CHOIX DE TEXTES


Anarchipel

D'écueil en écueil
au hasard des brumes
la nuit révoltée par jets d'encre
insoumis
a tracé les contours
sur l'épave des amours
ses ultimes frissons

nuit de tous les récifs
nuit de toutes les révoltes
nuit tendre nuit dure
que dure la nuit en son gouffre
tourmentée

06.08.03

Ô bateau voit large
voilure au vent du large
il glisse au-dessus des âges
jusqu'au récif serti de violettes
de désirs anciens
enivré par la crue du tangage
du langage
ses secousses jusqu'à nous font vibrer
le souvenir de son ombre emportée
par la vague de ses tristes amours

14.08.03

 

Il était une fois une journée
retournée dans la nuit d'après
regorge de mots
refoulés jusqu'aux pieds
d'un soleil errant
penché sur le blues
des pensées fauves

danse le jour
transe des mots
échoués sur les récifs d'un rêve
mauve

31.08.03

Ô cyprine des Muses
en douce coulée des sens
s'accorde à l'essentiel
du doigté féminin
inonde un clair de lune
ses couches enivrées
réponse du soir à leur appel
regorge de mots
s'écrivent les gestes
des murmures échoués
sur le récif des langues
avant d'éternuer

12.09.03

 

S'amenuise le reflet des mots
dans le creux des histoires enchevêtrées
sur écran fixe
et file la laine autour d'un fuseau horaire
quand les images défilent en ronde
dans le réel sculpté par la machine utile
machins machines machinales
dans la soie soyons soyeuses
entre les cliquetis les clins d'oeil
par intermittence se posent et reposent
dans la tasse de café refroidi

Tout près
gît une feuille verte à l'amante
pour le thé

06.01.04

Souvenir embryonnaire
dans la gangue des mouvances
ex-tentionnées
émoustille les curseurs
en ce temps des violettes
des voilettes
quand un gong sur le yin
une claque sur yang
annonce un kit mixte
projet chimérique
pour sens névralgiques
alliés sur la toile
par les mots encordés
leur descente en rappel

22.02.04

 

 

L'inédite

 

Je suis celle qui se tient dans ton mystère
je te regarde dans tes mots
fragile mon regard
fragile dans tes mots
je me tiens derrière la porte de tes événements
inclinée devant tes images luxuriantes
qui m'abreuvent de toutes les existences
pas à pas entre tes lignes
je te rejoins sur la route invisible
en lutte contre la distance
ses vastes courants d'air
sans consistance
pour ensuite relever la tête
devant ton éternel visage
ancré dans la mémoire
de l'aube

13.05.01

Virginale
martèle au feu
ses abondances
l'émule des neiges
dans ce chaos
coulent ses heures
en ce temps fort
temps froid
temps mort
verse le sang
verse les cris de sa liqueur
dans cette amphore
chaudement ciselée
par sa substance
son double


15.12.01

 

À l'ombre des acacias
dansent les braises
dans l'écho
d'un souvenir
affectueux

ainsi va le feu
ainsi va la pluie
c'était mordant
c'était l'amour
l'instant fragile
d'un matin sans défense
reprend la vie
rejoint l'intense
de l'intime
partagé


11.07.02

Rouge est la mémoire
bleu est le silence
des visages rassemblés
en une seule prononciation
se répand dans le tangage
des unes des autres
leur histoire amoureuse
murmurée à l'infini
par la chair
par le sang
par le verbe
toujours renouvelé


24.09.02

 

 

 

Entre la chair et l'âme

Dans la mouvance
d'une âme conquise
une déesse s'installe
aux abords des yeux
toujours repliés
dans une nuit éternellement nuit
que les jours entraînent
vers le grand remous
d'une Vénus travestie
en ange dérisoire
qu'effleurent les courbes
infiniment courbes
mains d'anges
serties de roses
dans la joyeuseté des villes
agrippées au noir soleil
du désespoir 

14 déc.

 

Dans une prison de glace
un été doux hurle ses souvenirs
semences de tendresse
dans une terre vierge
que piétine un amour dilué
par les rêves refroidis
joyeusement
au chant des cigales
ayant pleuré toute l'année
noire année sous la lune rose
et ronde
engrossée rare

16 nov. 97

 

( O )
joyeusement
l'amour dans l'instantané
d'une année rose

 

 

Anatomie du mouvement

C'est bien avec le poing qu'on récite le jour
quand les désirs sont à plaindre
En montant le volume du corps
les prix grimpent
et la folie est à son plus bas
Des formes terroristes devancent la mémoire
Est-ce bien utile d'inventer de nouveaux visages
alors que les fenêtres ne sont plus étanches
Au verso de la brutalité
il n'y a que de la poussière
et de l'intimité
inventée pour l'anatomie branlante
C'est défoncé et plein d'impasses
et ça chemine vers l'obsession la nuit

Les muscles se profilent au tangage des mots
que la main refuse
Ces moments de flottement entre les paumes
soulèvent des enjeux
que les lèvres ne savent pas dissimuler
La journée en toute maladresse brûle
d'une stimulation affectueuse de l'oeil
dessine des zones de haute précision
Alerte
l'heure sonne la stratégie
quand toutes les paniques ont été regroupées
La ferveur est inévitable
La langue et ses maléfices organisent
des aller-retour d'exil
et même des rapprochements à ciel ouvert

La violence se fait discrète
douce comme un bruissement d'horloge
et la réponse est là
rouge
le soleil se lève encore
l'oeil cousu à la mémoire
du voyageur
qui apprend à mourir
en cours de route
digne de la peur
avant le lait
après les sueurs
et sa descente au fond des sens
comme une digestion
lorsque la bouche à plein régime s'écrie
Attendez-moi

ce grand stress fut oublié
sur la batture
quand un bateau lent passa
aux pieds des enfants
trop grands
trop chers
leurs samedis trop fréquentés
en attendant le dimanche
dans la ville
avec ses secrets qui penchent
tantôt à droite
tantôt à gauche
et le temps qui occupe le temps
quand on n'y est pas

 

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