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 LE VOEU DES FEES, Chapitre 12, par Edouard Califan 
 
J'aidais Eve à s'harnacher de la façon dont je l'avais souhaité. Elle s'était
fait confectionner un corset ravissant en satin de soie noir et très baleiné,
au laçage dorsal, entièrement surbrodé de dentelle fine, aux balconnets
arrogants. Avec des bas attachés hauts il constituerait maintenant son seul
habit quotidien. Je ne la serrais que très modérément, car bien qu'Eve aie
la taille fine il faut du temps pour s'habituer au port d'un corset. Celui–ci
la gainait entièrement des seins jusqu'à la naissance du sexe et couvrait
une bonne part de sa chute de reins, la maintenant parfaitement droite en
toutes circonstances. Chris nous regardait faire, attachée au mur du fond,
nue et passive, l’œil morne. Elle n'étais plus bâillonnée mais n'avait pas
émis un son depuis hier. Elle n'avait que très peu dormi, s'efforçant
d'apparaître rebelle malgré tout. Elle avait renoncé d'ores et déjà à tenter
de se libérer. C'est elle qui avait confectionné ce dispositif d'entravement
et elle en connaissait la solidité. 

Bien qu'elle le trouvât bien plus confortable que ce qu'elle avait pensé, Eve
souffrait de la gêne nouvelle créée par le corset, et qui l'astreignait à une
gestuelle inusitée, un port de reine et de mante gauche. Aussi sûrement que
mon corps épilé, Eve se trouvait en prise directe avec son statut réel, à la
fois maîtresse et odalisque. Cela ne remettait pas en cause mon état
propre, dont je redevenais conscient à la moindre vue et au moindre
effleurement de ma peau. Je n'étais que leur création à toutes deux,
obéissant sans broncher à leurs injonctions. Eve avait pris la direction du
trio et je ne faisais que l'assister à sa demande, quoi que les émotions
suscitées en moi par la mise et le dressage de Chris remuaient en moi de
très vieux instincts de mâle dominant. 

J'eus l'ordre d'user de Chris comme bon me semblait. Elle se devait de
m'obéir, puisqu'Eve l'avait décrété. Je décidai de la façonner à mon image,
la transformant en esclave des sens, ainsi qu'elle l'avait fait avec moi.
J'exarcerbai ses lignes et ses courbes en lui imposant un corset autrement
plus constrictif que celui d'Eve. Nous lui détachâmes les poignets et les
chevilles pour ne conserver que le collier et la ceinture, reliés par huit
chaînettes au mécanisme moteur. C'est ainsi que je la fis arpenter la pièce
en tous sens, mille et mille fois tous les jours suivants, jusqu'à ce qu'elle se
plie à marcher gracieusement, sans regimber, qu'elle cesse de s'agiter
enfin de la tête et des bras. Elle pleurait de rage contenue mais persistait à
rester silencieuse ; un tout début d'acceptation émanait d'elle mais nous la
savions pourvue d'un caractère réputé inflexible. Ce serait long et difficile,
mais c'était une nécessité qu'elle change, afin que nous puissions passer à
la phase suivante de notre histoire. 

Chris n'eut droit à aucun répit, aucun relâchement de la pression exercée
sur elle. D'emblée elle fut corsetée jour et nuit une semaine durant, et si
Eve avait ordonné que l'on desserre le laçage d'un cran au coucher, c'était
pour le rajuster un peu plus étroitement chaque matin suivant. Elle se
refusait à crier grâce, conservant sa superbe dans l'outrage, mais nous
sûmes à son attitude qu'au septième jour elle avait capitulé. Nous la
trouvâmes suffisamment docile pour lui octroyer une petite récompense.
Libre et nue, elle put se baigner en notre présence. Le corset avait
imprimé sur sa peau le grain du tissu et nous dûmes la masser longuement
avant qu'elle ne retrouve son poli initial. Chris s'abandonnait à nos mains
en gémissant doucement, et sur un signe d'Eve je me mis à lui embrasser le
sexe à pleine bouche pendant qu'Eve la sodomisait de l'index et du majeur.
Elle ne mit pas longtemps à jouir, et si intensément qu'elle en resta
tétanisée, tremblante, agenouillée la tête au sol, les reins cambrés, ses
mains continuant d'agripper ses fesses pour mieux les écarter encore. Je
me retirai d'en dessous d'elle et profitais de sa position pour l'enculer en
douceur et l'entraîner en rythme vers un surcroît de plaisir. J'éclatais en
Chris violemment ; elle tressaillit et s'immobilisa, toujours offerte. 

Nous nous assîmes pour la mieux admirer. C'était parfait : sans ordre de
l'un de nous deux, elle n'agissait plus. Elle savait notre règle par cœur ;
elle se devait de se laisser guider par nous et de ne rien entreprendre de sa
propre initiative sans nous en demander la permission, faute de quoi elle
repartirait pour une période –toujours indéterminée– d'un apprentissage
encore plus poussé. 

Eve lui ordonna d'agir à sa guise ce soir, mais en fonction de ce qui lui
avait été inculqué par nous depuis sa capture. Nous ne lui entravâmes que
les chevilles, après qu'elle eut enfilé ses bas. Chris se releva lentement et
réclama un porte–jarretelles. Elle entreprit de laver son corset et nous la
regardions faire; elle était rouge de honte, à genoux devant la baignoire où
elle avait plongé son carcan de dentelles et de moire. Elle frottait avec
application, humiliée par cette posture de ménagère dans laquelle nous
n'aurions pu l'imaginer quelques jours auparavant. Elle mit le corset à
sécher sur une serviette étalée et partit au salon, où nous la suivîmes.
Enfin, elle parla. Ses mots venaient du plus profond d'elle–même et nous
les buvions avec joie. Pour Chris, c'était la première fois qu'elle était en
passe de pouvoir s'incarner pleinement dans sa condition de femme.
Toujours, l'ambiguïté avait été grande quant à la mesure précise du
pourcentage de féminin et de masculin en elle. Elle avait rejeté il y a fort
longtemps toute association d'idées entre l'horreur d'être soumise à un
gros con, traitée comme la pire des putes à camionneurs, et ne concevait
plus le mâle comme autre chose qu'un sexe oppressif qu'elle se devait de
brimer à tout prix. 

C'était d'elle qu'était venue l'idée de mon rapt. Eve n'avait fait que suivre.
Puis elle avait été dépassée par la règle qu'elle avait fait naître et s'était
retrouvée plus humiliée que jamais, mais aujourd'hui son plaisir avait été
si unique et si fort qu'elle ferait tout pour le rejoindre, abdiquant tout
concept personnel pour s'en remettre à la volonté de l'autre, liant enfin sa
honte à la volupté pure. 

Mais elle nous enjoignit de maintenir notre emprise, car elle ne se sentait
pas assez forte encore pour affronter sa liberté. 

 

 
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