ECRITS-NOUVELLES
La Rose de la Vie OU La Vie d'un Rosier
LA
ROSE DE LA VIE ou LA VIE D'UN ROSIER
La vie, tel le rosier, est aussi belle et enivrante qu'acerbes sont ses épines.
Effectivement la beauté du rosier n'est pas une beauté aisée. Il peut rencontrer beaucoup d'obstacles qui paraissent ralentir sa pousse.
Ainsi lorsqu'il doit abandonner, impuissant, une à une ses roses qui, chaque année, tombent à son pied, les douleurs qu'il éprouve sont aussi insupportables que celles provoquées par une piqûre d'épine soudaine et intense. Mais elles finiront par s'évanouir avec le temps.
Et si le rosier se laisse tailler par son jardinier il deviendra plus beau, plus grand, plus sage.
Alors de nouveaux boutons réapparaîtront d'où écloreront des roses au parfum de plus en plus exquis, enivrant les plus sensibles des âmes et pansant les plaies anciennes.
Puis, peut-être un jour une rose unique, d'une exceptionnelle beauté naîtra de ce rosier car elle aura laissé le sécateur du destin accomplir son travail.
Elle n'aura alors plus le souvenir de ces larmes qui, telle la rosée du matin, s'évaporent à midi et ne laissent plus de traces le soir. Pourtant chaque matin la rosée se pose de nouveau sur les pétales fragiles de la vie.
Car la vie est ainsi, elle n'est pas sans épreuves.
Mais la rosée est utile à la fleur car elle lui permet de ne pas se dessécher aux rayons du soleil et de survivre, pour pouvoir répandre sa force à tout le rosier.
La rose sait qu'elle devra laisser place à une autre plus belle, elle accepte, alors, son destin.
Ainsi les roses qui lui succéderont, seront toujours plus belles, plus sages, plus parfumées jusqu'à cet ultime présent en gratitude de la patience et de la confiance du rosier envers le jardinier invisible et pourtant si présent.
Cette rose se parera d'une robe blanche, épurée prête au jaillissement de la lumière.
Pour
qu'une telle rose éclôt, un jour, le rosier aura dû
accepter d'être couvert de roses rouges, couleur de l'amour certes,
mais aussi couleur de la rage, de la révolte et du sang.
Accepter
ses souffrances, c'est ce que font les roses quand elles acceptent de se
faner et de tomber, mais elles connaissent bientôt celle qui viendra
règner et qui témoignera de leur existence.
Mais il faudra que le rosier accepte ses propres souffrances, sans vouloir à son tour répandre des graines de roses rouges parmi les autres rosiers du jardin pour que l'Amour pur puisse, après l'oeuvre du Temps, accomplir la sienne.
Alors la rose blanche pourra peut-être semer des graines de roses blanches dans le jardin pour que d'autres rosiers puissent un jour en faire éclore une.
Alors peut-être un jour jaillira une fontaine au milieu du jardin où un magnifique bouquet de roses blanches s'abreuvera à jamais du filet inépuisable de l'Amour. Tous les rosiers du jardin se seront unis pour le composer et écouteront tendrement le doux murmure de l'eau.
ÉPILOGUE
Cependant
ce Jardin idyllique risque de rester un Éden perdu inaccessible:
Tant
que les rosiers ne verront que leurs propres roses rouges, ils ne
verront pas les herbes qui viennent recouvrir le jardin malgrè le
dur labeur du jardinier qui essaie d'attirer leur attention sur l'état
du jardin.
Tant
que les rosiers, en réponse à leurs propres blessures continueront
à blesser d'autres rosiers, en répandant autour d'eux des
graines rouges, qui font également souffrir le jardinier qui n'arrive
plus à consoler ses rosiers en les taillant pour les faire grandir
et pour qu'ils connaissent enfin la lumière de l'éclat.
Alors cette fontaine restera un rêve, car les roses blanches ne pourront pas naître sauf quelques rares éparpillées dans l'espace et le temps mais impuissantes face à la marée envahissante des roses rouges et de l'herbe.
Pourtant
tous les rosiers peuvent un jour porter une rose blanche.
Qu'attendent-ils
alors?
Rien, ils ont peur de pleurer ensemble, d'avouer à l'autre rosier que ses roses souffrent, pourtant s'il le faisait ses roses déjà ne souffriraient plus car elles sauraient pourquoi elles pleurent et elles sauraient qu'elles ont le droit de pleurer et déjà leurs larmes s'assècheraient. Et les rosiers constatant qu'ils souffrent tous, pleureraient ensemble et s'uniraient pour connaître la fontaine consolatrice de la joie et du bonheur.
Mais
ils
ont peur de pleurer car peut-être un jour alors qu'ils pleuraient,
d'autres rosiers fiers ont ri ou ont montré qu'eux jamais ils ne
pleurent car ils sont des durs. Pourtant ces derniers sont ceux qui auraient
le plus besoin de pleurer.
Et ceux qui ont pleuré ont eu raison de pleurer car il est difficile d'abandonner ses rêves, il est difficile au rosier de voir tomber impuissant ses roses, mais pour grandir il est obligé de l'accepter.
Cependant pour s'élever il faut aussi accepter de se laisser taillé par l'amour du jardinier. Cet amour servira de tuteur au rosier. Alors il touchera le ciel et jamais ne sera seul car il vivra à jamais avec son jardinier et les autres rosiers à ses côtés.
Mais le rosier est libre et il peut vouloir préfèrer se défendre seul, sans l'appui de ce guide mais alors il restera petit et seul et pour ne pas souffrir ou pour montrer combien il souffre, au lieu de pleurer, il sèmera des graines de roses rouges autour de lui, et ne se préoccupant que de son propre pied il ne verra pas l'herbe qui s'étend autour de lui.
Cependant cela ne signifie pas que le jardinier n'essaiera pas de le tailler et peut-être il pourra, un jour, connaître l'éclat de la rose blanche car le jardinier aime profondément ses roses c'est pourquoi la vie de chaque rosier lui est si précieuse.
Ainsi le rosier est libre, de vivre ou de mourir. Mais pour choisir la vie, il faut aussi accepter les épines. Car elles font partie du rosier et il ne faut pas lui mentir en lui disant qu'on peut les arracher, les dissimuler, car elles sont indissociables du rosier, car elles sont aussi celles qui permettent peut-être un jour à la rose vêtue de blanc d'éclore.
S'il choisit la vie il saura que sa vie c'est aussi la vie des autres rosiers, car si chaque rosier du jardin est responsable de ses propres roses, il doit savoir également qu'il est responsable des autres rosiers du jardin. Ainsi ils pourront décider d'essayer de faire éclore des roses blanches ensembles, pour ensuite les unir à jamais dans un bouquet.
Mais ils peuvent aussi se contenter de roses rouges et laisser les herbes envahir le jardin. Car c'est seulement ensemble que les rosiers peuvent lutter contre les herbes. Or les rosiers sont libres de choisir l'amour ou la mort. Ils sont les seuls maîtres de leur choix et le jardinier ne peut rien faire qu'essayer de les prévenir, de leur montrer les roses rouges qui pleurent et les herbes qui envahissent son jardin et qui peuvent les recouvrir.
Les rosiers sont responsables de leur propre destin.
par Ameph
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