Présente, dans son édition du 19 mars 1998:
![]() Après l'échec commercial d'«Un amour de sorcière», Vanessa Paradis se devait de renouer avec le succès. Les qualités d'« 1 chance sur 2 » et sa prestigieuse distribution devraient assurer son retour au sommet du box-office. |
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"On me donne toujours des rôles de fille fragile. Moi, c'est le contraire: je suis forte!" Kléber, le général Kléber: plus rigolo que son avenue. Ce vieux bar du Raphaël. C'est ici, je m'en souviens, que j'avais interviewé Emmanuelle Béart quand elle était encore avec Daniel Auteuil. Vers 1990? 1991? Pour «Femme», époque Annick Geille. Hello, Annick! J'ai aussi posé dans une salle de bains du Raphaël, pour la rubrique «Un homme mis à nu» de «Glamour», en 1998, époque Anne Chabrol. Hello, Anne! Eh oui, vous voyez, toujours là, fidèle au poste de peau lisse... Ce soir, c'est Vanessa Paradis. Il paraît qu'elle s'est coupé la boule à zéro. Elle arrive. Ah, elle est frisée, j'adore ça. Elle a des béquilles, comme ne le précise pas le dossier de presse. Le fameux accident de scooter des neiges au Québec. Elle me demande si la fumée de sa cigarette ne me dérange pas. Elle me prend pour un steward U.s.? Un douanier canadien? Un restaurateur hollandais? C'est une Piaf blonde, qui ne veut pas raconter ses histoires d'amour. Pas le genre à s'afficher avec un Compagnon de la chanson. Sa boisson: Coca-rondelle. Certaines personnes mal intentionnées prétendent qu'elle était mieux à 14 ans, mais toutes les filles sont mieux à 14 ans, c'est pourquoi les Anciens, qui étaient plus intelligents que nous, les épousaient à cet âge-là. Dans «1 chance sur 2», de Patrice Leconte, elle joue encore une fille. «Plus facile pour moi de jouer les filles que les mères, sauf bien sûr une fille-mère.» Le tournage avec Delon et Belmondo? «Ils m'ont chouchoutée. Je restais un peu à l'écart, sentant qu'ils avaient tous les deux besoin et envie de se retrouver. Qu'est-ce que je peux dire sur eux sans qu'ils se fâchent? Alain est intelligent, solitaire, tendre. Jean-Paul, lui, c'est Monsieur Ambiance. Très gai, très gai. Il avait ses deux yorkshires avec lui. Moi aussi, j'avais mon chien. Et Alain de même. Ce fut un tournage très chien. Moi, je n'avais jamais fait ça: tenir un flingue, courir entre des voitures qui explosent. C'est intéressant.» C'est Delon ou Belmondo qui l'a le plus draguée? «Mais non, je vous dis, ils étaient surtout là l'un pour l'autre, très mobilisés par le film. Ils sont à la fois opposés et complémentaires.» En fin de compte, dans l'histoire, c'est Delon ou Belmondo son père? «Ah, justement. Eh bien, un peu les deux.» Elle veut dire quoi? Clonage? «En fait, ensemble, ils forment le père parfait. En plus, il y avait Patrice, qui est aussi très tendre, très protecteur. J'avais mes trois nounours. Qu'est-ce qu'une femme peut rêver de mieux?» A-t-elle gardé la dissertation qu'Etienne Roda-Gil a écrite pour elle sur ses genoux - ses genoux à lui - dans un studio d'enregistrement en 1990 et pour laquelle elle a eu 2 sur 20 ? «Je ne sais pas. Peut-être que ma petite soeur en a hérité...» A-t-elle suivi les dernières Victoires de la musique? Elle me regarde en biais, avec l'air de m'en vouloir un peu. Les ex, ça fait toujours mal, surtout quand ils vendent beaucoup de disques. «En pointillé. C'est une très mauvaise émission, malgré des gens de grand talent: Cabrel, Souchon...» Allez, j'enfonce le clou, c'est quand même pour ça que j'ai apporté mon marteau, euh, mon stylo: était-elle contente pour Florent Pagny? «Très. Très, très. Plus que contente. Ça fait plaisir, de voir quelqu'un aussi heureux. Sa vie de famille, tout ça, la Patagonie, les chevaux, sa nouvelle femme qui est si belle, c'est merveilleux.» Que pense-t-elle du cinéma en règle générale? «Je vais beaucoup au cinéma. Je me sens concernée par l'évolution de la profession. Il y a beaucoup de nouveaux talents, comme Kounen, le