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Le Phénix au bûcher
Nous sommes en 2007, sur cette planète, 6 600 000 000 d'êtres
humains et les liens que nous avons tissés ont fait de nous UNE
société. Une société qui est née occidentale,
mais qui est devenue globale. Cette société globale est parvenue
à produire cette année 47T$ de biens et services et elle
fera mieux l'an prochain . C'est en moyenne 7000 $ par habitant et bien
suffisant pour nourrir, vêtir, donner un toit à tout le monde.
Pourtant, les deux-tiers de l'humanité vivent dans la misère
et 30 000 enfants meurent de faim tous les jours ; nous avons un problème
de distribution.
La guerres viennent et vont, comme toujours, mais dans un contexte
où il semble qu'elles soient plus que jamais inutiles. Surtout,
les guerres se terminent, mais la paix ne revient pas. La violence se poursuit
un peu partout, plus ou moins larvée ; les oasis de sécurité
deviennent plus rares sur cette planète et cette sécurité,
là où elle subsiste, est sans cesse plus précaire,
moins sereine. Nous avons un problème d'ordre.
Un siècle, un millénaire les sociétés meurent
et il en naît d'autres. Vivons nous une crise de croissance, ou le
phénix est-il en marche vers le bûcher ? Toutes les sociétés
ne s'immolent pas par le feu ; certaines se laissent mourir d'inanition,
quand elles renoncent à se nourrir d'un espoir. Il y a des siècles
que notre société se gave de progrès, comme Rome s'était
nourrie de conquêtes, puis, insidieusement est venue l'inappétence.
Le progrès continue toujours, mais ne motive plus que ceux qui jouent
à y trouver TOUTE leur raison de vivre ; la vaste majorité
de l'humanité ne croit pas que demain sera mieux qu'aujourd'hui.
L'espoir est parti. Somme nous une société moribonde ?
La crise que nous vivons n'est pas un phénomène local,
c'est un problème mondial. A divers degrés, ce que l'on vit
aujourd'hui où que ce soit n'est qu'une facette de ce qui se passe
partout. Dans le monde sous-développé, en Afrique, en Amérique
latine, une partie de l'Asie, c'est une pauvreté objective abjecte
qui crée une crise permanente. Le pouvoir formel est précaire,
son emprise réelle faible, sa légitimité nulle. Parfois,
un pouvoir clanique, arbitraire, devenant toujours de plus en plus mafieux
- puisque la criminalité y est le seul secteur porteur de l'économie
- peut s'y exercer de fait, ici ou là, mais sur des territoires
trop restreints pour que puisse s'y maintenir une structure de développement
stable. Le désordre est si total qu'on y meurt au jour le jour,
sans attirer l'attention
Dans les pays en voie de développement, il en est où
s'est établi un pouvoir totalitaire et qui, dénoncés
et souvent sabotés - par le reste de la société
globale, ont perdu la partie de créer le bonheur, lequel n'est vraiment
possible que dans la liberté. Il en est d'autres qui feignent une
forme de démocratie, mais celle-ci tout entière soumise à
une omniprésente corruption et que viennent saper les problèmes
systémiques d'un chômage et d'une dette publique en constante
croissance.
Dans les pays dits développés, les USA offrent l'exemple
qui semble prémonitoire d'une fracture sociale entre les pauvres
et les riches, entre les blancs et les autres. Une fracture qui s'élargit
et conduit à un inévitable éclatement, dont l'imminence
est occultée par un cirque médiatique: un déluge d'informations
incohérentes qui, paradoxalement, sert de censure et permet que
le citoyen moyen n'ait plus qu'une vision de plus en plus floue de l'ensemble
de la situation.
L'Europe suit la même voie, encouragée par les inégalités
inhérentes à une expansion qui lui a permis de faire côtoyer
ses nations riches et pauvres et par une immigration qui lui crée
peu à peu des opposition ethnique et raciales à la mesure
de celles de l'Amérique. C'est une voie balisée par la concentration
de la richesse, l'exclusion progressive des travailleurs, la récupération
de la démocratie par la manipulation des médias, la rupture
de la solidarité sociale, le choix de la décroissance, la
diminution inexorable des services sociaux et une perte d'éthique.
Cette perte d'éthique favorise la criminalité, comme
dans le tiers-monde, mais dans les pays riches elle mène d'abord
à la prolifération de la délinquance et à une
désaffection croissante envers les valeurs sociales sans lesquelles
une société complexe ne peut vivre. On assiste de plus en
plus à l'abus de biens publics, à la fraude fiscale généralisée,
au travail au noir et, surtout, toutes ces tares deviennent socialement
tolérées. Il devient acceptable de ne pas respecter les règles
qui ne nous conviennent pas et l'on peut compter sur l'indulgence des autres,
puisqu'ils en font tout autant.
Le « système » qui gère la société
n'inspire plus aucun respect. Que ce soit à tort ou à raison
est un autre débat, car le système est inextricablement lié
à la société qu'il gère et elle ne vit pas
sans lui. Sans lui elle s'étiole, entre en crise et meurt. Quelles
qu'en soient les raisons, la croissance exponentielle du nombre de ceux,
exclus ou rebelles, qui en Occident, au coeur même de la société
globale, rejettent le système, marque l'agonie d'une société
en phase terminale.
Le phénix est bien vieux. Il est né des révolutions
américaine et française. Pour sortir de la crise actuelle,
il faut le mener au bûcher, c'est-à-dire faire table rase
des idées reçues et des manières de faire que le temps
a rendu désuètes. Ne pas le faire, c'est choisir la barbarie,
car les valeurs qui devraient soutenir notre société ne le
font plus. Il y a eu maints précédents. C'est ce que la Chine
a vécu, à chacun de ses grands interrègnes, dont les
noms poétiques ne doivent pas faire oublier qu'ils ont été
des périodes de mise en veilleuse de la civilisation. C'est ainsi,
en Euro même, qu'est venu le Moyen âge
Nos principes claudiquent, nos enthousiasmes défaillent. Le
phénix doit monter au bûcher. Comme il l'a fait souvent. Comme
il l'a fait à la fin du XVIII ème siècle, par exemple.
La mutation doit s'effectuer au plus tôt, car aussi longtemps que
dure l'agonie, la civilisation s'estompe. Nous y avons TOUS intérêts.
C'est d'abord le sort des défavorisés qui devient plus cruel,
mais quand la contagion s'étend et que même l'ordre public
ne peut plus être maintenu, il n'y a plus de classe épargnée
: hormis les meneurs du désordre, tout le monde perd. Or, c'est
aujourd'hui que ça se passe. L'irak, la Somalie C'est déjà
la barbarie dans les marches de l'empire.
Le syndrome de la décadence qui suivra est parfaitement connu..
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