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 LE VOEU DES FEES, Chapitre 4, par Edouard Califan 
 
 Là où résidait leur excellence, c'est que toutes les contraintes qui
m'étaient imposée –et elles furent nombreuses– allaient de pair avec la
notion de plaisir. Il n'y avait aucune ambiguïté à ce sujet. Ni au fait que le
moteur de notre aventure était l'amour. Le bel amour, car sans lui nous
aurions vite plongé dans le sordide. Au contraire, tout était lumineux et
fort. Je découvris vite que j'étais le sujet d'une performance proprement
artistique, car elles avaient –et ont toujours– fort bon goût. De plus je
pouvais compter sur l'imagination infaillible d'Eve, véritable source
d'idées inspirées.

J'étais esclave, de fait, mais encore me fallait–il le vivre au quotidien.

Mon corps ne devait plus m'appartenir, et je vous assure que ce n'est pas
simple. De simples gestes me devenaient impossibles. À cause de mes liens,
bien sûr, mais aussi parce qu'on me les interdisait. J'apprenais à être une
simple chose.

Mais il me faut d'abord décrire mes liens, afin que l'on comprenne mieux.
C'est Chris qui, douée pour le bricolage, les avait conçus et fait naître.
Cela lui avait pris une bonne année, durant laquelle elle s'était avidement
documentée sur toutes sortes de matériaux et de dispositifs modernes.
J'étais enchaîné, aux poignets, aux chevilles, à la taille et au cou, ce qui est
assez classique en soi, mais si mes bracelets étaient confortablement
doublés de cuir et ajustables au millimètre près, ils n'en n'étaient pas
moins fourrés d'une lame d'acier de bon aloi, que je percevais quand on
m'octroyait la liberté de me toucher les mains. Les chaînes elles–mêmes
étaient d'un quart de pouce de diamètre à peine, mais leur maillons de
titane pur possédaient un profil unique n'occasionnant pas le moindre
cliquetis quand je me déplaçais et étaient en outre d'une légèreté
incomparable. Eve et Chris n'avaient pas lésiné sur la qualité et
l'infaillibilité de mes liens. C'était un élément essentiel. Je ne devais à
aucun moment pouvoir m'échapper, même si cette idée ne m'effleurait
jamais. Les chaînettes se raccordaient à un dispositif moteur par de
nombreux trous forés en différents endroits de la maison. Par un système
télécommandé on pouvait à sa guise m'écarteler béant ou me laisser
circuler librement, si l'on peut dire. En outre mes chaînes étaient
constamment retenues par un mécanisme de rappel assez doux pour que je
ressente aucun effort à me mouvoir. Quatre d'entre elles partaient de
chaque bracelet, de la ceinture et du collier, dans toutes les directions de
l'espace. Quand j'avançais, elles se tendaient ou se détendaient au moindre
mouvement, sans jamais toucher terre. Je pouvais passer de la chambre au
salon et à la salle de bains, et toujours elles m'entouraient. Au moindre
tiraillement brusque, au plus petit excès de vitesse musculaire de ma part,
cependant, une sécurité se déclenchait, qui me tractait impitoyablement
vers le lit ou debout dos au mur, où je me retrouvais dans les positions les
plus humiliantes. Un geste alors de la part de Chris ou d'Eve me rendait
une part de liberté. Parfois, elles prenaient plaisir à me faire attendre. 

Car il était question que j'obtempère et que je sois puni si je ne me
conformais pas à leur règle. On m'éduquait ; et je ne savais rien, alors.
Avec les chaînes, elles pouvaient disposer de moi à leur gré, en douceur,
me placer où bon leur semblait. À l'envers, même, ou bien en extension, les
mains serrées au dessus de la tête, pieds joints, à genoux cuisses écartées,
mains dans le dos... À l'infini elles me plaçaient et me déplaçaient ainsi. Au
début uniquement par télécommande, ce qui renforçait encore en moi le
sentiment d'humiliation. C'est très dur de se plier à la volonté bête d'une
machine. Elles pressaient des boutons et les chaînes me tiraient là où il
fallait. 

