|
MARSEILLE ENTRE DANS L'HISTOIRE (2)
|
 |
| MUNICH. - Rudi Völler centre malgré
le retour de Baresi. Les Marseillais ont bien mérité la Coupe
brandie par Deschamps (à droite). |
|
|
 |
|
MARSEILLE - MILAN AC : 1-0
|
|
|
Gloire à l'OM !
|
|
En l'emportant grâce à un but de Boli, Marseille
est devenu hier le premier club français à gagner une Coupe
d'Europe.
Un succès construit avec patience, volonté et
beaucoup d'habileté. Pour une fois, c'était Milan le moins
fort...
|
Il est 22h10
dans la chaleur moite du Stade Olympique de Munich, et on ne rêve
pas : c'est bien Didier Deschamps, et non Franco Baresi, qui monte le premier
les marches du podium installé à la hâte sur la pelouse
et vient chercher cette Coupe des champions que le football français
attend depuis 37 ans. L'OM, vainqueur à la régulière
du Milan AC 1-0 grâce à une tête de Boli en fin de première
mi-temps, peut maintenant faire son tour d'honneur tandis que la sono crache
«We are the champions» et que les Milanais, Papin le premier,
baissent la tête.
Son approche de la finale, contrairement
à il y a deux ans contre l'Etoile Rouge, a été parfaite,
sa gestion du match exemplaire et son plan de route respecté jusqu'au
bout. Il voulait n'avoir cette fois aucun regret, il ne se faisait surtout
pas une montagne de Milan : autant dire qu'il n'a pas raté son coup
et que tout a fonctionné comme prévu.
Une fois mis en confiance par la réussite
de Barthez et la maladresse de Massaro, puis par ce but tombé à
pic, Marseille aura ainsi réussi à étouffer progressivement
un rival trahi par ses stars et à lui clouer le bec pour de bon.
A l'arrivée, sa fraîcheur physique et sa formidable détermination
étaient simplement supérieures.
En attendant maintenant que son triomphe
fasse des petits, l'OM est devenu hier soir un grand d'Europe. Même
avec Milan en face, on n'avait vraiment jamais douté de lui.
Et Boli surgit...
Lorsque Pelé et Völler donnent
le coup d'envoi, l'OM fait face à ses supporters, massés
dans le virage ouest, et le plan tactique qu'il adopte est exactement celui
qui était prévu, sachant que Papin débute la partie
sur le banc de touche. Angloma et Desailly se partagent le marquage de
Van Basten et Massaro devant Boli, Eydelie et Di Meco sont chargés
de bloquer les couloirs et d'empêcher Milan d'animer son jeu dans
ce secteur ; enfin, en attaque, Boksic se tient bien dans l'axe, avec Pelé
à droite pour gêner les montées de Maldini, et Völler
à gauche.
Première impression ? Il y a beaucoup
de rythme, de prises de risque, d'engagement aussi, et les deux équipes
ne vont pas mettre longtemps pour porter le danger devant le but adverse.
C'est Milan qui s'y colle d'abord. Donadoni gagne un duel aérien
avec Di Meco, la balle file sur Van Basten, côté droit, le
Hollandais centre au deuxième poteau, mais la tête décroisée
de Massaro passe à droite (6e).
Dans la minute qui suit, c'est au tour de Marseille de passer à
l'action et de récupérer un ballon mal dégagé.Völler
en profite, il s'enfonce plein champ, Rossi repousse, Boksic suit, mais
son tir n'est pas cadré.
L'OM insiste. Sauzée, après
un coup-franc contré, remet dans le paquet, la défense milanaise
remonte mal, Boksic se retrouve a nouveau seul devant l'immense Rossi,
mais celui-ci sort vite et le lob du Croate est trop imprécis (11e).
La maîtrise des deux équipes est pourtant loin d'être
parfaite, les défenses ne semblent pas très sûres de
leur affaire et on sent bien que tout peut arriver à n'importe quel
instant.
Marseille, qui laisse souvent partir les
attaquants italiens à la limite du hors-jeu, est ainsi à
deux doigts de céder du terrain. Sur un corner bêtement concédé
par Desailly et tiré de la droite par Donadoni, Maldini place une
jolie tête, un poil au-dessus (12e).
