Expérience journalistique

Cours PPA6207- Processus créateur en éducation

Le stress et la créativité

par Daniel Meilleur

Dans le cadre du cours "Processus créateur en éducation" nous avons été amenés à considérer plusieurs aspects de la créativité. En se posant la question " qui est créatif ", nous avons tenté de définir les conditions qui favorisent la créativité. Parmi les choses évidentes qui sont ressorties, il y a la création d'un climat favorisant la fluidité de pensée ; notamment la suspension du jugement, dans une première étape, afin de lever les inhibitions à la liberté d'expression. Il y a aussi la nécessité d'une liberté de choix dans les sujets d'étude, dans les moyens, dans les méthodes, etc. On pourrait continuer la liste longtemps. En posant une question semblable à ses étudiants, un professeur a recueilli plus de 230 réponses en l'espace de cinq minutes (Processus créateur en éducation, p. 55, partie I)

On peut se pencher, cependant, sur un élément qui joue un rôle fondamental dans la créativité : le stress. Dans un article sur l'origine neurologique de la créativité : " The Pyhsiological Ethology of Creativity ", Neil Greenbert s'intéresse à la créativité d'un point de vue évolutionniste et, incidemment, au rôle du stress dans la facilitation ou l'inhibition de l'acte de création.

Greenberg traite de la créativité comme comportement adaptatif au sens biologique. Il s'agit à la fois d'un processus et d'un produit du comportement humain. L'environnement -y inclus, et surtout, l'environnement social - influence la créativité individuelle à des niveaux qui peuvent varier en fonction de l'état physique du sujet, du niveau d'activité des agents psycho-actifs et des hormones stéroïdes, ainsi que des hormones sensibles au stress et qui jouent un rôle catalyseur ou inhibiteur dans des structures neurales spécifiques responsables d'un type de comportement.

Dans les notes du cours, dans la présentation ainsi que dans les discussions qui ont eu lieu au long des deux premiers week-ends de ce cours, nous avons été confronté à de multiples tentatives de cerner le concept de créativité, du moins à tenter d'en identifier certains aspects pour en dériver des applications pratiques (chapeaux pour penser, styles d'apprentissage, scénarios personnages, etc.). Cependant, une discussion de fond sur le phénomène de la créativité demeure problématique, en raison -paradoxalement- de l'immense volume de recherche sur le sujet. Ces recherches se répartissent dans des paradigmes irréconciliables : pour les uns, la créativité est un événement unique, d'ordre transcendantal, pour d'autres, -- et c'est la position prise par les praticiens de l'enseignement créatif - la créativité est un phénomène quasi-universel qu'on peut favoriser par des conditions particulières et à l'aide de techniques spécifiques.

Greenberg tente de réconcilier ces deux paradigmes grâce aux avances dans le domaine de l'éthologie, de la sociobiologie et de la psychologie comparative. À l'aide d'une définition simple mais opérationnelle de la créativité, à savoir : " le processus et le produit d'une pensée, d'un acte ou d'une perception nouvelle et inédite par laquelle un organisme ou un groupe d'organisme s'adapte à un changement survenu dans la composition ou la structure de son environnement ", Greenberg tente d'élargir et de donner une dimension biologique à un concept que l'on croyait, jusqu'alors, spécifiquement humain.

Le stress est une réponse à un problème d'adaptation. La recherche d'une solution est une activité visant à réduire le stress. On peut examiner et étudier le rôle du stress dans le processus créatif comme un système d'activation de différents mécanismes hormonaux et neuroniques. On pourra ainsi mieux cerner, entre autres, en quoi la " créativité " se distingue du simple processus d'apprentissage.

Bien sûr, en tentant de remonter la source de la créativité, on s'éloigne ici considérablement de notre problème central qui est d'améliorer l'enseignement créatif, un peu comme les explorateurs Stanley et Livingstone se sont perdus dans les méandres du Nil en tentant d'en trouver la source. Bien qu'il faille exercer une très grande prudence en généralisant les résultats -très partiels-de ces recherches et en les traduisant dans des recettes applicables, on peut faire un lien entre le stress et le concept de " zone proximale de développement " en éducation : pour stimuler la créativité, on doit amener l'apprenant au-delà de la zone de confort constituée par ses schèmes et ses savoirs existants et provoquer ainsi un conflit cognitif.