réalisateur de "Dobermann". Les jeunes cinéastes commencent à m'envoyer des scripts et je les lis avec beaucoup d'attention.» Ah, parce qu'elle lit, maintenant? Sourire. «Seulement les scénarios. Pour les livres, j'attends d'être vieille. Je me réjouis à l'avance d'avoir toutes ces merveilleuses oeuvres littéraires à découvrir au coin du feu, vers 2040, 2050...» J'ai entendu dire qu'elle vivait avec un demi-Slovène. Connaît-elle la Slovénie? Elle devient plus blanche, si c'est encore possible. «Je ne veux même pas entamer le sujet.» De la Slovénie? Un fort beau pays, pourtant. Petit, mais coquet. «J'attaque systématiquement les journaux qui évoquent ma vie privée et je gagne à chaque fois. Tout être humain a droit à son jardin secret.» Ne craint-elle pas, à force de ne pas montrer ses magnifiques fiancés, de passer pour une laissée-pour-compte? «Ça indiquerait aux gens qu'on peut être jeune, belle, riche, célèbre et en baver quand même!» Une question pour détendre l'atmosphère: comment s'appelle le ministre communiste des Transports. «Je ne sais pas. Je ne lis pas les journaux, seulement les magazines et les hebdos sur la mode.» Paie-t-elle trop d'impôts? «Quand on paie plus de la moitié de ce qu'on gagne, on trouve qu'on paie trop d'impôts, mais en même temps il me reste pas mal d'argent, suffisamment pour que je n'aie pas envie de devenir suisse ni monégasque.» Parmi tous les plaisirs qu'elle a dans la vie, lequel préfère-t-elle? «L'amour.» Toutes les mêmes. «C'est le plus beau, non?» Si elle veut mon opinion, je dirais que ça dépend des jours. Pense-t-elle aller dans la vie vers plus de bonheur ou plus de malheur? «Vers plus de malheur?... Je ne suis pas si noire. Je n'ai pas encore connu le bonheur d'avoir un enfant et, à mon avis, c'est le plus grand qu'une femme puisse connaître.» Une journée réussie, c'est une journée où elle a fait quoi? «N'importe quoi, pourvu que je me couche avec le sourire.» La drogue, c'est fini? Deuxième regard noir de la soirée et pour la réponse je ferai tintin. Je pose autrement ma question: que pense-t-elle de la pétition pro-haschisch signée récemment par une centaine d'intellectuels et dont le but était la légalisation des drogues douces? Cette pétition a eu, selon moi, une utilité: grâce à elle, on a compris pourquoi tant d'intellectuels disent et écrivent des absurdités et même des ignominies, c'est parce qu'ils sont camés à mort. «Je pense que, quoi qu'il arrive, c'est un sujet dont il faut parler avec précaution. La drogue arrive de plus en plus tôt dans la vie des enfants. Il faut bien expliquer les choses, bien les différencier. Les termes - légalisation des drogues douces - sont insupportables. La drogue, ce n'est jamais doux. Il est en tout cas urgent d'en parler, pour que chacun se responsabilise.» Est-ce que penser à New York la rend mélancolique? «Quelle mélancolie? Je ne suis jamais mélancolique. En fait, je suis éloignée des filles que j'ai jouées dans "Noces blanches" ou "Elisa". Ces filles étaient fragilisées par leur situation familiale, moi c'est le contraire. J'ai une mère, un père et un oncle merveilleux, et c'est grâce à eux que je suis si forte, que je positive. New York, c'était un rêve, c'était la vie. Paris, c'est bien aussi. C'est la suite de mon histoire.» Elle se lève, refuse mon aide pour les béquilles. La fille de son attaché de presse, un début de roman à elle toute seule, a fini son devoir de latin. Je me plains que Vanessa ne m'ait donné aucun scoop. Ils vont faire la gueule, au journal. Elle sourit - ce sourire las et anxieux des filles qui marchent avec des béquilles - et dit: «J'ai le pied qui me gratte.» Satisfait, je propose de lui faxer l'article demain matin, à condition qu'elle le faxe après à Paris Match. «Mon fax ne peut que recevoir, pas envoyer.» Un fax slovène? Autre sourire. Je rentre chez moi. En Joe le taxi, bien sûr. Photos ellen von unwerth / sygma |
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