C'est ensuite Massaro qui gâche une belle occasion en se déportant
trop sur la droite. Il peut néanmoins donner en retrait à
Van Basten, qui pivote, frappe et Barthez sort un premier arrêt-réflexe
important (17e). Enfin, c'est
encore Van Basten qui vient faire des misères aux défenseurs
marseillais, le long de la ligne de but, mais son centre-tir trouve encore
sur sa route Barthez (18e).
Malgré cette belle débauche
d'énergie et ces deux pressings qui s'affrontent, personne n'a réussi
le KO qu'il souhaitait et, par cette soirée lourde, le jeu se calme
un peu. Qui se charge alors de relancer la machine ? Milan, dont le jeu
long et la recherche d'espaces mettent souvent en difficulté la
défense de l'OM, pas toujours bien alignée lorsque la situation
le commande, et dont la récupération est supérieure
au milieu. Baresi peut ainsi alerter Massaro, côté gauche,
mais le deuxième attaquant de pointe milanais n'a pas l'air dans
un grand soir, il hésite à nouveau, et c'est Boli qui écarte
le danger (30e).
Qui aura néanmoins le dernier mot
de la mi-temps ? Qui fait un pas décisif vers la victoire ? Marseille.
Pelé prend de vitesse Maldini sur la droite et ce dernier s'en tire
avec un corner. Pelé le frappe, Boli s'élève juste
au bon moment devant Rijkaard et son ballon termine sa course dans le petit
filet gauche (44e). Tandis que
les deux équipes regagnent les vestiaires, Capello a déjà
envoyé Papin s'échauffer. Il est temps.
Et voilà Papin
JPP n'est pourtant pas convié au festin
dès la reprise et Milan réattaque donc la partie avec le
même dispositif. Si certaines de ses stars, comme Rijkaard, ont du
mal à suivre, il continue ainsi de faire confiance à son
savoir-faire quelques minutes encore, mais Marseille doit avoir à
cet instant un moral d'enfer, surtout lorsqu'il voit encore Massaro gâcher
une belle occasion de faire parler de lui (51e).
Alors que Boli reçoit un carton jaune
pour avoir frictionné les chevilles de Van Basten et que Baresi
paraît boitiller, Papin entre enfin (55e).
Mais Massaro est toujours là, puisque c'est Donadoni qui part s'asseoir
sur le banc. Que fait l'OM ? Il ne bronche pas et conserve la même
organisation. Pas pour longtemps car voilà qu'Angloma se blesse
à la cheville gauche sur un tacle défensif. Durand entre
donc à son tour pour occuper le couloir gauche devant Massaro et
Di Meco passe stoppeur dans l'axe sur Van Basten.
Marseille a pourtant toutes les raisons
d'être confiant. Il sait qu'il n'a jamais perdu un match de la saison
lorsqu'il a marqué le premier : on peut aussi lui souffler qu'à
l'exception du Bayern, en 1987 contre Porto, aucune équipe ayant
ouvert le score depuis 20 ans dans une finale de Coupe des champions ne
l'a perdue.
Un pressing de folie
Son pressing est désormais remarquable,
son occupation du terrain efficace, son jeu défensif beaucoup plus
sécurisant qu'à un moment, et sa combativité, sa faculté
de ne jamais lâcher le morceau doivent pouvoir lui permettre de tenir
encore 20 bonnes minutes comme cela. Milan, lui, ne donne pas le sentiment
d'avoir les forces, la vitesse d'exécution et les idées nécessaires
pour revenir dans la course. Méfions-nous tout de même de
ses ultimes assauts et du coup de patte de Papin, qui se jette par exemple
sur un ballon venu de la gauche et voit son tir mourir à quelques
centimètres du poteau droit de Barthez (78e).
Pour muscler encore un peu plus une équipe
qui n'en manque pourtant pas et densifier son milieu de terrain, Goethals
lance à présent Thomas à la place de Völler.
Ce à quoi Capello réplique du tac au tac en enlevant Van
Basten, bien fatigué malgré un dernier bon centre sur lequel
Massaro a été trop juste (84e),
et en misant désormais sur la fraîcheur d'Eranio. En vain.
Marseille tient sa victoire et ce n'est
pas maintenant qu'il va craquer. Il est héroïque derrière,
à l'image de Boli, qui prend tous les ballons qui viennent, il continue
de casser sérieusement les pieds à Milan grâce à
Pelé, un véritable cauchemar pour Maldini, et ses pestes
du milieu font le reste. Voilà, il est 22h15. Milan n'en peut plus,
il a rarement été à la hauteur de sa réputation
en seconde période, et les Marseillais entrent dans l'Histoire.
