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 LE VOEU DES FEES, Chapitre 8, par Edouard Califan 
 
Ça s'est passé un matin, comme toujours à mon réveil. J'avais peu dormi
et mal, ma pensée obnubilée par un tourbillon de sentiments contraires. 

Quand j'étais dans les chaînes, je me laissais facilement aller à cesser toute
gamberge, mais sans elles je me sentais vulnérable. Et cette idée même me
pulvérisait de honte et m'allumait tout à la fois...

–C'est bon je crois, regarde, Eve : il est à point...

C'était dit d'une voix blanche, celle que prend Chris à chaque fois qu'une
étape nouvelle de mon initiation s'annonce.

Eve fut d'accord.

–Nous allons commencer pour de bon, maintenant, dit–elle d'un ton sûr,
mais cela prendra beaucoup de temps.

Je m'éveillais un peu mieux et réalisais que j'étais à nouveau enserré. Le
noir se fit aussitôt, avant même que je n'aie eu le temps de voir mes deux
maîtresses. Puis ce fut au tour de ma bouche d'être obturée, plongée dans
le vaste silence, car la poire d'angoisse était d'un volume bien supérieur à
l'habituelle, aujourd'hui. Le moteur vibra doucement sous le plancher et
je me retrouvais rapidement dans une position d'écartèlement intense. Je
sentis mon corps s'élever au dessus du lit. Je flottais. Chaque chaîne fut
ajustée parfaitement, car il ne fallait pas que mes membres s'endolorissent.
Véritablement, je n'étais plus qu'une chose, et cette idée était tellement
forte qu'elle m'envahit au plus profond et s'y coula pour y rester toujours.
Comme au premier jour je me visualisais ainsi, mourant de curiosité quant
à la suite. Inquiet aussi, et pas qu'un peu. Il ne me restait plus que l'odorat
et le sens tactile, car bien que mon ouïe fut libre, elles prirent toutes les
précautions pour agir en silence. Ce silence même était lourd et sensuel,
épais comme un tapis de feutre. 

Il faisait très chaud et j'accueillis avec soulagement la fraîcheur humide
qui m'inonda le corps, peu de temps après ma mise en suspension. Eve et
Chris m'appliquaient un produit inconnu sur la peau, quelque chose ayant
la consistance d'un gel, mais en plus visqueux. Elles passèrent et
repassèrent l'enduit, jusqu'à obtenir une couche unie d'une épaisseur
conséquente. Seul le haut de mon visage et mon crâne restèrent exempts de
cette substance. Ensuite –et cela prit un temps fou– elles m'ajustèrent je ne
sais quels accessoires à différents endroits. Je ne pouvais discerner de quoi
il s'agissait, mais une quarantaine de plaquettes froides et souples me
furent posées, à intervalles réguliers et sur toute la surface de mon corps.

Un bip retentit, seul bruit dans une marée ouatinée, et je ressentis
quelques picotements à l'endroit des plaquettes. Rien de douloureux, tout
au plus un agacement apparenté à la démangeaison, mais bientôt l'onde
rayonna sur la surface entière de ma peau, vibrante et de plus en plus
forte. J'avais l'impression que tous mes muscles horripilateurs se
contractaient ensemble, comme lorsqu'on est saisi d'un frisson intense. Et
cette stimulation venant de l'extérieur créait en moi une sensation fort
étrange. Je ne me demandais pas même quel pouvait être le but final de
cette séance, étant totalement plongé dans cette exaspération épidermique.
On touchait à ma fibre, à n'en point douter. Le picotement fit
progressivement place à la chaleur, au début de manière
quasi–indétectable, puis il n'y eut plus qu'elle. Comme si l'on m'eut cuit au
four, mais sans la moindre douleur. Un soleil intense. Enfin, cette chaleur
devint réelle, longtemps après ; ma peau me tirailla de partout, la
substance s'étant mise à sécher. La gangue. 

C'était fini, le moteur relâcha la tension de mes chaînes et je repris contact
avec le drap. Les plaquettes me furent enlevées, ainsi que mon bâillon et le
bandeau. J'eus un éblouissement tant la lumière était forte. J'étais éclairé
a giorno par plusieurs petits projecteurs et la pièce était encombrée d'un
invraisemblable attirail électronique ainsi que d'innombrables rouleaux
de câbles multicolores. D'un simple geste d'Eve je fus libéré de tout lien.
J'étais vidé, las, épuisé. La séance, sûrement. Elles m'aidèrent à me relever
et m'enjoignirent de passer à la salle de bains. Là, je fus baigné et
débarrassé de la substance bleutée qui me recouvrait. À ma surprise, je
constatai qu'aucune modification n'avait eu lieu, si ce n'est une très légère
rougeur là où j'avais été enduit. La sensation de chaleur persistait,
cependant, diffuse et sise très exactement sous l'épiderme. J'étais perplexe,
car je pensais au début qu'il s'agissait d'une nouvelle méthode d'épilation,
mais je vis aussi que chacun de mes poils était présent. 

Elles me laissèrent dans l'ignorance jusqu'à la fin des séances –il y en eut
une vingtaine, étalées sur trois mois– mais je sentais bien que quelque
chose de définitif était en train d'advenir. J'avais renoncé à savoir.
L'échauffement dermique était continu, désormais, et je vivais avec comme
je l'aurais fait pour un coup de soleil intérieur. Les trois premières fois le
même scénario se répéta très exactement. Séance, bain, et repos ; pas de
chaînes. Et toujours pas le moindre changement physique ou mental. Mais
à la quatrième je me retrouvais enchaîné de façon à ne pouvoir toucher
aucune partie de mon corps. Je passais les dix dernières semaines
constamment allongé, et j'avais d'autant plus hâte que ça se termine
qu'hormis les multiples masturbations quotidiennes auxquelles j'étais
soumis, Eve et Chris ne me sollicitaient pour rien d'autre, et je ressentis
une immense frustration d'être privé de leur contact physique. En dehors
des séances, elles s'abstenaient de me toucher, totalement et absolument. 

Puis, ce fut fini. 
 

 
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