'avança tout salivant vers Balsemil...

Kenillian dégaina et se fendit en un instant. La lame de sa rapière pénétra très exactement entre les deux yeux du malandrin dans un craquement sec... Alors que le défunt capitaine s'écroulait en arrière, arrachant du même coup l'épée des mains du duelliste, un des assaillants se rua sur lui l'emportant dans un roulé boulé à terre. Balsemil de son côté saisit rapidement quelques pigments consacrés dans une de ses bourses, profitant de la mêlée pour s'écarter promptement de son adversaire. Ce dernier s'avança lentement vers sa victime savourant déjà sa victoire et le bon temps qu'il prendra avec cette jolie voyageuse... Il n'eut pas fait trois pas que la prêtresse lança les mélanges étranges dans sa direction, accompagnant son geste élégant de quelques paroles murmurées dans un seul souffle. Instantanément ses yeux et la peau de son visage se mirent à le brûler horriblement. Face à cette douleur intolérable, il tomba à genoux en gémissant, essayant vainement de cacher son mal dans ses mains. Balsemil jeta un oeil vers Kenillian. Le duelliste se relevait péniblement, époussetant ses vêtements et râlant devant le cadavre d'un du marin qui s'était jeté sur lui. Il s'empara de sa dague plantée dans les côtes de la victime et essuya rapidement la lame avant de la ranger et de se tourner vers elle. " Cet imbécile s'est vidé de son sang sur mon beau costume !" Devant la moue dégoûtée de la dame, il haussa les épaules et s'empara de sa rapière. " Il nous faut nous éloigner rapidement madame, nous risquerions d'avoir des ennuis sérieux en nous attardant ici". Balsemil acquiesça et Kenillian s'empara de sa main avant de l'entraîner dans les ruelles du port en direction de la grande rue. Sur place, ne restait que le marin aveuglé gémissant à terre. Le seul survivant n'avait pas demandé son reste et s'était enfui aussitôt devant ce carnage.

Arrivée dans la grande rue de Freeport, Balsemil fit signe à Kenillian de s'arrêter. " J'ai une tâche à accomplir ici. Il me faut me rendre dans mon Temple !" Kenillian fit une moue résignée. " Bien belle dame mais suivez moi et faites ce que je vous dis, cette ville vous l'avez constaté et pleine de dangers !" Balsemil ne put réprimer un sourire, le combattant était mal élevé et arrogant mais elle commençait presque à l'apprécier... Kenillian lui lança un clin d'oeil et, dissimulant du mieux qu'il put les traces de son forfait sous sa cape, le couple s'engagea dans la grande rue. Balsemil serra son familier contre elle pour profiter de ses sens. Son sortilège devait maintenant être fini et ils comptaient déjà deux ennemis dans la cité...

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