Deux ans après les larmes de Bari, leur joie et leur soulagement
font plaisir à voir. |
 |
| MUNICH. - Boksic, qui provoque ici, balle au pied,
Rijkaard et Baresi (de dos), s'est sacrifié dans un épuisant
travail de pressing. |
|
AMBIANCE
|
|
Grand d'Europe
Et la septième
finale française en compétition européenne de clubs
fut la bonne !
Enfin !
Trente-sept ans après que notre journal, L'Equipe,
eut inventé et créé cette épreuve monumentale,
un club français a enfin touché au but !
Rendez-vous compte : de 1956 à ce mercredi 26 mai
1993, cent cinq Coupes d'Europe avaient été mises en jeu
sans que la France, cancre du Vieux Continent, ait pu une seule fois monter
dans le train des vainqueurs.
Tour à tour, Reims (1956, 1959), Saint-Etienne
(1976), Bastia (1978), Marseille (1991) et Monaco (1992) avaient trébuché
sur la dernière marche, comme une incroyable malédiction
qui semblait s'abattre sur le football français.
Et puis, en ce joli moi de mai 1993, l'Olympique de Marseille
n'a pas flanché, comme il l'avait fait deux ans plus tôt à
Bari, alors qu'on le croyait capable de dépuceler notre pays.
Souvenez-vous: Bari et sa cruelle séance de tirs
au but. Bari et ce Boli en larmes qui, vingt-quatre mois après,
à Munich, est celui par lequel le bonheur surgit.
Que l'Olympique de Marseille soit le premier club français
à inscrire son nom au palmarès de la Coupe des champions
ne relève pas d'un déni de justice. C'est même tout
le contraire.
Depuis que Bernard Tapie a «repris» la maison,
en avril 1986, il lui a donné quatre titres consécutifs de
champion (cinq samedi ?) Et une Coupe de France sur le plan national et
l'a amené au plus haut sommet international, avec deux demi-finales
européennes, une finale et, depuis hier soir, une victoire.
Dans le genre, on ne peut vraiment pas faire beaucoup
mieux. Devant le travail accompli, on s'incline.
Paradoxalement, c'est l'année où l'on s'y
attendait peut-être le moins que l'OM s'empare du précieux
trophée. On ne débute pas une saison privé de ses
trois monstres (Mozer, Waddle, Papin), en effet, sans revoir a priori ses
ambitions à la baisse. Du moins le croyait-on.
Or, dans un autre registre, avec une équipe plus
«dure», plus compacte, Marseille est reparti de plus belle.
Que ce succès ait été arraché
face au Milan AC, présenté à juste titre comme le
plus grand club du monde, ajoute évidemment à la beauté
de l'oeuvre accomplie.
On ne bat pas un club italien en Coupe d'Europe, a fortiori
en finale, si l'on n'est pas soi-même un grand d'Europe.
L'OM l'est devenu un peu plus hier, et avec lui le football
français, qui gagne avec ce titre les dernières lettres de
noblesse qui lui manquaient.
Compétitif au niveau de sa sélection nationale,
il lui restait à le démontrer au plan des compétitions
interclubs.
La démonstration impose le respect.
Avec l'OM qui tire tout le monde dans le bon sens, Paris-SG,
Auxerre, remarquables sur le front européen cette année,
et tous les autres, le football de notre pays prend une nouvelle dimension.
Justice est enfin faite. |
|
|
Dans la chaleur du stade olympique
|
|
C'est sous une espèce de canicule que s'est déroulée
la finale. Et, dans les tribunes, l'ambiance était à la hauteur
des conditions météo.
|
| Depuis deux
jours, les supporters milanais avaient pris un net avantage sur leurs homologues
marseillais. On ne voyait qu'eux dans les rues de Munich. Sur la Marienplatz
ou dans les biergarten, très fréquentés en ces temps
de quasi-canicule. Du rouge et du noir partout. Et puis, en l'espace d'une
journée, les Marseillais ont rétabli d'un coup la situation.
Débarquant des trains et des avions spéciaux, ils ont à
leur tour investi le centre-ville, s'opposant par la voix à leurs
rivaux. De telle sorte que, hier soir, le stade olympique était
à peu près équitablement partagé. Petit avantage
en nombre pour les Italiens, dont le port d'attache est plus proche, mais
égalité parfaite en revanche au niveau de l'ambiance et du
bruit.