Dans ces moments je croisais parfois leurs regards et j'y percevais une
connotation de vengeance envers mon sexe. Elles avait été dominées et
bafouées, ce serait leur tour maintenant de s'amuser. Ma passivité leur
rendait la tâche aisée et ce résultat me fit prendre ma soumission vraiment
à cœur. Car s'il y avait punition, il y avait plaisir, aussi. Ce fut le
lendemain de ma capture que cela commença. Elles me caressèrent jusqu'à
l'extase, en me faisant durer à l'infini. Et cela continua ; je fus soumis
quotidiennement à nombre d'orgasmes provoqués. Je n'étais jamais
autorisé à en faire la demande –et j'étais châtié rudement les rares fois où
je m'y osais– mais l'envie leur en prenait souvent, et aux moments les plus
inattendus. Leur idée –car elles me faisaient part de leurs réflexions, de
leurs hésitations, de leurs succès aussi– était d'arriver à me plonger dans
un état sensuel quasi–permanent, mais de me démunir radicalement de
toute velléité machiste. Je me devais de m'incarner en l'homme idéal, selon
leurs critères. Alors que j'étais à cent mille lieues de cette utopie dans ma
vie d'avant, je me pris à goûter leur philosophie et à la faire mienne. Ce
n'était qu'un tout petit filet de conviction, au début, noyé dans une masse
d'ignorance–crasse, mais cela vint, aussi. 

En peu de temps je découvris cette faculté nouvelle qu'avait acquis mon
sexe de se raidir à la moindre évocation de mon nouvel état. Je pouvais
jouir jusqu'à huit ou dix fois le même jour. Je pouvais durer, durer,
fermer les yeux et me laisser emporter sur un flot d'impressions nacrées...
et c'est au même rythme que j'entraînais mes femmes dans leurs extases
propres. Car c'était réciproque : je leur appartenais autant qu'elles
m'appartenaient.

Mais j'étais leur serviteur, en vérité. Après les caresses répétées, j'eus
droit –après avoir été dûment aveuglé et rendu muet– à ce qu'elles
s'empalassent à tour de rôle sur moi. De me faire chevaucher par une
inconnue –car j'ignorais toujours s'il s'agissait de Chris ou d'Eve–
emportait mes sens au delà de tout concept. Des fois, je me trouvais confiné
dans le néant des sens dès mon réveil. Elles observaient mon sommeil en
guettant l'instant où je plongeais au plus profond pour me harnacher dans
la posture la plus seyante à leur plaisir. Je n'avais de liberté qu'en ma
langue, qui butait sur un de leurs sexe à mon réveil. Là, il n'était pas
question qu'elles se dissimulent. C'est au goût que je les reconnaissais, sans
coup faillir. Chris était chaude et iodée, abondamment humide, alors
qu'Eve ne mouillait presque pas et que son sexe avait le goût de l'eau. Les
poils me gênaient, m'irritant les papilles, mais je n'osais m'en ouvrir. Ma
langue se muscla et je devins bon lécheur, prenant mon plaisir à la
jouissance de l'autre. 

Lorsque je les suçais ainsi, j'étais systématiquement aveuglé. Je ne voyais
pas ce que faisait la seconde, je ne pouvais que supposer. Bizarrement, cela
m'entraînait dans une spirale d'excitation incroyable. J'aurais tout donné
pour voir. Après, on me retirait le bandeau, et parfois mes liens se
relâchaient. 

À la maison tout se déroulait en douceur ; si quelques fois je regimbais
face à telle ou telle injonction que je pensais insupportable, elles faisaient
tout pour que je finisse par l'accepter, jusqu'à ce que je l'intègre comme
chose normale. Les premiers temps, j'avais des gestes de folie qui les
plongeait dans la consternation et l'incertitude. La toute première fois ce
fut à propos des nombreuses masturbations qui m'étaient imposées. Je me
révoltais, gigotant dans mes liens. Je n'avais d'autre initiative, étant à ce
moment précis parfaitement incapable de bander un seul muscle, écartelé
et offert. Les caresses cessèrent immédiatement. Je m'attendais à tout,
mais pas à ce qui allait suivre. 

–Tu vas te masturber, maintenant, devant nous.

C'était un ordre, prononcé de la voix d'Eve, douce et froide, et que je
croyais incapable d'autorité. C'était toujours Chris qui commandait,
jusqu'à présent ; mais ce que me demandait Eve me semblait impossible.
Elle manipulait déjà la télécommande et je fus obligé de me mettre à
œuvre, à genoux. Elles m'observaient en silence, tête contre tête. Elles
s'embrassèrent quand j'explosai, brutalement. 

C'est de ce jour précis que la confusion se fit entre punition et plaisir.
J'étais destiné à devenir le stagiaire de leurs fantasmes. J'entrais de
plain–pied dans un monde inédit et parfaitement neuf : celui de
l'inconscient d'Eve et de Chris. Une entité parfaitement distincte, unique
en soi ; car à deux elles se surpassaient, se donnant du courage et de
l'audace. C'était un geyser d'imagination qui se défonçait à m'ôter toute
trace de l'homme ancien, défunt, pour lui insuffler une vie de créature,
dans le sens que je devenais leur création propre, qu'elles accouchaient de
moi, leur chose. 

 

 
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