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LE
VOEU DES FEES, Chapitre 18, par Edouard Califan
Cela prit un temps fou et se fit par étapes. Deux années pleines
s'étaient
écoulées depuis notre rencontre, et onze mois depuis la pose
de mon second
corset. J'étais formé, moulé, à l'aise au dedans
et n'aurai jamais pu
m'imaginer cela dans ma vie d'autrefois. Le demi–jeûne auquel
m'astreignait ma nouvelle enveloppe m'avait aminci et je m'en sentais
bien, mes lignes s'adoucissaient tout en dévoilant rondeurs et galbes
grâce
à la pression constante exercée sur ma chair. Geneviève
était une artiste,
sans aucun doute. Elle avait conçu mon corset pour que sa coercition
s'exerce dans le but d'obtenir la féminisation de mes courbes, et
cela
marchait. J'étais jeune et mon ossature encore flexible avait été
prise en
main juste au bon moment. Quelques petites années plus tard et ç'aurait
été impossible. Vingt–cinq ans, c'est un maximum. Après,
on se rigidifie.
Eve et Chris aussi avaient du style et de l'art
; leur vision de mon image
finale avait été anticipée de longue date, de plus
elles possédaient à fond
toutes les techniques diverses permettant d'y accéder. Elles avaient
une
prémonition nette de leur œuvre aboutie. Mon consentement leur
ouvrait
l'espérance de connaître la réussite par mon biais.
Je jubilais de les savoir
heureuses. Et moi, je tirais mon propre bonheur des océans de lascivité
pure dans lesquels nous nous immergions bien souvent. Puis, il y avait
la
route à parcourir et qui nous entraînait dans une spirale
croissante
d'amour, le fait de le partager à trois ne nous ayant pas même
effleuré.
Jamais la routine n'avait loisir de s'instaurer, toujours nous allions
de
l'avant. À vie. Et ce qui était noble, grand et beau, c'est
que seule la
volupté des sentiments entrait en ligne de compte. Tous trois n'avions
pas
le plus petit atome de méchanceté ni la moindre pulsion
morbide en nous.
Conscients de l'héritage d'un passé répugnant d'hypocrisie
quant aux
plaisirs sensuels, nous avions voulu faire la nique aux tabous tout en
les
parachevant.
En un sens c'était une folie, ce que nous
vivions... Et puis d'un seul regard
jeté sur le monde normal nous nous rendions compte que c'étaient
eux les
fous. On se posait de moins en moins de questions métaphysiques
sur le
bien–fondé de nos choix. J'avais enfin l'occasion d'être
guidé sur les rails
de ma vocation. Esclave de Chris et d'Eve. Mais esclave n'est pas le bon
mot ; c'est plus subtil en fait. Offert, ouvert, béant du désir
d'obéir, mais
pas à l'instar de cette sorte de pitoyables petits messieurs se
rendant en
secret de leur épouse chez une catin vénale les maltraitant
un peu pour
qu'ils jouissent au vu du Skaï laid de leurs guêpières
de pacotille. Non, il
n'y avait pas trahison, pas vol, pas tricherie. On sortait au grand jour
ce
qu'on avait au dedans, au tréfonds de l'esprit et qui nous fait
vibrer.
Or, ce soir Chris avait voulu commencer à
m'habiller en femme, pour voir,
et Eve ne voulait pas. Il est dur de s'accorder à deux sur les
choses de
l'intime, à trois cela relève de l'illusion... Elle ne voulait
pas et ne voulait
pas. J'étais un homme, argumentait–elle, et mon extérieur
se devait de
rester mâle. Que je fusse épilé, d'accord, mais que
ma barbe ait disparue,
elle ne l'avait pas digéré. Un homme c'est un homme et faut
que ça le reste.
Même corseté ; ça elle aimait. Tondu : il y en avait
bien d'autres... mais
pas en robe, non. Pas en bas, pas en tailleur, pas en jupe, non.
Elle objectait. C'était la première
fois car d'ordinaire elle ne se contentait
pas de suivre Chris dans ses idées. Elle avait prouvé maintes
fois qu'elle
savait prendre l'initiative. Mais là, ça ne passait pas
; pourtant il fallait
bien que tous trois nous soyons en accord sur tout. Pour elles, la règle
était
simple : si l'une des deux décidait de faire ci ou ça, l'autre
embrayait
immédiatement. Pour moi, c'était fort simple aussi : de
rares fois on
m'accordait le bénéfice d'un vœu qu'elles se devaient d'accomplir.
Le reste
du temps, elles décidaient pour moi, sauf si j'avais reçu
l'ordre de donner
mon avis. Pas souvent.
C'est en pleine crise de nerf que l'éducation
d'Eve commença. Notre règle
ne souffrait pas de défection. Elle sanglotait quand nous l'attachâmes
serré
; il avait même fallu la tirer jusque dans la chambre et que je
la plaque au
sol afin que Chris puisse l'entraver.
Eve était la seule d'entre nous qui n'avait
pas encore eu à subir de stage
d'obéissance. C'était sa première rebuffade, aussi.