Les Marseillais sur la pelouse
18h45 : il fait encore 29° au gigantesque
tableau d'affichage du stade et la température est très élevée
aussi dans les tribunes. Elle monte même d'un cran, là-bas,
dans le virage blanc occupé par les supporters marseillais. Ceux-ci
sont aux premières loges pour voir déboucher du tunnel l'équipe
de Milan et c'est une bordée de sifflets qui accueille Baresi et
les siens. Papin, noyé au milieu de la masse, n'y coupe pas, lui
non plus.
Celui qui s'en sort le mieux, c'est finalement
Berlusconi. Cerné par les photographes, il effectue une véritable
promenade de santé le long des tribunes, sourire éclatant
et bras levés. Un parcours de star. C'est le moment que choisissent
les Marseillais pour faire à leur tour leur apparition. On attend
alors deux choses: les retrouvailles de JPP avec ses coéquipiers
et la rencontre entre Berlusconi et Tapie.
Or, rien ne se passe. Papin n'évite pas ses anciens
coéquipiers, mais ne les recherche bien évidemment pas non
plus. Une simple poignée de main à Castaneda, une tape amicale
sur la nuque de Pelé, et l'ancien capitaine disparaît dans
le souterrain. Quant aux deux présidents, ils se croisent sans véritablement
se voir.
19h30 : sur le même panneau que tout
à l'heure, le thermomètre affiche maintenant 28°. Le
match débute dans trois quarts d'heure et, comme à son habitude,
Barthez est le premier à venir s'échauffer, flanqué
d'Henri Stambouli. Pas fou, il choisit le but derrière lequel sont
massés les supporters de l'OM et il en profite pour les saluer.
Il ne restera pas longtemps isolé sur la pelouse. C'est toute l'équipe
milanaise qui lui emboîte le pas et qui viennent se préparer
devant la tribune où sont massés ses supporters. Lesquels
supporters, tout en rouge, ont disposé (comment ?) sur la piste
d'athlétisme, théâtre des exploits des JO de 1974,
leurs banderoles et leurs drapeaux. Papin ? Il arrive avec un léger
décalage accompagné de Nava, le défenseur remplaçant.
19h40 : c'est au tour des Marseillais de
revenir sur la pelouse, alors que l'atmosphère a encore grimpé
d'un ou deux tons dans le stade olympique. Un délégué
de l'UEFA descend quatre à quatre les escaliers de la tribune d'honneur,
avec en main l'objet de toutes les convoitises : la Coupe d'Europe des
clubs champions, qu'il vient installer sur un socle, mais qu'un supporter
marseillais a réussi à caresser au passage.
20 heures : tout le monde rentre aux vestiaires
en ordre dispersé, Français et Italiens mélangés,
et c'est tout le cérémonial de l'UEFA qui s'enclenche, comme
toujours à la minute près. Les ramasseurs de balle font leur
apparition, les photographes sont parqués sur la ligne de touche
et les deux équipes pénètrent sur la pelouse dans
leurs couleurs habituelles, Marseillais tout en blanc, et Milan en rouge
et noir. Le tableau d'affichage indique 26°. Dans les coeurs des supporters
des deux équipes, il fait au moins le double. |
|
Le palmarès européen
|
|
C1 (38)
|
C2 (33)
|
C3 (35)
|
TOTAL (106)
|
|
Angleterre.......8
Italie...........7
Espagne..........7
Pays-Bas.........5
Allemagne........4
Portugal.........3
Ecosse...........1
Roumanie.........1
Yougoslavie......1
France...........1
|
Italie...........6
Angleterre.......6
Espagne..........5
Allemagne........4
URSS.............3
Belgique.........3
Ecosse...........2
Portugal.........1
Tchécoslovaquie..1
RDA..............1
Pays-Bas.........1
|
Angleterre.......9
Espagne..........8
Italie...........6
Allemagne........4
Pays-Bas.........3
Suède............2
Hongrie..........1
Yougoslavie......1
Belgique.........1
|
Angleterre......23
Espagne.........20
Italie..........19
Allemagne.......12
Pays-Bas.........9
Portugal.........4
Belgique.........4
Ecosse...........3
URSS.............3
Yougoslavie......2
Suède............2
Roumanie.........1
Tchécoslovaquie..1
RDA..............1
Hongrie..........1
France...........1
|
|
|