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En quoi le transsexualisme est-il pathologique ?

“ Le normal s'oppose non à l'anormal (qui est une autre manière d'être de la vie) mais au   pathologique [...] La confusion de l’anormal et du pathologique condamne à ériger le      normal en norme et à faire de la médecine [...] une entreprise de normalisation aussi         despotique qu'illusoire ”, affirme Canguilhem.

Hors les normes, a-normal, le transsexualisme l'est indiscutablement.
Une telle assertion est cependant insuffisante pour conclure à son caractère
pathologique.

“ Plutôt que d'envisager la normalité seulement par rapport aux autres, à l'idéal ou à la    règle, on tend actuellement à cerner la notion de normalité en se référant à un critère        fonctionnel, c'est-à-dire au “bon fonctionnement intérieur d'un individu”, à son                fonctionnement optimal compte tenu de ses caractéristiques psychologiques particulières ”, ajoutent Lemperière et Féline.

D'autres comportements a-normaux comme l'homosexualité, le travestissement et le fétichisme ne sont plus aujourd’hui considérés à proprement parler comme pathologiques.. Cette tendance, initiée par Freud, s’est prolongée tout au long de notre siècle, jusqu’à la récente exclusion de l'homosexualité du DSM. Pourquoi en serait-il autrement pour le transsexualisme ?


Le transsexuel souffre

C'est sur l'idée de souffrance, contenue dans l'étymologie pa??? [pathos], que le transsexuel se différencie de l’homosexuel, du travesti et du fétichiste. Car si ces derniers semblent avoir mis au point par leurs pratiques sexuelles une sorte de formule magique de la jouissance, le transsexuel, lui, dit souffrir. Il n’est pas d’accord, nous le savons, avec le psychanalyste sur la source de sa souffrance, mais c’est là un autre débat. Ce qui nous importe pour le moment est que le sujet souffre intensément et s’en plaint.

En mettant ainsi l'accent sur le critère de souffrance, nous rejoignons ici Kurt Schneider quand il considère que “ les anomalies quantitatives de la personnalité ne deviennent pathologiques que lorsqu'elles entraînent une souffrance ”.


La co-morbidité est fréquente

A la souffrance du sujet – et probablement en lien avec elle – il faut ajouter la fréquence de la co-morbidité chez les sujets transsexuels.

Oppenheimer met en avant une représentation de soi négative, une estime de soi faible et la présence massive d’éléments dépressifs chez ces patients.

Lemperière & Féline insistent eux aussi sur la sévérité et la fréquence d’épisodes dépressifs.

Chiland ajoute que les sujets sont, à l’exception de quelques cas hautement diplômés, souvent dans une désinsertion sociale marquée (prostitution, assistanat social, clochardisation...).

Lothstein confirme que, victime de la stigmatisation sociale, de nombreux sujets se retrouvent socialement isolés et développent des systèmes de croyance paranoïde encapsulés. Enfin, on note avec fréquence un recours à l’alcool comme automédication ou pour se désinhiber avant de paraître travesti en public. Il n’est pas rare, ajoute Lothstein, qu’il s’accompagne de prise d’amphétamines ou de cocaïne “ pour se procurer un rush sexuel ”.


La revendication transsexuelle est insensée

La conviction d'être de l'autre sexe est souvent formulée ainsi par le sujet transsexuel : “ J'ai une âme (un cerveau, un cœur) de femme dans un corps d'homme ”. En promulguant l'existence d'un sexe de l'âme, d'une vérité du sexe indépendante du corps, le sujet transsexuel pense faire appel au sens commun. Mais ce concept de “ sexe de l'âme ” est une fiction du sujet, avec lequel la psychanalyse ne peut être qu'en désaccord.

Nous l’avons vu, il n'y a pas de vérité absolue du genre, définitive et indépendante du Réel. Le genre est une élaboration psychique à partir d'un réel anatomique, quelque chose qui se travaille – souvent dans la difficulté – par une prise en compte progressive du corps, de ses possibilités et de ses limites : choc de la différence des sexes dans l’enfance, intégration par l’adolescent de sa génitalité, assomption des possibles et des limites de le sexuation humaine...

Mais, demande Castel, d’où vient ce sentiment qui est parfois celui de l’observateur, porté à croire qu’il comprend “ les motifs du transsexuel et l'assurance que ce dernier semble manifester dans ses choix vitaux ” ? Il doit bien le savoir comme je le sais pour moi, suppose-t-on. Mais c’est faire preuve de solipsisme que de penser qu’il n'y aurait pour le sujet pensant d'autre réalité que lui-même. C’est, selon la formule de Sartre : “ se débarrasser entièrement du concept de l'autre ”. Et nous avons vu qu’au contraire, l’identité de genre du transsexuel est extrêmement référencée à l’autre, qu’elle interpelle constamment.

“ J'ai une âme de femme dans un corps d'homme ” : dans sa déclaration, soutient Castel, le sujet est déjà, en soi-même, de l'autre côté. Il ne se transforme pas, il se rejoint tel qu'il a toujours été. C'est en cela, pensons-nous, que son discours ne “tient” pas.

Pour Folscheid, “ Le transsexuel qui en appelle à la chirurgie se trompe sur le genre de travail que requiert son état, même s’il a conscience qu’un travail est nécessaire. Il s'adresse au travailleur manuel qu'est le chirurgien, comme s'il s'agissait de "travailler" son sexe comme un matériau naturel extérieur. Alors que le travail qui s'impose devrait avant tout porter sur le discours de la discordance, qui nous apparaît maintenant comme le symptôme de l'unité manquée de l'être-en-soi et de l'être-pour-soi, donc comme une pathologie de la consience et non du sexe. Cette choséité rebelle, inintégrable, ce serait au transsexuel lui-même de la "travailler" ”.

C’est donc principalement parce qu’est insensée l’existence d'un “ sexe de l'âme ” que le transsexualisme revêt un caractère pathologique. Cette croyance en un sexe-hors-du-corps, présenté par le transsexuel comme une donnée “ naturelle ”, c’est-à-dire s’imposant de l’extérieur, sans lien avec son corps et son histoire, sans négociation possible, montre que le sujet est victime d’une incapacité radicale à faire avec son sexe anatomique, à l'intégrer dans un ensemble cohérent qu’il puisse reconnaître comme étant lui-même.

Plus qu’un désir de l’autre genre, le transsexualisme est le signe – c’est là selon nous l’essentiel de la démonstration qu’opère la clinique – d’un rejet de son sexe

  

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01-07-27
Transsexuelle
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