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LE
VOEU DES FEES, Chapitre 9, par Edouard Califan
Je ne sus, rien, bien sûr ; c'était part du contrat. Puis je
vis. Je me vis.
J'avais été paré et préparé le matin
même, détaché avec l'ordre clair de
garder les poings fermés et les membres légèrement
décollés du corps en
toutes circonstances, longuement baigné, le corps passé au
sèche–cheveux
jusqu'à ma dessiccation parfaite. Je reçus l'ordre de me tenir
debout, bras
en l'air ; ils furent attachés sans fermeté et le bandeau
retiré. J'étais dans
le salon, face à un grand miroir. Eve et Chris m'observaient, assises
derrière moi.
Il s'était agi d'épilation, mais
cette fois elle était définitive. L'empreinte en
serait tout aussi indélébile que celle d'un immense tatouage.
C'est la
première idée qui me vint à l'esprit : je porterai
désormais les stigmates de
mon état, j'en arborerai l'expression éclatante jusqu'à
mon dernier souffle
; chaque fois qu'à l'aide d'un de mes sens concernés j'entrerai
en contact
avec ma peau je serais ravivé, replongé dans l'énormité
du fait, que je ne
puisse plus me dissimuler à quiconque dès lors que je serais
nu, la
contrainte perpétuelle d'avoir à se vêtir long, de
ne jamais dévoiler d'autre
parcelle de peau que celle de la face, la longue liste de nouveaux
paramètres à inclure en mon quotidien faisaient que je n'avais
d'autre
choix que celui d'accepter et de me rendre à raison.
Puis je me trouvais beau, je me sentais bien. L'effet
de surprise avait été
total; à aucun moment de ces derniers mois je n'avais deviné
quel
traitement m'était dévolu ; mais quel qu'il eût été,
mes maîtresses en
étaient satisfaites et elles me souriaient. Je pus enfin m'asseoir
et
m'allonger. Elles m'encouragèrent à partir à la découverte
de mon corps
neuf. La différence avec l'épilation à la cire était
notable : la soyeur de ma
peau était stupéfiante. Il ne subsistait rien d'autre qu'un
océan de douceur
en lieu et place de l'écorce rêche et velue d'autrefois.
Nulle trace, fut–elle
résiduelle, du plus petit duvet. Ma barbe même avait disparu
et, miracle,
le résultat était si parfait que j'en eus le vertige. Je
n'aurais plus jamais à
me raser, et cette idée aussi me parut irréelle.
Et nous parlâmes, longtemps, jusqu'à
l'aube, serrés tous trois sur le divan,
nous étreignant et nous aimant de toutes les manières possibles,
dans la
douceur et la langueur la plus tendre. Nous nous consolions d'être
ensemble, emportés par l'audace et l'innocence de nos fantasmes.
Nous les
avions suscités et, une fois éveillés, incarnés
dans nos chairs et nos âmes, ils
nous menaient dans une spirale de plaisirs infinie. Ils dépassaient
largement nos espérances longtemps inassouvies. Nous en avions
tous trois
rêvé comme s'il se fut agi du pays de nos cœurs, et qu'en
foulant son sol
nous le découvrions plus beau encore et bien meilleur à
vivre qu'en nos
imaginations les plus idéales.
J'étais sonné, heureux, amoureux.
Elles m'accordèrent un second vœu, les fées...
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