Transphénoménologie de l'amour.

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Un jour, il enjamba le banc de neige qui nous séparait de la rue et partit comme une flèche... Je l'appelai mais en vain. Le chien me regardait puis tournait la tête en direction opposée, exécutant quelques gambades, stoppant, me regardant à nouveau. J'avançais vers lui espérant qu'il se rapprocherait; mais à nouveau, après m'avoir fixé dans les yeux, il tournait la tête dans la direction opposée, avant pour exécuter à nouveau quelques sauts... Blackie me prenait pour un de ses semblables. J'étais devenu, dans son esprit, un chien, tout comme lui, avec qui il désirait courir librement.

Je pensai que le chien m'invitait à jouer avec lui. Il voulait sans aucun doute m'entraîner dans sa promenade, ignorant mon âge et les conséquences qui en découlent... Il ne distinguait pas son moi du sien, ce fut cette drôle d'observation qui fit émerger de ma mémoire de lointains souvenirs des jeux dont la-mienne-réalité ne se distinguait pas de celle des autres, dont l'accompagnement était part-entière du monde-mien de cette époque... Un déferlement de souvenirs me submergea où je me retrouvai comme être-indifférentié-du-monde-des-autres, où les gestes-moi se copiaient sur les gestes indifférenciés des autres-moi. Situation globale, à-priorique, irréfléchie, obéissant aux pulsions-pures des gestes inbriqués des autres-aux-miens. Ces coordinations préexistaient aux schémas présents, elles découlaient de l'effet de forces-naturelles inscrites dans le "ça" du monde irrationnel. Blackie les avait hérité d'une longue histoire, toute semblable à la mienne.

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