Nous allons voir maintenant que, sur certains points, les hommes ont une sensibilité commune ; je parlerai ici de celle concernant leurs instincts primaires (la survie, la nourriture et l'amour, la reproduction) et leur intelligence. Depuis au moins l'Antiquité (nous n'avons pas de preuves fiables avant cela), les hommes se sont  posé des questions métaphysique fondamentales : Pourquoi existe-t-on ? Qu'est-ce que l'univers ? Qui l'a créé ?
D'autre part, ils se demandèrent comment améliorer ou faciliter leurs conditions de vie (la loi du moindre effort). Ils inventèrent l'agriculture et l'élevage afin de ne plus devoir chercher autre part la nourriture ; Ils construisirent des abris pour se protéger des prédateurs ; et enfin, ils réglementèrent la vie en société. Leurs préoccupations fondamentales furent de vivre heureux, en paix et dans la prospérité. C'est encore de nos jours le souci premier de la plupart d'entre nous.
Le peu de connaissance (nous dirions aujourd'hui scientifiques) du monde que les gens avaient à cette époque fît que l'on chercha la solution dans le mysticisme. On inventa les dieux pour expliquer la nature et, pour que le peuple obéisse à ses dirigeants (les hommes forts de la société), on proclama que ceux-ci détenaient le savoir et le pouvoir des dieux eux-mêmes. Loi et religion furent créés et ne firent d'abord qu'un. Au fils des générations, la tradition s'établit et plus personne ne sut que les lois et le pouvoir du monarque ne provenait pas du Ciel, mais bien des hommes. Le souverain lui-même crut sincèrement, lorsqu'il succéda au précédent, qu'il était le représentant de Dieu sur terre, ce qui put être normal, une fois que toute la société lui affirmait que c'était vrai, parce qu'elle avait elle-même été bernée par les souverains précédents et cela depuis plusieurs générations. Imaginez-vous que les premiers despotes aient gardé le secret de père en fils, puis qu'a un moment l'héritier n'est plus informé de la fausseté de l'origine de son pouvoir (parce qu'on ne lui dit plus ou parce qu'il devient roi trop jeune, suite au décès de son père, par exemple) ; il est normal que celui-ci, que l'on dit monarque de droit divin depuis sa naissance, y croit et ne se rende compte de rien. Se fut aussi le cas avec les rois de France plus tard.
Après ces religions-états, vinrent les premières "vraies" religions. Abraham est le fondateur des trois Grands : le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam. Cette foi, le bien être de la société est privilégié par rapport au pouvoir politique, mais les lois viennent toujours de Dieu. La raison à cela : les hommes ont peur d'aller à l'encontre de Dieu et suivent plus docilement la législation des "sages" ou "anciens". La morale du bien-être était née ; c'est elle qui va être le plus influencée par la sensibilité propre du peuple. Avec le Judaïsme, l'homme est devenu bon et moral. Il peut dorénavant vivre en paix et dans la prospérité s'il respecte la volonté de Dieu.

Les hommes ont cru en une morale, en une justice du ciel, ils ont espéré qu'elle existerait.  De cette morale, ils se sont formés des principes. Mais qu'en eut-il été si ces belles promesses n'avaient jamais existé ? Si l'on avait dit que l'homme était mauvais et qu'il n'agissait, comme tout autre être vivant, qu'en vue de ses propres intérêts et de sa survie, que se serait-il passé ? Les gens ne se seraient pas fait de faux espoirs, n'auraient pas attendu qu'on les sauve et auraient agit comme ils auraient dû. Ils auraient vu la réalité en face et n'auraient eu d'autre choix que de trouver solution à leurs problèmes. Or, lorsque quelqu'un dirige et profite du peuple, il n'est d'aucun intérêt pour lui de voir la situation changer. "Suivez la parole de Dieu", "écoutez ce que vous dit l'Eglise", "laissez-vous berner par ceux qui vous oppressent" … "Bien, brave peuple, servez vos maîtres et tuez-vous les uns les autres, nous sommes là pour diriger ces boucheries". C'est même en famille ou entre amis que l'on gouverne dans certains cas. Déjà sous Charlemagne, alors que la situation politique de l'Europe était fort élémentaire, le roi, puis empereur, distribuait ses comtés et duchés à ses amis et proches. Ainsi naquit la noblesse. Cela ne les empêchait pas de se quereller entre eux, mais comme tout le monde le sait, il faut diviser pour régner. Et si nobles veut dire parent ou ami, entre frères on se bat parce que seul le pouvoir compte. On se souvient de la rivalité entre Charlemagne et Caroloman, puis de la guerre acharnée entre les trois petits-fils du premier, "fondateurs" de la France et du Saint-Empire. Napoléon, lui, plaçait ses frères et sœurs - voir bons amis, sa famille étant un peu étroite pour la grandeur de son empire et ce n'est pas peu dire - à la tête de chaque région d'Europe qu'il avait soumise.
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