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 LE VOEU DES FEES, Chapitre 6, par Edouard Califan 
 
Ma punition fut de taille, car bien qu'ayant eu toute licence d'ordonner
que mon désir s'accomplisse, j'avais enfreint la bienséance qui s'était
instaurée entre nous trois.

Le lendemain, je sentis que l'ambiance s'était légèrement modifiée. Eve et
Chris dormaient ensemble la plupart du temps, et je pouvais entendre le
ronron de leurs conversations jusque tard dans la nuit, les grands soirs. Et
c'en était un, sûrement, puisque tout esclave que j'étais, j'avais exprimé un
désir contraignant mes deux maîtresses à un acte de soumission
humiliante. Elles en avaient été troublées, et ça se délibérait en ce moment,
dans l'autre chambre. Et leur humiliation m'avait excité. Etant un homme
je ne pouvais manquer de bander dur à cette idée. 

Mais mon image de mâle en prit un sacré coup, en contrepartie. 

Ce fut mon tour.

Nul répit ne me fut plus accordé pendant longtemps. J'étais étendu sur le
drap rouge où je m'éveillais, le lendemain, lorsque je m'aperçus qu'elles
étaient là, assises à leur place habituelle sur le rebord du matelas. Elles
étaient indécryptables, en ce jour. Elles n'avaient pas beaucoup dormi et
cela se voyait. Le silence domina, et dura un temps infini. J'étais paralysé.
Elles non, qui s'affairaient déjà, mon corps s'étalant en croix de Saint
André ; les chaînes qui se glissent dans les trous, happées par le treuil
électrique, filant doucement leur chemin de vipères, m'épinglant sur le
dos, dans une position que je connais trop bien pour être celle de
l'exaspération punitive de mes deux maîtresses. Elles ont décidé,
m'annoncent–elles de concert, que j'abandonne une bonne fois pour toutes
mes prérogatives de mâle afin que je puisse ressentir de l'intérieur ce
qu'elles perçoivent elles–mêmes de par leur sexe. Cela durera un temps
qui n'est pas compté, le temps que ce changement soit suffisamment
installé en moi pour que je ne puisse plus effectuer aucune reculade. 

Or, cela commence par mon épilation. Elles me confient tout, je l'ai déjà
écrit plus haut, et c'est bien plus terrible encore que de ne pas savoir. Je
n'ai aucun doute sur leur but : elles vont accomplir ma transformation et
là, je n'ai pas d'échappatoire.

La cire chaude appliquée sur ma peau est à la fois horriblement chaude et
délicieuse d'onctuosité. Je vois tout. Je suis très velu et c'est un travail de
longue haleine. Je frémis lorsqu'à chaque plaque retirée apparaît une
forme, un galbe nouveau et que j'ignorais, dévoilant une peau au grain
serré que Chris contemple, aussi ravie que pour Eve, la veille. 

Tu as vu, une vraie peau de bébé...

–En fin de compte, c'est une bonne idée ; il va être tout beau, après...

Les filles s'amusaient et moi j'étais sur le grill, dans tous les sens du terme.
Tant que la cire était appliquée, je cuisais, mais une sensation de fraîcheur
bienfaisante se faisait dès lors qu'on me la retirait. Je sentais le moindre
mouvement d'air courir sur mes jambes, et cela me plaisait. J'avais aussi le
sentiment d'être parfaitement indécent et, je dois l'avouer, cela m'excitait
au plus haut point. Je bénissais mes chaînes pour le pouvoir qu'elles
avaient de contrer mes gestes, car je ne me serais jamais laissé faire
autrement. Je frissonnais lorsque ma poitrine fut devenue lisse à son tour.
Ç'avait été nettement plus douloureux et long que les jambes. Puis ce
furent les aisselles. Je fus retourné et l'épilation continua. Le contact du
drap n'avait jamais été si présent à mon corps ; je garderai toujours en
mémoire cette sensation neuve. C'est comme si j'avais eu un autre corps,
plus sensible. 

Bien que la séance fut très longue –la matinée entière– l'épilation de mon
sexe prit une bonne heure à elle seule. Le résultat se devait d'être parfait,
c'est donc par toutes petites bandes de cire qu'elles procédaient, retirant
une langue d'un centimètre sur quatre de toison à chaque fois, pas plus.
Chris appliquait la cire, Eve m'enduisait d'un baume apaisant, passant et
repassant sur les zones lisses, de ses mains douces. Ce fut par le périnée
qu'elles en finirent, ôtant la dernière langue de cire à l'orée de l'anus.
Durant toute la fin de séance, je gardai mon regard au plafond, fixant un
nœud du lambris et le tremblement de mes chaînes.

–Regarde–toi, maintenant.

Le mécanisme d'attache se relâcha d'un petit clic, et je m'asseyais en
tailleur. Je baissais mes yeux et vis que j'étais entièrement rougi par
l'opération. Cela durerait une journée, pas moins, m'assurèrent–elles. Ça
me picotait de partout et j'eus envie de me gratter. Mais elles me
l'interdirent et je fus sommé de me tenir debout sur le lit, jambes écartées,
bras décollés du torse. L'habile jeu de chaînes fit que j'avais l'impression
–réelle– de flotter dans l'espace.

Je parcourais mon corps, du moins ce qui pouvais s'offrir à ma vue. Sans
miroir il m'était difficile de juger de l'ensemble, mais j'étais sûr d'une
chose : mon aspect en était profondément modifié. Je me sentais autre, et
cela m'émut d'une manière indicible. Mon sexe était mis en valeur, la
disparition de ma pilosité me révélant brutalement à moi–même, exposant
au jour ma nudité sans la moindre pudeur et sans plus rien celer au
regard. J'étais moi, encore, mais peu importait ; l'autre était en train de
prendre le pas, et il me séduisait. Eve et Chris me détaillaient en silence.
Je leur plaisais, c'était manifeste. J'en conçus de la joie, car je n'ai plus de
liesse que par la leur. 

 

 
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