Chris avait décidé que
j'aurais le droit et le devoir de l'aider tant que cela durerait. Nous
manoeuvrâmes le treuil et les chaînes de façon à
ce qu'Eve se retrouve
écartelée debout et flottant au milieu de la pièce.
Elle avait les yeux grands
ouverts, la peur l'avait envahie, elle tentait vainement de secouer ses
liens,
dans lesquels elle se trouvait pour la première fois. Je me remémorai
ces
mêmes yeux un an plus tôt, langoureux et rêveurs cette
fois, quand ils
avaient aperçu mon corset pour la première fois. J'avais
eu le même
regard qu'elle, alors.
Elle ne pleurait plus, ne bougeait plus ; passive
elle attendait.
Chris lui signifia son manquement et le temps de
discipline qui
s'annonçait. Tout d'abord elle ne jouirait pas. Son sexe ne serait
pas
pénétré, pas caressé, pas touché, même.
Par personne. Chris souhaitait une
punition vraie et connaissant Eve pour sa famine de plaisirs elle savait
qu'elle frappait droit au but. Eve était une vraie jouisseuse,
insatiable et
avide. La priver de tendres attouchements, c'était l'amputer d'une
partie
de sa raison d'être.
Il s'agissait bien de cela, mais pas seulement.
Elle devrait adopter nos
fantasmes et les vivre pleinement jusqu'à n'aimer plus qu'eux.
Qu'elle
change, qu'elle devienne autre, que nos sueurs se puissent partager sans
frein. Qu'elle abandonne son ingénuité, cette armure qui
l'avait
jusqu'alors protégée de nos rigueurs. Qu'elle se plie, comme
nous.
Et d'emblée qu'elle plonge au cœur de ses
aversions, qu'elle y soit
confrontée, sans échappatoire. Elle resterait là,
seule, suspendue la soirée
entière, afin de réfléchir à cela. Nous ne
revînmes que tard dans la nuit.
Elle ne dormait pas, et nous vit faire l'amour devant elle sans qu'elle
put
intervenir. Elle resta silencieuse, sachant qu'un seul mot l'exposait
au
bâillon. Je retirai l'implant de Chris et reçus l'ordre de
le placer en Eve.
Son sexe était à la hauteur de mon visage et l'écartèlement
prolongé le
révélait jusqu'en ses profondeurs intimes. J'introduisis
l'anneau de trois
centimètres de long et le calai bien au fond puis j'appuyai sur
le dispositif
écarteur. Eve se mordit les lèvres car c'était sinon
douloureux, tout du
moins extrêmement gênant. L'appareil se dilatait dans le vagin
en s'y
ajustant parfaitement, enlevant toute possibilité à Eve
de l'ôter sans
l'intervention de la télécommande. Chris l'actionna pour
vérifier la bonne
marche des nombreux stimulateurs nerveux que la machine contenait. Eve
se tortilla quelques minutes en gémissant, puis s'immobilisa en
dévisageant
le vide.
Mais Chris n'en avait pas fini. Elle sortit d'une
boîte deux petits
godemichés métalliques et les présenta à Eve.
–Tu les détestes et je le sais, mon Eve,
mais il te faudra les porter
longtemps, et les deux, et en permanence... tu ne pourras les retirer
que
pour ta toilette, et il te faudra pour cela nous demander la permission.
Le métal froid fit frissonner Eve lorsque
je lui introduisis le plus gros des
deux dans son sexe. Elle ne manifestait plus aucune résistance,
mais quand
je me mis à lui enfiler le second dans l'anus, elle se crispa de
toutes ses
forces. Je lui oignis la rosette et le pénis de fer s'y enfonça.
Ses yeux
roulaient au plafond, éperdus de honte crue. Chris me chuchota
que c'était
bien la chose au monde qu'Eve abhorrait le plus. Je reliai ensuite les
deux
godemichés entre eux par un jeu de chaînettes fines, les
passant dans les
perforations prévues à cet effet et scellais le tout aux
attaches du corset.
Alors, nous la descendîmes à terre,
lui plaçant les poignets dans le dos et
lui laissant une chaîne au collier nous l'entraînâmes
à la salle de bains.
Ce fut Chris qui fit disparaître les beaux
cheveux bouclés d'Eve, après
qu'elle fut placée face à son image. Son humiliation était
absolue mais son
regard brillait d'un feu neuf. Sa peau de lait resplendissait et mettait
en
valeur son nouveau visage et ses oreilles minuscules. Les mots étant
superflus, nous l'attachâmes différemment, les poignets au
collier, avec
juste suffisamment de mou pour qu'elle puisse manger sans toutefois
atteindre aucune partie de son corps.
Elle ne s'appartenait plus, désormais. Pour
se saisir d'une fourchette il lui
fallait baisser le visage presque jusqu'à l'assiette. C'était
la seule
autonomie qui lui serait accordée, tout le temps que durerait son
dressage.
Chris et moi nous relayerions pour ses autres besoins.
Le jour pointait quand Eve s'endormit, crucifiée
en ses liens.
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