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LE VOEU DES FEES, Chapitre 7, par Edouard Califan 
 
Elles ne me lâchèrent plus la bride, jamais. J'avais tout juste le temps
d'ingérer de nouvelles bribes de mon état présent, qu'elles m'inventaient
d'autres contraintes. Tous trois, nous avions continué de nous épiler
mutuellement, c'était devenu une part de nos existences ; il nous fallait
sentir nos tiédeurs à fond, caresser nos peaux lisses à s'en pâmer, sans
l'obstacle des poils. Nous nous en passions aisément et n'aurions plus conçu
d'en être couverts. Fréquemment, je me faisais masser, le corps huilé, par
elles deux. Et de plus en plus souvent je devais faire de même avec elles.
Nous nous étions plongés dans une langueur étonnante et rien n'aurait pu
nous en extraire. 

Au moindre écart de ma part, pourtant, elles se retiraient pour me
préparer un stage, à chaque fois plus poussé.

Et j'étais toujours enchaîné. Des mois avaient passé, c'était la pleine
canicule lorsqu'elles décidèrent que j'étais suffisamment mûr pour passer
à la phase suivante. Il leur fallait mon accord et, c'est de plein gré que je
leur laissais carte blanche, avec un pincement au cœur car je redoutais ce
qui allait advenir. Mon engagement se devait d'être total, absolu. Et je ne
pourrais pas savoir de quoi il s'agirait, cette fois... Elles ne me diraient
rien. Malgré mon acceptation, elles me laissèrent seul une journée durant,
afin que je réfléchisse mieux. Demain, je leur donnerai une réponse
définitive.

Mes chaînes furent soudainement débloquées et mes deux maîtresses
disparurent sans me laisser d'autres instructions. J'étais abasourdi par
cette liberté ; pour une soirée et une nuit entière je disposerai de moi
comme je l'entendais. 

J'étais perdu ; il me fallait penser seul, j'avais oublié ce que c'était. Un
autre déclic métallique se fit entendre, provenant cette fois de mes
bracelets. Chacun d'entre eux était muni d'un boîtier d'acier contenant le
dispositif de serrure, télécommandé lui aussi ; de rares fois depuis mon
arrivée on l'avait actionné, –uniquement pour des opérations d'entretien–
et c'était pour être aussitôt enserré dans le carcan d'autres chaînes. Là,
elles gisaient mollement autour de moi et je songeais illico que j'aurais pu
m'échapper, la porte n'étant pas close. La voiture était sous la fenêtre et je
pouvais distinguer la clé de contact sur l'antivol. Je n'aurais eu qu'à sauter
dedans. Mais je suis resté là, contemplant le déclin du jour et mon corps
retrouvé, et cependant si différent de celui que j'avais quitté en venant ici.
J'étais mieux, j'étais beau ; avant j'étais un singe. Après tout j'étais venu,
on ne m'avait pas amené de force ; et tout ce que je vivais n'était pas
abominable. J'étais contraint, en un sens, mais j'étais complice de cette
contrainte. Elle avait été la seule à me procurer du plaisir –et quel! Je
passais en revue tout ce qui m'était advenu. J'en conclus que j'étais prêt à
tout si elles aussi l'étaient. Je les aimais, Chris pour sa fermeté et sa
fragilité sous–jacente, et Eve pour son extrême évanescence. Elles étaient
mon idéal, je ne devais pas être en reste.

Pourtant la clause m'interdisant d'avoir connaissance du traitement qui
m'était réservé me déconcertait. Elles avaient le droit, après tout elles
avaient même tous les droits sur moi, mais c'était la première fois qu'elles
ne désiraient pas me mettre dans la confidence. 

Je cueillis leurs deux visages penchés sur moi, à mon réveil. Nous restâmes
longtemps ainsi, sans le moindre cillement. Nos yeux parlaient
d’eux–mêmes. Je ne dis qu'un mot : c'était oui. 

Rien de spectaculaire n'eut lieu dans les jours qui suivirent, hormis le fait
que je n'étais plus enchaîné. Ce n'est que petit à petit que je me rendis
compte. Mes poils repoussaient, plus soyeux et légèrement moins drus
qu'auparavant ; et maintenant que j'étais libre, j'avais été désigné pour les
leur épiler, car elles avaient aimé cette douceur. Je devenais expert en
épilation, y trouvant un plaisir différent de celui d'être soumis en
permanence. Il y avait là une brèche ouverte dans notre conception de
l'amour, l'ébauche d'un pont reliant nos désirs intimes, que nous pensions
complémentaires et opposés. Ça n'étais pas si simple, donc...
Manifestement, cela les excitait de me voir agissant, dévoilant l'infinie
douceur de leur sexe. Quant à moi, si j'avais mis du temps à vivre dans ma
nouvelle peau –trop sensuelle à force d'être lisse– je m'y étais habitué et
trouvais incongrus et laids ces forêts filiformes qui me repoussaient dessus.
Je criais en silence pour qu'elles se décident à me les supprimer à nouveau.

Chaque jour elles avaient pris l'habitude de venir inspecter mon corps
sous toutes ses coutures. Le moindre bouton ou point noir était éliminé.
Elles me faisaient m'allonger dans le salon, où nous passions la plupart de
nos soirées. Elles me demandaient de les caresser ou de les lécher, mais
depuis mon déchaînement elles ne me sollicitaient plus pour que je les
pénètre. Leur connivence amoureuse avait repris, aussi. J'avais su à mon
arrivée qu'elles s'aimaient toutes deux, mais je ne les avais jamais vues à
œuvre jusqu'à présent. J'appris par elles la puissante beauté de l'union
saphique, et ne me lassais pas de leur spectacle. Au contraire, cela
m'aiguillonnait et me troublait tout à la fois. Je les enviais, j'aurais tant
voulu être l'une d'elles. Mais j'étais –et suis encore– un homme et ce
plaisir me paraissait étranger à la nature masculine. L'homme en moi,
toutefois, avait changé du tout au tout ; ma nature profonde me surprenait,
chaque phase de mon éducation amoureuse m'était riche en découverte et,
du pauvre filet libidineux où je pataugeais autrefois, j'en étais venu à
m'immerger dans un flot mirifique d'idées chatoyantes. 

 

 
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